sylvain thévoz

28/07/2017

Le vrai patriote est un étranger

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A l'occasion de la fête du premier août, la Ville de Genève propose de la fêter conjointement avec un autre pays, le Bénin. C'est une bonne idée et un beau signal d'ouverture. Après tout, la base du pacte fédéral, c'est une alliance, une ouverture à l'autre et au dialogue. Pas de quoi soulever de scandale donc. Et pourtant, une bande d'excités et de rétrogrades pensant que la fête nationale ne se vit qu'entre soi a trouvé bon de lancer une pétition raciste pour que la fête nationale soit réduite à une petite volonté de quant à soi chagrine et à une défense mordicus de la dévoration exclusive du schüblig ou de la fondue.[1] 

 

J'ai fait un petit sondage dans la rue, demandant aux gens ce qu'évoquait cette journée du premier août. Au final, c'est surtout le fait d'avoir... un jour de congé, qui offre la possibilité de manger une raclette, boire des bières et rencontrer des amis. Loin, très loin des grands chants du patriotisme, et des discours politiques réchauffés autour des feux.

C'est l'aspect convivial, sympa et détendu qui prévaut. "Pour moi c'est surtout les feux d'artifice. Mais c'est aussi se retrouver entre amis pour des apéros. Cette fête est peut-être plus sympa en sortant des villes, en retrouvant le folklore des villages." "Le premier août, pour moi, ça veut dire congé et manger du fromage, et boire du vin blanc. C'est l'occasion d'aller marcher à la montagne." 

Des avis plus critiques aussi : "j'exècre cette fête, qui signifie l'appartenance au drapeau, le nationalisme ses risques et ses dérives. Si fêter, ça doit vouloir dire être contre les autres, alors non, je préfère rester à la maison." Les défilés militaires et les bruits de bottes ne sont jamais très loin quand on parle de fête nationale. Chez Brassens, et chez nous, aussi. 

 

Fêter la fête nationale, c'est avant tout accepter que notre pays se réinvente, qu'il n'a pas de moule unique, que ce qui fait sa force est qu'il n'a cessé de changer et d'évoluer, s'adapter.

 

La véritable fête serait de rappeler surtout le plaisir de vivre ensemble, la chance d'être dans un état de droit, avec le défi d'articuler une société sans discrimination, doté d'un accès équitable au travail, au logement et aux soins de santé; de partager ces valeurs avec tous ceux et celles qui s'en sentent proches. 

L'enjeu n'est donc pas de savoir s'il y aura seulement de la saucisse servie au parc La Grange et des lampions rouges et blancs uniquement. Mais bien d'avoir l'ambition de faire grandir la Suisse au-delà du quant-à-soi défensif, signe de nanisme. 

En y réfléchissant bien, nous avons certainement plus de proximité et de points communs avec le Bénin qu'avec une majorité d'autres cantons suisse. Cela devrait nous aider à réfléchir à ce qui fonde l'unité de notre pays et quelles sont ses limites.

La prise d'otage par des nationalistes obtus de la fête nationale est pathétique. Elle dessert notre pays.

Car au final, tout vrai patriote est un étranger chez lui. Il ne prétend pas posséder quelque chose au détriment d'autres, ni que cela lui soit acquis de droit sanguin (ou divin). Il ne prétend pas que nous soyons pareils, au Tessin, dans les Grisons ou à Genève. Il reste curieux, se demandant ce qui fait la Suisse, sa force et son intelligence, et comment la développer encore. Non pas en se recroquevillant sur soi, mais en demeurant ouvert aux différences et prompts à apprendre des autres.

Fêter la Suisse c'est reconnaître que ce dont on bénéficie ici a été hérité de générations précédentes, que ceux qui ont construit la Suisse étaient de toutes les nationalités, et ce que l'on transmettra à la suivante, sans prétention de se l'accaparer, ne dépendra évidemment pas uniquement de ceux qui ont le passeport à croix blanche. 

Ce qui fait la beauté de la Suisse c'est d'avoir été capable de faire cohabiter les langues, les identités et les confessions différentes. Et au final, de nous inviter à accepter que l'on soit toujours un peu des étrangers chez soi.

A ceux qui voudraient faire du 1e août un espace clos et s'insurgent que la fête nationale, à Genève, se fasse main dans la main avec le Bénin, -dont ils ne connaissent très certainement rien-, nous disons simplement que ces gens trahissent les valeurs de Genève et de la Suisse, issues d'une longue tradition d'accueil, de curiosité et d'entraide.

Le vrai patriote est un étranger avide d'ouverture, pas un taulier défendant sa caverne.

 

[1] https://m.lecourrier.ch/151345/un_premier_aout_qui_fache_...

 

11:25 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

Avec des fanatiques exaltés comme vous, je vais bientôt me faire traiter de raciste si je veux fêter mon anniversaire entre potes sans inviter une délégation du Bénin...

Écrit par : Eastwood | 28/07/2017

Question sotte et grenue: Y a-t-il une délégation suisse à Cotonou mardi prochain?

Puisque la fête nationale du Bénin coïncide avec la fête nationale suisse?

Et combien de pays fêtent leur fête nationale avec un autre pays?

Cela dit, l'idée me paraît intéressante, mais c'est certainement une première à l'échelle planétaire ;-)

Écrit par : Arnica | 28/07/2017

"J'ai fait un petit sondage dans la rue...". Ah bon, et vous pensez avoir interrogé combien de Suisses dans les rues de Genève ? Selon où vous avez fait votre sondage, j'estime la proportion de Suisses "de souche" et non double-nationaux entre 2% (dans les TPG par exemple) et 10% grand maximum.
Je ne suis pas nationaliste (libre à vous de penser le contraire) mais je peux comprendre ma fille qui envie ces petites villes en Suisse-allemande, composées très majoritairement de Suisses de souche, où les jeunes peuvent poser leur sac n'importe où et être sûrs de le retrouver le soir...
Quoi qu'il en soit, le problème n'est pas d'associer le Bénin à la fête nationale, c'est qu'il devient impossible d'organiser quoi que ce soit à Genève sans devoir y associer les communautés étrangères.

Écrit par : Sonia | 01/08/2017

@Sonia Il y a plus de 40% d'étrangers à Genève, et parfois près de 60% dans certains quartiers. En gros, une personne sur deux est étrangère. Vous y ajoutez des touristes, des personnes naturalisées, et vous comprendrez qu'il faut renverser votre question: pourquoi certaines personnes voudraient faire des fêtes publiques en excluant plus de la moitié de la population et se réunir entre-soi en excluant les autres?

Quand à associer comme vous le faites le vol et l'identité nationale, c'est stupide. Les délits sont liés aux classes sociales et à la précarité.

Les étrangers travaillent, paient leurs impôts et font rayonner Genève. Vous aimeriez vous en passer, ou les voir seulement dans l'ombre, et en tout cas pas apparaître lors de la fête nationale ?
Quelle injustice.

Écrit par : thevoz | 01/08/2017

@Thévoz: mais qui parle d'exclure les étrangers des festivités du 1er août?

Toutes ces années où on n'a pas fêté le Bénin, on aurait commis un grave crime d'exclusion?
Est-ce qu'on va fêter le Bénin dorénavant chaque année le 1er août sous peine d'être raciste?

Célébrer la Fête nationale n'est tout de même pas un crime, ça ne signifie pas "se réunir entre soi". A ma connaissance, tout le monde est bienvenu aux 1er août dans les communes, personne ne doit montrer son passeport pour avoir le droit de recevoir son bol de soupe commémoratif.

On se calme....

Écrit par : Arnica | 01/08/2017

Qui est allé au Parc La Grange mardi dernier?

Toutes les nationalités de la planète y étaient représentées et tout s'est déroulé dans la plus parfaite harmonie. C'était véritablement un tableau de Genève: on y a vu toutes les tailles et toutes les couleurs, toutes les religions, des enfants, des vieux, des chauves, des barbus, des hommes, des femmes, beaucoup de chiens, des lampions, des smartphones, des tatouages......... Il y avait même des Suisses ;-)

Et pourtant, notre maire bien-aimé a trouvé le moyen de dire qu'il y avait trop de racisme et d'exclusion dans notre société. On dirait vraiment un vieux disque rayé qui ressasse toujours le même vieux refrain. A-t-il seulement regardé autour de lui? A-t-il participé à ce 1er août genevois si bariolé?

J'ai appris avec grand plaisir que l'année prochaine, Cotonou fêtera le 1er août suisse en même temps que la Fête nationale du Bénin. Il vaut la peine de le souligner.

Écrit par : Arnica | 03/08/2017

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