sylvain thévoz

28/05/2017

Ma rencontre avec un coucou de l'apocalypse

Tu es sous une tente rouge et devant toi une table. Et sur cette table des papiers et devant un jeune homme qui te regarde fixement, tout droit, et sans bonjour ni salut, dit : le monde est pourri, il n'y a rien de bon qui en sortira. Regarde, des attentats partout, des enfants qui meurent partout, et les religions qui foutent le bordel entre les gens partout, et ça c'est à cause des migrants surtout et des gens qui viennent d'ailleurs et nous prennent notre boulot et notre sécurité, et des gens comme vous qui ne dites rien et quand vous dites quelque chose, c'est pour ne rien faire. Les musulmans, les arabes, les pédés, c'est ça qui nous fout en bas, et la finance mondiale et le coca tiède et l'impérialisme chinois et les pizzas surgelées, il dit.

Il assène cela comme un fanatique au noviciat, un mec sous drogue mais pourtant sans ciller, pareil à un coucou qui sort sa tête de sa cabane pour piailler, que l'on aurait remonté jusqu'à ce que le ressort soit prêt à péter mais qui va toujours tout droit, toujours dans la même direction, inflexible, sûr de ce qu'il dit (qui semble pourtant la vérité d'un autre), certain de ce qui sort de sa bouche (même s'il ne semble pas la contrôler) avec une responsabilité du monde toujours dans les bras d'un autre, jamais de la sienne. 

S'il ne t'avait pas parlé, peut-être bien que quelque chose en lui aurait cédé ou explosé, tellement ça semble comprimé sous ses côtes et dans sa tête. Il sort le cou de sa cabane et le rentre vite dedans. Comme s'il avait peur aussi. Très remonté. Très effrayé. Il parle encore, jusqu'à ce que le mécanisme ralentisse petit à petit. Alors, ça file moins droit, et il y a de l'espace qui se fait. Tu l'écoutes, cherches à placer un peu de silence et comprendre. Comme il a pu se vider, peut-être est-il possible de dialoguer maintenant.

Tu as cette image du robinet que l'on ouvre après un long moment sans utilisation. Il en sort de l'eau rouillée et sale durant un bon moment avant que l'eau potable ne revienne.

Hé, mais pourquoi ce jeune gars dit tout cela. Hé, mais pourquoi il a besoin de te le dire à toi, si tout est pourri, que le monde dont il parle il ne le connait pas  - de toute évidence, on n'en fait pas le tour en 10mn- , et que ceux qu'il évoque, il les a à peine rencontré (à part ce qu'en disent les écrans qui lui en donnent une image déformée). Ce qu'il connaît de première main est effectivement vaseux mais se trouve sur ses yeux : la crasse que les écrans charrient, l'éloignant de lui, incriminant d'autres. 

Son image déformée et catastrophiste du monde, il s'engage à te prouver scientifiquement qu'elle est exacte, que c'est comme ça, que c'est pourri et foutu, accusant les sodomites, les moutons noirs, les nez crochus, le mauvais vin, les heures de fermeture des magasins, et surtout, avant toute chose, les Migrants (en gros : tous ceux qui ne sont pas d'ici mais quand même pas en provenance d'un pays avec un gros PIB, faut pas déconner). Parce que c'était mieux avant, quand le monde était intact et pur et préservé (juste après l'extinction des mamouths), beaucoup mieux lyophilisé.

Il empile des colonnes de mauvaises nouvelles et de chiffres tronqués sur son boulier d'apocalypse, formant une structure plus précise et complotiste que la plus parfaite des oeuvres de Michel Ange. Il parle des fémurs de vieilles dames brisées, des enfants à qui on coupe des bras pour mendier, et même des arrêts cardiaques au moment de l'orgasme... pour dire combien le monde est cruel.

Mais pourquoi a-t-il tellement besoin de le dire, pourquoi sa vérité ne lui suffit-elle pas pour vivre? Il commence à s'essouffler. Tu glisses : 

- Hé, mais tu parles de quoi en fait ?

- Eh mec je te parle de la misère du monde et de tous ces enfoirés là qui me laissent de côté.

- Hé, mais pourquoi tu commences pas par ça : "ces enfoirés là qui me laissent de côté", et cherches où toi tu veux aller, plutôt que de délirer sur le chemin des autres?

Il repart pour une boucle, répétant ce que disent ses sites de prédilection, fait du copié coller avec des vérités, du pliage et des origamis avec Closer, l'Equipe et 20mn mixés. A part son copain Abdel, tous les autres sont pourris délinquants ou criminels, et le moindre geste d'entraide semble s'être définitivement retiré de ce monde, ne laissant qu'un horizon carbonisé sur lequel on se demande encore comment le soleil peut se lever et le soir basculer sans que le feu ne se répande partout, et surtout comment lui peut encore respirer, se savonnant le matin avec un discours de l'UDC, pour s'endormir le soir avec un prêche de Dieudonné en guise d'oreiller.

- Parce qu'il faut que l'on soit en insécurité pour être bien cadré ?

- Quoi ?

- Parce qu'il te faut une menace extérieure, que l'hostilité la pourriture et le mal soient toujours ailleurs qu'en toi ?

- Tu déconnes mec, tu es un cinglé et je vais te casser la gueule si tu continues à m'insulter.

 

Mais hé, il lui vient une idée. Si pour sûr on va vers l'apocalypse, la destruction généralisée, il se pourrait bien, oui, il se pourrait quand même, voire, il se pourrait malgré tout, qu'il y ait encore un été et des cerises et du basilic sur le marché, et même des piscines ouvertes, allez, et de la bière fraîche l'été dans les parcs, et ça, ça le fait sourire largement. Oui ça, ça le fait rêver ...

 

- Hé, mais pourquoi tu parles toujours des autres et jamais de toi, de ce que tu veux faire, et de ce qu'il te manque dans ta vie pour désirer ? 

- Mec, j'aimerai posséder ce que je crois que mon voisin a, ou retrouver ce que je croyais avoir, c'est mon droit. 

- Et pourquoi tu me le dis à moi, et commences pas à le chercher ?

- Parce que je ne sais pas par où commencer, bordel, ni comment, ni même avec qui. Parce qu'à part Abdel, avec qui je dors le soir collé - et encore il ronfle- je n'ai pas de proche, et que c'est quand même plus simple à vivre blindé, qu'exposé en affrontant cette vie là en l'empoignant sans savoir ce qui va arriver ni même le contrôler, okay? Au moins les murs, ça permet de cacher l'horizon. L'ouverture, ça fait flipper.

- Et si tu restais un moment pour boire un café et en discuter? Je trouve pas mal ce que tu racontes.

- Hé mec ouais, je veux bien. De toute façon, là, je n'ai rien d'autres à faire que de te parler, et si ça peut t'apprendre quelque chose et t'aider, je veux bien essayer... 

 

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27/05/2017

Un mémorial en mémoire de Nelson Mandela à Genève qui nous fait honte (ou devrait nous encourager à agir)

index.jpgNous avons, à Genève, un fort épuré mémorial tout neuf (2015) en hommage à Nelson Mandela voulu par le Grand Conseil Genevois. Ces jours, pourtant, nous en avons honte. Et pourquoi en avons-nous honte ? Parce que Nelson Mandela a toujours répété :  "Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète sans la liberté des Palestiniens" Et alors que nous vénérons quotidiennement l'icône du prix Nobel (en oubliant le condamné à perpétuité pour 'terrorisme'), à ce jour 7000 palestinien-ne-s sont en prison, leur détention violant de règles de droit international, et plus de 1000 en sont au 40e jour de leur grève de la faim. Ces derniers risquent leurs vies pour dénoncer des abus de droits et dénis de justice, défendant des valeurs qui sont les nôtres : la liberté, le respect du droit, l'indépendance et la justice. Un mémorial de Mandela à Genève ? Sommes-nous vraiment dignes d'honorer la mémoire d'un tel homme si nous sommes incapables d'endosser ses combats?

 

 

Les tortures se poursuivent contre les prisonniers en grève de la faim

Les droits des prisonniers sont bafoués. Leur vie ne tient qu'à un fil. Un grand nombre d'entre eux sont actuellement transférés des prisons vers d'autres centres, pour être nourris de force ou isolés afin de casser le mouvement.[1] La répression s'abat avec force sur les prisonniers. Des témoignages répétés de torture et d'abus sont relayés. Est-ce que l'on en parle ? C'est silence radio dans les media. Pourquoi?

Mandela s'est toujours tenu aux côtés du peuple palestinien qui s'est toujours engagé aux côtés du peuple sud africain. Genève a un joli monument à la mémoire de Mandela mais ne se prononce pas sur ce que Mandela a dénoncé toute sa vie. Troublant.

 

Afrique du Sud - Palestine : même combat

Aujourd'hui, la condition des prisonniers palestinien est pire que celle des détenus en Afrique du Sud dont faisait partie Nelson Mandela. C'est Sunny Sigh qui l'affirme. Ancien détenu, il a passé dix ans à Robben Island pour son engagement au sein de l'aile militaire de l'ANC.[2] Que dit-il aujourd'hui ? Que les demandes des prisonniers palestiniens sont les mêmes que celles des prisonniers de l'ANC à l'époque. Ils mènent une lutte pour des habits, des couvertures, des médicaments, le droit à avoir des visites. Bref, ils luttent pour leur dignité humaine. Il ajoute : "nous étions battus par nos gardes, mais nous n'avons jamais expérimentés le type de torture et d'abus que dénoncent les palestiniens." Il accuse le comité international de la croix rouge d'avoir fermé les yeux sur des pratiques en Afrique du Sud, et redoute que la même chose n'arrive aux prisonniers palestiniens aujourd'hui.

Avoir un mémorial en mémoire à Nelson Mandela à Genève devrait nous faire honte, ou plutôt nous encourager à agir, en demandant des comptes au CICR pour sa passivité et son silence sur la question des prisonniers palestiniens (oui oui, je sais on nous dira que le CICR se tait pour agir en sous-main... ). Le CICR, aujourd'hui, est mutique sur les tortures et déplacements de prisonniers palestiniens et les violations des droits des prisonniers. Parce que les USA, soutien d'Israël, sont l'un de ses plus grands pourvoyeurs de fonds?

Enfin, ce mémorial devrait nous encourager à agir sur le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, pour que, s'ils n'osent se prononcer sur ce qui est en train de se passer en Israël, avoir un peu de courage politique et qu'ils retirent ce mémorial. Car si eux l'ont voté, il nous couvre de honte, par son décalage avec l'action de ce Canton en regard des valeurs qu'il prétend honorer.   

Le deux poids deux mesures n'a jamais apporté la paix

Nous aimons la liberté, nous aimons la vie, et nous en jouissons. Comment pouvons-nous accepter qu'elle soit niée et foulée aux pieds par un Etat qu'il faut bien appeler "ami", puisque nous lui achetons des drones, lui déroulons le tapis rouge et y envoyons notre ballet du Grand Théâtre en parade? Mais que vaut cette amitié avec un Etat qui ne respecte pas les conventions de Genève ni les droits humains ? Et si elle vaut tripette, comment rappelons-nous cet ami à ses obligations? Se taire alors que les droits humains sont foulés aux pieds n'est qu'une triste conjonction d'intérêt, de logique économique, ou de croyance dans la loi du plus fort où éthique, engagement et droits humains passent à la trappe.

Se taire maintenant, c'est être indignes de l'héritage de Nelson Mandela

Alors soit nous arrêtons de prétendre honorer la mémoire de Madiba, en reconnaissant que l'on ne comprend rien à sa lutte, aux moyens qu'il a employé pour la faire triompher, - alors qu'ils sont exactement les mêmes que ses frères emploient aujourd'hui en Palestine -, soit nous agissons pour peser dans la balance et demandons des comptes aux institutions dont nous sommes si fiers à Genève pour qu'elles agissent en faveur des prisonniers de la paix et de la justice.

18739842_10155165115336826_5436370362299452000_n.jpgPour conclure, cela fait réfléchir d'observer le mémorial  offert par l'Afrique du Sud à l'autorité Palestinienne à Ramallah et de constater deux choses. 1) Son incarnation 2) Son caractère engagé. Et de le comparer avec l'oeuvre éthérée et anonyme de Genève. Parfois l'art raconte aussi beaucoup de choses...

Alors il n'y a pas mille chemins. Il y en a deux. Celui du silence et de la complicité ou celui de la parole et de l'action. Soit on s'inspire du combat de Mandela pour le mener à sa suite, soit on s'en fout. Et si l'on s'en fout, virons ce mémorial qui nous rend ridicule en plus de nous faire honte.

Un arbre à la place, ce sera mieux, et plus vivant. 

     

 

 

 

[1] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.791766

[2] https://electronicintifada.net/blogs/adri-nieuwhof/israel-treats-prisoners-worse-apartheid-says-robben-island-veteran

 

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25/05/2017

Pourquoi Donald Trump a posé un lapin à la basilique de la Nativité

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlL'événement est passé inaperçu dans la presse. En visite officielle en Israël, Donald Trump avait annoncé qu'il visiterait la basilique de la Nativité à Bethléem ce mardi. Au dernier moment, il y a renoncé. Pourquoi ? Parce que des familles de prisonniers palestiniens actuellement en grève de la faim (plus de 1000 parmi les 7000 détenus dans les prisons israéliennes) se tiennent sous une tente depuis le début de ce mouvement initié par Marwan Barghouti (17 avril 2017, 39e jour aujourd'hui) à deux pas du parvis de la basilique.[1]  

Les revendications des grévistes sont basiques. Les détenus réclament la fin de la torture, la fin des traitements dégradants et de la négligence médiale. Ils demandent de meilleures conditions de détention, l'abandon de la détention administrative, l'augmentation du nombre de visites (réduites à une par mois depuis un an), l'accès aux soins, à des livres, à des téléphones publics afin de pouvoir communiquer avec leurs proches. Ils demandent la liberté et la dignité à laquelle ils ont droit.[2]

Les proches de prisonniers dorment sous tente, proche de la basilique de la Nativité. Ils offrent le café à ceux qui viennent les voir, expliquent leur combat et sensibilisent les touristes à la lutte du peuple Palestinien pour le respect de leurs droits.

Donald craignait de les croiser, même de loin, et leur donner une visibilité.

 

Donald Trump, miroir du monde?

Donald Trump visite les pires criminels du temps dans une tournée de l'immonde, mais croiser des familles de prisonniers, des gens comme vous et moi, c'était trop. Il a préféré, lâchement, éviter de le faire, pour maintenir autant que possible la cause palestinienne hors champ, hors caméra, qu'elle demeure silencieuse et cachée.

Trump refuse de soulever le rideau de fer, se faisant collaborateur officiel d'un régime de colonisation. Si nous nous taisions, ou allions en vacances à Tel-Aviv sans rendre compte de l'arrière-boutique, nous lui serions pareils, préférant regarder ailleurs plutôt que là où des hommes ont besoin de notre voix pour relayer la leur.   

 

 

IMG_7223.JPGPour ne pas laisser le monopole de la parole aux lâches et aux violents

Nous sommes allés à la basilique de la Nativité rencontrer et écouter celles et ceux qui se tiennent sous cette tente. Mohamad est devant la photo de son père, qu'il n'a pas vu depuis 11 ans, et dont il est interdit de visite. Son père a été condamné a 24 ans d'emprisonnement, pour un crime qu'il n'a pas commis. Son fils ne l'a plus vu depuis ses 14 ans. Il en a 25 aujourd'hui, et lutte pour la justice, soutenant le mouvement des grévistes de la faim qui entre désormais, au 38e jour, dans une phase critique pour la santé des prisonniers.[3]

Le frère de Marwan a été enfermé depuis 16 ans. Marwan ne l'a jamais revu depuis son kidnapping. Son père et sa mère ont pu lui rendre visite en prison, lui non. C'est parce qu'ils sont vieux, qu'ils peuvent y aller dit-il. Lui est jeune. Alors l'état israélien lui interdit le déplacement. Qui pourrait supporter d'être privé de la visite de ses proches ?

 

Leur domination, leur lâcheté, seraient notre domination, notre lâcheté ?

Sous cette tente, la mère du frère de Mohamad nous offre le thé et le café. Donald Trump a-t-il eu peur de boire ce thé ou ce café ? Pensait-il qu'il était sale, ce café pur de la saleté de l'oppression? 

Le Président voulait donc se rendre au lieu de naissance de l'homme accouché dans une étable, mort crucifié, des mains d'une puissance occupante, sans avoir commis de délits. Quelle ironie. Trump voulait aller dans une église voir les reliques de ce qu'il avait bien vivace sous les yeux. Il a préféré les fermer et poser un lapin à la basilique de la nativité.

 

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlCe n'est pas là où Trump va qui nous intéresse, mais là où il refuse d'aller

Et nous, sommes-nous fidèles au rendez-vous, où posons nous également un lapin à ceux qui nous informent sur leur condition ?

Face à ceux qui bafouent les droits humains, le silence et la neutralité ne sont pas une option. De nombreux détenus ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus d’Israël de négocier avec les prisonniers. La grève est entré dans une étape critique.[4]

Quelle doit être notre réponse?

Trump a pris son avion pour être reçu au Vatican.

Solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens et leurs familles.  

 

 

[1]https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hu...

[2]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/greve-generale-en-palestine-pour-soutenir-les-prisonniers-en-greve-de-la-faim_1910612.html

[3]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orien...

[4]http://chroniquepalestine.com/prisonniers-palestiniens...

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05:30 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : palestine, grève de la faim, occupation, apartheid, israël | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/05/2017

Trump en goguette : gare aux dégâts

Donald Trump se rend pour un voyage de 8 jours au Moyen-Orient et en Europe. Qu'en attendre? Pas grand chose. Si ce n'est, malheureusement, des dégâts.

 

Un éléphant déboule dans des magasins de porcelaine. Ryad, Jérusalem, Bethléem, Rome, Bruxelles, la Sicile. Le président américain va rencontrer au pas de charge le roi Salmane, le pape François, Netanyahu, Mahmoud Abbas. Il promet un appel à l'Islam depuis la capitale saoudienne devant une cinquantaine de dirigeants de pays musulmans, une visite au mur des lamentations à Jérusalem au passage et une rencontre à Bethléem avec le responsable du Fatah. Enfin, une viste au Vatican pour l'ascension.

Un redneck en roue libre

Le président va enchaîner les lieux symboliques et chargés d'histoire, lui dont l'ignorance crève l'écran et dont la sensibilité et la finesse semblent faire cruellement défaut. Il évite au passage soigneusement l'Iran, alors qu'un nouveau président y sera élu ce vendredi et que le pays oscille dans sa révolution.[1] De toute façon, les américains n'ont jamais rien compris à l'Iran. Il n'y a aucuns espoirs que cela ne change avec Trump.

Le président américain va, à la vitesse de l'éclair, faire le tour des problèmes du moyen-orient, y mélanger allègrement business, politique et religion. Il faut se préparer au pire. Au mieux il suscitera de l'incompréhension, si tout va pour le mieux, de l'indignation. Le pire ? Personne ne peut l'envisager.

La tentation du pire

En difficulté aux Etats-Unis, Trump va-t-il chercher, par une provocation supplémentaire, de la surenchère, ou alors, par maladresse, à faire oublier ses déboires intérieurs avant de revenir à Washington? Le bonhomme nous a habitué à ne plus pouvoir distinguer entre choix ou hasard : stupidité et maladresse étant intimement liés chez lui.

Alors que l'été arrive, que les trajets des bateaux de réfugiés cherchant refuge en Europe vont augmenter, que les inégalités migratoires et éco-sociales demeurent l'enjeu majeur de notre siècle, nous n'y trouvons pas de solution viable. Qu'un président adepte de murs et de frontières bouclées s'élance pour traverser en avion en 8 jours dans un sens puis dans l'autre la Méditerranée, en jouant à saute mouton d'un pays à l'autre, fera transpirer tout son staff, pour notre part ça nous glace.   

8 jours pour faire le tour des principaux problèmes du monde. Insuffisant pour prétendre régler quoi que ce soit, mais bien suffisant pour en créer de nouveaux. Trump en goguette : gare aux dégâts.

Il ne nous reste plus qu'à espérer que le vilain farceur loupe son vol au départ de Washington ou qu'il demeure coincé à quelque frontière. Qu'il trouve son chemin de Damas, que quelque chose lui tombe dessus : bref, un miracle quoi.

C'est bien maigre, face à l'état du monde, qu'espérer un miracle pour la tournée de Trump.  Il nous reste à écrire, à agir, pour une limitation des dégâts...

 

[1]http://www.liberation.fr/planete/2017/05/18/rohani-contre-raisi-le-pragmatisme-face-a-l-ordre-ancien_1570572

 

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09/05/2017

On a refait le monde. Et si maintenant on changeait notre quotidien?

Au sortir de la présidentielle française, après avoir lu quantité de messages et d'analyses sur les réseaux sociaux, porté par la passion de refaire le monde, la France, l'Europe, on a vu passer les anathèmes, les provocations et les enthousiasmes qui ont  traversé cette élection présidentielle, où les noms de Macron ou Mélenchon étaient prononcés plus souvent que bonjour ou au-revoir.  

 

On a refait le monde, et si on changeait notre quotidien?

Alors certes, on peut continuer à se passionner pour les législatives françaises, se positionner sur la présidentielle sud-coréenne (aujourd'hui!),  iranienne (19 mai), sur les élections fédérales allemandes du 24 septembre, mais ce serait pas mal aussi de se rappeler qu'il y a une enveloppe annonçant les votations du 21 mai 2017 en Suisse et à Genève qui attend sur la table de la cuisine, et que si l'on peut toujours refaire le monde virtuellement, on a aussi le pouvoir de le changer concrètement.

 

Irez-vous voter le 21 mai ?

C'est peut-être moins sexy que de faire barrage au Front National, de rêver la révolution avec Mélenchon, de réanimer la France avec Hamon ou de se mêler des intrigues de Palais et de qui sera le nouveau vizir de l'Elysée; de commenter les taux d'abstention dans l'hexagone et le vote blanc... mais quoique... dans un cas, on rêve en grand une politique individualisée à l'extrême, de l'autre on vote sur des enjeux concrets, réalisables et qui dépendent de nous. Dans un cas on vit la politique par procuration, comme les pétitions en ligne sur lesquelles on clique, de l'autre on se la coltine concrètement.

   

Trois enjeux "bien de chez nous"

Le 21 mai, on aura donc le pouvoir, ici et maintenant[1], de décider directement de la politique énergétique suisse, en votant oui à la loi du 30 septembre 2016 sur l'énergie (LEne), développant la production d'énergie propres et respectueuses de l'environnement, et en choisissant, à terme, de couvrir entièrement la consommation par des énergies renouvelables.

Au niveau cantonal on votera pour valoriser la diversité associative, en acceptant l'initiative populaire pour la valorisation et l'agrandissement de la Maison internationale des associations, lieu de rencontre et d'échange central pour toutes les associations de notre Canton.

Enfin, dernier objet, et pas des moindres, on vote à nouveau pour maintenir des transports publics genevois accessibles à toutes et tous en refusant un projet qui vise à augmenter les prix des transports publics, et afin que la mobilité à bas prix, soit maintenue. 

Cela semble terre à terre? Oui, ça l'est, et local, assurément. On aimerait vraiment qu'un centième de l'énergie mise à refaire le monde ou se battre contre des trolls sur les réseaux sociaux soit mise pour convaincre ses voisin-e-s, ses proches, sur des objets qui directement, rapidement, dans les jours ou mois qui suivent modifieront radicalement notre quotidien.

Cela nous éloigne de l'Elysée? Tant mieux. On a suffisamment donné sur ce sujet. 

Car aux intrigues de palais lointains, on préfèrera toujours améliorer le quotidien par des projets concrets.  

 

 

[1] http://www.ps-ge.ch/votations-du-21-mai-2017/

 

 

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