sylvain thévoz

24/04/2017

Macron – Le Pen : choisir malgré tout

18118607_10155064809066826_7906081813619339761_n.jpgUn choix ? Quel choix ont les français alors que débute la campagne présidentielle du deuxième tour ? Le choix entre la patriote et le mondialisé, entre la préférence nationale ou celle de l’argent, comme le prétend la frontiste ? Entre le rejet des étrangers ou celui des précaires,  entre la violence ou la vacuité ?

 

Il n'y pas de non-choix possible

Et pourtant, le 7 mai, il faudra choisir, et voter.

En se bouchant le nez, comme en 2002. Voter, pour faire barrage au front national, pour que jamais la rafle du Vél' d’Hiv ne revienne ni de devienne un détail de l’histoire. Risquer le Front au pouvoir, parti fascisant de ses racines jusqu'à ses bourgeons, ce serait le signal que le repli, le refus, le rejet seraient non seulement plébiscités mais montrés en exemple. Ce serait surtout un signal terrible de désinhibition pour les discours de la violence et des boucs émissaires faciles. La levée des derniers freins.  

Ne pas choisir n'est pas un choix. On peut refaire la première mi-temps autour d’une bière, se dire mon Dieu comment en est-on arrivé là et se rejeter les responsabilités ou regarder ailleurs, mais désormais, la question d’actualité, c’est faire barrage et choisir le moindre mal. Ce n’est pas le glorieux combat espéré, mais ce sera toujours le meilleur choix.  

La gauche désunie n’y arrive pas   

Ce qui est sûr, c’est que la gauche s’est plantée. Cumulés, les scores de Mélenchon, de Hamon, de Poutou et d'Arthaud auraient pourtant amenés la gauche autour de 27%, en tête de ce premier tour. Alors non, les idées, les programmes de gauche ne sont pas morts, loin de là.

Mais elle doit entendre, encore et encore, et jusqu’à ce que ça rentre bien, que désunie, elle ne gagnera pas, et laissera le terrain aux tendances fascistes ou ultra-libérales.

Qui a refusé l’union ? Mélenchon, dès janvier 2016 en refusant de se soumettre à quelque primaire de gauche que ce soit, ou Hamon, qui selon les insoumis, aurait dû se retirer in extremis quand la courbe des sondages pour Mélenchon prenait l’ascenseur dans la dernière ligne droite de 2017 ? Se battre uniquement pour avoir le leadership de gauche alors que le fascisme monte, c’est assumer une responsabilité historique grave, c'est comme se chamailler le gouvernail du Titanic. 

 

Le drame s’est joué en amont

Le drame s’est joué en amont pour la gauche. Par le retrait tardif de Hollande et l'incapacité, pour les frondeurs, de fédérer plus loin que leur groupe de suiveurs (qui a finalement glissé de Hamon à Mélenchon). Plutôt que de fédérer pour se distinguer, on aurait aimé qu'ils parviennent à se distinguer pour fédérer. Cela n'a pas été possible pour de multiples raisons.  

On va retenir quelques enseignements ce lundi avant de retourner au boulot, pour ne pas répéter encore et encore les mêmes conneries. 

Le premier, c’est que nous continuerons de toutes nos forces à lutter contre les inégalités, les précarités, pour la redistribution des richesses et que nous refuserons toujours le discours de la haine. Que nous continuerons à lutter pour une société ouverte, créative, celle des possibles, de la diversité, qui n'oppose pas les fragilités.

Le deuxième c'est qu'une gauche désunie qui se tire dans les pattes ne gagnera pas. Oui la rue c'est très bien, mais les urnes sont incontournables. Il nous faudra travailler ensemble, ou crever divisés.

 

Faire battre le coeur encore

Nous n'irons pas voter en courant le 7 mai, ni même en marchant, mais à contre-coeur. Afin que le coeur de la France continue de battre, même sous réa', même faiblement, même au bord de la rupture.

Nous irons voter, ça c'est sûr.

Bien plus que pour Macron, nous voterons résolument contre le FN et contre la haine.

 

 

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20/04/2017

Vélo : protégez-nous plutôt que de nous effrayer!

imrs.php.jpgC'est le printemps, la Suva a sorti un bon vieil épouvantail pour terroriser les cyclistes. Avec un clip choc, [1] elle vise, au nom de la prévention, à tétaniser les cyclistes. Or, ce n'est pas de prévention que les cyclistes ont besoin mais de protection.

 

Aujourd'hui, rouler dans le trafic, c'est risquer sa peau, et c'est cela qui est criminel. Lâcher des vélos sur des routes toujours et encore inadaptées pour eux. C'est cela qui devrait faire réagir. "Dans 50% des accidents les vélos sont fautifs" on aimerait bien savoir ce que la SUVA entend par là alors que 99% du trafic est motorisé et qu'en cas de choc 100% du risques est pour le cycliste. Et ça veut dire quoi "être fautif" quand vous roulez dans un environnement pensé par et pour les véhicules à moteur. Il n'y a pas d'égalité de responsabilité quand les conditions de trafic et d'exposition sont inégales. Et il faudrait aller rouler de bon coeur, exposé aux bagnoles, sans prendre de trottoirs, ni se glisser entre deux voitures avant de se faire coincer ?

Dire que 50% des accidents sont crées par les cyclistes c'est dire à peu près la même chose que les enfoirés qui répètent : "100% des femmes qui se font harceler l'ont bien provoqué, arrêtez de mettre des jupes". Un raisonnement par l'absurde et la violence qui ne tient pas compte de qui est structurellement l'agresseur et qui est l'agressé. Dans le cas du vélo, de regarder pour qui les règles de la circulation sont posées, et qui en subit l'inégalité. 

 

Quand vous roulez à vélo en ville vous êtes une cible

Et une cible facile. Pas assez de bandes cyclables, des bouts de routes peinturés de jaune qui s'arrêtent abruptement, sans protection, pas de site propre. Vous êtes tassés contre les trottoirs, et faites office de piquet de slalom pour les scooters. En cherchant à y survivre vous seriez fautif ? Non. Jamais nous n'attendrons au rouge sur la ligne de départ pour nous faire rouler dessus par des voitures qui démarrent. C'est un fait. Et la SUVA pourra encore longtemps nous montrer des cyclistes morts ou tétraplégiques, elle ne changera rien au taux d'accidentologie tant qu'elle n'aura pas compris cela.

Le très sérieux Washington post, lui, l'a saisi. Dans un article intitulé "ne rendez pas les cyclistes plus visibles, faites en sorte que les voitures arrêtent de les écraser", et en pointant du doigt l'industrie automobile qui, avec des voitures toujours plus larges, plus grosses, agissent en véritables prédateurs, cet article  replace les responsabilités au bon endroit. [2]

 

Nous continuerons de chercher à survivre dans le trafic par tous les moyens possibles

Pour conclure, la SUVA peut aller se rhabiller avec ses clips qui conduisent au final à faire peur à ceux qui sont menacés et à décourager les autres de faire du vélo. Nous continuerons à risquer notre peau et à plomber le coût de la santé tant que les conditions structurelles de rouler à vélo en ville ne seront pas changées.

L'augmentation des usager à vélo va continuer, la part des ménages qui ont une voiture de diminuer. Alors, nous refusons les mesurettes de la prévention: d'être plus visible, plus scintillant, plus dociles, alors que c'est d'un changement radical de vivre la ville et de réduire la part dévolue aux bagnoles qui doit être mis en place.

On attend donc le clip de la SUVA prévenant les conducteurs de porter attention aux usagers vulnérables de la route, alors que le nombre de piétons fauchés sur les passages piétons est en constante augmentation. On attend le clip de la SUVA sur l'usage du téléphone au volant, pour sensibiliser les conducteurs aux parcages sauvages, aux vitesses excessives, aux ouvertures assassines de portière, etc, etc, et les motards sur l'effroi qu'ils causent en nous frôlant jusqu'à ce que certains d'entre nous ne veulent plus rouler sur la route ni s'arrêter au rouge. 

Nous attendons surtout définitivement, de la part des décideurs politiques, et comme la gauche le rappelle sans cesse, notamment au conseil municipal de la Ville de Genève, de mener une vraie politique pour la mobilité douce, avec une vraie mise en oeuvre au niveau cantonal de plans favorisant l'usage du vélo. 

Tant que cela ne se réalisera pas, nous ne considérerons jamais un cycliste fauché comme responsable, mais comme un martyre de plus de la jungle urbaine, et tiendrons pour responsables l'inaction des décideurs politiques et les lobbys pro-bagnoles qui, en maintenant la primauté d'un moyen de transport dépassé datant du siècle passé, tuent.  

 

Nous continuerons de chercher à survivre dans le trafic par tous les moyens possibles et, en attendant des jours meilleurs, à rire tristement des clips de la SUVA jusque sur nos lits d'hôpital si nous sommes frappés.  

 

[1] http://www.tdg.ch/suisse/accidents-velo-video-choc-eviter/story/28720445

[2] https://www.washingtonpost.com/posteverything/wp/2015/04/15/dont-make-bicyclists-more-visible-make-cars-stop-running-them-over/?utm_term=.dbd110f6670a

 

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19/04/2017

Et si la surprise venait de Benoît Hamon ?

présidentielles,france,hamon,surpriseSelon les sondages (mais que valent-ils?) un quatuor se détacherait en tête parmi les 11 candidat-e-s de l'élection présidentielle française : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. L'issue du premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche 23 avril, se réduirait à ces 4 là, dans l'ordre ou le désordre.

 

Depuis des semaines maintenant, jusqu'à l'ennui, la nausée même, ça ressasse et ça joue au yo-yo. Un coup c'est l'un, un coup c'est l'autre, qui monte ou qui descend, c'est selon, et voilà l'espace médiatique saturé d'experts se muant en faiseurs de rois, suivant la courbe des sondages... comme si ceux-ci voulaient dire quoi que ce soit de plus que l'émotion d'un instant ou la réponse faussée de votes pas toujours assumés, sans aucune certitude même que la personne sondée se rende finalement à l'urne.   

Je ne crois pas une seconde dans les sondages. Sinon, Jospin n'aurait pas chuté au 1e tour en 1992, ni Giscard élu président, etc, etc.[1]  Il y a quelque chose d'étrange dans ces "tendances" qui finissent par créer une réalité parallèle sur laquelle se basent ensuite des articles pour bâtir l'opinion publique. Le tout ressemblant plus a un château de cartes en équilibre précaire qu'à des références étayées par des méthodes scientifiques. Et l'on se baserait là dessus pour asseoir un vote?

 

Un vote utile, pour qui pour quoi ?  

Je suis plutôt porté à croire que les français-es en ont marre des casserole ou des trompettes. Ils ont envie d'avancer avec une autre musique, plus sereine. Les extrêmes, si elles peuvent faire envie, ne font pas rêver, à moins de revenir à une politique surplombante, celle des grands récits et des trémolos réducteurs. L'histoire de France fait douter du grand soir ou de la fin de l'histoire. Il y aurait un vote utile et un vote inutile qui se cacherait quelque part dans tout cela? Mais où donc, et sur quoi le fonder ?       

Dans les échappées cyclistes, ce n'est pas toujours celui qui se prend le vent de face qui va au bout. Et s'il y en a un qui a su avancer sans renier qui il était ni d'où il venait et quelle était son équipe, c'est bien le petit Benoît, qui s'est mis dans l'échappée et a continué de pédaler, à l'abri du vent, alors que le temps de l'emballement final pointe. Pourrait-il bénéficier de l'effet saturation et lassitude d'entendre toujours parler des mêmes candidats?

Car si Mélenchon, selon les sondages, incarne désormais un "vote utile" (paradoxal pour un insoumis) ; et si donc l'insoumis s'est métamorphosé en service utilitaire (mais de quoi et pour qui?), qui peut affirmer que par un mouvement de balancier, le vote contestataire ne change lui aussi de camp, et qu'il n'emporte dans la bascule, une jeune génération dont on n'est pas sûr qu'elle s'identifie aux rhétoriques lyriques.

   

Et si la surprise venait de Hamon?

Avec sa proposition d'un futur désirable, il reste l'un des candidats qui ne regarde pas vers le repli ou le monde d'hier, qui ne désigne pas de cibles toutes faites non plus, ne s'engage pas dans une dénonciation outrancière, mais avance des idées, des propositions faisant débat (revenu universel d'existence, transition écologique, lutte contre l'évasion fiscale, fin de la loi travail, légalisation du cannabis), avec une volonté de construire une nouvelle possibilité viable de faire société. L'ancien se meurt - pourquoi mettre toute son énergie à l'abattre- mettons notre intelligence pour construire ce qui vient après, maintenant.[2] 

Hamon a fait le choix de la simplicité et de la sincérité. Il incarne une nouvelle génération. Cela peut-il accrocher l'électorat, ou arrive-t-il trop tôt ? Peut-être qu'il faut toujours une plus grande gueule, un maximum de populisme pour faire adhérer... ou que l'étiquetage PS post-hollande sera trop lourd à porter, et que ça ne passera pas. Peut-être, peut-être, mais l'engagement de Hamon ne s'arrête pas à la présidentielle.

Un engagement qui va au-delà de la personnification du pouvoir

La simplicité, l'innovation et l'intelligence collective peuvent l'emporter sur l'individualisme. Il y a de la fidélité aussi à demeurer au sein de ce PS français décrié, pour le réformer, le vivifier, quand tant d'autres s'en barrent (Valls) ou s'en sont barrés (Macron, Mélenchon).

Est-ce que les français-es sortiront du syndrome des grands hommes et des sauveurs patentés pour prendre un autre chemin? Sauront-ils répondre à l'urgence sociale et démocratique, écologique, en refusant les solutions démagogiques ou prémâchées  ?

Au final quelle passionnante campagne, quel exercice de démocratie. Et, quoi que l'on en pense, quelle débauche d'énergies, de propositions, de distinctions, de programmes[3], et un choix à faire désormais.  

Rendez-vous dimanche donc pour le premier verdict, puis le 7 mai, pour voir si tout va se jouer selon la partition des institutions de sondage, ou si une surprise sera de mise...  

 

 

[1]http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/...

[2]https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

[3]http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-voici-le-programme-des-onze-candidats-3144713

 

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17/04/2017

A quel prix jouer au football ?

Mardi, Dortmund. Trois bombes explosent sur le passage du bus des joueurs allemands. Une quatrième bombe n'ayant pas explosée est retrouvée par la suite. Bilan : un joueur blessé.[1] Le choc de découvrir des joueurs pris pour cibles de cinglés ou de terroristes, et que la dimension sportive, festive, du sport, est totalement renversée pour être utilisée comme une caisse de résonance médiatique. Aucune revendication n'est posée. Pas de messages, ni de pistes sur les auteurs de l'attentat. Le match Dortmund-Monaco est alors reporté au lendemain. Et les joueurs allemands, 24h après avoir failli sauter dans un attentat, sont priés de remonter leurs chaussettes, mettre leurs shorts, et retourner divertir les foules, en s'accommodant de leurs traumatismes.

Jeudi, Lyon. Le match européen entre les français de Lyon et les turcs de Besiktas débute avec 45mn de retard. Les supporters de Lyon ont envahi le terrain pour y trouver refuge suite à des bombardements de projectiles par des supporters adverses.[2] L'avant-match avait déjà été émaillé de bagarres. De nombreux supporters sont venus au match sans billets. N'ayant pu entrer, ils ont commis des violences. Des femmes, des enfants ont été pris à parti. Bilan : 12 interpellations et 7 blessés légers. Le match débute avec des joueurs qui font cercle ensemble pour appeler au calme. Les impératifs de l'argent et du calendrier poussant à maintenir le match malgré une atmosphère de guérilla.

Dimanche, Bastia. Des supporters du club Corse entrent sur le terrain et s'en prennent au joueurs.  L'entame du match est lancée quand même, sur pression des présidents, et malgré les avis des joueurs et des entraîneurs. A la mi-temps, nouveaux incidents, le match est définitivement annulé. [3]A l'issue du match aller, l'entraîneur corse avait menacé : «Après, il va falloir venir chez nous. Il ne faut pas avoir la grippe. Quand il faudra venir à Bastia, il ne faudra pas avoir la grippe, ni la gastro. Parce que cela va se régler comme d'habitude, comme des hommes, comme des Corses et voilà».[4] Comme des hommes, c'est-à-dire : par la violence?

Dimanche, les supporters de Saint-Etienne et de Bordeaux sont interdits  de se rendre respectivement à Marseille et à Nantes. [5],[6]. En cause, les risques de violences et le manque d'effectifs des policiers liés à la période de Pâques, et surtout les passifs entre les supporters de ces clubs faisant redouter des violences. L'état d'urgence a beau dos, la violence est chronique. Jouer au football devient, bien plus qu'un jeu, un exercice de gestion du risque et des foules, pour éviter que les supporters se croisent, même en dehors des stades, même loin des matchs, avec des joueurs qui devront bientôt se déplacer en bus blindés pour que leur sécurité soit assurée. Un vrai casse-tête.

Samedi, en Suisse, le bus du Servette FC s'est fait caillasser sur une air d'autoroute près de Zürich par des supporters du ... FC Sion [7] ! Des joueurs professionnels sont donc pris à parti uniquement en fonction d'une appartenance et d'une couleur de maillot... Le FC Sion a émis un communiqué pour se distancer des violences et les condamner. Salutaire. Communiqué toutefois peu repris dans la presse et sur les réseaux sociaux.

A quel prix faut-il jouer au football ?

N'importe quel abruti peut-il donc mettre un maillot d'une équipe et prétendre en son nom insulter, caillasser, ou bastonner en toute impunité?

Quels sont les rôles de modèles, et les messages que font passer les dirigeants, les joueurs, les présidents ?

Comment épurer le football de la violence gratuite et de la culture viriliste, machiste, homophobe ayant encore de beaux jours à venir si des campagnes plus énergiques ne sont pas menées?

Cela fait des années que ces questions sont sur la table. On devrait aller plus loin, par exemple, en instaurant une taxe sur les transferts pour alimenter des fonds de prévention, et surtout que de nouveaux messages plus positifs soient transmis en marge des matchs par les responsables de ce sport. Quels messages sont donnés aux jeunes au-delà de la gagne à tout prix? Il ne s'agit pas que du football, le hockey est touché aussi. 

A chaque match, des sommes faramineuses sont dépensées par les collectivités pour sécuriser les lieux. Est-ce un bon investissement de mettre le plus gros de l'investissement sur des forces policières pour contenir les fauteurs de troubles alors que les violences ont lieu de plus en plus en marge du match ? Ne faudrait-il pas travailler avec plus de moyens sur la prévention et l'éducation en s'appuyant sur les clubs et les ultras ?

On aimerait entendre davantage le rappel au fair-play et les moyens que les clubs engagent pour lutter contre les violences. S'ils n'ont pas ces moyens, les collectivités publiques doivent les aider. Au final, ce sera toujours moins cher que de mobiliser des cars entiers de policiers les soirs de matchs.

 

25 mai : une finale de coupe de suisse à Genève entre flics et vandales ?

Le 25 mai prochain, la finale de la coupe de Suisse aura lieu à Genève entre le FC Sion et le FC Bâle, équipes dont les supporters respectifs n'ont pour le moins pas la meilleure réputation de Suisse.

Si, pour certains, la question est déjà: de combien de billets disposera-t-on?[8] Pour d'autres, le compte à rebours pour la baston a commencé. Le traditionnel match entre vandales et policiers aura-t-il lieu ?

La vraie question à poser est celle de la prévention et du contact avec les clubs afin que ce match soit une fête, pas une nouvelle occasion d'éructations et de violences par des gens qui n'ont rien à voir avec le sport. A quel prix jouer au football ? Pas à celui de la peur en tous cas.

Et s'il est bien commode de dire, par déni ou pour se dédouaner, que le football n'est que le reflet de la société, il est urgent que cette société prenne acte du reflet sale que le football lui tend, et agisse, pas uniquement par la répression, mais surtout par la prévention et l'éducation, afin d'assainir durablement la situation et passer de nouveaux messages que ceux de la société capitaliste du spectacle et de la domination, créatrice de violences et d'inégalités. 

 

[1] http://www.lemonde.fr/ligue-des-champions/live/2017/04/11...

[2]  http://www.ouest-france.fr/sport/football/ligue-europa/ligue-europa-lyon-besiktas-retour-sur-les-incidents-d-avant-match-4928916

[3]http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/ba...

[4] http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/ba...

[5] http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cot...

[6] http://www.sudouest.fr/2017/04/10/les-supporters-des-giro...

[7] http://www.tdg.ch/sports/sfc/agression-servette-fc-dernie...

[8] http://www.lenouvelliste.ch/dossiers/fc-sion/articles/fin...

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13/04/2017

Le Pape en prison : un acte de bisounours?

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Le fait que le Pape se rende en prison pour laver les pieds des détenus ce jeudi est un acte fort.[1]

Les mots du pape sur les détenus le sont aussi: «Je le répète encore une fois, tous ont le droit de se tromper. Nous nous sommes tous trompés d'une manière ou d'une autre». Le pape rappelle au passage le manque de cas qui est fait de la réhabilitation et de la réinsertion dans la société. C'est un acte politique fort.

Il ne marque pas une séparation entre les détenus et les autres, mais place tout un chacun sur le même plan de la responsabilité et de l'erreur, avec la possibilité d'un amendement pour chacun. Surtout, il s'abaisse littéralement au niveau des pieds de personnes condamnées, sans juger, se plaçant même au-dessous des condamnés. Déjà laver les pieds de ceux que l'on aime : combien de fois le faisons-vous? Mais alors de ceux qui ont commis des crimes ou que nous méprisons: qui le ferait?   

Cela fait-il du pape un bisounours? Non. Il ne s'agit pas ici de nier la réalité, ou l'horreur des actes commis, mais d'entamer un chemin de reconnaissance, de non-jugement, et éventuellement de pardon. Et il faut pour cela pas mal de courage.   

 

Loin de moi le fait d'être papiste. L'église catholique, sur la question des moeurs, n'a pas encore travaillé sa théologie pour la mettre en phase avec l'évangile et son message d'amour inconditionnel, ni fait travailler la rigidité de sa structure pour servir les hommes plutôt qu'elle-même; mais  devant l'acte qu'opère le pape de se mettre à genoux devant les enfermés, comme le Christ l'avait fait pour ses apôtres, oui, je suis admiratif. Si tous les jours l'actualité amène son lot de geste dégradants et de crimes, voilà pour le moins un geste beau, qui relève. Et si tous les jours la vision d'une société de plus en plus binaire, verticale, avec les bons et les méchants bien séparés, des structures de plus en plus rigides ou impuissantes semble l'emporter, la traversée des murs faisant sauter ces catégorisations et amène est salutaire. 

Des mauvaises langues diront que c'est là un effet de communication, qu'il ne faut pas être naïf. Peut-être. Mais ce serait trop facile de balayer ainsi ce mouvement d'abaissement et de rapprochement pour en faire un effet de manche. Ce serait oublier aussi que le pape est allé et retourne régulièrement en prison et qu'en faisant cela il interroge directement aussi les enfermements individuels de chacun.

Ce faisant, il perpétue un appel qui est au coeur de l'évangile (Matthieu 25.31-40) appelant à s'abaisser et à se mettre au service des affamés, des sans-papiers, des encagés, des étrangers, ne préjugeant pas qui est où et de quel côté de la barrière il se trouve, mais appelant chacun à se positionner face à cet appel.

Au final, je me fous du pape, mais je retiens l'acte.

Celui d'un homme qui ouvre des portes, franchis des murs et des barbelés, va rencontrer des taulards pour une manucure spirituelle, et imite par là à la perfection un geste posé par un va-nu-pied d'origine juive il y a plus de 2000 ans, qui allait mourir abandonné de tous, après avoir été trahi, moqué et torturé par une armée coloniale, mais en montrant, au-delà de la souffrance, par l'exemple, un chemin de libération et de joie.  

 

 

 

[1] http://www.tdg.ch/monde/pape-laver-pieds-repentis-mafia/s...

 

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10/04/2017

Décalages de Pâques

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Dire, c'est décaper.

C'est être décentré par le décalage entre ce qui est montré et ce qui est vécu, ce qui est articulé et ce qui est mâché; entre ce qui est cherché et trouvé, ce qui est mis sur la porte et ce que les invités y lisent, ce qui est commandé et ce qui est livré, entre le départ du mot et le temps qu'il prend pour passer, d'une bouche à une oreille, et qui sait: avec l'écoute... 

 

 

Rien ne suppose que quoi que ce soit puisse être lisse harmonieux, à tout le moins audible. Et rien ne laisse croire qu'une traduction puisse se passer sans ratures, raccrocs, reprises, rehaussement. En un mot : sans dialogue...       

Dire vient, par défaut, en boitant bas, avec un manque de moyens et un refus du masque, pour amplifier l'écho du monde. Non pour établir quoi que ce soit, s'afficher ou glorifier, mais pour entrer dans l'intime et le fragile dans un mouvement qui ressemble à celui des vents, de déplacements sans véritable progression, refusant d'envisager autre chose que de glisser, encore, et de ce mouvement, se miniaturiser et se déployer à la fois.    

Dire, pourtant, c'est agir dans ce décalage entre ce qui est nommé et ce qui se tait, entre l'agir et le penser, la courbe et l'arrivée; entre le son et le souffle, là où se trouve encore logé le soupir ou le bégaiement. 

 

Décalages entre la réalité des êtres, profondeur et complexité, et les images que l'on s'en fait; les petites cages et cadres serrés.

Décalages entre l'être et l'objet, entre ce qui les rend absolument distinct. Et résistance à toutes les forces qui cherchent à les confondre.

Décalages entre les bouts de soi et le soi entier, entre un mot et la phrase. Entre l'immédiateté du vouloir et la part du phrasé, entre une victoire ou la défaite, le désir et la contrainte.

Décalages poussant à exprimer, tout simplement, ce qui n'a pas de nom et ne peut en avoir, ce qui invite à prendre et à laisser et qui, sitôt désigné, à peine effleuré, repart ailleurs, d'un bond, comme un animal de la forêt se glisse hors du faisceau des phares.

Décalage entre le bond et le surgissement, entre ce qui est dit et ce qui appelle, encore.

Décalages entre les palmes et le sang des rameaux.

Décalages.

Conditions de l'être. 

 

 

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02/04/2017

Au-delà du voile

En voyage en Iran, quand je demande aux femmes ce qu’elles pensent du voile dont le port est obligatoire, la réponse oscille entre : on en est très fières, ou : ce n’est pas très important, ce qui compte pour nous c’est l’égalité des droits, de pouvoir nous marier avec qui l’on veut, avoir un bon travail.

Globalement, elles comprennent que ce thème questionne en Europe, et demandent pourquoi. Elles trouvent que c’est un point mineur. Pourquoi certains les perçoivent comme asservies ou soumises parce qu’elles portent un bout de tissu à géométrie variable, plutôt utile pour séduire, suivant sa longueur et sa position sur la tête, dévoilant mèches ou cheveux décolorés, voire une jolie tresse à l’arrière de la tête? L’essentiel serait d’avoir des droits politiques et un gouvernement qui les respecte. L'essentiel n'est pas le voile. 

D’autres ne parlent pas. Elles n’ont pas d’opinion sur ce sujet. Mais ce silence et cette retenue laissent penser aussi qu’elles ne se sentent pas tout à fait libre ou en confiance pour exprimer leur point de vue.

Les plus enhardies pourraient répondre du tac au tac : mais qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? Les femmes, en occident, sont-elles si libérées, alors qu'elles dépensent des centaines de dollars pour s’habiller, mettre des vernis sur les ongles, les enlever à l’acétone, ajoutant de la graisse de chat sur les lèvres, s’ébouillantant à la vapeur pour s’ouvrir les pores, s’arracher des poils à la cire pour coller à la mode et être toujours moins payée pour des boulots moins considérés ?

En occident, les femmes seraient émancipées ? Et parce qu’en Iran, les femmes mettent un carré de tissus sur la tête comme elles le veulent, se riant ici et là des gardiennes de la foi et des mégères de l’ordre, elles seraient cataloguées comme soumises ? Dans les rues de Téhéran ou d'Isphahan, le voile se porte sur un large spectre par la championne de Taekwondo tatouée aux cheveux blonds décolorés, passant par l’étudiante en design urbain aux cheveux ondulés, à la surveillante des mœurs dont l'œil unique dépasse de son tchador noué comme un garrot à son cou.    

Le maquillage est ici porté avec allégresse. La chirurgie esthétique bat des records ; nez refaits et chirurgies intimes dans les chambres des docteurs. Il n’y a pas lieu d’idéaliser. Les mécanismes de domination seraient plutôt cumulatifs. Mais il serait intéressant de voir les statistiques si l’on veut vraiment comparer et savoir de quoi l'on parle si l'on cherche à évaluer l'égalité entre hommes et femmes.

En Europe, certaines s’épuisent à courir seules dans des fitness sur des tapis, se serrent à bloc la ceinture à l’approche de l’été. Est-ce par plaisir du sport et pour s’affirmer dans un corps émancipé, ou pour correspondre pile-poil à des critères de beauté, souvent cadenassés par un ordre masculin et mercantile dominant ? Redoubler d’ardeur et de sueur pour être soi-même quand on s’approche en tous points du zénith des canons des magazines de mode, que ce climax esthétique durera tout au plus quelques années avant la décrépitude de l’âge et l’angoisse qui l’accompagne... quelle sinistre forme d’émancipation.

 

Bien sûr, en Iran, comme ailleurs, ce que signifie être une femme, son devenir, est une balance délicate de pouvoirs entre ce que la société exige et ce que chaque femme désire, ce que la société autorise ou condamne. Comme homme, il est toujours délicat de se positionner sur ce sujet. Mais quoi : demeurer silencieux serait préférable ?

Le voile, pour revenir à notre sujet, relève aussi de tout autre chose. Il demeure l’expression d’une foi, d’une singularité, et d’une appartenance. Plutôt que de juger et condamner, il serait positif de croiser les points de vue, d’ouvrir la discussion, et de s’intéresser vraiment à ce que les femmes qui le portent ou le refusent en disent. Ce n’est bien sûr pas du tout la même chose de porter un voile en Europe ou en Iran, ni d’être une femme ou un homme se positionnant sur ce sujet.

Quoi qu’il en soit, il serait bon de sortir des discours dogmatiques binaires opposant domination à affirmation de soi. Le dernier mot, sur ce sujet, revient à celles qui le portent ou ont fait le choix de s’en passer, et de respecter leur choix, dans le degré de liberté qu’elles affirment. Pour le reste, une certaine retenue dans le jugement serait bienvenu.  

Il y a plusieurs manières d’être voilée. Il y a des voiles d’ignorance, de honte, de soumission et d’arrogance. Certains sont visibles, d’autres non. Il y a aussi des voiles qui protègent, émancipent et libèrent, des voiles imposés et des voiles qu’on s’impose.

Pour comprendre, le dialogue et l’échange sont incontournables, afin de saisir, si l’on veut parler de domination, les ressorts qui la sous-tendent, la manière dont elle s’exerce, et les stratégies développées pour y résister, et qui eux sont universels. 

Pour conclure, avant de prétendre libérer l’autre, il est utile d’avoir déjà mis un pied hors de ses propres schèmes de domination. Le féminisme réalise cet effort de compréhension et d’effort sur soi. Les courants qui court-circuitent cette démarche me semblent porteurs d’un fanatisme et d’une présomption égale à ce qu’ils projettent sur un morceau de tissu qui, au final, dévoile bien plus l’identité des intolérant-e-s et ignorant-e-s, qu’il ne dissimule celle de quiconque.

09:32 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : voile, islam, féminisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/04/2017

Le 1e avril de Donald Trump

Il faut imaginer Donald Trump au pied de son lit se réveiller après une nuit sereine, à qui un employé zélé annonce entre les nouvelles de menues importances (évolution du conflit en Syrie, niveau de la dette américaine, rapprochements entre la Russie et l’Iran), que ce 32e jour du mois de mars est en fait le 1e du mois d’avril et qu’une petite blagounette du président serait bienvenue à cette occasion – c’est de coutume-, afin de détendre une atmosphère mondiale plutôt crispée.

Il faut imaginer le cerveau de Donald Trump se mettre immédiatement en branle, bouleversant ses plans de la journée, pour chercher quel bon tour il pourrait faire à ses followers sur twitter. Mais quelle blague pourrait faire Donald Trump un 1e avril qu’il n’ait pas déjà faite ? Et quelle plaisanterie semblerait suffisamment loufouque pour être plus drôle que celles qu’il fait sérieusement tous les jours ?

Il réfléchit (si si). Prétendre construire un mur entre les Etats-unis et le Mexique, le faire payer par les mexicains ? -Déjà fait. Affirmer que le climat va bien, qu’il faut rapidement faire de nouveaux forages dans le grand nord ? -Done. Affirmer vouloir déplacer l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem… elle est bien bonne celle-là, faut la faire durer quelques mois encore. Alors peut-être affirmer que l’ambassade des US en France sera désormais située à Berlin. Mmmmh… Interdire d’entrées aux Etats-unis les résidents de sept pays musulmans, énorme, mais les ingrats n’ont pas ri, c’est fait aussi, peut-être l'étendre à sept autres pays? Une grosse pitrerie : ne plus parler à la presse et faire des faits alternatifs une vérité absolue. Faire l’Amérique grande again, personne n’y croira, mais on peut essayer. Bref que ce soit le 1e avril toute l’année : plus c’est gros mieux ça marchera.     

 

Vient l’heure du petit-déjeuner, Donald n’a pas avancé. Il jette un œil sur sa mallette nucléaire d’un air malicieux, bon, pas sûr que ça fasse rire tout le monde, mais en choisissant bien le pays, ça pourrait être cocasse. Son employé zélé fronce les sourcils. Pas sûr.

Envoyer Ivanka sur la lune ? Melania à Moscou, fermer Wall-Street ? Construire un mur dans l’Atlantique, pour éviter que des bateaux n’entrent dans les eaux territoriales américaines sans contrôle. Pas drôle. Un petit clopet d'abord, on verra bien pour la suite.   

Après-midi. Donald n’a pas bougé de son lit. La dépression guette. Faire de Cuba le 52e état US ? Pas besoin de se presser, ça viendra, chaque chose en son temps… Soutenir l’indépendance du Tibet, les résolutions de l’ONU condamnant la politique coloniale d’Israël? Mouais... petit sieste, on verra bien ensuite.

Soir. Donald tourne bourrique dans son bureau. En désespoir de cause, rappelle son employé qui lui annonce qu’un bon poisson d’avril doit posséder trois qualités : être crédible, concerner tout le monde, être connecté au quotidien.

 

- Annoncer ma démission ?

- Par exemple

- Sans blague

 

 

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www.sylvainthevoz.ch

12:17 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poisson, avril, trump, monde | |  Facebook |  Imprimer | | |