20/02/2017

Toxicité des rapports de domination

634007338.jpgLe 2 février, le jeune Théo, 22 ans, passionné de foot, animateur pour les jeunes, était violé à Aulnay-sous-bois. Un policier introduisait sa matraque dans son anus lors d'une interpellation. 

Des vidéos de surveillance corroborent les propos de Théo. Le policier se défend en prétextant un geste "accidentel", voulant simplement faire fléchir le jeune homme pour le mettre à terre. Le rapport médical est explicite. Il parle d'une plaie longitudinale sur près de 10cm de profondeur du canal anal et du bas rectum qui justifie deux mois d'arrêt complet de travail. Le 16 février, un reportage d'envoyé spécial retrace l'ensemble des faits, et donne la parole à Théo.[1]  

Aujourd'hui, quatre policiers sont mis en examen. L'un pour viol, les trois autres pour violences.

Justice pour Théo

Le viol est encore marqué par la honte sociale et un silence oppressant. On n'a pas vu de hashtag #jesuistheo. Il y a des violences qui cherchent à humilier et rabaisser l'être jusqu'à l'isoler. Cela illustre aussi combien il est difficile de s'identifier, dans sa chaire, au viol... et c'est justement le rôle du tabou : figer les chaînes des reconnaissances et des empathies.  

Mais un cri de ralliement a été lancé : justice pour Théo, repris jusque dans des travées de stades de football allemand. L'indignation grandit, l'écoeurement devant le viol et les violences policières. Au moment où Théo est toujours hospitalisé, dans l'incapacité de se lever, se déplacer, avec une poche pour faire ses besoins, la première justice à rendre ne serait-elle pas déjà de nommer ce qui s'est passé avec des mots clairs? Or, ce qui frappe c'est la difficulté à entendre le mot explicite de viol (qu'il soit présumé ou non) de la bouche des politiques, des journalistes.

 

Les euphémismes hallucinants

On peut entendre, lire, du boulanger au ministre en passant par les journalistes, les mots suivants : acte de barbarie, brutale interpellation, l'accident, l'événement, l'humiliation, la bavure, l'acte dément, le dérapage... En fait, mille et un mots pour dire ce qu'il s'est passé, mais sans le dire vraiment, pour évoquer quelque chose de "dégueulasse", tout en euphémisant et donc trahissant ce qui s'est déroulé.

Un viol avec une matraque sur un jeune homme de 22 ans.

Est-ce parce que l'acte est si violent qu'il doit être passé sous silence ? Ou parce que le tabou d'une violence sexuelle sur un homme est tenace et ne peut être dépassé ? 

En Suisse, on ne peut pas violer un homme

En Suisse, pour rappel, le viol d'un homme n'existe pas dans le code pénal, puisque l'article 190 considère uniquement comme viol la contrainte sur une personne de sexe féminin à subir l'acte sexuel. Un homme ne peut lui être soumis qu'à des contraintes sexuelles et la peine en est subséquemment plus faible. En cas de viol la sanction est obligatoirement une peine privative de liberté d'un an au minimum, de dix ans au maximum. En cas de contrainte sexuelle, la sanction est une peine privative de liberté de dix ans au maximum... ou une peine pécuniaire.[2]

Théo n'est pas un cas isolé ou un accident. Il est le révélateur brutal de violences, de tabous, et de silences complices. Le décalage entre la manière dont il nomme ce qu'il a subi, et la manière dont le pouvoir policier, politique ou médiatique le décrit nous interpelle sur les rapports de domination à l'oeuvre et les tabous qui persistent.

Toxicité des rapports de domination

Il nous appartient de nous opposer à toutes les violences, tacitement ou implicitement institutionnelles, qui se portent encore majoritairement sur les femmes, mais également sur des hommes, en dénonçant les cocktails toxiques composés de sexisme, de racisme, d'homophobie, et traquer, au quotidien, tabous, silences et ambivalences, qui les perpétuent.

La toxicité des rapports de domination est d'autant plus forte qu'elle se prétend inodore et incolore.

Et personne ne peut prétendre en être immunisé, tant que les viols et violences ne sont pas nommés comme tel... et politiquement, socialement, condamnés.  

 

[1] http://television.telerama.fr/television/regardez-l-enquete-d-envoye-special-sur-les-abattoirs,154261.php

[2] https://francoischarlet.ch/2014/le-viol-dun-homme-nexiste-pas-en-droit-suisse/

11:55 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : violences, discriminations, viol, théo | |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

Et fils ou neveux du ministre congolais des télécommunication!

Écrit par : Dominique Degoumois | 03/03/2017

Entièrement d'accord avec vous. On ne défend pas les policiers en défendant un sadique.

Écrit par : Mère-Grand | 20/02/2017

"L'avantage" - si j'ose dire - de ce genre "d'incident" est que ça permet aux uns et aux autres de prendre conscience de la gravité du viol en tant que crime.

Ca fait des décennies qu'on dit aux femmes qu'elles l'ont bien un peu cherché, que ce n'est finalement pas si grave, qu'elles étaient consentantes. On n'a encore jamais entendu ces arguments-là lorsqu'il s'agit du viol d'un homme.

Qu'on se le dise.......

Écrit par : Arnica | 20/02/2017

Monsieur Thévoz,

Vous avez tout FAUX !

1. L'anus, le rectum, le colon, ne sont pas des organes génitaux (sexuels). L'anus est l'orifice terminal du tube digestif. Sa fonction est d'évacuer les résidus de la digestion.

2. Une matraque n'est pas un organe génital.

3. Pour caractériser un viol, il faut au minimum que les conditions suivantes soient réunies:
que le "pénétré" ou le "pénétrant" soit un organe sexuel.

4. Seule, une pénétration forcée de l'anus - à dessein d'assouvissement sexuel - par un sexe en érection, peut être qualifiée de viol.

Dans le cas de Théo, il pourrait s'agir au pire, d'une agression volontaire avec lésions corporelles graves pouvant entraîner la mort. + circonstances aggravantes, s'agissant d'une agression perpétrée par un agent de la sécurité publique dans l'exercice de ses fonctions.

Il va être difficile de prouver que le le policier agresseur, cherchait à assouvir des pulsions sexuelles.

Écrit par : G. Blanc | 21/02/2017

Les policiers sont très très méchants!!!! Ai je bien appris ma leçon M. Topo?

Écrit par : mark | 21/02/2017

...sur un autre sujet....Coty moins 176 emplois.....Inchallah......

http://www.bilan.ch/entreprises-plus-de-redaction/final-coty-supprime-176-postes-a-geneve

Écrit par : mark | 21/02/2017

"L'anus, le rectum, le colon, ne sont pas des organes génitaux (sexuels)"
Il me semble que vous jouez sur les mots. Pour les homosexuels et des hommes privés de partenaires sexuels féminins, ces parties du corps sont bel et bien utilisés comme organes sexuels, que ce soit de substitution ou non. Quand à la matraque, elle peut symboliquement avoir la même fonction.
A mon avis ce n'est d'ailleurs pas le problème dans le cas qui occupe la justice et les médias et c'est pourquoi j'ai moi-même utilisé le terme de "sadique" (pris au sens général) dans mon commentaire. Si l'on veut défendre la police, et elle le mérite souvent, il ne faut pas considérer que la gravité des faits et ne pas chercher à les couvrir par des arguties. Si vous avez raison d'un point de vue strictement juridique (et je ne suis pas qualifié pour en juger), je ne suis pas sûr que négliger la dimension symbolique de ce genre d'acte soit une bonne défense.

Écrit par : Mère-Grand | 21/02/2017

Sur youtube (RER METRO AGRESSIIONS) sans commentaires!

Écrit par : Dominique Degoumois | 03/03/2017

"Vous avez tout FAUX !"
Certes non.
Théo a été sodomisé par une matraque. C'est bien une agression sexuelle avec pénétration et donc un viol. Commis par un agent disposant de l'autorité et agissant au sein d'un groupe: jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.

Écrit par : Charles | 21/02/2017

JUSTICE POUR ZHANG CHAOLIN massacré par des "jeunes", (les fameux sauvageons), il y a 6 mois à Paris! Eh oui là c'est beaucoup moins médiatique!

Écrit par : Dominique Degoumois | 03/03/2017

Les commentaires sont fermés.