24/01/2017

Le Temps met la cagoule

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 Avant, les journalistes protégeaient leur sources, maintenant ils protègent leurs fesses.

C'est à prime abord ce que l'on peut penser en découvrant la dernière rubrique du Temps signée Emilie Sombes, pseudonyme pour une chroniqueuse masquée, le 24 janvier.

Voilà que Le Temps, hier quotidien Suisse de référence, est devenu gazette des rumeurs en inaugurant une "chronique masquée genevoise" qui lui permet de répandre ragots et rumeurs sur la vie politique,[1]  sans avoir de compte à rendre à personne, puisque le journaliste devient un fantôme. Mais est-ce seulement un journaliste? Peut-être cet anonyme est-il même un politique, un excité ayant des comptes à régler. Payé pour rédiger cela ? Mystère. Est-ce une manière différente de faire du journalisme? Bienvenue alors dans la nouvelle ère du journalisme spectral.

 

Une drôle d'éthique journalistique

Le procédé met mal à l'aise. Le climat est lourd de suspicions. On observe d'un air critique le Temps avancer masqué. Difficile de comprendre ce qui conduirait des journalistes à publier dissimulés des articles sur la politique locale. Des pressions, des menaces s'exerceraient sur les journalistes? On se souvient que par "magie" un article d'Olivier Francey sur Pierre Maudet avait rapidement disparu des écrans, sans jamais arriver dans l'édition papier.[2] Mais pourquoi alors ne pas informer sur ces dérives? Parler pouvoir, argent, défendre l'indépendance de la presse. Ou alors, le nouveau journalisme spectral est uniquement un outil publicitaire, une recherche du buzz par des articles osant tout car ne rendant plus compte à personne? Drôle de conception du débat démocratique et du travail d'information. Et jeu risqué surtout. Car ce qui donne sa qualité à la presse, c'est la transparence, les codes de déontologie qu'elle se donne. S'anonymiser, c'est pour elle se ramener au niveau des forums de trolls sur facebook.

 

Les cagoules dans les salles de rédaction

Il y a une dimension politique aussi. Car après tout, n'importe quelle personne ouvrant un blog dans un journal est tenu de rendre compte de son identité. Le courrier de lecteur de la moindre gazette exige des citoyen-ne-s qui y écrivent de s'identifier. Le site d'information alternative et anticapitaliste Renversé s'est vu priver d'hébergement internet en Suisse, car il refusait d'identifier les personnes qui animaient le site.  

Il est bien interdit de se cagouler lors de manifestations, pourquoi le valoriser dans les salles de rédaction ? En fin de journée le Temps frappait encore avec un autre article, sur le PLR cette fois.[4] On devrait attendre désormais un communiqué de presse du Temps pour être sûr qu'il revendique l'article?

 

Fragilisation du rôle des journalistes

Deux jours après l'annonce de la fermeture de l'Hebdo, la profession n'avait pas besoin de ce nouveau coup tordu. Elle pâtit de la décision du Temps de la faire écrire sous pseudo. Son travail en devient plus difficile. Comment être dans la confiance avec un journaliste, dialoguer avec lui sans savoir si ce que l'on partage en off sera balancé ensuite dans un article anonyme? Comment, pour un journaliste, se faire une opinion, aller chercher de l'info, si sa profession devient synonyme de ragots et délations. La qualité d'information en souffrira. Au final, on risque d'avoir un journalisme fait par des mouchards ou des lâches. 

Il y a des pays où des journalistes risquent leur vie en écrivant. Il en est un autre désormais, le nôtre, où certains journalistes risquent la perte de leur identité professionnelle en écrivant des textes anonymes qui ne les exposent à rien d'autre qu'à la suspicion et à l'oubli. 

Le rédacteur en chef du Temps, Stéphane Benoit-Godet devrait rapidement tomber la cagoule, et s'expliquer sur le choix de ses étranges procédés au risque de décrédibiliser toute une profession. 

 

[1]https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/24/primaire-ps-genevois-pari-risque-caroleanne-kast

[2]http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/03/12/pier...

[3]http://www.lecourrier.ch/141155/le_site_renverse_renait_e...

[4]https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/23/logiciel-obsol...

.....................

www.sylvainthevoz.ch

23:37 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

Monsieur Topo, vous parlez de la presse....personne ne lit. L'hebdo ferme ses portes (ce que qui est pas dommage pour un journal pro UE), les jeunes sont plus intéressés par Facebook que les articles du Bilan, ils ont bien raison. Personne veut se mouiller et c'est bien normal. Pourquoi dire des choses qui vont vous apporter problèmes, disputes et conflits. Tout va bien dans le meilleur des mondes, nous vivons mieux qu'il y a 30 ans, l'occident domine tout, nous vivons dans un monde parfait, nous sommes les gentils, les autres sont les méchants, la différence est une chance et une richesse etc.....Ai-je bien appris ma leçon des socialistes-gauchistes-communistes-alter mondialiste....?

Écrit par : mark | 25/01/2017

L'extrême gauche....des hommes de convictions....

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/28799128

Écrit par : mark-o | 25/01/2017

Les articles non-signés sont réputés avoir été écrits par le Rédacteur responsable de la publication, à défaut par l'Editeur, à défaut par l'imprimeur. Ce dernier, s'il ne souhaite pas apparaître (pour ne pas perdre une affaire)peut fournir son numéro d'imprimeur que les autorités suisses peuvent exiger de la profession en tout temps.

A Geneve tout imprimé doit obligatoirement porter le nom de l'Editeur, à défaut de l'auteur, à défaut de l'imprimeur (en clair ou sous numéro). Les périodiques doivent s'inscrire en Chancellerie avant toute publication.

Lorsque Genève Home Information (GHI), journal gratuit (qui paraissait sous une autre appellation dans ses premiers numéros), j'avais conseillé à son Editeur (G.Fleury) en 1968-1969 de s'adresser à l'imprimerie du Parti du Travail (PdT) pour faire tourner son journal sur ses rotatives.Ladite imprimerie était dirigée par le vaillant M. Magnin, député au Grand Conseil de Genève. Mon conseil avait été suivi. A l'époque les éditeurs classiques vouaient une haine implacable aux journaux gratuits. La persécution de GHI s'est effectivement produite.

L'imprimerie du PdT a imprimé clandestinement l'organe du FLN, El Moudjahid, pendant toute la guerre d'Algérie. En d'autres temps, Montesquieu a fait imprimer son Esprit des Lois clandestinement à Genève, à la barbe du monarque réputé encore de droit divin. Hi ! Hi !

Il existe donc mille raisons et une longue tradition pour légitimer la publication protégée par l'anonymat.

Pour des raisons pratiques impérieuses et un état de nécessité, il m'est arrivé souvent de recourir à des pseudos sans en avoir à en rougir rétrospectivement...J'en souris même encore à l'heure qu'il est !

Il m'est même arrivé d'écrire un article dans le regretté Nouveau Candide (Paris) sur la page opposée de celle ...d'Emile Ajar...pseudo de Romain Gary dans ses oeuvres pornographiques !

http://tinyurl.com/9afzwbe

Écrit par : jaw | 26/01/2017

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