03/01/2017

De Lascaux à la Servette...

15822678_10154717231176826_2177001069037110969_n.jpgC'est beau quand la créativité s'affiche !  En raison d’un changement d’exploitation, la plupart des 3000 panneaux publicitaires de la Ville de Genève ont été recouverts de blanc début janvier 2017.[1]

Les Genevois-e-s se sont alors spontanément  appropriés ces espaces vierges, démontrant que l’espace public peut être un lieu d’expression de créativité et de partage, et que si l’on retire un peu la publicité et ne sanctionne pas immédiatement la créativité, celle-ci donne lieu à de très belles manifestations.

 

Stop à la criminalisation des créateurs

Les restrictions sur l’affichage dit sauvage et les tags poursuivis d'une manière maniaque par Pierre Maudet d'abord puis Guillaume Barazzone ensuite ont tué une certaine créativité en Ville de Genève, faisant de l'espace dit public un espace privatisé au profit du vide, du lisse, du rien, du propret hygiéniste.

A force de vouloir sans cesse réprimer et criminaliser, jusqu'à la créativité, on en est arrivé à corseter toute expression, à refuser tout signe de manifestation. Désormais, même les amoureux semblent hésiter à deux fois avant de graver leur nom sur une écorce ou un bout de banc; les gamins hésitant à faire des traces de peinture sur le sol. Or, il y a pire que le fait de transgresser, il y a celui de ne même plus oser. 

L'espace public est devenu petit à petit l'espace de personne, de l'anonymat de l'interdiction et du vide, ou alors de la crainte de l'éruption massive et destructrice.

 

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De Lascaux à la Servette...

Pourtant, il y a une légitimité forte, humaine, basique, à vouloir créer, écrire, peindre, laisser une trace, et d'autant plus dans une société dématérialisée de manière accélérée. Il y a peu de société qui, au final, permettent aussi peu que la nôtre de toucher marquer, imprimer sur ses murs et ses pavés quelque chose de soi.

 

Il y a pourtant de nombreux bienfaits, pour une collectivité, d’avoir des lieux d’expression dans l’espace public. Après tout, si l'on veut sortir de la société de la consommation et de l'avachissement, ne faudrait-il pas ouvrir des espaces d'appropriation et de création, participatifs, accessibles à chacun et visibles par tous ?

 

Quand la créativité s'affiche...

Il serait tellement plus positif, et l'appropriation par les genevois-es de ces derniers jours l'illustre, de mettre à disposition des lieux et des espaces, les aménager, les valoriser, plutôt que de criminaliser d'une manière coûteuse les agités du stylo. Mais surtout, faire en sorte que cette créativité soit le fait d'une politique publique volontaire plutôt que d'un heureux hasard lié à une attribution de marché contestée.[2] 

 

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La plus-value d’une activité artistique et le sentiment d’appartenance à la collectivité qu'elle procure est mille fois plus positifs que les quelques désagréments que des graffitis peuvent occasionner à la cornée.

On peut y voir l'exploration de la liberté de faire ou de ne pas faire, celle de la découverte du cadre et de ses limites, enfin d'une possibilité de développer la capacité de s'approprier les choses dans une société qui souffre surtout de retrait massif, d'isolement et de désinvestissement collectif.

 

Ouvrir des possibles 

Il suffirait de presque rien, de toiles blanches, d'ouvertures de possibles, mais surtout de faire le pari de laisser place à l'inattendu, à l'inconnu, à la poésie, et aussi peut-être à la colère et à la rage, bref, à ce qui bout dans tout un chacun, plutôt qu'aux enseignes publicitaires et à la bonne gouvernance du vide ripoliné.

Et puis, quand un temps aura passé, après avoir soigneusement photographié et documenté les dessins, traces, théories, peintures, crachats (toujours mieux que de les ravaler) que les genevois-es auront librement déposés sur ces espaces, passer un joli coup de peinture blanche, afin de renouveler les possibles, ouvrir de nouveaux chapitres pour la fabrication commune d'une culture urbaine. 

C'est une utopie ?

Peut-être... peut-être pas. 

Si on faisait, pour l'éprouver, le pari de l'ouverture de quelques pages blanches dans l'espace public ?

 

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/genevois-s-approprient-espaces-p...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Revolution-dans-l...

 

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www.sylvainthevoz.ch

 

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Commentaires

Pétition "pour une semaine de trêve publicitaire créative et citoyenne chaque année à Genève !" ---> http://bit.ly/2hVYAXo

Écrit par : Robin | 05/01/2017

Attendez donc qu'apparaissent des dessins et messages "populistes" et vous changerez bien vite d'avis!

Écrit par : Arnica | 06/01/2017

Bonjour Monsieur Topo, je vous souhaite à vous et au parti socialiste une excellente année 2017. Pour ce qui soit des panneaux, je suis tout à fait d'accord avec vous (la preuve que l'année commence bien). Il vaut mieux que les genevois pauvres gribouillent sur ces surfaces qu'ils regardent des produits qu'ils ne peuvent pas s'offrir genre Rover ou Rolex. J'irai plus loin, la publicité devrait être interdite dans le canton de Genève car les indigènes n'ont tout simplement pas les moyens de s'offrir des biens de consommation courante et on ne parle pas du luxe....

Écrit par : mark-o | 09/01/2017

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