sylvain thévoz

28/11/2016

Témoigner pour la vie

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A la fondation Michalski, à Montricher, il y a cette incroyable bibliothèque, ces alvéoles pour écrivains en résidence. Là, tout est neuf, de bois et de pierre, bien ancré au pied du Jura, dans le calme et la sérénité, avec un magnifique auditoire creusé dans la bonne terre vaudoise. Un hommage vivant à la culture, aux lettres, et à la civilisation. Trois hommes sont réunis là pour faire mémoire, 20 ans après, du plus long siège de l’histoire de la guerre moderne : celui de Sarajevo (avril 1992-février 1996). Le correspondant de guerre, photographe, Patrick Chauvel, le journaliste de guerre, documentariste, Rémy Ourdan, et l’écrivain Vélibor Čolić.

 

 

 

Le siège /Opsada

chauvel,ourdan colic,sarajevo,guerre,journalistes,culture,mémoire,témoignerCes trois ont traversé et survécu à la guerre. Velibor s’est engagé dans l’armée bosniaque avant de la quitter en jetant sa kalachnikov dans la rivière - il avait peur que s’il la cassait seulement, il soit possible de la réparer pour l'utiliser à nouveau-  Patrick Chauvel, et Rémy Ourdan ont vécu de l'intérieur le siège de Sarajevo et présentent leur film: Le Siège ( The Siege/ Opsada, 2016),[1] imbrication d’images d’époque, de photographies de Chauvel,[2] et des témoignages de celles et ceux qui ont survécu au siège.

Ce film bouleversant montre les Sarajéviens comme résistants, pas comme victimes, pousse à réfléchir sur ce qui leur a permis de tenir dans les pires moments. Les voix racontent l’épreuve, l’horreur de la guerre, les snipers ; ces moments où il faut choisir entre manger sa pomme tout seul dans son coin ou la partager à plusieurs, ce que les gens révèlent d’eux-mêmes dans les moments de péril ultime. Il en ressort une incroyable énergie de vie et de résistance au milieu de l’horreur et du dégoût total. 

 

index3.jpgCulture comme résistance

Montrer les spectacles montés dans les caves, le concert de musique classique dans les cendres de la bibliothèque de Sarajevo, le concours de miss ville assiégée, ces mille et une ironies, blagues, graphismes subversifs, résistances psychiques à la mort qui planait, les doigts d’honneur fait aux snipers. Entendre le choix de cette infirmière qui, au début du siège, allait quitter sa ville, puis demande à descendre du bus, pour y retourner, car on avait besoin d’elle dedans.

Voir cette petite fille courir avec son petit chat dans les bras sous les tirs des snipers. Faire mémoire de tous ceux qui allaient au péril de leur vie chercher un blessé au milieu d’une rue, ou juste du pain au marché. La guerre dans ce qu’elle a de banal, quotidien, de dévoreuse de vie à laquelle il fallait opposer un surplus de vie.  

   

index1.jpgUn film pour rendre hommage

Ce film est une descente abyssale dans une ville en guerre. Une guerre qui arrive du jour au lendemain dans un espace de paix, multiculturel et pluri confessionnel.

Tous le disent : on n’aurait jamais pensé qu’il y aurait la guerre. Et puis, du jour au lendemain, il y a les chars devant toi et les tirs de mortiers. Ce moment surréaliste où ce qui n’arrive qu’aux autres, t’arrive à toi, et que tu es coincé. Et il faut choisir : résister ou mourir, se terrer dans un coin ou affronter.  

Il  y a quelque chose de psychotique dans le récit de ce siège qui commence du jour au lendemain et s’arrêtera de même lorsque la communauté internationale se décidera à frapper les positions hautes des serbes. En une nuit, et un ciel zébré d’éclairs, le calvaire de la cité s’arrêtera. Il aura duré 4 ans, laissé 11'541 victimes sur le carreau, des milliers de blessés. Certains disent que l’arrêt du siège fut un événement tellement surréaliste et qu’il laissa les gens désemparés. Pourquoi ne pas avoir frappé plus tôt, pourquoi si tardivement seulement ? Avec le sentiment d’avoir été soumis à une sorte d’expérience d’enfermement perverse et ultime.

 

La travail de dire

Čolić,[3] Ourdan, Chauvel, parlent de leur travail. De la nécessité de témoigner, d’être comme des petits bruits dans l’oreille des indifférents pour les empêcher de dormir tranquille. Ils sont tenus par l’impératif de raconter. Pourquoi ? D’abord pour ceux rencontrés sur place, pour que leur parole soit portée plus loin, pour qu’au drame ne s’ajoute pas l’indifférence, et à l’indifférence l’oubli.

Parce qu’il y a l’histoire, parce qu’il faut garder trace. Parce qu’ainsi la mémoire, les générations futures, auront accès à ce qui s’est passé. Chauvel rappelle l’exécution d’un jeune homme. Ce dernier était ratatiné contre un mur. Au moment où il a vu l’objectif du photographe, il s’est redressé, a rassemblé ses forces pour prendre une pose fière et digne.. avant de mourir.

Ceux qui crient crient. Les messagers portent les messages. Comment écoutent ceux qui entendent ? 

Aujourd’hui, à Alep assiégée, les troupes du régime syrien reprennent les quartiers est de la ville. Plusieurs milliers d’habitants fuient sous les tirs, dans la nuit de l'hiver. 

 

Jusqu'à quel niveau d’indifférence peut-on aller sans se perdre ?

Fin du film, fin du débat. Čolić raconte une dernière anecdote.  Un suisse avait demandé à l’écrivain argentin Ernesto Sabato, pourquoi l’Amérique latine avait une histoire si chahutée, et la Suisse si peu. L’écrivain argentin répondit : le jour ou Guillaume Tell a raté son fils, la Suisse a perdu sa grande occasion d’avoir une mythologie dramatique.

Que faisons-nous de ce drame d’être dans un pays en paix, stable, heureux et prospère, alors qu’à quelques milliers de kilomètres des humains sont assiégés et humiliés ? Jusqu'à quel point le sentiment d’impuissance empêche-t-il de s'organiser et agir?

Jusqu’à quel point peut-on encore se dissocier de ce qui a été vécu à Sarajevo, ce qui se déroule désormais à Alep, faire comme si notre univers, clos, s’arrêtait aux collines verdoyantes de Montricher, aux premières neiges sur les Alpes.  

Une question lancinante: si nous renonçons à agir là-bas, comment redoublerons-nous d'efforts pour accueillir ici ceux qui sortent de l'enfer,  nous sont tellement semblables, qu’il est parfois difficile de les regarder en face sans honte ? 

  

 

[1] http://www.remyourdan.com/

[2] http://www.fonds-patrickchauvel.com/

[3] http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/06/16/velibor-colic-l-illettre-qui-visait-le-goncourt_4951458_3260.html

 

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22/11/2016

La morgue du Grand Théâtre de Genève

160927_dontdance.jpgLundi soir, des militant-e-s du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) dénonçaient à Genève la tournée prochaine du Ballet du Grand Théâtre à Tel-Aviv, en distribuant des tracts devant l'opéra des Nations.

Ce tractage visait à informer les spectateurs du fait que Genève, en tant  que capitale des droits humains, veillant sur les conventions humanitaires, ne pouvait laisser filer son ballet dans un état qui viole les droits de l'Homme sans réactions.

En effet, il est profondément troublant que le ballet du Grand Théâtre envoie ses chaussons promener la réputation de Genève dans un champ de mines[1]. En décembre 2015, le jongleur Mohammad Abou Sakha (parrainé par Amnesty international)[2] a été arrêté par l'armée israélienne sur le chemin de son école de cirque en Cisjordanie, transféré sans accusation dans une prison israélienne. La poétesse palestinienne Dareen Tatour (parrainée par PEN international) a été mise en prison en 2015 pour avoir publié un poème sur Facebook, elle est aux arrêts domiciliaires aujourd'hui.[3]

Nonobstant cela, notre ballet irait, la bouche en coeur, servir la soupe à l'opéra national de Tel Aviv?  

 

Sensibiliser le public, solidariser les artistes

Pour rappel, fin septembre, le mouvement BDS adressait une lettre au ballet du Grand Théâtre Genève l'invitant à renoncer à maintenir ses 4 dates (19-22 décembre) à l'opéra national de Tel Aviv.[4] 

Dans son courrier, BDS rappelait l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d’un régime d’occupation et d’apartheid et démontrait qu'il est fallacieux de dire que la culture peut être un pont entre des peuples ou un outil de dialogue quand, derrière un mur de séparation de 700 km et des dizaines de checkpoints, vivent enfermé-e-s des centaines de milliers de Palestinien-ne-s qui n'ont aucune chance d'avoir accès à ces spectacles. Impossible pour eux de se rendre aux représentations du ballet du Grand Théâtre de Genève. La culture sert donc ici à renforcer une inégalité et légitimer une division des peuples.

Si la culture est le soubassement d'un dialogue clair et un facilitateur de rencontre, il y faut une volonté, un message franc, et par exemple, a minima, s'engager à aller des deux côtés du mur, à la rencontre de tous les publics. Le GTG ne peut être crédible avec son discours vertueux que s'il explique ce qu'il compte faire à Tel Aviv.

 

La culture à toutes les sauces?

Si cela n'est pas fait, merci d'arrêter de nous baratiner sur le fait que la culture serait nécessairement un outil de dialogue vertueux, un créateur automatique de liens positifs. Il est malheureusement aussi très bien utilisé comme un vecteur politique, élitiste, réservé à une certaine classe sociale, pour un certain groupe, dans une perspective de normalisation de l'intolérable et de dissimulation des conflits.   

 

La morgue du Grand Théâtre

Il faut constater que le Grand Théâtre de Genève, à ce jour, prend de haut les appels de BDS. Il n'a toujours pas formellement répondu à sa lettre de septembre l'invitant à renoncer à cette tournée, se limitant à répondre à une sollicitation du journal le Courrier en bottant en touche (on n'irait pas en Corée du Nord, mais Israël est un état fréquentable), et en maniant l'euphémisme (Le choix a été laissé aux danseurs, mais aucun n’a souhaité boycotter Tel Aviv... comme si des employés pouvaient dire à leur employeur qu'ils ne veulent pas travailler)... le plus troublant étant lorsque Tobias Richter, directeur d'un Grand Théâtre pesant quand même 43 millions de subventions de la Ville de Genève,  répond par mail au journaliste pour affirmer qu'il s’agit d’une collaboration artistique. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève ayant simplement répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel des relations très amicales sont entretenues.[5] Bref, circulez il n'y a rien à voir, sans prendre la peine, le moins du monde, de se positionner sur les questions de fond que soulève BDS. On est en droit d'attendre plus de la part d'une entité souhaitant jouer un rôle culturel majeur dans une Ville comme Genève.

 

L'art ne peut être neutre au sujet de l'Apartheid

Les militants de BDS se sont donc réunis ce lundi soir pour aller sensibiliser le public. L'accueil fut bon et curieux. Toutefois, après une petite heure, un responsable du Grand Théâtre leur a demandé de sortir du parvis de l'opéra. Des membres du club des amis du Grand Théâtre se plaignant apparemment de cette distribution de papillons.

Ainsi, à la place des Nations, une vénérable institution, subventionnée à hauteur de 43 millions par la Ville de Genève, prétendant porter haut son nom, demande à ses citoyen-ne-s de dégager de devant ses escaliers, et ne prend pas la peine de répondre à un courrier, engagé certes, mais courtois, appelant à un positionnement culturel et politique de l'institution face au fait d'aller danser dans un état ne respectant ni les artistes ni la liberté d'expression.

 

Le nom de Genève n'est pas une marque de lessive

On peut être d'accord ou pas avec l'appel de BDS, on peut trouver le moyen du boycott trop radical, mais on ne peut accepter la morgue et le mépris avec lequel le Grand Théâtre reçoit cet appel et fait cas des citoyen-ne-s qui questionnent la volonté du GTG de faire la promotion du dialogue comme vecteur de paix. Le nom de Genève n'est pas une rente de situation ou une marque de lessive. L'utiliser ainsi n'est pas acceptable.

La culture, bien plus qu'un outil de dialogue semble malheureusement être, dans ce cas précis, pour la direction du GTG, être réduit à un appareil de production culturel, esquivant le débat d'idées, à finalité économique, une tournée étant de l'argent qui rentre, peu importe l'origine de celui qui paie et sur le dos de qui.

Le Grand Théâtre fera-t-il vraiment porter un message de paix et de dialogue en Israël ? Si oui, qu'il nous explique comment, avec quels moyens, et pour qui et qu'il s'explique vraiment sur le maintien de ses choix. 

Sinon : qu'il s'abstienne d'y aller, comme certaines voix lui enjoignent de le faire avec une insistance désormais grandissante.

 

 

La culture oui ! Mais pour qui, et pour quoi ? 

Danser avec l'apartheid au risque de ruiner l'image de marque de Genève? Dites-leur ce que vous en pensez : facebook : @geneveOpera // twitter : @geneveOpera // courriel : info@geneveopera.ch

Pour en savoir plus : site de BDS Suisse bds-info.ch

 

 

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[1]  http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/10/17/gran...

[2]http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/cirque/la-detent...

[3]http://www.europalestine.com/spip.php?article12238&la...

[4] http://www.bds-info.ch/index.php?id=460&items=2260

[5] http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

 

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21/11/2016

Le salon des petits éditeurs a tout d'un grand

Samedi 12 novembre à la ferme Sarasin, au Grand-Saconnex, la troisième édition du salon des petits éditeurs[1] porté par les éditions Encre Fraîche a tenu ses promesses. Côté chiffre : 500 personnes ont visité les stands de 30 éditeurs, découvert l’exposition de l’atelier le poisson bouge, fait 2 dictées, participé à une balade littéraire, assisté à 4 animations pour enfants. 5 débats ont eu lieu, 12 lectures, 4 vernissages de livres. Une classe a vendu des pâtisseries pour leur voyage d’école. Mais on n’ira pas jusqu’à compter les kilos de pain écoulés ou les litres de cafés bus durant cette journée. Le langage des chiffres et de la quantification n’est pas celui qui convient pour rendre compte de cette richesse. C’est ce qui s’est passé entre les gens, dans ce salon chaleureux, intime, agréable qui doit être relevé. Pour la troisième fois, la ferme faisait comme un pied-de-nez au salon du livre ayant lieu à quelques encablures, à Palexpo, au mois de mai, et s’établissait à une toute autre échelle.

 

La proximité avant tout

Dans la ferme, il n’y a pas de grand groupe de presse ou d’édition. C’est ici le royaume de la petite édition. Dans cette sorte de ruche du langage, des contacts, multiples, se nouent, entre auteurs, jeune public, éditeurs. L’entraide joue à plusieurs niveaux. Les éditeurs se font aider par leurs auteurs à porter les livres, installer le stand, le tenir. Les auteurs préparent l’apéro, lisent leur texte, d’autres débattent. C’est un peu comme en famille (en mieux). On est là dans la militance et la proximité. Cela se ressent à tous les niveaux. L’entrée est gratuite. C’est important pour une parole qui se veut libre et accessibles à toutes et tous. Personne ne compte ses heures. Les signatures, lectures, débats, permettent de découvrir de nouveaux visages, nouvelles voix.

Les professionnels du livre sont là aussi. Dominique Berlie, responsable livre en Ville de Genève, Cléa Rédalié, son homologue au Canton, accessibles et souriants. Aurélia Cochet, de la MRL (Maison de Rousseau et de la littérature) est interpellée par les auteurs qu’elle croise. Elle en profite pour rappeler l’événement Écrire POUR CONTRE AVEC à la MRL, dont le thème est cette année : « provoquer l’avenir » (avec Maylis de Kerangal, Pascale Kramer, Joseph Incardona, notamment). Tout se tient. La culture et la défense d’une société éveillée demande des courroies de transmission et des incubateurs pour la pensée. En ce salon se préparent les livres futurs. Fruits d’une rencontre, d’un hasard, d’un coup de cœur parfois.

Réfléchir ensemble

Quatre grand débats rythment la journée. On retient ici les thèmes : Quand l’écriture se confronte à l’Histoire, Aux sources de l’inspiration poétique, Ecrire après un livre à succès, Ecrire l’ailleurs (avec Blaise Hofmann, Pascal Nordmann, Zabu Wahlen, Céline Zufferey), Fiction courte (Guy Chevalley, Annick Mahaim, Anne C. Martin, Jérôme Rosset), histoire de réfléchir aux multiples facettes que prend la petite édition aujourd’hui, le travail d’écrire.

On croise Jean Ziegler et on échange un instant. Son fils Dominique lance son livre : Les aventures de Pounif Lopez chez Pierre Philippe. Pauline Desnuelles se prépare pour sa lecture de D’ailleurs, les gens (aux éditions des Sables), récits de vie de migrante-e-s à Genève. Rolf Doppenberg, de retour d’une résidence d’écriture à Amay, engage une discussion sur la situation en Palestine. Quelqu’un a d’ailleurs affiché le programme du festival Filmer c’est exister, qui se déroulera du 24 au 27 novembre au Spoutnik. Denise Mützenberg des éditions Samizdat lance un cri du coeur : « La poésie sauvera le monde ». Pas sûr que cela suffira, non, mais sans cela on est certainement foutu c’est sûr.        

 

Le salon des éditeurs, 4e édition, est déjà annoncé pour 2017, en novembre à nouveau. Pas de doute, on y sera. Afin que la littérature essaime, et parce que l’essentiel n’est ni dans les chiffres, ni dans les murs, mais dans cette circulation des idées et des êtres, à la bonne  échelle : celle des rencontres.

 

 

[1] https://www.petitsediteurs.ch

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11/11/2016

Au plus grossier dénominateur commun

 

R comme résistance

Résistance au clapet de la haine, au mépris, au désir de puissance.

A la langue molle, qui colle et ne choisit plus, ne parle plus d'elle-même.

A la langue qui sèche, celle qui lèche.

 

A la langue putassière ou pâteuse, aux reflux, rejets et masques hideux.

Aux clapiers et terriers fumeux, aux territoires de délégation silencieuse.

A la langue du clan, des débilités congénitales, des ethnies aux nostalgies coloniales.

 

R comme résistance

Résistance à la dérégulation complète, aux lois du marché qui bradent, dévalorisent, sous-traitent, mettent aux enchères, au chômage ceux qui y ont cru.

A poil les plus précaires, au trou les plus à poil et sur I-pad tous les autres!

Tu as bien servi kleenex: aux chiottes maintenant ! La loi du rendement, après 20 ans de boîte, 3 semaines de stage non payé, sans pouvoir prendre tes affaires, sur le trottoir sans comprendre ce qui t'arrive et pourquoi ceux qui te courtisaient te virent comme un malpropre, avec le sentiment maintenant de t'être fait bien baiser... et que celui qui sourit vienne te montrer ses propres dents en face.  

La question est : vas-tu te laisser tétaniser par cela?

 

Résistance à la diarrhée médiatique, à ce qui liquéfie la pensée, glisse trop bien dans les tuyaux.

Résistance au désir de vaincre, à l'encrassage des neurones, aux distractions complètes, aux grumeaux et au lait caillé. 

Résistance aux cercles satisfaits -félicitations permanentes- qui se protègent et consolent parmi,

se font écrire leurs textes par d'autres et répètent en boucle le même discours, une main sur le coeur ou l'épaule.

 

Aux retourneurs de veste: ils te font les poches dans un sens puis dans l'autre.

Tu leurs achèterais encore du tissu? 

 

R comme résistance

Résistance complète au mouvement complet de déshumanisation de l'Homme, à la marchandisation de l'être, à l'indifférenciation des pommes, aux rouages de l'indifférence.

Résistance aux discours de haine, aux formules creuses, aux postures de mode, à toutes les complaisances.

A ceux qui viennent habillées comme des révolutionnaires pour remplir leurs bidons,

vider les fontaines comme tant d'autres.

 

Résistance aux grands titres, aux notes de bas de page.

A tout ce qui n'est pas dans le corps du texte.

A ce qui passe très loin de ta portée, porte à lâcher l'action ici même.

 

Résistance aux discours des caporaux, des moralistes, des majoritaires.

 

A l'effroi des masses, à l'effet de troupeaux, au rassemblement autour du plus grossier dénominateur commun.

 

Résistance à l'ignorance, aux additions des calculateurs, aux soustractions des manipulateurs, à l'égalité médiocre.

A la pâte à pensée, à l'identique pâte à modeler.

A la puissance de séduction, désolation morbide.

 

R comme résistance

Résistance à chouiner, à couiner, ronronner dans le lard, être spectateurs ou poulet frit.

Résistance à la mise à distance, hors de l'action, au refus de prendre part, à l'abstention. 

A abandonner le terrain, à céder sur les mots, à la tentation des pitres. 

 

Entrer dans les choses, comme on rencontre les êtres.

Entrer en dissidence.

 

Elle vient l'époque du grand tamis, ou tout ce qui n'a pas de forme, de figure ou de cri,

tout ce qui ne dépasse pas, ne sera pas uni, sera englouti.

 

A l'aspiration nihiliste. 

R comme résistance, comme l'air que l'on expire. 

 

 

 

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07:49 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, partisan, résistance, air du temps, temps de vivre, vie debout | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/11/2016

Ni terroriste ni kamikaze : juste cycliste!

cycliste,vélo,danger,voiture,mobilité,ville,risque,police,amendes,genèveLa presse l'avait annoncé, si la semaine passée, les deux roues motorisées avaient été ciblées par la police durant les vacances, à la rentrée, les cyclistes allaient y passer. Et les voitures? Peut-être à Noël... ou à la semaine des quatre jeudis, qui sait.

Après deux jours d'opération spéciale, un seul enseignement ressort de ces actions : mettre des amendes ne sert à rien. Et ne servira toujours à rien tant qu'une vraie place ne sera pas faite sur la route pour les adeptes de la petite reine. La police a mieux à faire que de chasser les usagers les plus vulnérables de la route. Tant que leur protection ne sera pas assurée, la police ferait bien mieux de protéger leur vie.

Il faut repenser la mobilité pour mieux intégrer les cyclistes. L'article de la Tribune rendant compte des manoeuvres de la police leur donne la parole. Leur témoignage est édifiant. Ce qui en ressort, c'est l'incompréhension, le sentiment de devoir survivre dans un espace qui n'est pas pensé pour eux, quand bien même ils utilisent un moyen écologique, qui ne nuit pas à la santé, ne pollue pas, et économise des volumes de parcage.[1] 

 

Kamikaze ou terroriste ? Juste cycliste!

Les cyclistes, vulnérables, sont jetés en pâture sur la route. Un exemple parmi tant d'autres. Vous arrivez en vélo du quai Gustave-Ador. Vous devez emprunter le pont du Mont-blanc. Vous risquez votre vie le long du jardin anglais, tassé contre le trottoir avec des voitures qui vous frôlent à haute vitesse. Vous serrez les dents, prenez votre courage à deux mains, levant bien haut l'une d'elle pour signaler que vous allez vous risquer à traverser deux voies de trafic à haute vitesse. Tout cela pour... tenter d'atteindre vivant la rue de Chantepoulet... Si vraiment vous êtes du genre kamikaze, vous aurez même pris le risque d'attendre le feu vert devant l'horloge fleurie, et osé la même manoeuvre au moment du démarrage de la meute des voitures. Jamais essayé ? Faites-le. La risque de mortalité est plus élevé que lors d'un saut de base-jump.

Alors quoi, il aurait fallu que vous veniez prendre la place des piétons au jardin anglais ? Que vous empruntiez ensuite la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc en slalomant entre eux ? Tout cycliste tenant à la vie vous le dira, il empruntera la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc. Si vous lui dites que vous prenez la route, il vous regardera comme un demeuré. Mais quoi ? Tu roules sur la route? Tu veux mourir ou quoi ?

Un autre exemple ? Boulevard Georges Favon. Vous commencez par emprunter la (nouvelle) piste cyclable qui s'arrête abruptement dans un resserrement coupe-gorge à hauteur du café-glacier du Remor, où les voitures vous serrent et tassent contre le trottoir. Atteignant le pont de la Coulouvrenière, une indication vous envoie disputer la passerelle aux piétons. Totalement illogique, incohérent et dangereux.

 

Respectez les règles fait de vous un kamikaze.

Vous en affranchir pour sauver votre peau un cycloterroriste.

Or, les cyclistes ne souhaitent rien d'autre que d'être des usagers de la route, tout simplement, avec une véritable place aménagée pour eux.

Ni kamikaze, ni terroriste, juste usager de la route.

Dites, c'est quand qu'on leur fait cette vraie place?

 

Faites respecter la loi pour préserver les plus vulnérables !

PRO VELO Suisse recommande aux cyclistes, d’entente avec la Confédération, de conserver une distance minimale de 70 cm avec le bord de la route ainsi que les lignes de sécurité. Dans les giratoires et pré-selection vers la gauche, le cycliste s’écartera de la droite pour se placer plus au centre de la voie de circulation.

Excusez-moi, mais si je respecte à la lettre ces recommandations, en ville, en trois jours, je suis MORT.

De leur côté, les automobilistes devraient laisser une distance d'au moins 90cm lorsqu'il dépassent un cycliste. Faites le calcul : 70 cm du trottoir + 90cm de sécurité avec le vélo. Quand une voiture me dépasse, elle devrait donc être à 1mètre 60 du trottoir... désolé, ce n'est pratiquement jamais le cas.

Alors, entre risquer sa peau ou une amende à 60.- le "choix" sera toujours vite fait.

Et à tout prendre, je préfèrerai toujours être considéré comme un cyclo-terroriste que d'être mort.

 

Les amendes sont à la prévention ce que la matraque est à la pédagogie

On peut s'étonner aussi que la Ville de Genève mette généreusement en garde les cyclistes sur son site web. Mais vous chercherez en vain une page similaire avertissant les automobilistes de faire attention aux cyclistes et aux piétons.[2] Pourtant, qui sont les tueurs de la route et envoient concrètement les gens de vie à trépas ?

Si l'augmentation des cyclistes est estimée à 30% environ tous les 5 ans, il n'y a jamais 30% d'augmentation des mesures d'accompagnement et des pistes cyclables mises à disposition. Jamais.

On peut donc envoyer la police pour sanctionner les vélos, on ne cachera pas la seule vérité qui ressort de leur action stérile : aujourd'hui, on prend du retard à Genève concernant la mobilité des cyclistes.

Il y a toujours plus de cyclistes à Genève, toujours moins de place pour eux sur la route.

La police peut bombarder les cyclistes d'amendes, bomber le torse et faire de la communication.

Cela n'y changera malheureusement rien. C'est tristement le seul enseignement à retenir de ces opérations cosmétiques... 

 

 

[1]  http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/cyclistes-collima...

[2] http://www.ville-geneve.ch/themes/mobilite/velos/circuler-velo/conseils-securite/

 

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07:12 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycliste, vélo, danger, voiture, mobilité, ville, risque, police, amendes, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |