sylvain thévoz

31/10/2016

A celui qui prend le vent toujours du bon côté

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Tu as remarqué, il prend le vent toujours du bon côté.

Quand il y a une mauvaise nouvelle, c'est un chef de rang qu'il envoie pour la présenter. Quand il a commis une faute, c'est un fusible qu'il fait sauter. Quand sa responsabilité est engagée, c'est qu'un autre que lui aurait dû la porter. Quand il ne sait plus qui désigner, c'est au collège dont il appartient qu'il convient d'assumer. Il a toujours sous son bureau une voile de kit-surf, un parachute à ouverture rapide, une cagoule à cravate souriante pour se dissimuler.  

 

Ne lui demande pas son bilan, ne lui demande pas de trancher.

Il prend le vent, toujours du bon côté.

 

L'élu cerf-volant

 

Quand la décision est légère, cosmétique, il sera bien présent. Il jouera même des coudes pour se mettre en avant.

Si elle est difficile et risquée, tu ne le verras pas sur le pont. Il s'esquivera sans couper le ruban.

C'est mathématique, une sorte de météorologie politique.

Si tu veux voir où il penche, cherche la ficelle qui le sous-tend.

L'élu cerf-volant.

 

Au final, entre prise au vent et poudre d'escampette, il n'y a qu'un souffle.

L'astrologie est une science plus rigoureuse que sa volonté d'affronter les tempêtes.

Communiquer, c'est assurer sa promotion, cela requiert la plus grande part de son énergie.

Pour le service après-vente, tu repasseras.

 

Tu as remarqué, il ne décide pas, il fait des pas de côté, tangue et louvoie pour apparaître toujours souriant.

Il délègue, multiplie les échelons, sous-traite, déresponsabilise, charge d'autres du poids des décisions dont il s'est affranchi,

s'efforçant toujours de ramasser la mise médiatique

le pactole du plébiscite, sans être plus que cela lié à son parti.

 

Gouverner, c'est...

 

Gouverner, c'est un play-back pour lui

en suivant le rythme, il peut faire illusion

tant que les conseillers personnels écrivent le script

que tout le monde le suit et bat des mains.

 

Il n'y a rien à rompre, puisque rien ne tient

la flexibilité, c'est de ne rien risquer

toujours se contorsionner en mimant bien les mouvements.   

 

On se sent plus léger à suivre l'air du temps.

Mettre le nez au vent, se laisser porter,

c'est plus inconsistant ainsi.

 

Gouverner, c'est humer

Gouverner, c'est flairer

Gouverner, c'est lever la patte, toujours du bon côté

et aboyer de temps en temps.

 

Vous riez avec ou contre moi...

Toujours prendre les courants ascendants, c'est son programme.

Et si ça ne marche pas : il se victimise. Vous riez avec ou contre moi : son leitmotiv. Ramener le débat au niveau de l'infantile -tous des jaloux, des vilains- et la politique a la gestion de sacs de bonbons, ou à celui qui grimpera le plus vite sur l'arbre. 

C'est un autre qui décide, quoi qu'il en soit, pas le choix, il faut le faire, c'est la loi qui l'oblige, la norme qui l'impose, la structure qui le porte.

Toujours avec l'image en tête, la mèche bien collée sur le front,

faut pas que ça déconne.

 

Je suis, donc je ne décide pas

Ne lui demande pas ce qu'il croit, ne lui demande pas ce qu'il pense. 

Tu ne seras pas plus avancé.

Postures, mouvements, glissements et déplacements

ce qu'il appelle consultation populaire est l'équivalent du bonneteau

cela permet d'asseoir une décision déjà prise, plutôt que de la faire naître.

 

L'humour potache est une forme de cynisme pour parfumer l'air ambiant

dans la violence d'éviter les débats de fond.  

 

Gouverner, il dit, c'est étendre ma surface d'exposition

accroître ma visibilité

prendre le vent, toujours du bon côté. 

 

Gouverner, c'est glisser.

Gouverner, c'est lisser.

Gouverner, c'est assurer mes arrières

profiter des rebonds.

Et comme je suis populaire... je vous emmerde.

 

Créer les conditions climatiques d'un air sec et brûlant

 

Il ne s'excusera jamais. Il ne dira pas : je me suis trompé, c'était une erreur.

Qui saisira le vent comme responsable, incriminera le courant d'air? 

 

On est passé du solide au liquide, désormais à la période du gazeux et des vents.

Si tu veux rendre compte de l'inanité de certains, tu diras : tous vaporeux!

Et tu te rappelleras d'un récit où le souffle soudain dispersa la paille. 

 

Le tous pourris n'est plus d'actualité.

Pour que cela pourrisse, il y faut encore de l'humidité. 

Nous sommes entrés dans un climat sec et assourdissant

où la pensée est flexibilisée jusqu'à devenir cassante.

 

Mais dans cette sécheresse de la pensée, parmi les habits de flanelles

certains rappellent qu'une étincelle seulement suffirait à mettre le feu.

 

 

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09:44 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, air du temps, politique, démagogie, populisme, tous vaporeux | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/10/2016

Foot, bière et penthotal

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C'est un match de football disputé entre des rouges et des bleus. C'est Lausanne et Sion qui s'affrontent dans le stade de la Pontaise, fidèle à lui-même depuis des décennies, toujours glacial et désert, presque en état de mort clinique.

 

Et puis il y a ce vert intense, presque fluorescent de la pelouse. Les joueurs l'arrachent par mottes en se donnant de grands coups de latte sur les tibias. Ils miment, au moindre choc, un grand éclat. Leur visage se déforme. Le stade demeure silencieux. Toujours. Tout paraît insonorisé, ouaté. Mais une fois la faute sifflée, les joueurs se relèvent rapidement, sourient d'un sourire de jeune star et trottent comme des lapins. Pareils à des enfants gourmands ayant joué un tour pendable à leur surveillant. Ils ont des petits bouts d'herbe sur le front, du rouge sur les joues.

 

A la même heure, sur les pelouses de tout le continent, les mêmes matchs, mêmes rondes: danses du scalp, accrocs, roulades, sauts de biche, enjambements, hourras et départs en trombe. La force, la jeunesse et l'argent. Qu'ils soient soixante mille ou à peine cinquante à jouir des mouvements du ballon, c'est une constante et renouvelée communion avec bières et fumigènes. Ils sont des millions derrière l'écran : un spectacle de l'éphémère.

 

Ceux qui ferment les yeux devant le spectacle

Devant la télé, il y a quatre anciens qui regardent le match en dormant. Sur la table, le Matin dimanche avec l'édito d'Ariane Dayer, qui s'insurge que l'on puisse vouloir en finir avec la vie arrivée à son terme; quel que soit son âge, que l'on puisse faire le choix d'en terminer, sans être forcément délaissé abandonné et seul, mais juste parce qu'on n'en peut plus de souffrir (physiquement, psychiquement, existentiellement) et de jouer les prolongations.

Il est étonnant que dans une société où l'individu désire décider de tout.

Il ne puisse librement décider de sa fin.

Il est étonnant, dans une société où la question du sens semble être subsidiaire à celle du rendement, que ceux qui souhaitent vouloir raccrocher les gants, se voient ainsi retenus par la manche au moment de les poser.

Il est étonnant, dans une société qui affirme la liberté de chacun, qu'une tutelle soit posée sur le droit de choisir sa mort et de disposer de son  corps.

Cela semble un peu incohérent, non ?

 

Choix de mourir : choix de vie

Pourquoi la volonté de dire: maintenant c'est fini, je tire la prise, serait-il compris seulement comme un non-choix, une option par défaut ou par dépit?

Pourquoi serait-ce l'expression d'une désespérance ou d'une souffrance extrême, et pas une affirmation de vie, de dignité et de choix : maintenant je choisis, c'est mon moment, j'ai décidé je pars.

La coupe est pleine, de la vie, il y en a eu plus qu'assez, pas besoin que le cancer me ronge comme une carotte, qu'il fore dans l'os comme une carie, et que je ne puisse même plus roter ou lever la main pour dire stop ou au-revoir.

Des matchs de foot, j'en ai trop vu. D'ailleurs, je ne les vois même plus. J'en ai marre. A quoi bon promener ma tremblote, mon poids de vie. J'ai mal du matin au soir. Et ne me demandez pas si c'est le corps ou la tête. C'est l'ensemble. Je n'ai pas peur de mourir. Je le désire même maintenant.

Certes, nous aimerions bien que la vie continue de vivre encore, comme un ruban indifférencié, cela permettrait d'occulter d'autant la mort, la grande angoisse de cette société toute propre; et de faire encore brillamment comme si elle n'existait pas, était dissoute dans le spectacle et la vitesse, sans grincements de dents, ni soif ni sens ni abandon.

Mais la mort est là, tout le temps, rayonnante, sereine, attendant son heure.

Point focal, irrésolu, porte de sortie et ouverture. 

Tache aveugle.

Affirmation de liberté, encore. 

 

Le choix d'interrompre, sans raison nécessaire

Oui, cela peu sembler fou que l'on puisse désirer mourir pour une chose futile, absurde, une extrême fatigue, voire même sans raison... ça laisse sans voix.   

Pourtant, pas besoin d'atteindre 90 ans, ni qu'une batterie d'experts, de médecins ou de juges disent ou fassent quoi que ce soit pour valider la résolution d'un être vivant qui répète : je choisis, j'en termine, merci de respecter mon choix. Je n'irai pas plus loin. Je souhaite rejoindre ma fin, filez-moi la potion.  

Dire: je pars avant la fin, parce que je décide du moment de ma fin, ce serait prématuré ou immoral?

Non.

 

Le scandale de la mort

La crainte, puisque tout se jette et s'abîme, serait que certains traitent l'homme comme un bien d'usage commun, avec une date de péremption, ou comme le pur produit d'un spectacle. Ainsi, lorsque le rang ne pourrait plus être tenu, la performance assumée, que l'usage de l'être en serait superflu ou économiquement trop lourd, on fasse comprendre à certains de débarrasser le plancher? Mais cela n'est-il pas un peu déjà le cas aujourd'hui?

Dans une société consumériste, qui prend et qui jette, cela fait scandale que ce qui vit, meurt, un jour s'achève, mais que ce qui est ancien soit dénigré, non ?

Ce cauchemar, ce spectre de l'isolement et de l'utilitarisme appliqué à l'être, ce n'est pas Exit ou la mort volontaire qui en est le porteur, c'est la société, ses valeurs dominantes actuelles (écrasantes) et la manière dont elle est habitée.

Alors on parle de lois, de cadres, on veut légiférer encore? Bien. Mais n'est-ce pas la relation et le lien qu'il s'agit avant tout de travailler. Et s'il y a une aliénation, elle n'est pas dans le vouloir mourir, mais dans la manière de vivre. S'il y a quelque chose à changer, ce n'est pas le vouloir mourir, mais la manière dont on existe.

Le malaise face à la mort demeure. Une vie ne se remplace pas en rayonnage comme une boîte d'haricot blanc. L'infini n'est pas un bien de consommation. L'infini est sans mise à jour, sans applications, sans réservations, freins, cadre, ou conscience de soi.

L'inéluctable effraie autant qu'ils fascine. Toujours plus de gens deviennent membres d'Exit. C'est une interpellation à entendre pour notre société.

 

Peut-être que vient le temps où l'on regardera les matchs de football avec une canette de bière entre les genoux et une boîte de penthotal sur la table.

Peut-être.

Et qu'il faut regarder cela en face.

 

 

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Photo : Eric Roset

Tous droits réservés: http://www.eric-roset.ch/

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19/10/2016

On n'arrête pas la vie!

Quand le CS interstar joue des matchs de football il y a désormais deux policiers municipaux qui sont présents au match. Pas pour s'occuper de questions de violence, non, ni pour faire de la sensibilisation auprès des jeunes, mais pour... faire taire les supporters.[1]

Deux plaintes pour bruit ont été reçues par la municipalité. Et voilà que se met en branle un système zélé de suppression de toute expression de vie. La police municipale s'agite, délègue des pandores sur place, fait pression sur le club, le service des sports, pour que cesse tout bruit.

Silence, on joue ! Mais faut-il vraiment que tout stade ressemble à un tombeau, sans bruit, sans joie, sans cris ? N'est-ce pas effrayant de limiter les expression de vie là où ils sont justement prévus pour !

Mais alors quoi, si les cris des enfants dans une pataugeoire m'incommodent, j'appelle le maire de la Ville pour qu'ils cessent immédiatement? Si les sons des préaux m'irritent, je fais fermer ces deniers? Et après les bars, on met des chuchoteurs devant les marchés de légumes pour que les gens achètent en silence leurs fruits et légumes, à voix basse ? (- j'aimerai vous acheter un kilo de patate s'il vous plaît.. quoi ? un kilo de patates je vous prie... - excusez-moi, je n'entends pas... - bah donnez-moi une pomme, merci !)

Et on s'excuse de vivre, de chanter et de fêter parfois un anniversaire chez soi après 22h?

La guerre au bruit, la servilité des décideurs 

Bon faut pas déconner hein, si je suis incommodé par le bruit des véhicules dans la rue, ou le dépassement constant des normes sonores en Ville à cause du trafic routier, les policiers ne se mettront pas au pied de l'immeuble pour arrêter le trafic... au mieux, ce sera du phono-absorbant sur la route, au pire du persil dans les oreilles, ou la pose de double vitrage.

Les cibles qui sont réduites au silence sont politiques... et il est plus facile et lâche de taper sur cinquante joyeux supporters que de régler la question de décollage d'avion, de trafic motorisé, qui sont les vraies sources de nuisance avec un impact négatif sur la santé de milliers de personnes.[2]

 

Laisser vivre ceux qui veulent vivre, occupez-vous des vrais problèmes !

La ville ouaté, la ville camisole de force se dessine sous nos yeux. Elle serait de plus en plus dense, de plus en plus diversifiée, et ... intolérante, avec l'appui de décideurs politiques qui par crainte de fâcher, par souci de ne pas faire de vague, oubli du bon sens, se cachent derrière des règlements, des courriers, envoient la police municipale à tout va faire le sale boulot d'intimidation, souhaitant favoriser le silence contre ce qui déborde, exulte, est vibrant, expressif: bref, la vie. 

Il y a quelque chose d'arbitraire dans la réduction de la vie aux normes, et des normes à leur application étroite par des esprits coincés. A trop légiférer et à s'en référer à la police et la loi, on perd le bon sens, le dialogue. 

Heureusement, on n'arrête pas la vie, on n'arrête pas la joie.

L'image qui me vient en tête est celle d'une manifestation spontanée lorsque le Portugal a gagné l'Eurofoot cet été. Une immense colonne de gens en liesse étaient descendue le long de la rue de la Servette avec trompette, tambours et klaxons exprimant de la joie, créant un magnifique événement autour d'eux. 

Une autre image, c'est celle de ce propriétaire d'une galerie-buvette qui lutte et sourit encore, malgré le fait qu'il se fait torpiller, pour des histoires d'ouverture de son lieu, par le Service du commerce cantonal. Alors qu'il crée de la vie, du lien social, et une plus-value économique dans un quartier, il se fait acculer administrativement et contraindre dans son développement. 

C'est aller contre la vie et l'inventivité que de prétendre la régir à tout va par des normes stupidement appliquées. Ce n'est pas ainsi que nous construirons la Ville de demain. Une Ville pour les gens, les vivants, pas pour les morts.  

Gagner des matchs contre l'intolérance

Au final, cette volonté de la police municipale de faire taire des supporters de football ne peut être comprise que comme une joyeuse invitation à venir soutenir le CSinterstar au stade de Varembé les dimanches, afin qu'ils gagnent avec éclats leur match contre l'intolérance.

Vive le sport, le respect, et la vie !

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/La-Ville-menace-un-club-aux-fans-trop-bruyants/story/26676299

[2] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/aeroport-coute-50...

 

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17/10/2016

Le Grand Théâtre va dans un champ de mines en chaussons

Le ministre de la culture israélienne Miri Regev a appelé ce dimanche la municipalité de Haifa à annuler le concert d'un rappeur israélien d'origine arabe Tamer Nafar.[1] La municipalité, sous pression, a déplacé le concert du rappeur à une heure tardive. L'annulation du concert est désormais envisagée. Au début du mois, cette même ministre de la culture était sortie d'une salle au moment de la lecture d'un texte du palestinien Mahmoud Darwich[2], l'un des plus grands poètes du XXe siècle, pour marquer sa négation de la voix du poète décédé. Petit rappel encore, en mai 2012, Miri Reguev avait participé à une manifestation anti-immigration appelant les immigrés soudanais un "cancer dans notre corps", avant de s'excuser... auprès des personnes atteinte de cancer pour ses propos! Les artistes et les institutions qui ne respectent pas la culture d'état sont visés par des coupes franches, stigmatisés.[3]

 

Il y a désormais, en israël, une "bonne culture", la culture officielle, politiquement servile ou à tout le moins peu dérangeante, et une autre, à bannir, censurer, qui est chaque jour plus étouffée dans un climat délétère.


Le ballet à la baguette

Ces événements éclairent avec acuité l'urgence du débat lancé par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) Suisse concernant la tournée du ballet du Grand Théâtre Genève (GTG) et du ballet Béjart Lausanne à Tel Aviv.

Que demande BDS au Grand Théâtre Genève par sa lettre ouverte adressée fin septembre à l'institution culturelle[4]? De ne pas danser avec un régime d'Apartheid; que le Grand Théâtre Genève renonce à se produire à Tel Aviv dans l'opéra national (israel opera) financé par l'Etat israélien pour redorer son blason et renforcer sa légitimité internationale.

Le mouvement militant souhaite aussi attirer l'attention des autorités genevoises sur l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d'un régime d'occupation. La colonisation israélienne se poursuit, les droits de l'homme y sont constamment violés et les résolutions de l'ONU toujours pas respectés, alors que l'égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens reste encore une chimère. 

Dans ces conditions, comment aller danser à l'opéra de Tel Aviv la bouche en coeur, quand 20km plus au sud des gens sont bouclés dans ce qui est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert du monde. Cela est choquant.

Cette démarche aventureuse de la part du Grand Théâtre Genève mérite des explications. Il me semble important de lire la lettre de BDS[5] et d'appuyer leur démarche.

 

Le Grand Théâtre de Genève pourrait-il répondre?

On peut trouver la démarche de BDS trop radicale. On peut penser que le boycott ne soit pas la meilleure manière de faire avancer une cause. On peut aussi nier l'exemple de l'Afrique du Sud et son régime raciste qui a vacillé lorsque la communauté des états et l'opinion publique l'ont confronté à sa nature non-démocratique. On peut faire fi du fait que le mouvement BDS émerge de 171 associations et organisation non gouvernementales palestiniennes, qu'il est internationalement soutenu. On peut fermer les yeux, ou regarder ailleurs, ou se dire que l'on irait pas en Corée du Nord, mais qu'en Israël oui, pourquoi pas, il n'empêche, la question mérite d'être posée : faut-il aller donner un surplus de légitimité à un état qui se moque de la liberté d'expression, censure les voix qui contestent son hégémonie, et viole le droit international ? 

Sous la culture le cynisme ?

A cette question, un chef d'état répondra certainement d'une manière différente qu'un directeur d'opéra.  Las, le directeur du Grand Théâtre de Genève, Tobias Richter, lui, répond dans le Courrier[6] avec pragmatisme et un brin de cynisme qu'il "s’agit d’une collaboration artistique et que le Ballet du Grand Théâtre de Genève a répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel nous entretenons des relations très amicales." A ce jour, le ballet genevois ne semble pas avoir l’intention d’annuler ses dates (du 19 au 22 décembre) avec son très amical partenaire. Pourrait-il toutefois prendre soin de répondre directement à BDS qui l'a interpellé ? Ce serait la moindre des choses pour une entité qui prétend servir le dialogue et la culture. 

L'argument de dire qu'il faut que la culture soit un pont, un lien, et qu'elle doit aller partout est un argument à retenir. Mais il devient naïf ou cynique, si derrière ce mot "culture" se loge une ignorance ou un refus d'assumer dans quel contexte on va se produire, quel pouvoir est servi, et quel sera la récupération dont sa présence se verra affubler. 

La culture rapprocherait les peuples ? Encore faudrait-il qu'elle puisse s'adresser à tous!

Le Ballet Béjart de Lausanne est allé en octobre en israël. Cela n'a empêché en rien la censure du rappeur arabe Tamer Nafar. Si vraiment le Grand Théâtre Genève veut défendre le dialogue et la paix par la culture et la liberté d'expression, pourquoi ne s'engage-t-il pas à aller jouer aussi à Ramallah, ou ne fait-il venir une troupe palestinienne à Genève? Les interdictions de sortie des artistes du territoire palestinien empêchent ces derniers de s'exprimer sur la scène internationale d'une manière récurrente et avec une brutalité implacable ? [7],[8]  Un commentaire là-dessus de la part du Grand Théâtre Genève serait bienvenu.

Tant que le Ballet du Grand Théâtre de Genève -situé de manière temporaire sur la place des Nations, quel symbole !-  n'aura pas répondu à ces questions et proposé en marge de ses spectacles une action, un discours, qui permettent d'honorer la conception de la culture qu'il prétend défendre ainsi que le rayonnement de Genève, nous oserons lui proposer de rester à la maison plutôt que d'aller avec cynisme danser pour d'autres sur un petit air d'apartheid.

Parce qu'un rayonnement qui vise, avec l'aide d'argent public, à faire le jeu d'états ne respectant pas la liberté d'expression, les résolutions de l'ONU et les droits de l'homme, nous n'en voulons pas. Je pense pour ma part que cela dessert Genève sur la scène internationale.

Il y va d'un certain respect de la neutralité suisse, mais aussi d'éviter que les peuples arabes, pour qui le mot Genève évoque d'abord les Conventions de Genève, le CICR et la neutralité, n'en viennent à croire, à cause des tournées hasardeuses du ballet du Grand Théâtre, que celles-ci sont aussi flexibles et serviles que les torsions de jambes des danseurs et danseuses du ballet du Grand Théâtre de Genève. 


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[1]http://www.haaretz.com/israel-news/1.747782

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Darwich

[3]http://www.theatlantic.com/international/archive/2016/10/...

[4]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[5]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[6]http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

[7]http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-artistes-d...

[8]http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/07/18/khaled-j...

 

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15:36 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : grand théâtre, genève, israël, palestine, apartheid, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/10/2016

Croyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous

_DSC0225.jpgCroyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous. La phrase m’est venue en tête lorsque la revue Choisir[1] m'a proposé d’écrire un petit texte sur l’articulation entre le politique et le religieux. Mais comment avancer sur ce terrain délicat? Les débats brûlants et mal-menés autour du thème de la laïcité, de l’islamophobie rampante ; les traumatismes envers un christianisme dévoyé, un temps religion d’Etat dans l’oubli de ses racines ; l’horreur du terrorisme, le visage répugnant de certains mouvements se réclamant d’un islam politique, laissent en effet très peu d’espace pour un dialogue fécond concernant la place de la religion en politique et l’emplacement du politique en religion.

Pire, ces débats, reliquats, ont acculé la religion dans une représentation désuète ou destructrice.

Mon royaume n’est pas de ce monde  

« Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattus pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas. (Jean 18, 36). Faut-il que les croyants s’inspirent de cette phrase pour rendre les armes et abandonner ce monde à ses tracas, ses nécessaires conflictualités, et affirmer que la foi et le désir de spiritualité n’ont rien à voir avec l'engagement dans le monde ?

Si le royaume promis n’est pas de ce monde, pourquoi le croyant se salirait les mains, ou la soutane, ici-bas? Lutter contre les injustices ne serait pas une aspiration essentielle. La foi serait alors une petite histoire personnelle et intime, une abstention prudente, un recueillement ayant pour objectif la perfection de soi, avec à peine une condamnation chaste et molle des injustices par-ci par-là, et basta.

Arrivé à ce renoncement, pousser jusqu’à en faire une marque honteuse retirée de l’espace public, ou une trace triste longeant les murs, ne demanderait qu’un pas. Que resterait-il alors, dans cette posture, de la radicalité des évangiles et de la démesure du message de foi, appelant à lutter contre les injustices sociales (parce que ce que vous faites au plus petit vous le faites à lui-même, Mathieu 25:40); et en un mot se dépasser soi-même en allant vers l'autre plutôt que se centrer sur soi en le niant. 

 

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Esprit es-tu là ?

Tout l’exemple chrétien invite à approfondir l’amour de Dieu. Pas à le claironner (Mais toi, quand tu fais ton aumône, que ta main gauche ne sache point ce que fait ta droite. Mathieu 6:3), ni à éviter honteusement de l’affirmer par des actes et des engagements. Au nom de quoi, ou plutôt en vertu de quelles trahisons, le croyant abandonnerait-il le terrain aux violents et aux corrompus, aux pouvoirs politiques quels qu’ils soient, pour laisser en friche et sans relais la parole libératrice du Christ, de Moïse, de Mahomet et des prophètes ? Inspiration vivace à lutter contre toutes les formes d’oppressions.

Certains ont affirmé que le Christ était le premier des révolutionnaires. Les théologies de la libération ont allié marxisme et foi pour lutter contre les pires dictatures, la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), les jeunes chrétiens combattants (JCC) et les mouvements de résistances aux totalitarismes ont combattu sur le terrain politique. Dietrich Bonhoeffer, Simone Weil, Edith Stein, martyrs de la résistance.

Eh quoi, il existerait des chrétien-ne-s pour accepter l’injustice du monde tel qu’il est ? Des chrétien-ne-s qui, en toute conscience, détourneraient la tête devant les violations du droit, les abus et les violences, la destruction planifiée, organisée de l’humain et de  l’écosystème, sans s’engager? Et ils prétendraient être en accord avec la parole de celui dont ils revendiquent le nom ?

 

Séparer le pouvoir de l’Etat… du pouvoir de l'abus

Simone Weil, dans Formes de l’amour implicite de Dieu a cette phrase extrêmement forte : « Tant qu’il y aura du malheur dans la vie sociale, tant que l’aumône légale ou privée et le châtiment seront inévitables, la séparation entre les institutions civiles et la vie religieuse sera un crime. L’idée laïque prise en elle-même est toute à fait fausse. »[2]

Idée agrandie qu'à de la religion Simone la mystique. Dans une société où le pouvoir de l’argent domine, où les inégalités sociales s’accroissent, où la laideur et la vulgarité, tentation de salir et rabaisser accroissent leur emprise, où la discrimination envers les plus précaires est récurrente,  se défier des croyant-e-s et tenir des discours sur la religion datant d’il y a 3 siècles est étonnant et ne semble pas être la première des urgences sociales.

La prétendue neutralité confessionnelle de l’Etat serait de fait un mariage de l’Etat et du néolibéralisme, et parfois avec les ressources les plus crapuleuses du management conduisant à la gestion de l’humain comme une boîte de conserve. L'idolâtrie a décidément de nombreux visages. Ce n’est pas du religieux que vient la plus grande menace pour la société. Le religieux semble plutôt un commode épouvantail pour faire diversion. L'essentiel du combat revient avant tout à séparer le pouvoir de l’Etat du… pouvoir de l'abus;  pas de la croyance ou de l’engouement pour la justice sociale.

Aujourd’hui, la laïcité tient un rôle de cache-sexe étriqué, qui dissimule les pires boursouflures de la compétition, du cynisme et de la reproduction des inégalités ; l’appétence des chiffres, des cadres économiques et des abus de ceux-ci.

L’homme serait réduit à être un dominant ou un dominé, un producteur ou un déchet, sans égard pour sa vie intérieure et sensible ? L’humain deviendrait une matière aussi insignifiante que du sable ou de la cendre, avec la bénédiction toute laïque des fossoyeurs au pouvoir ? Qui pourrait assister à cela sans réagir et s’engager ?

 

_DSC4078.jpgLe politique ne survivra pas sans l’esprit

Hindou, musulman, juïf, chrétien, baha’i,  peu importe. Peu importe qu'ils portent le voile ou non, consomment du porc, du pain sans levain ou pas, plutôt le soir ou le matin, le vendredi ou le dimanche. La seule chose qui compte, c’est si de savoir qui rejoint la règle d’or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ou : fais à autrui ce que tu voudrais que l'on te fasse, et refuser à tout pouvoir, quel qu’il soit, d’user de la violence et de la force pour s’imposer au détriment de la justice sociale.

Croyant-e-s de toutes les croyances, unissez-vous : contre la ségrégation, la domination, la réduction de l’humain à un rouage inerte d’une machine de production, à la négation de sa part spirituelle, unique, miraculeuse : vitale affirmation du souffle, de l'inspiration. A la mort de l'esprit.

 

Je crois donc je lutte

Le croyant dira : je crois, je prie. Je prie, donc je lutte.

Croire, c’est être invité-e dans ce monde, et invité à le changer.

C’est nécessairement avoir une dimension engagée, politique, tout en reconnaissant que l'humain n'a pas le dernier mot sur l'histoire.

Le croyant ne se résigne pas à faire de la religion un petit carré spiritualiste ayant pour vocation de commenter des états d’âme. Les barricades, les arènes politiques et l’espace public sont des lieux d’expression comme d’autres, où refuser tous les abus de droit, qu’ils soient économiques, institutionnels, langagiers ou administratifs.

Tout espace, social, politique, doit être investi, sans aucune retenue ou timidité.  

Car si son royaume n’est pas de ce monde, à tout le moins, des humains vivent ici-bas. 

Et la justice sociale réclame des actes, des engagements... pas seulement des prières.

 

 

PHOTOS ERIC ROSET

www.eric-roset.ch

 

[1] https://www.choisir.ch

[2] in Attentes de Dieu, La Colombe, éditions du Vieux colombier 1950, repris in Simone Weil, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2003, p.730.

 

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www.sylvainthevoz.ch

14:30 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : religion, politique, genève, laïcité, christianisme | |  Facebook |  Imprimer | | |