sylvain thévoz

21/08/2016

Heureux ou pas, Europa

Pas l'Europe économique[1], l'Europe politique, pas l’Europe technocratique, l’Europe mécanique, pas l’Europe des clics, du toc du fric. Pas l’Europe forteresse, des cimetières marins, cales sèches. Pas l’Europe des bourses, des blocs, des pieds d’argile avec jolies baskets, des bunkers et frontières. Pas l’Europe sans fenêtres, sans passe partout. Pas l’Europe des routes barrées, barbelés et centres de tri, sans champs de luzerne et de blé. Pas l’Europe des lieux de rétention, des satellites sans soleils, des usines de viande, de la jungle de Calais, et au cœur : plus rien.[2]

Pas l’Europe des pinèdes coupées, des vallées sans issues, des chiens à trois pattes, des lignes à grande vitesse, des rondins retournés. Pas l’Europe sans antennes mystiques, sans tiges souples et bourgeons. Pas d’Europe sans horizon, pas d’horizon sans ascendance, pas d’ascendance sans recueillement. Pas d’Europe sans désir commun, pas de désir sans amour, pas de lumière sans regard intérieur. Pas l’Europe du néant, sans base ou sommet, balançoires libres.    

Pas l’Europe des cœurs cuits. Pas l’Europe des mineurs sans accompagnants, des docteurs qui font le ménage, des ménagères abusées. Pas l’Europe centralisée, aux étoiles effilées, aux étoles étourdies, sans Erri De Luca. Pas l’Europe des écrans, des oiseaux nucléaires, des graphiques abstraits.

Pas l’Europe fin de siècle, négationniste, du c’était mieux avant, maintenant on retourne en arrière. Pas l’Europe du reflux. Pas l’Europe néocoloniale, style 2035 qui répète cent ans après, du balais.

Pas l’Europe suprématiste, neurasthénique, sexiste. Pas l’Europe lepéniste, capitaliste, productiviste. Pas l’Europe antisémite, islamophobe, raciste, de l’inimité et du repli. Pas l’Europe matérialiste et brutale, nationaliste, du bug du rot de l’UDC, de la colique, à la presse anémique.

Pas l’Europe qui bégaie. Pas l’Europe militaire, va-t-en guerre donc ailleurs, aux œillères, effrayée, épileptique. Pas l’Europe des tiques, de la meute et mimétiste, des hamsters, des ghettos.

Pas l’Europe de la bouffe lyophilisée, des cartons renversés, des abattoirs glauques, des centres commerciaux et des gares de triage : casinos et cloisonnements. Pas l’Europe qui répète et s’enraie. Pas d’Europe sans ciel bleu, sans merles et guirlandes. Pas d’Europe sans heureux, pas d’heureux sans Europa, pas d’Europe sans changement de rythme, sans Char ou Eluard. Pas d’Europe sans poésie, sans rêve et nuits fleuries, sans graines et sans semis, sans Pavese Pessoa Pasolini, sans héritage ou futur. Pas d’Europe au présent, sans le souffle, amis.


Pour l’Europe du oui, de l’esprit et du cœur. Pour l’Europe du rythme inspiré, du partage et du risque naïf. Pour la gentillesse puissante, la tendresse des bêtes, les cadenas ouverts.

Pour le sel sous les pieds, pour l’huile dans les paumes, le don sans partage. Pour l’Europe des paroles sensibles, des murmures à l’accueil, l’Europe des livres, des bibles, des Corans, des rouleaux de méditation et portes ouvertes.

Pour l’Europe d'Ernst Bloch, colorée et métisse. Pour l’Europe des lynx, des abeilles et des ours. Pour l’Europe de la ruche, humaniste. Pour l’Europe créative qui débute au pollen, à la craie. Pour l’Europe de l’amour, des ermites, du silence, des refuges et des ponts.

Pour l’Europe passionnelle, sensuelle. Pour Europa ou pas, la large joie. Pour le cri primal, les sangles levées et la bride abattue, l’Europe échevelée.

Pour l’Europe des chamois sur la neige, des cairns et cailloux retournés. Pour l’Europe des bisses, des racines et des sèves, des saisons et poussées, des épis et brioches braisées.

Pour l’Europe des levains, des matsoths et kebbés, des ressources et des fleuves. Pour l’Europe solidaire, pour l’union des clochers, minarets, synagogues et cabanes hauts perchés.

Pour l’Europe communion, au respect de chaque nom.

Pour l’Europe solaire, ceintures en peau de bête, bras-dessus bras-dessous et bals musette. Pour l’Europe des mies de pain, des mains nues, des hérons cendrés, du refrain des marées. Pour l’Europe de l’intranquille et du chant, du ressac des courants, du désir de chêne.

Pour l’Europe du risque, du souffle et du troc. Pour l’Europe des braises, du braille et des guides. Pour les pièces retournées, la mendicité large et l’échange des fous. Pour le bonheur simple.

Pas d’Europe sans ciel bleu, sans merles ni guirlandes. Pas d’Europe sans heureux, pas d’heureux sans Europa, pas d’Europe sans changement de rythme, sans Char ou Eluard. Pas d’Europe sans poésie, sans rêve et nuits fleuries, sans graines et sans semis, sans Pavese Pessoa Pasolini, sans héritage ou futur.

Pas d’Europe au présent, sans le souffle, amis.

                                                  

                                                                                                    Sylvain Thévoz

 

[1] Texte paru dans  :Parler de l'Europe, en Suisse. Un projet de Art et Politique. Avec une mosaïque de contributions. Pour la Romandie : Heike Fiedler, Daniel de Roulet, Marina Skalova, Antonio Rodriguez, Silvia Ricci Lempen, Max Lobe, Eugene, etc.

http://marignano.ch/pagina.php?1,0,0,0,2016

 

[2]Zbigniew Preisner, Song for the unification of Europe

https://www.youtube.com/watch?v=gBcwcMFNvsA

 

...........................

www.sylvainthevoz.ch

18:21 Publié dans Air du temps, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, littérature, poésie, principe, espérance | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/08/2016

La peur est mauvaise conseillère

 

La peur est mauvaise conseillère. Elle provoque des réactions excessives et coûteuses. Voilà des blocs de béton sur la route. Eh quoi ? Si un hélico vient à foncer du ciel sur des gens en Allemagne, on vivra sous filet ou sous verre, histoire de protéger nos vies ? Jusqu'où faudra-t-il aller dans la réaction, avec des mesures de police et de contrôle toujours plus démonstratives?

 

Les terrorisants sont en train de gagner la bataille des esprits, et d'obliger, avec des moyens rudimentaires, certains de nos dirigeants à faire de la surenchère médiatique, au détriment de nos libertés, et à mettre en péril ce qui fonde nos démocraties: le droit et la justice, au profit d'opérations de communication ou de soin de l'audimat.  

 

Vous voulez prévenir des attentats? Faites advenir la justice sociale

Chaque précieuse vie mérite complète sécurité et attention.

Quelle justice alors pour les 4’000 migrants ayant perdu la leur lorsque les rafiots dans lesquels ils ont pris place ont coulé dans la Méditerranée? Cela sans que grand monde, réellement s’en soucie, ou alors philosophiquement, charitablement, virtuellement, voire, à l’inverse, en regardant d’autant plus de travers ceux qui y ont survécu, durcissant l’asile, avec des foyers toujours également sous-dotés et des politiques discriminatoires plus sévères.

Comment ne pas citer l'exemple de ce camp au sud du Tessin, où se trouvent actuellement des personnes s'étant vues dénier le droit de déposer l'asile en Suisse, étant refoulées en toute illégalité avec confiscation de leurs papiers à la clé, alors que leur famille se trouvait dans la Confédération ou qu'ils souhaitaient traverser notre pays pour en rejoindre un autre.[1] Ne pensez-vous pas que l'on fabrique là des bombes sociales ? Qui en sont les artificiers ?

Il serait bon d’avoir une vision plus large de « la sécurité » que celle consistant à placer en dernier recours des blocs de béton sur la route en laissant entendre que toujours plus de contrôle sera une solution. Cela nous mène à une surenchère qui mène à l'impasse.

 

Nous voilà placés dans une sale alternative

D’un côté ceux qui font commerce de terroriser, et de l’autre… ceux qui font presse de sécuriser, et pour qui le risque zéro tend vers la paranoïa maximale, empilant des mesures démonstratives afin de montrer que... des mesures sont prises. Sauf que ces mesures, visant avant tout à faire toujours plus de la même chose, nourrissent avant tout la peur.

Crever de trouille mais ne pas perdre la face, est-ce vraiment ce que l'on peut attendre de mieux de la part de nos dirigeants?

Quelles sont leurs perspectives à disons, ne serait-ce que deux ans, plutôt que ressasser l'immédiateté et être toujours dans la réaction (avec sempiternellement un temps de retard) ?

   

Pourquoi emprunter le même chemin que la France ?

S’inspirer de la logique sécuritaire française est la meilleure manière d’importer pareillement le mal qu’elle combat d'une main et nourrit de l'autre.

Vous croyez aux attaques irrationnelles, contre tous et sans but, comme dans les dents de la mer ? Serions-nous de ceux qui renonceront à toute baignade en mer, sous prétexte qu'un monstre y est tapi?

Triste réalité, c'est un mélanome du fait d'une exposition prolongée au soleil qui vous emportera... ou l'hélice d'un hors-bord.

La peur est mauvaise conseillère.  

 

Donner toujours plus de champ à la peur ? 

Même les voitures de police qui tournent dans les quartiers 24h/24, en redemander encore ? Doubler, tripler les surfaces de Champ-Dollon, priver de promenade ceux qui y vivent, et de libération conditionnelle ceux qui le peuvent : serrer la vis encore d’un bon cran? Pour sûr, quand les encagés passeront les grilles, ce sera beau  voir… à défaut de lutter contre un mal, cela le renforcera surtout.

 

Méthode Maudet: de la comm' avant toute chose, des fusibles à faire sauter au cas où, et après lui le déluge... 

 

Et surtout : moins de moyens pour les primo-arrivant, pour la médecine et la psychiatrie, plus de cadences infernales, et forçons sur les rivalités et les angoisses en accentuant les inégalités sociales et faisant toujours porter aux plus précaires le poids de la menace.

Discriminer l’engagement de personnel ayant un casier judiciaire à l’aéroport est immonde ; s’en moquer parallèlement aux TPG illustre à quel point le Conseil d'Etat est désuni en terme de politique sécuritaire ; et, en parlant des TPG, cogner sur des frontaliers sans préciser que si leur taux d'absentéisme et important c'est bien parce que la pénibilité de leur travail l'est d'autant, est de la désinformation pure et simple[2].

La logique de la peur conduit à l'irrationnel. L'irrationnel à la violence et à l'injustice.    

 

Le rôle anxiogène de la presse 

Il n’y a pas un terroriste derrière la barbe de chaque jeune ou chaque hipster en quête de révolte ou d’identité. La journaliste Lugon[3] cherchant frénétiquement le scoop en stigmatisant des quartiers entiers parce qu’un jeune est parti Dieu sait où ressemble en tous points à cette femme qui a fait une fausse alerte à la bombe à l'aéroport pour retenir son mari[4] … sauf qu’elle l'a fait pour son rédacteur en chef et son audimat... et n’a pas été condamnée à faire de la taule.  

Ce qui nous menace le plus sûrement, c’est la terreur dans les têtes, et le fait que ceux qui font métier ou sont désignés pour lutter contre l’alimentent.  

Ou encore, ce genre "d'infos"[5]: "90% des requérants recourent à l'aide sociale", ou la presse balance encore des données brutes, sans les expliquer, sans illustrer en quoi cela s'explique par le niveaux de précarité des nouveaux arrivants, ni combien de temps ils le sont avant justement de pouvoir prendre une autre place dans la société. On prend des données brutes et on les jette, alimentant par là la violence et la confusion, sur des lignes de rupture. 

 

A force de crier au loup, ça finira par mordre

Vous en voulez encore des pyromanes? Et voilà un article supplémentaire de Sophie Rosselli journaliste de la TDG, qui en devient carrément indécente dans sa promotion continuelle du couple flic-terroriste, et dans son inlassable capacité à broder l'ouvrage hystérique sur le chablon des informations prises en ligne directe chez Maudet, parce que : c’est ça désormais que les gens veulent entendre… (ah oui, on a vu lors du drame de Nice ce que la presse sort de plus beau quand elle est soumise à l’émotion galopante et court à l’effroi séance tenante, ou alors, quand elle pompe ses information au pouvoir policier).

L’hystérisme social est avancé. Mangez et tremblez-en tous. Je ne serai pour ma part pas étonné quand certains décideront, soudainement, d'y planter les crocs. Cette hystérie contribue à renforcer la menace qu'elle prétend dénoncer. Vous voulez prévenir la violence? Faisons plutôt advenir la justice sociale. Et vite.

Si l’on demeure pragmatique et réaliste, avant, bien avant que le menace islamiste ne s’approche et ne saisisse votre vie, pour sûr, le risque de mourir, à choix :

de connerie

de diabète

d’obésité

d’une classique compression de l’aorte

de particules fines avalées tous les jours à haute dose

d’accident de voiture

d’anévrisme

d'enfumage journalistique aggravée

de l’explosion de Mühleberg

d’un crime passionnel

d’une glissade dans l’escalier

aura eu raison de vous.

 

 

Faut-il donc mettre un policier derrière chacun pour sécuriser ?  

La peur est mauvaise conseillère.

 

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2016/08/05/un-camp-migrants...

[2]https://www.letemps.ch/suisse/2016/07/21/aux-tpg-frontali...

[3] https://www.letemps.ch/suisse/2015/10/02/piste-islam-radi...

[4]http://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Prison-ferme-pour-u...

[5]http://www.tdg.ch/suisse/90-requerants-recourent-aide-soc...

 

...................................

www.sylvainthevoz.ch

16:36 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, aliénation, presse, maudet, rosselli, lugon | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/08/2016

Au feu des feux du premier août

A quoi nous appellent les feux du premier août ? Qu’est-ce qui s’allume là-haut sur la montagne? De quoi sont faits ces feux de joie, de quels bois se chauffent-ils, quelles significations ont-ils ? Si les Français ont leur Marseillaise et son fameux couplet : « aux armes citoyens, levez vos bataillons… qu’un sang impure abreuve vos sillons » faut-il donner valeur aux feux du premier août pour ce qu’ils étaient à l’origine, c’est-à-dire : à peu de choses près, la même chose que le chant de guerre de nos voisins français : un hymne appelant à la mobilisation pour se défendre des envahisseurs et les faire passer de vie à trépas ? 

 

L’histoire nous enseigne cela : les paysans suisses utilisaient comme signaux les feux afin de s’avertir de l’approche d’ennemis et se mobiliser. Mais les feux de joie seraient également un reliquat de la fête celte de Lugnasad, consacré au Dieu Lug au début du mois d’août. On le voit, elle n’est pas tout à fait kasher cette fête du 1e août, mais plutôt un métissage entre un culte animiste, soutenu par le préambule déiste de la Constitution qui, faut-il encore le rappeler, débute ainsi : « Au nom de Dieu tout puissant »  et se voit renforcé par l’hymne national ; enfin, plutôt le Cantique suisse, véritable ode au divin dont on chante les strophes le 1e août : « les accents d’un cœur joyeux… Dieu nous bénira des cieux » dans un parfum enivrant de pétards chinois, de bière allemande et de saucisses polonaises, sous le drapeau national à croix blanche à fond rouge d'inspiration chrétienne. Tant pis alors si les laïcards s'en étouffent, les feux du premier août doivent nécessairement être lus comme le lieu d’un joyeux métissage, social, spirituel.

 

Le Cantique suisse (1841), la fête nationale (1891), la Constitution (1848, 1874, 1999)  proviennent tous du XIXe et du besoin, affirmé, de l’Etat fédéral de 1848, de consolider les liens confédéraux. Ce besoin d’alors portait, via l’appel à la solidarité et l’entraide du mythe des origines, à la nécessité volontariste d’unifier une Suisse plus fragmentée qu’il n’y paraissait.

 

Il faut bien constater que l’invention créative du branding mythologique de 1291 permet, dans son arbitraire et son originalité même, de réinventer sans cesse le sens de cette fête. Autrement dit, de la mettre au goût du jour et à la page qu’on souhaite lui donner. Grande plasticité de la fête nationale donc, grande souplesse des feux aussi. Il faudrait être un helvète bien belliqueux ou un enfant croyant encore au père Noël pour y voir, en 2016, un signal de rassemblement contre l’ennemi, dans une dimension velléitaire d’alpins acculés... Et pourtant, il y en a pour creuser cette lecture essentialiste, fondamentaliste, et nous ramener au mythe carcéral de la Suisse utopique de 1291 peuplée de barbus isolationnistes avec hache, dans le berceau d’un 'judéo-christianisme' instrumentalisé pour estourbir tout ce qui ne correspond pas au mythe des origines. Ce qui, entre parenthèse, aujourd'hui, voudrait dire : à peu près tout le monde... N'en déplaise aux rêveurs mythiques d'une Suisse fantasmée. 

Cette lecture fondamentaliste est la marotte de celles et ceux qui, de cette fête, en font une lecture daechienne. Plutôt qu’une lecture ouvrant le sens à la multiplicité d’approches, à la finesse du sens et de l’interprétation, ils en bétonnent un sens univoque, inscrit pour toujours dans la pierre… enfin : le pacte. 

Or, la force de cette journée est à réinventer. Elle réside dans le fait que chacun y puise ce qui fait sens pour lui, en lien avec un héritage, mais surtout dans une perpétuelle réinterprétation du présent, dans un rassemblement sans distinction de classe, de genre, ou d’appartenance. Le plus beau symbole de la fête du 1e août, étant finalement  le feu.      

 

Quel sens donner aux feux du premier août ?

Un sens horizontal d’abord. Celui du rassemblement, de la multiplicité de toutes les personnes qui composent la Suisse, de chaque souffle qui réside sur ce bout de terre, quelle que soit sa langue, sa religion, son origine, son passeport, selon son désir d’appartenir à un ensemble national et de contribuer à un bien être général, chacun amenant son combustible à ce qui réchauffe l'ensemble. 

Dans une dimension verticale et plus spirituelle, par ce que les flammes élèvent et que le feu purifie. Cette dimension transcendante permet symboliquement de brûler le sclérosé, le moisi, se libérer d’un passé dépassé, pour commencer une nouvelle année, en s’affranchissant de l’emprise du passé, se donnant la liberté d’inventer un présent qui sera un futur.

 

Les feux du premier août appartiennent à un long cycle de morts et de renaissances, de ce qu’il faut abandonner du passé pour pouvoir continuer d’avancer dans ce monde, mais aussi de ce qui réchauffe, ce qu'il faut préserver et vivifier pour durer dans le temps, soit : la force d'un collectif. 

Les vieilles images d’Epinal, les mythes complaisants, s’ils nous bercent, nous empêchent aussi d'affronter le présent. Ainsi, bien plus que dans 1291 ou dans le 19e, ma confiance est placée dans la multitude qui entoure le brasier pour lui donner un sens vivifiant et tonique; dans ceux qui allument leur lampion au feu partagé.

 

Ma confiance est placée dans la joie de ce qui réchauffe et dans la force de ce qui brûle. Dans ces feux qui s'élèvent pour faire table rase du passé autant que pour rassembler et réunir. 

 

Bien plus qu'à la madeleine de Proust, ma confiance va au feu qui la cuit et la métamorphose. 

 

 

12:16 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |