30/06/2016

Est-il encore autorisé d'autoriser?

Le signe d'impuissance d'une autorité, c'est d'interdire sans régler les comportements et se barricader derrière la sanction sans réussir à régler les enjeux du vivre ensemble. Interdire et punir, solution de facilité, peu efficace, coûteuse et qui fonctionne mal, déresponsabilise les citoyen-ne-s plutôt que de les impliquer dans un rapport positif au vivre ensemble.

Deux décisions récentes, prises en Ville de Genève par le responsable de la gestion de l'espace public, le magistrat Guillaume Barazzone, ont fait beaucoup réagir. L'interdiction, pour les vélos, de circuler dans les parcs, ainsi que l'interdiction pour les citoyen-ne-s d'y griller leurs saucisses[2]. Malheur total à ceux qui roulent en vélo avec des saucisses dans leur sac, les pandores pourront doublement sanctionner ces dangereux "cycloterroristes grillophiles"...

Interdire ne résout rien

Ces interdictions ne vont pas dans le bon sens. Elles marquent un durcissement fébrile. Plutôt que d'arbitrer intelligemment les enjeux de gestion de l'espace public, on bannit. Certes, il y a des tensions entre ceux qui veulent rouler en vélo, et ceux qui ne les voient pas venir, entre ceux qui veulent une ville animée, et d'autres qui en craignent les excès, entre ceux qui ont envie de griller un morceau de viande en plein air, et ceux que la fumée incommode (tout en ingérant en silence des tonnes de particules fines renvoyées par les bagnoles); entre ceux qui veulent dormir, et ceux qui veulent faire la fête, etc. C'est la base de l'espace public que d'être un espace disputé, négocié. C'est l'essence de la ville aussi. 

Accentuer, par des interdictions, les tensions, renforcer les fronts les plus durs, est un mauvais calcul. Surtout, c'est méconnaître les genevois, attachés à leur liberté, et à ne pas se laisser intimider par l'Etat. Franchement, faire appel à la police, pour des saucisses et des boyaux? Où va-t-on ? 

 

Vers un clientélisme de la norme et l'arbitraire

Réguler les enjeux du vivre ensemble devrait être résolu par des politiques de dialogue et de prévention, et l'aménagement d'espaces qui conviennent aux nouveaux usages de la ville. Les interdictions créent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. Elles ouvrent à une dimension ubuesque et arbitraire.

Le magistrat Barazzone rappelle au matin l'interdiction des vélos dans les parcs, mais au soir, il affirme, par son porte-parole, que : "Il ne s’agira pas de faire la chasse à tous les cyclistes mais à ceux qui roulent à tombeau ouvert et mettent en danger les piétons, surtout avec la multiplication des vélos électriques"[1] 

Mais alors, de deux choses l'une, soit on met des panneaux interdisant l'accès aux parcs aux vélos, soit on les autorise. Mais prétendre faire appliquer une loi d'interdiction tout en rappelant une certaine tolérance ouvre la porte à l'arbitraire. Honnêtement, quel usager de parc, pourra s'y retrouver? Et quel cycliste sait aujourd'hui s'il peut pédaler dans un parc ou non, au vu des déclaration contradictoires de Monsieur Barazzone qui souffle le chaud et le froid, sur les grillades comme dans le dos des cyclistes. 

On quitte là le domaine de l'application de la loi pour entrer dans celui du flou, de l'arbitraire, voire de l'intimidation. Ce n'est plus le rapport et le dialogue entre les gens qui règlent leurs conduites, mais le recours constant à la police qui, avec toute sa subjectivité, des règles mal posées, devra cadrer les conduites.

 

S'en remettre à la police pour tout: un mauvais calcul

Le calcul du magistrat semble être le suivant: faisons peur aux cyclistes, dissuadons-les, menaçons-les, espérant ensuite qu'ils renoncent à circuler. C'est, petite digression, la même politique qui est d'ailleurs suivie vis-à-vis des précaires, qui sont déplacés d'un coin à l'autre de la Ville, intimidés et amendés parfois simplement parce qu'ils proposent à quelqu'un de lui porter son sac de commissions. Ce geste d'entraide étant, pour certains policiers zélés, considéré comme une approche afin de commettre un vol et suffisant pour soustraire les piécettes que la personne a sur elle, l'emmener pour quelques heures au poste sans autre motif valable. L'interdiction de la mendicité pour tous a donné une marge arbitraire pour en persécuter sévèrement quelques uns. 

On ne peut qu'espérer que les genevois ne se laisseront pas intimider par l'arbitraire et continueront d'aller en vélo, se rassembler, manger et respirer librement dans l'espace public, qui appartient à tous, et donc à personne. Et que plutôt que de ne plus rien faire du tout, par crainte de faire quoi que ce soit, ils continuent à affirmer leur liberté, leur volonté de vivre ensemble, dans le respect de l'autre.   

Quant au magistrat Barazzone, plutôt que d'ennuyer les gens avec des directives floues et rigides visant à restreindre l'usage de l'espace public, qu'il s'autorise à autoriser, plutôt que d'interdire à tout va. Pour sûr, notre ville, et l'air que l'on y respire, y gagnera!

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/velos-interdits-p...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/2016/06/28/ville-geneve-dresse-une-barriere-saucisse-entre-deux-rives

 

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www.sylvainthevoz.ch

09:05 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, saucisse, vélo, interdiction | |  Facebook |  Imprimer | | |

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