sylvain thévoz

30/05/2016

La droite municipal craint le jugement du peuple, elle mobilise ses avocats

La droite municipale a donc lancé un recours pour invalider la votation populaire du 5 juin en Ville de Genève sur les coupes dans le social et la culture.[1] Pour la droite, les explications fournies dans la brochure par l'exécutif donnent l'impression que la majorité du conseil municipal est irresponsable d'avoir voté ces économies budgétaires, qu'il ne connaît rien aux finances, et va faire du mal aux jeunes, aux aînés, aux femmes battues.[2]

C'est donc parce qu'elle a le sentiment d'être mal comprise que la droite fait recours devant les tribunaux pour invalider un scrutin populaire. Le côté cocasse de ce recours est accentué lorsque l'on entend la cheffe de groupe PLR Natacha Buffet-Desfayes, à la télévision locale Léman Bleu [3], justifier son recours par la crainte d'être dépeint comme des sadiques. La droite prend très, très personnellement ce qu'elle interprète comme "une liste de griefs qui leur sont adressés... avec le sentiment d'être traîné dans la boue". Mais pourquoi donc la droite déserte-t-elle le champ du politique, de l'argumentation, et du débat ouvert, pour se réfugier dans une posture judiciaire victimaire ? 

Victimisation et personnalisation

Le journaliste écarquille les yeux et demande concrètement ce qui ne va pas dans la brochure présentant les votations du 5 juin. Il n'aura pas de réponse claire de la part de la cheffe de la droite, si ce n'est une succession de phrases à forte teneur émotionnelle et subjective : "on nous dit que l'on a mis la Ville à sang, nous sommes traînés dans la boue, on nous dit que tout le monde est affaibli, amputé, on n'a pas été entendu, on se sent insulté dans la brochure... nous ne voulons pas passer pour des méchants, nous voulons dire que parce qu'ils ne sont pas d'accord ils nous traitent de cette manière et il est mis dans la brochure que nous sommes des sadiques..." La cheffe de groupe finit dans un souffle: "enfin je vous dis là mon ressenti" Le mot est lâché, c'est donc, au final, de son sentiment que la droite parle et à partir de celui-ci qu'elle se sent autorisée à faire recours et encombrer les tribunaux. On a définitivement quitté le terrain du politique, pour naviguer dans l'espace infantile et régressif du: "je ne me sens pas compris, tu es très très méchant, je te coupe la paix... et ton budget avec".

 

La droite a peur de son image 

On a beau lire et relire la brochure des votations, on n'y retrouve aucun des qualificatifs offusqués employés par la droite. Sa blessure narcissique doit venir du fait que l'on déduise qu'ils sont les acteurs des coupes injustifiées pour 8 millions dans les finances publiques, avec des conséquences importantes pour le fonctionnement de la Ville de Genève et ses habitant-e-s: 

  • Réduction de 2.5% sur les mandats extérieurs et les achats de la Ville de Genève (Gérance immobilière, Service des sports, service des écoles, nettoyage des préaux).
  • Réduction de 2% sur les subventions accordées par la Ville de Genève à l'exception du sport, du Grand Théâtre et de la petite enfance.
  • Réduction de 10% sur l'ensemble des Fonds généraux culturels.
  • Réduction du budget du Fonds municipal de lutte contre le chômage de plus de 600'000.-
  • Diminution de 50% des subventions prévues pour le Fonds de soutien à l'innovation G'Innove.
  • Suppression de l'incubateur social Essaim et réallocation de sa subvention à la Fondetec.

 

Mais, de deux choses l'une : soit ces coupes de 8 millions sont anecdotiques, auquel cas, on peut se demander pourquoi, au final, la droite les a faites; soit elles permettent véritablement de trancher dans les dépenses publiques, et de faire des "économies"... on ne comprend pas alors pourquoi la droite s'offusque que leur impact soit relevé.

Serait-ce cette phrase, parmi d'autres, qui offusque la droite ? "La Ville de Genève jouit d'une excellente santé financière. Cela est rappelé par différentes études, qui saluent les performances de gestion de la commune. Depuis 2007, la dette municipale a baissé de 17,9% (soit de 330 millions). La moyenne d'autofinancement des investissements sur 10 ans atteint les 144%. Et les comptes 2015 affichent un boni de 39.5 millions." Il s'agit pourtant de faits avérés.

 

Un recours narcissique  

La droite a donc fait recours à la chambre constitutionnelle pour invalider une votation populaire, parce qu'elle se sent mal comprise! N'assumant pas d'avoir coupé pour 8 millions de prestations dans le budget de la Ville, elle envoie ses avocats. Comment ne pas avoir l'impression, au moment de passer devant le peuple, que la droite cherche à brouiller les cartes, menaçant d'une annulation de scrutin une votation qu'elle a pourtant elle-même provoquée... comme si elle n'avait pas confiance ni dans ses propres arguments, ni dans la souveraineté populaire.

 

La droite face à sa peur du désaveu populaire

En amont, la droite n'avait pas voulu examiner le budget de la Ville avant de le couper d'une manière linéaire et à l'aveugle, supprimant des prestations importantes pour la population. En aval, elle jette l'éponge, refuse de faire campagne, déclenchant une bataille juridique que, selon toute vraisemblance, elle perdra.

Ces choix sont regrettables, et donnent au final l'impression que c'est avant tout son image et ses postures que la droite défend, ayant peur du débat de fond, n'assumant pas devant le peuple ses coupes, voire pire: intimidant ce dernier, lui laissant entendre qu'au final, ce n'est pas lui qui décide mais les avocats et les tribunaux. 

Face à cette tentative d'intimidation, une seule réponse possible : aux urnes le 5 juin pour voter avec enthousiasme deux fois NON aux coupes et aux manoeuvres dilatoires d'une droite qui cherche à confisquer la liberté du vote populaire pour le réserver à ses avocats!   

 

 

[1]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Votation-contre-...

[2] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/entente-veut-invalider-scrutin-5juin/story/14367373

[3]http://www.lemanbleu.ch/Scripts/Modules/CustomView/Lis...
 

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23/05/2016

Au nom de qui, au nom de quoi

Celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi. (Friedrich Nietzsche, par-delà le bien et le mal)

 

Au nom de qui au nom de quoi invoque toujours, par définition, une puissance autre que la sienne pour intervenir et défendre ses intérêts. Au nom de qui, au nom de quoi, prend Dieu par la main, tire Allah par le collet, fait parler comme un ventriloque la sacro-sainte puissance de l’Etat, la cause, la démocratie, l’état d’urgence, un œil sur la presse et l’audimat.


Au nom de qui, au nom de quoi est fort, très fort, quand il invoque la sécurité et joue sur la peur ; difficile alors de lui opposer quoi que ce soit. Pourtant, la vague qu’il lève, la hantise dont il se sert, il la suinte. Sa violence est un boomerang qui le menace derrière la tête. Pourquoi alors se tenir à ses côtés pour scruter l’ennemi invisible et ânonner comme sidérés : crainte et soumission ? Alors que la liberté et la capacité de créer du nouveau nous mobilise tout autrement ?

Au nom de qui au nom de quoi agrandit ses prisons, aligne ses algorithmes ou pelotons, textes sacrés, détourne la religion, caricature ses adversaires et ajoute une remorque au bouc émissaire. Ce n’est jamais lui qui pose problème, pas lui l’intolérant, la source de violence. A croire que celle-ci tombe du ciel, qu’elle descend de nulle part, se perpétue uniquement par force d’inertie ou de pesanteur, insaisissable épouvante tapie dans l’ombre, sans cause ni raison.


Servilité de l'autoritaire

Au nom de qui au nom de quoi cherche une légitimité comme un vieillard sa canne. Mais dis, quand sortira-t-on du dyptique bourreau ou victime? Martyr, martyrisé, ou sauveur ?

Au nom de qui au nom de quoi va en Iran rencontrer des Mollahs, serrer la pince de princes Qataris, s’acoquine aux compères, corrompus en tous genre. Au nom de qui au nom de quoi ne prend guère la peine de se boucher le nez. Le cynisme est son déni de la violence, la realpolitik sa solution finale... et au diable les moyens.

Au nom de qui au nom de quoi auto alimente les conditions de la violence, défend le pouvoir par le pouvoir, contre ceux qu'il prétend servir. Au nom de qui au nom de quoi se cache derrière les oripeaux de la foi, les ors de la république... jusqu'à son reflet dans le miroir.


Au nom de qui au nom de quoi s’accommode de la violence, s’y fonde même. Disposé aux compromissions nécessaires pour faire tourner les opinions, son absolu est placé dans le rendement et sa perpétuation. Mais toi, dis, où places-tu ton absolu ? Et pour qui agis-tu, plutôt qu'au nom de quoi?

 


Bulletin de vote, gomina ou bâton

L’exercice de la violence, sans justice sociale, place le militaire, le policier ou le terroriste sur le même pied d’égalité. Cette tasse de café, ce litre de pétrole, ce quintal de coton, quelle sueur les rançonne ?


Quel visage montre Au nom de qui au nom de quoi quand il est ramené sur terre, au ras de celle-ci, en face à face ? Quelle contestation, quelle parole, modération lui oppose-t-on? Tout passage par la case prison, inutile et stérile, faisant ressortir des jeunes gars qui se feront exploser plus loin doit être abolie. Tout réveil dans les parcs de la ville à coups de pieds par la force publique, banni. Interroger, combattre toute violence ; toute inégalité, tout abus de droit, les dénoncer. Au nom de qui au nom de quoi a besoin de silences complices. Pourquoi les lui donner?

Au nom de qui au nom de quoi prive de liberté ceux qui avancent les mains vides. Nul ne doit entrer en prison parce qu’il n’a pas de papiers. Au nom de qui au nom de quoi se frotte les mains. Exacerber les tensions, radicaliser les fronts, c’est bon pour son prêche ou sa réélection. L’état d’exception ou la résignation, c'est son inspiration. Que répondre à la violence de l’autoritarisme quand il ne dit pas son nom ?

 

La parole est un énergie


Les hommes armés sont dans la rue. Certains les saluent, rassurés par leur présence. D’autres sont regardés du coin de l’œil, fouillés plus que de raison, et pourtant innocents, comme les autres.

Au nom de qui au nom de quoi aimerait nous faire croire qu’il parle en notre nom.
Ses clins d’œil complices sont, à mes yeux, et avant tout : un signe aggravé d’épilepsie.

Une décharge électrique alimentant la créativité et la contestation.

 

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09/05/2016

Le rodéo des motards: quelles responsabilités ?

"J'ai vu un coureur se faire réanimer aujourd’hui doit-on interdire le marathon ? Déplacera-t-on aussi les courses cyclistes et la Critical mass ».[1] Le Conseiller d'Etat Luc Barthassat, après avoir banalisé le grave accident qui a blessé 6 personnes dont une gravement samedi durant un rodéo de moto compare une fois de plus l’incomparable. Le magistrat fait le parallèle entre une course populaire : le marathon, admirablement encadré par des centaines de bénévoles, avec des routes fermées, des postes de samaritains à des emplacements définis, des secours mobilisés pour l’occasion, et un rodéo sauvage de 2000 motards samedi dans la ville sans sécurité, ayant dépassé le contrôle des organisateurs.

Avez-vous déjà vu un marathonien en blesser 6 autres?
Quand vous courez un marathon, vous assumez que votre corps peut lâcher. Vous engagez votre responsabilité, et uniquement la vôtre. L’excellence de l’organisation, si elle ne garantit jamais le risque zéro, permet de répondre aux défaillances. On ne voit pas bien comment un marathonien pourrait en blesser un autre. Il en est tout autre quand un motard pousse son bolide 2 à 3 fois la vitesse autorisée sur les quais bondés un samedi après-midi ! La comparaison du Conseiller d’Etat est stupide. Est-ce parce qu’il était lui-même dans le cortège qu’il cherche à banaliser les responsabilités ? Sa réponse est aussi une insulte au professionnalisme de ceux qui organisent des courses pédestres et cyclistes et qui doivent faire face à la lourde tâche de planifier et sécuriser des événements.

Deux poids deux mesures?

Comme se fait-il que certains soient astreints aux coûteuses et nécessaires mesures pour planifier leur événement populaire, alors que d’autres déboulent avec 2000 motos en pleine ville, avec à leur tête leur chef de bande ? Ce rodéo de motard aurait dû être empêché de démarrer. Au marathon, vous savez combien de personnes vous avez au départ. Au réunion des motards, non. C’est plus difficile à évaluer. 1400 personnes aiment l’événement sur facebook, 2000 motards sont à l’arrivée. Il se passe des événements étranges dans cette République qui interrogent le principe d'égalité de traitement.

Ce rodéo de motard aurait dû être empêché de démarrer.

Est-ce parce qu’un Conseiller d’Etat était sur sa moto que cette manifestation a été autorisée sans encadrement suffisant de police ni pose de barrières de sécurité ?  Cette équipée sauvage a mis la vie de gens en danger, des jeunes enfants qui couraient le samedi après-midi sur les quais, des piétons qui traversaient sur les passages piétons au petit bonheur la chance au milieu de la horde. Monsieur Barthassat a-t-il promis d’assumer seul la gestion de cet événement auprès de ses pairs du Conseil d’Etat ? Une enquête de police approfondie sur les événements doit rapidement avoir lieu pour tirer tout cela au clair. Seule une gestion responsable de tels événements sur le domaine public permettront d'éviter de tels drames. De telles négligences impliquant la vie d'être humains ne doivent plus se reproduire. Le bilan aurait pu être encore plus tragique ce week-end. 

 

 
Un témoignage de motard


"Ayant participé à la bénédiction, j’avais envie de témoigner de mes impressions. Tout d’abord j’ai été étonné de voir que la gestion du cortège avait été attribuée à un groupe facebook de motards. Ils sont très sympas d’avoir voulu prêter main forte aux policiers pour gérer la parade mais ils n’ont absolument aucune expérience dans la gestion d’événements. On a simplement distribué des dossards jaunes fluorescents aux membres lambdas du groupe facebook qui avaient décidé de répondre présents à l’invitation digitalisée sous forme d’événements facebook, sans sélection aucune. Ensuite, sur place, pendant la messe, les véhicules étaient garés n’importe où, prenaient une place pas possible, jusqu’aux trottoirs, empêchant les passants de circuler. Mais le plus gros problème a commencé avec l’allumage des 2000 véhicules…. Je vous laisse imaginer le boucan cacophonique, quand les poignées ont commencé à jouer dans le vide, juste pour faire vrombir les machines et leur pot d’échappement. Et puis l’odeur, provoquée par ces mêmes jeux totalement inutiles de poignée de gaz et celles des pneus brûlés à l’arrêt sur l’asphalte, uniquement pour épater la galerie. Quitter l’église des Eaux-vives était une libération. Enfin, c’est ce que je pensais jusqu’à ce que le cortège prenne la route. Certains roulaient à plus de 80 sur des routes habituellement limitées à 50km/h (sous le regard bienveillant des policiers présents, tandis qu’à d’autres passages, ça bouchonnait tellement qu’on avait de la peine à dépasser les 10km/h, faute à une mauvaise sélection du parcours. Les radars avaient tous été désactivés pour l’occasion, certains motards en ont bien sûr profité pour oser l’impensable en temps normal…..un wheeling ne se fait pas par accident, un excès de vitesse ne se fait pas par accident… je continue quand même à me demander comment, à une bénédiction de motards, c’est sous couvert de la légalité que l’on arrive à (se) mettre en danger."

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/accident-cologny-...

 

 

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08/05/2016

Sortie de route de Barthassat : "6 blessés dont un grave... malgré cela la journée fut belle"

Franchement, fallait pas être malin pour rassembler en plein cœur de Genève, où la circulation était déjà compliquée pour cause de marathon, une masse de motards pour leur bénédiction à l'église des eaux-vives. Quel charme il y a-t-il à venir jouer du gros cube et défoncer les oreilles des passants en montrant qui a la plus grosse? Je l'ignore. On aurait au moins pu s'attendre à ce que ce rassemblement soit correctement encadré et des consignes de sécurité strictes données.

On aurait aussi pu imaginer une bénédiction des motards en proximité d'un circuit de course, à tout le moins d'une route fermée pour l'occasion, mais non, les joyeux drilles, montés sur leurs bécanes, ont trouvé beaucoup plus charmant de se rassembler en plein centre-ville, un samedi après-midi de printemps, puis d'envahir les quais en faisant exploser les décibels, et traversant la ville en tous sens.

 

La vie n'est pas un film américain

Certes, il ne fallait pas être très malin pour venir frimer au guidon de sa moto entre baby-plage et le jardin anglais, en escouade et avec des drapeaux pirates à tête de mort, jouant les gros bras en se croyant sur les longues routes désertes américaines. Mais il fallait être sacrément allumé pour essayer de faire un wheeling, le long des quais et embarquer dans sa chute un piéton et d'autres motards. Le drame a eu lieu au milieu de l'après-midi. Bilan: 6 blessés dont un grave.[1]  Le prêtre qui avait dit quelques heures avant : "Dieu aime la moto, car c'est un plaisir partagé, une communion, c'est quelque chose qui vous lie et vous unit" a dû se mordre la lèvre en fin de journée.  Il n'y a pas grand amour à se faire faucher par un motard tout à la joie de bomber le torse sa belle cylindrée qu'il ne maîtrise pas.[2]  

Barthassat à la masse

Ce n'est qu'à Genève que l'on peut voir un ministre des transports, Luc Barthassat, se pavaner au volant d'une moto avec sa tête de mort sur le cœur et commenter en fin de journée très légèrement : "malgré l'accident sur les quais, la journée fut belle de rencontres et d'amitiés", ce qui est choquant. Il aurait été souhaitable que le magistrat retire ses gants et ses œillères, prenne la mesure du drame, exprime une pensée pour les blessés et leurs familles, et si possible suspende sa virée à moto, plutôt que de continuer à faire des selfies à tête de mort.

Le mot "accident" à bon dos. Il faudrait dire plutôt : suite à des négligences coupables, des gens sont aujourd'hui en petits morceaux dans un hôpital, alors que d'autres finissent d'écluser leurs bières.

Une ville n'est pas un lieu pour faire des rodéos de motard.

Avoir cette conception de la ville, c'est avoir une époque de retard.   

Le Conseil d'Etat va-t-il interdire ces rassemblements dangereux?  

Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat considérant la légèreté avec laquelle la tenue de cet évènement a été autorisée ? Comment le Conseiller d'état responsable, Luc Barthassat, va-t-il s'expliquer devant ses collègues du Conseil d'Etat sur cette funèbre virée de bécanes, avec ou sans sa tête de mort sur le poitrail ?

Les rassemblements de motard doivent se tenir hors des villes, sur des routes sécurisées et surveillées. Même si, dans l'ensemble, les motards sont des gens responsables, l'excitation liée à ce genre de rassemblement, est une invitation à la catastrophe.  

Les organisateurs, lors des courses vélo, protègent le public et les coureurs lorsqu'ils entrent dans des villes. Lors de l'arrivée du Tour de Romandie dimanche passé, les balustrades étaient posées. Comment peut-on lâcher une horde de deux roues mécanisées en pleine ville sans protections ni avertissements à la population?    

 

Stop aux rodéos mortels des motards

Motards, plutôt que d'arborer des têtes de morts, des cuirs et des clous, mettez des fleurs sur vos motos, et allez rouler sur des circuits.  

Les enfants, les familles, les cyclistes et les piétons qui ont risqué leur vie aujourd'hui en croisant votre sinistre parade vous en remercient.

Quand à Luc Barthassat, les mots me manquent pour désigner la légèreté avec laquelle un ministre des transports joue avec la vie des gens. A force de vouloir mettre des motos partout, sur des voies de bus, dans des églises, elles finissent aussi par partir dans le décor. Ce qui s'est passé ce samedi quand 2000 motards ont roulé en bloc sur les quais n'est pas un accident. C'est de la bêtise crasse. Certains en ont payé le prix fort.  

  

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-accident-au-qu...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/benediction-motards-attire-foule...

 

 

 

 

 

02/05/2016

Les éclusiers de la porte étroite

book-07210728.jpgComme de nombreux genevois, je ne suis pas né ici, n'ai pas fait mes classes à Genève. Je suis arrivé dans cette ville en cours de route, ai été touché par sa capacité à accueillir la différence, par sa dimension cosmopolite.

A un âge qui n'était plus celui de l'adolescence, je suis venu travailler à Genève, ai été marqué par la possibilité de m'y sentir bien, en un mot, comme chez moi (en fait, bien mieux). Non pas que j'avais grandi très loin, oh non, à une distance de soixante kilomètres, mais parfois ceux-ci sont plus difficiles à franchir que des milliers, sachant que les rivalités sont aussi cocasses que tenaces, et les barrières bien posées dans les têtes.

Ubi bene, ibi patria dit le proverbe latin : là où je suis bien, là est ma patrie. Genève a toujours été une ville de refuge, elle en tire sa grandeur, sa force et sa beauté.

 Comprendre Genève

Bien sûr, quand on n'est pas du cru, il manque des morceaux pour comprendre le récit local. Quand certains parlent des années des squats où de quelques scandales ayant émaillé la vie politique d'alors, du 25 rue du Stand en passant par les rapports complexes entre l'Etat et les communes; de grands projets ayant modelé ou défiguré Genève, on se rend compte du décalage.

Il y a certaines inimités (ou intimités) aussi que l'on n'explique pas et que mêmes les principaux protagonistes semblent avoir oubliées. Que s'est-il donc passé avant? Quelles Genferei a-t-on loupées? La mémoire vivante est parfois défaillante. Les récits sont contradictoires et l'histoire se réécrit sans cesse. Quelque chose s'est déroulé à Genève, durant les années passées, qui modèle le présent et auquel les nouvelles générations ou les nouveaux arrivants n'ont accès que par sourires entendus ou regards en coin. Il manquait un livre pour lever le voile. Albert Rodrik et Olga Baranova s'y sont attelés.

 

Mémoire vive

Les éclusiers de la porte étroite[1] d'Albert Rodrik et Olga Baranova est un livre généreux qui retourne les cartes. Tout d'abord, parce que tous deux ont ce parcours de migrants, qui leur permet d'avoir un regard distancé sur la réalité locale, mais aussi parce que, camarades socialistes, leur compréhension n'est ni complaisante ni liée à des liens ataviques. Ils sont libres ces deux! Ce recueil éclaire la réalité genevoise, suisse, avec perspicacité, sans pour autant être un livre d'histoire. On y découvre avec plaisir aussi l'excellent texte d'Eloisa Gonzalez Toro, fille de réfugiés chiliens, qui s'exprime sur la nouvelle constitution pour Genève. Pas de langue de bois ici. Les écritures sont tranchées, le parti pris affirmé.

 

Des parcours rythmés par l'engagement

Olga Baranova suivait il y a dix ans les cours d'une classe d'insertion scolaire à Genève. Elle est devenue suissesse juste avant son élection aux municipales de 2011. Aujourd'hui, elle termine ses études en management public, travaille à Berne au sein du parti socialiste en poursuivant son engagement politique à Genève.

Albert Rodrik, est arrivé à Genève en 1955, en provenance d'Istanbul, pour étudier le droit à l'université. Jeune fils d'une famille de commerçants juifs turcs passé chez les frères chrétiens, il ne connaît personne quand il débarque au bout du lac. "Pourquoi Genève? Paris n'était pas envisageable, car je me serais dévergondé, et Bruxelles était mauvaise pour mes bronches! Alors je me suis retrouvé à Genève et j'y suis resté" Syndicaliste, un temps comédien et employé de banque, adhérant au PS en 1975, l'homme a travaillé comme haut fonctionnaire durant 15 ans pour des magistrats de diverses obédiences. Appelé le sage au sein du parti, fin connaisseur de la politique locale, il est un guide, une référence, une mémoire vive.

Ce livre est en fait un carrefour, de générations, de récits, de regards. Albert est un sage, Olga une combattante, et Genève méritait bien cet hommage de deux migrants devenus des références.

Nous ne croyons pas au grand soir mais à tous les petits matins

Je ne suis pas convaincu que, pour les Suisses, la perception d'être un peuple ou des peuples parmi d'autres de cette planète, solidaires qu'ils le veuillent ou non, soit bien ancrée dans leur tête. Albert a raison. Nous avons besoin de ce petit livre qui permet de comprendre un parcours, des communes, un canton, et un peu de cette complexité helvétique dont on est fier sans toujours la saisir.

Car rien n'est acquis, ni à l'abri, que l'on soit né d'ici ou d'ailleurs. Et c'est l'engagement dans le présent qui oriente les pas, change la donne, pas le pedigree, ni la naissance. Comme des éclusiers de la porte étroite, démocrates, réformistes, nous ne croyons pas au grand soir mais à tous ces petits matins où les espaces de liberté sont sans cesse élargis en dépit de l'économie de marché.

J'ai pour ma part trouvé dans ce livre des raisons d'espérer et de mieux comprendre notre Genève où l'engagement quotidien pour une société plus juste se poursuit.  

 

 

[1] Albert Rodrik, Olga Baranova, les éclusiers de la porte étroite, Editions Slatkine, Genève, 2016.

 

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