sylvain thévoz

05/01/2016

0% des électeurs de la Ville de Genève soutient l’alliance PDC-MCG-PLR-UDC!

Genève, mars 2015, la droite élargie, obtient 43 sièges au parlement municipal contre 37 à l’Alternative. Le premier acte de cette droite élargie est de faire élire un ancien salazariste mimant l’égorgement à ceux qui ne pensent pas comme lui à la présidence du Conseil municipal tout en présentant une feuille de route composée de dix points au Conseil administratif.[1] Cette feuille de route exclut notamment toute hausse d’impôts, souhaite revoir le statut du personnel, aliéner une partie du parc immobilier de la Ville à une fondation de droit public.

Le deuxième acte de cette droite élargie est de refuser l’entrée en matière du budget au mois de septembre, renvoyant ce dernier, pourtant équilibré, au Conseil administratif. Une manifestation sauvage au mois d’octobre donne prétexte à la droite élargie de sanctionner à tort l’Usine en gelant ses subventions. Cette décision sera jugée illégale par le Conseil d’Etat[2]. La droite élargie, toute penaude, doit reconnaître qu'elle a outrepassé ses droits, mais le mal est fait.

La stratégie de la tension et des rapports de force au mépris de la concertation, est lancée. La droite élargie vote encore 25 postes de pompiers à la va-vite et sans concertation au mois d’octobre[3], fâchant les autres communes genevoises, pour satisfaire l'électoralisme du magistrat Guillaume Barazzone alors en campagne pour le Conseil national, avant de tailler sauvagement dans le budget 2016 de la Ville le 14 décembre. Principales victimes de ces coupes budgétaires : la culture et le social qui se voient supprimer 7 millions, sur un budget pourtant bénéficiaire et une gestion financière de la Ville saluée par les agences de notation internationales.


Et un et deux et trois Alep sur Léman ?

La manifestation sauvage du 19 décembre produisant des déprédations en Ville de Genève, si elle laisse penser à certains que Genève est une nouvelle Alep sur Léman, doit pourtant, avec un peu de recul, être analysée comme une épreuve en miroir de la production de violence, de casse et de mépris entreprise dans le parlement municipal par une droite décomplexée, ayant choisi de détruire ce qu’elle ne comprend pas ou ce qui ne sert pas ses intérêts.

L'emploi d’un discours extrêmement moraliste et dominant, le franchissement des limites de la légalité (gel des subventions de l’Usine, censure du troisième débat dans le cadre du débat budgétaire) revient à jeter à tout va de l’huile sur le feu.

L’appel au calme et à la raison du Conseil administratif n’y feront rien. L’hubris de la droite municipale semble insatiable. Principale cible de ses foudres : les classes les plus défavorisées, les artistes précaires, le fond chômage, le social, ce qui à ses yeux ne rapporte pas, ne crée pas de bénéfices financiers immédiats, au risque de fragiliser l’avenir et l’équilibre social.

 

2 référendums pour que la population se rappelle au bon souvenir des élus


L'Alternative, les mouvement sociaux, syndicaux et culturels, ont lancé à Noël 2 référendums pour contrer les coupes budgétaires dans le domaine des services municipaux, de l’emploi, de la culture. Objectif : 4000 signatures pour chaque référendum d’ici au 12 février[4]... et un travail d’explication à fournir afin de démontrer que la casse dans des domaines produisant de la richesse coûtera au final beaucoup plus cher que les maigres économies espérées.


L'aboutissement des référendums conduira le peuple à voter dès le mois de juin 2016 afin de préserver les tissus associatifs et culturels locaux. L’enjeu est important : faire entendre la voix du Souverain à la droite afin que la législature municipale de 5 ans ouverte en juin 2015 ne devienne pas celle de l’hubris et de la casse sociale à tout va ; afin aussi qu’il soit mis un contrepoids à un autoritarisme parlementaire démesuré.


0% des électeurs soutient l’alliance inédite PDC-MCG-PLR-UDC


Si, en démocratie, la délégation de pouvoir est un fondement du système, il faut toutefois la relativiser en rappelant que sur 37% d’électeurs, disons, allez, qu’une petite moitié a voté à droite. Cela donne, reconnaissons-le, une très faible légitimité populaire pour faire n’importe quoi dans les enceintes délibératives. Surtout, il faut rappeler qu’un grand nombre d’électeurs ne pouvait imaginer que le premier acte des partis bourgeois comme le PLR ou le PDC serait de s’allier étroitement à l’extrême droite pour entamer la casse sociale.

En effet, 0% des électeurs s'est prononcé pour une telle alliance, absente de tous les programmes électoraux. Cette alliance qui n'ose même aujourd'hui dire son nom ne s’est scellée qu’une fois les résultats connus et les affiches recouvertes. On peut d'ailleurs, concernant le PDC, presque parler de tromperie électorale, ce parti ayant toujours claironné son refus d’alliance avec le MCG [5]. Or, que fait-il en Ville de Genève, depuis juin 2015 ? Il s’aligne à tout va sur la politique du parti populiste, faisant bloc avec lui…. contre ses principes et ses électeurs!


Se servir d’une courte majorité pour aller contre les intérêts de la population nécessite que celle-ci puisse, à un moment donné, se rappeler au bon souvenir de ceux qui lui ont fait miroiter un menu mais, au final, lui ont servi un breuvage étrangement mitonnée.


La folle passion du MCG et du PDC se poursuivra-t-elle en 2016?

L’année 2016 sera-t-elle placée sous le signe d’un retour à la concertation, à la tempérance, et à un mode de gouvernance plaçant les intérêts de la Ville de Genève et des habitant-e-s avant les rapports de pouvoirs et de domination ? Il faut le souhaiter.

Il reviendra finalement à la population de faire entendre sa voix afin de calmer la démesure passionnelle de la droite municipale. Il reviendra surtout au PDC, qui a toujours eu un rôle de pivot et de balance, de clarifier sa position sur l'échiquier politique. Car entre des déclarations de principes refusant l’alliance avec le MCG et, dans les faits, une intimité incestueuse avec ce dernier, on peut imaginer que l’électorat de ce parti ne se sente, à terme trompé, et refuse la filouterie électorale si des signaux clairs de distanciation ne sont pas fournis par le parti "démocrate chrétien".

 

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/plr-pdc-mcg-udc-s...

[2]https://www.letemps.ch/culture/2015/12/16/canton-annule-g...

[3] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/creation-25-poste...

[4] https://gallery.mailchimp.com/a357a7d03293fef5762ba9bcd/files/feuille_de_signatures_re_fe_rendums_budget_PS_final.pdf

[5] http://www.ghi.ch/le-journal/lactu-de-decaillet/le-pdc-re...

 

 

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07:08 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

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