11/12/2015

Terrorisez-vous, n'ayez pas peur

Terrorisez-vous, restez chez vous, téléphonez à la police si vous voyez un barbu, une djellaba, une valise abandonnée, un sac à main, un mouchoir en papier, une corne de gazelle, une canette de coca délaissée.

Terrorisez-vous, lisez la presse sur les peut-être il se peut on ne sait jamais mieux y croire, mieux vaut prévenir que guérir, il ne se passe rien il faut le dire, Genève est une cible mondiale, personne ne s'y intéresse.

Terrorisez-vous, faites-confiance à toutes les rumeurs, ayez peur du passage de toutes les camionnettes, serrez-les fesses, partez à la campagne, ne restez surtout pas seuls, levez les bras au ciel.

Terrorisez-vous, regardez chaque jeune du Lignon des Avanchets de la mosquée comme des kamikazes potentiels, chaque jeune tout court, toute barbe et plaques françaises ou belges, tout ce qui est précaire est dangereux. Comptez les jours depuis le dernier article parlant de possibles éventuels départ en Syrie, craignez le retour, craignez qu'il ne se passe rien, ça continue sûrement dans l'ombre alors.

Terrorisez-vous, dites à tous vos amis du monde que vous les aimez, que vous allez bien, touchez-vous sur twitter, mais pas en vrai, renoncez aux cadeaux de Noël, remplissez-vous la panse, fuyez la foule, les rassemblements, la fête de l'escalade, les matchs de hockey... le foot vous pouvez y aller, il n'y a jamais personne.

Terrorisez-vous, rumorisez-vous, paranoïez-vous. Floutez les visages de tous les barbus, tout le monde est suspect, même vous, doutez de tout, ne soyez pas, fantasmez, violentez-vous, retournez-vous dans la rue, épiez votre voisin, cachez-vous, ne dormez plus, faites la guerre au poil, au Coran, aux croissants.

Terrorisez-vous, la menace est partout, aliénez-vous, la menace est personne, sursautez dans la rue, restez bien informés, il ne se passe rien, on ne sait jamais. Mettez des photos de flics en armes partout, postez-vous dans la rue, transparencez-vous, montrez patte blanche, ne cachez rien, ne dites rien, ne pensez plus, ne contestez pas, ne dansez pas, laissez-vous fouiller de fond en comble s'il le faut, rendez-les armes, vous n'en avez pas.

Faites comme Pierre pas Simonetta, hurlez au loup, agitez-vous, soulevez la poussière, rameutez la presse, bloquez une rue, ne tenez pas compte de Berne, écoutez la CIA, Facebook, radio psychose, la menace est partout. Faites comme d'habitude, ne changez rien à vos angoisses, élevez les d'un cran, degré rouge orange bleuté vert avec clignotement de sirènes, il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

Faites comme vous avez toujours fait, tout est sous incontrôle, terrorisez-vous juste une pincée, rentrez plus tôt. 

Terrorisez-vous, terrez-vous, téléphonez-vous, inquiétez-vous les uns les autres, partez en vacances ne partez plus, réservez, annulez, réservez, questionnez mille fois le lieux de vos repos, partez au Nord, à Helsinki ou Stockholm, marchez sur la pointe des pieds, comptez jusqu'à cent dans la rue, jetez-vous à terre pour vous entraîner, fermez les portes sans les claquer, gardez la tête froide, rampez.

Surtout dites vous que vous n'avez pas peur, car ils auraient gagnés.

Informez-vous, terrorisez-vous, n'ayez pas peur. 

 

 

 

17:18 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

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