sylvain thévoz

28/11/2015

Climat : je marche, donc nous sommes

Pluie, neige et froid. Un temps tempéré aujourd'hui pour manifester pour le climat. Mais qu'est-ce que cela veut dire, au juste, manifester pour le climat?

Est-ce que le climat a besoin de moi, de nous, de nos chants, de banderoles et des schémas alarmants des courbes de Co2 prenant l'ascenseur?

Le climat n'a pas d'âme pas de liens, pas de responsabilités; il se moque que notre terre se torréfie et que nous soyons destinés, à plus ou moins courte échéance, si rien ne change, à y cuire.

Le climat nous grillera tous comme les derniers des criquets à la fin d'un été torride. Mais nous, en attendant... quelle vie voulons-nous et pour combien de temps? Alors que la conférence de Paris sur les changements climatiques s'ouvre du 30 novembre au 11 décembre, marcher pour le climat, c'est marcher pour l'humain.

C'est aller pour la vie, l'affirmer. 

   

La tyrannie de l'état d'urgence

L'air social est devenu, en certains lieux du continent, irrespirable. L'Etat liberticide a pris le pas sur l'état d'urgence. La France embastille aujourd'hui même 24 militants éco socialistes au nom de l'Etat d'urgence[1]. Elle opère des perquisitions administratives contre des couples de maraîchers bio et des associations de semeurs de graine ! Partout, des manifestations pour le climat ont été annulées en Europe pour risque d'attentat. La responsabilité de manifester est aujourd'hui plus grande que jamais, au nom de ceux qui sont empêchés de le faire. 

Les corrélations entre terrorisme et climat sont clairement posées.[2] Les liens entre instabilités géopolitique, migrations, noués. Il y a des luttes et des mouvements qui sont en marche. L'air du temps est à la défense de nos droits fondamentaux, ceux de vivre, s'opposer, respirer, manifester.  

 

Marcher pour l'éco-socialisme

Marcher pour le climat, c'est marcher pour les humains, dans leur écosystème; se balancer d'un pied sur l'autre, refaire encore et encore ce geste ancestral caractère des premiers hominidés. Geste d'humanité, depuis l'acquisition de la bipédie il y a 4 millions d'années ; de Lucy à ceux qui ont pressé le pas pour se mettre à l'abri le 13 novembre et pour tous ceux et toutes celles qui vivent sur cette planète, soumis aux aléas climatiques et sociaux, à l'accentuation des dérèglements.

 

Cyclo-révolutionnaires de tous les pays unissez-vous

Je marche pour un écosystème durable et protecteur, dans un pays libre. Je marche pour ceux qui partent à pied en laissant tout derrière eux, et se heurtent à des murs.

Je marche pour une réflexion profonde, morale (même si ce mot est raillé par les cyniques), sur la politique capitaliste coûteuse et à courte vue, qui sectionne nos héritages et ampute notre avenir aussi sûrement que des rafales de kalachnikov.

Je marche contre un système fou consumant un présent frénétique, avec l'hypocrisie d'une société se rêvant à 2000 watts mais n'arrêtant pas d'ajouter des prises et des câbles, des prothèses numériques à son vide existentiel.

Je marche contre ceux qui appellent cyclo-terroristes ceux qui veulent une place devant les 4X4, et mettent en taule des gamins de 16 ans parce qu'ils n'ont pas le bon permis de séjour.

 

Marcher pour la vie

Aujourd'hui, marcher pour le climat, c'est marcher pour une vision durable de l'humain dans son écosystème, respectueux de ce qu'il a reçu gratuitement, responsable de ce qu'il transmettra après lui.

C'est marcher pour faire groupe, corps, agréger les possibles, à mille ou deux mille à Genève et toujours plus demain, malgré toutes les menaces, contre toutes les résignations.

C'est marcher pour arrêter de rêver que nous sommes dans une bulle hors du monde, et que notre avenir se construira cloîtré chez soi avec un état d'urgence imposé et des camions de police dans la rue, soumis à l'angoisse unique que la connexion internet ne lâche et qu'il faille écrire Je suis nombril pour se sentir encore exister un tout petit peu.

 

 

Marche pour le Climat. Samedi 28 novembre, Genève.

Rassemblement à 13h, place des 22 Cantons.

 

 [1]etat-d-urgence-cosse-s-insurge-contre-la-mise-en-cause-de...

 [2]Terrorisme-et-si-on-cherchait-les-causes-du-cote-du-chang...

 

 

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www.sylvainthevoz.ch 

 

 

 

 

 

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23/11/2015

Au nom d'Allah, du marché et de l'audimat

Début octobre, la SSR annonçait la suppression de 250 postes et la réduction de programmes, films, séries, émission religieuses et littéraires. Le Tribunal fédéral ayant décidé d’amputer la TVA à la redevance, la SSR devra faire face à quelque 35 millions en moins par an. Mais en 2018, l’élargissement de la redevance, (acceptée en votation populaire en juin 2015), apportera des recettes supplémentaires!  La SSR pourrait donc s’endetter, temporairement, et ainsi dépasser ce cap sans casse. Pourtant, la direction de la SSR a fait le choix de couper dans l'offre, les programmes... et dans les postes. Cette gestion à courte vue est désastreuse, pour les postes d'emploi à Genève, l'économie locale, et le public. Et puis, couper des émissions littéraires, sur le fait religieux, par les temps qui courent... faut-il être sot ! 

 

Le mépris du partenariat social

La direction de la SSR confirmait, le 17 novembre, après "consultation", vouloir sacrifier les emplois publics. Ceci, malgré plus de 400 propositions d'économie alternative avancée par le personnel.[1] Ces propositions alternatives ont été balayées par la direction. La consultation a servi d'alibi. [2] Une consultation bidon, certes prescrite par la loi, mais sans effet, pour entériner des coupes avant même que le parlement fédéral n'ait été saisi.[3]  Une consultation pipeau donnant quittance aux petits soldats du management et de l'austérité: les sots, champions de l'abêtissement généralisé.

Vous reprendrez bien un grand Prix de Formule1 et une couverture saignante d'attentats pour vous exciter le dimanche soir ?

 

Pour une vrai radio-télévision publique

Et si la radio-télévision publique se recentrait sur le service... public, avec des émissions de qualité,  et d'approfondissement?

Et si l'on protégeait la radio de la structure organisationnelle qu'a imposé la télévision sur la radio ? Si l'on sortait du règne du nivellement par le bas, avec un affaiblissement général des programmes par manque de moyens et le diktat de l'audimat?

Si rien n'est fait pour contrer cette entreprise d'abêtissement général, nous allons à terme vers la mort du service public. Alors, si l'on veut louer la liberté d'expression et défendre notre mode de vie, ce n'est pas seulement dans l'après coup, après que des terroristes aient tiré dans le tas, mais aussi quand les exécutants de la doxa financières suppriment des lignes, des services et des postes, compriment les cerveaux et compactent la masse. 

Il est temps de monter aux barricades pour refuser qu'au nom d'Allah, du marché ou de l'audimat, l'entreprise de vidage de cerveaux ne soit généralisée.

 

Le travail de sape des sots

Encore un mot. Dans le Matin Dimanche, j'ai lu avec stupéfaction la proposition d'un député genevois, fort sot, d'ajouter 2 millions aux forces de sécurité du canton pour qu'elles aient de plus performants fusils et gilets pare-balles pour combattre d'éventuels terroristes. Sauf que, deux pages avant, le chef des polices romandes annonçait, rassurant et professionnel, le parfait équipement et la capacité adéquate à faire face des polices romandes! 

Ceci pour démontrer la sottise et la surenchère dans laquelle nous sommes embarqués; la vilaine pente de la dictature de l'audimat, de l'émotionnel et du tout sécuritaire, qui fait plier la raison.

Il suffit aujourd'hui à certains d'hurler sécurité sécurité, armement armement pour dégommer les moyens pour l'éducation, le social, la conscientisation des esprits.

La direction de la SSR, les bancs de droite des députés, les sots: alliés objectifs des terroristes, dans leur entreprise de sidération et d'abêtissement généralisé.

La 5e colonne est au Parlement

Vous cherchez la 5e colonne des terroristes? Je vous en prie, n'allez pas à la mosquée ou dans les quartiers précarisés, vous la trouverez à la droite du Parlement, et dans certains conseils d'administration. C'est là qu'elle est implantée et déploie ses effets délétères.

Au nom du marché, du profit et de l'austérité; cherchant à détruire l'Etat, le vivre ensemble, avec une compréhension sotte et à courte vue d'une société sans culture et sans justice sociale, cette 5e colonne façonne une société extrêmement vulnérable.

Si nous laissons faire ce travail de sape, à ce rythme là, nous n'aurons bientôt plus besoin de terroristes, pour que tout s'écroule.

Notre société tombera d'elle-même, absorbée par sa propre vacuité (mais avec des budgets équilibrés).       

 

 

 [1] http://www.ssm-site.ch/fr/medienmitteilung-das-ssm-ist-schwer-enttaeuscht/

[2] http://www.ssm-site.ch/fr/note-de-protestation-relative-a-lissue-de-la-procedure-de-consultation/

[3] http://www.edito.ch/fr/2015/11/17/ssr-la-consultation-nau...

 

 

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De la Sottise (D.Bonhoeffer)
 
 
La sottise est une ennemie du bien plus dangereuse que la méchanceté. On peut protester contre le mal, le mettre à nu, l’empêcher par la force; le mal porte toujours en soi un germe d’autodésagrégation, en laissant derrière soi un malaise. Nous sommes impuissants contre la sottise. Nous n’obtenons rien, ni par nos protestations ni par la force; le raisonnement n’opère pas; les faits qui contredisent ses préjugés, le sot ne voit pas la nécessité de les croire - dans ce cas, il va jusqu’à devenir critique- et lorsqu’ils sont inattaquables, il peut les mettre de côté comme cas isolés sans signification.
Contrairement au méchant, le sot est entièrement satisfait de lui-même; il devient même dangereux lorsque, facilement irrité, il passe à l’attaque. C’est pourquoi la prudence est de mise davantage face au sot que face au méchant. Nous n’essaierons plus jamais de convaincre le sot par le raisonnement; ce procédé est absurde et dangereux. Pour avoir prise sur la bêtise, il nous faut chercher à comprendre son essence. Elle est un manque qui n’est certainement pas intellectuel, mais bien plutôt humain. Il existe des gens d’une grande souplesse intellectuelle qui sont sots, et d’autres qui, bien qu’engourdis intellectuellement, sont intelligents. A notre grande surprise, nous avons fait cette découverte dans des situations précises. On constate que la sottise n’est pas un défaut inné, mais que, dans certaines circonstances, les gens s’abêtissent ou se laissent abêtir. Nous observons en outre que chez les solitaires ce défaut est plus rare que chez les gens ou dans les groupes qui penchent vers la sociabilité ou qui y sont contraints. Ainsi, la sottise semble être un problème sociologique plutôt que psychologique. Elle est une forme spéciale de l’influence des circonstances historiques sur l’homme, une manifestation psychologique qui accompagne un certain état de choses. En y regardant de plus près, nous constatons que n’importe quel grand déploiement de puissance extérieure, politique ou religieuse, frappe de sottise une grande partie de l’humanité. Cela semble être carrément une loi psycho-sociologique. La puissance des uns a besoin de la sottise des autres.
Dans ce processus, certaines aptitudes de l’homme, comme l’intelligence, ne viennent pas à manquer brusquement, pas plus qu’elles ne s’étiolent, mais, sous l’influence écrasante de ce déploiement de puissance, l’homme est privé de son indépendance intérieure et renonce consciemment ou inconsciemment, dans telle ou telle situation, à une attitude personnelle. Qu’on ne s’y trompe pas: l’obstination fréquente du sot ne doit pas nous faire croire qu’il agit ou pense de façon autonome. Dans la discussion, on sent nettement que ce n’est pas à lui personnellement qu’on a à faire, mais aux grands mots qui le possèdent. Il subit un charme, il est aveugle. On abuse de sa personne, on l’aliène. Devenu ainsi un instrument dépourvu de volonté propre, le sot sera prêt à commettre n’importe quelle mauvaise action, et en même temps incapable de la reconnaître comme telle. C’est là le danger d’un abus diabolique. Par là, des hommes pourront être abîmés pour toujours.
Il saute alors aux yeux, précisément, que seul un acte de libération peut vaincre la bêtise, et non pas le raisonnement. On est obligé de convenir qu’une vraie libération intérieure ne peut intervenir que lorsqu’elle est précédée d’une libération extérieure; jusque là, il nous faut renoncer à toute tentative de convaincre le sot. Cet état de choses explique d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours en vain de savoir ce que “le peuple” pense réellement, et pourquoi cette question est si inutile pour celui qui pense et agit de façon responsable, toujours dans certaines circonstances. Le texte biblique qui dit : “la crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse” (Ps 111:10) déclare que la libération intérieure de l’homme responsable est la seule victoire véritable sur la sottise. Du reste, ces pensées sur la bêtise sont consolantes en ce sens qu’elles ne permettent absolument pas de croire sotte la majorité des hommes en toute circonstance.
Les autorités attendront-elles davantage de la sottise des hommes ou de leur intelligence et de leur liberté intérieure ? Tout dépendra de cela.
 
Dietrich Bonhoeffer, Résistance et Soumission, Editions Labor et Fides.

 

 

 

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20/11/2015

Touche pas à mon Etat

Suite aux attaques de Paris de vendredi passé, les services publics sont en première ligne, et montrent, s'il en était besoin, ce qui nous permet de vivre et survivre ensemble, ce qui fait le liant dans nos sociétés. 

La police, les pompiers, les ambulanciers, les psychologues, les bénévoles coordonnés par des travailleurs sociaux, les douaniers, la Mairie de Paris, les radios publiques, les médecins, les infirmières, les pompes funèbres, les experts, les consultants, les spécialistes, formés dans des universités, tous en premier ligne, tous au service de la population. Ceux qui travaillent en amont, les puéricultrices, les artistes, les éducatrices, les enseignants, les matons, les juges, les gardiens de la loi, tous et toutes: au  service de la population.  

Ces services, c'est l'Etat, qui se positionne, affirme, protège, pare au plus pressé, travaille et évite que la catastrophe ne se transforme en apocalypse. 

 

Touche pas à mon Etat ! 

Ces services, c'est tout ce qui, pour les petits soldats du libéralisme, "coûte cher" et ne rapporte rien ; tout ce qui, alors que nous nous balançons au-dessus de l'abime, voir que nous y avons déjà un pied, nous retient par le col. 

Vous vous demandez parfois à quoi servent les impôts? A nourrir, éduquer, protéger, soigner, entretenir, choyer, et protéger.

Vous vous demandez parfois à quoi servent les impôts? A préserver le vivre ensemble. A établir un Etat que les tenant de l'austérité et du libéralisme forcenés veulent mettre à bas.

 

Est-ce que Mac Do nous protègera des attaques terroristes?

Est-ce que Procter & Gamble, UBS, Crédit Suisse, les patrons du trading et de la finance viendront ramasser ta maman sur le trottoir quand un connard l'y aura collé?

Non, selon le modèle américain, et les normes du management contemporain, ils l'enjamberont pour aller travailler, parce que ce n'est pas rentable de ramasser les mamans au sol.   

Il est choquant qu'aujourd'hui, des entreprises ayant quitté la France pour venir s'établir en Suisse, n'y paient pas d'impôts, s'y trouvent à l'aise, en sécurité, bien content d'être ici, à l'oeil et en sécurité, pendant que d'autres se font canarder, que des ressources qui devraient être alloués pour lutter contre le terrorisme, l'insécurité, en France et en Suisse, se trouvent évacués pour engraisser des actionnaires.

Il est choquant que la droite veuille une transparence totale sur les citoyens (Lrens), et protège par des lois spéciales l'opacité des circuits financiers depuis des décennies (secret bancaire, forfaits fiscaux), se faisant l'allié objectif des terroristes, d'Oussama Ben Laden à Daech.

Il est choquant que malgré le péril, la droite la plus bête du monde, veuille encore dégommer l'Etat.  

 

Le terrorisme est le visage ultralibéral de la guerre économique

J'ai été éberlué d'entendre le patron d'un des cafés mitraillé de Paris, motiver ses employés à reprendre le travail le lundi suivant la canarde, comme s'il s'était agi là d'un événement mineur : allez hop les gars on y retourne... on va pas se laisser abattre. Il y avait une part d'héroïsme là-dedans, de résistance, oui. Mais il y avait aussi une part de folie, l'impossibilité de freiner, se réparer, se recueillir, soutenue par la tyrannie du travail.

Comme le déni du hamster dans sa roue, une frénésie : la terrible violence économique, celle qui fait renvoyer sur une terrasse celui qui a failli y claquer 4 jours avant, en lui demandant de sourire, pour satisfaire le client, comme il faut, comme avant.

 

L'Etat garant du vivre ensemble

Vers qui se tournent les citoyen-ne-s alors que le trouillomètre est à zéro ?

Vers  l'Etat et ses services, garants de l'ordre, de la sécurité, d'un enseignement de qualité, avec de lieux culturels diversifié, permettant les échanges sociaux, de proposer aux cerveaux autre chose que la merde djihadiste ou consumériste se trouvant sur internet et en abondance sur les écrans des gamins avec des décapitations à la pelle et une boucherie continue.  

 

Qui, hormis l'Etat, sera un antidote à la propagande djihadiste ? 

Alors que la tempête est sur nous, l'Etat prévient, balise, encadre, éduque, encourage, et punit au besoin.

Aujourd'hui, cet Etat nous protège. La droite libérale veut le casser en bradant par des cadeaux fiscaux, le juste prix d'établissement en Suisse pour des entreprises, en bousillant des associations, un savoir faire et savoir être, en coupant dans les effectifs des fonctionnaires, en ne payant pas les acteurs culturels qui créent du lien social et luttent à leur échelle contre les forces de destruction, etc.

Moins d'Etat c'est moins de service, de protection, et plus d'insécurité. 

 

Tu préfères que la dette augmente ou te faire shooter un matin par un djihadiste?

Faire, comme s'en gausse la droite, des annonces de coupe sur les budgets 2016 pour le Canton de Genève et la Ville de Genève au nom de la dette, c'est, de la part de la droite la plus bête du monde, une déclaration de guerre.

C'est pour elle se ferait l'alliée objectif des terroristes et des forces de destruction. 

C'est aussi ridicule et bête que la RTS qui annonce 250 licenciements, et coupe des émissions littéraires (Entre les lignes, index.php?id=855) et religieuses (rts-fache-supprimant-emissions-religieuses) sur ses ondes. Alors que nous n'avons jamais eu autant besoin de créer du sens, de comprendre le monde que nous habitons, de construire un vivre ensemble, bousiller ce qui fait notre culture et notre lien social est un acte suicidaire, donc terroriste. 

 

L'hydre à deux têtes

A l'hydre à deux têtes: djihadistes et droite libérale : alliés objectifs dans la destruction. 

A l'hydre à deux têtes, nous disons : ne touchez pas à notre Etat, ne touchez pas au vivre ensemble, ne touchez pas à nos cultures, nos musées, nos lieux d'enseignements.     

Nous refusons vos plans de destruction.

 

 

 

 

 

 

 

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17/11/2015

Le MCG antisémite

Lors de la séance du Conseil Municipal de la Ville de Genève du 10 novembre, le MCG, par le biais d'un de ses conseillers municipal, a tenu les propos suivants :

"(..) au cours de la désormais tristement célèbre Nuit de Cristal du mois d'octobre dernier, des anarchistes et des casseurs se sont livrés à une véritable mise à sac ainsi qu'à des déprédations sur des édifices publics de notre Ville....

Le MCG a donc fait l'amalgame entre la Nuit de Cristal et une manifestation en faveur de l'usine ayant laissé des tags en Ville de Genève.

Cet amalgame, le jour même de l'anniversaire de la Nuit de Cristal qui se déroula, pour rappel, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, où près de deux cents synagogues et lieux de culte furent détruits; où 7 500 commerces et entreprises exploités par des Juifs furent saccagés ; une centaine d'entre eux assassinés, alors que des centaines d'autres se suicidèrent ou moururent des suites de leurs blessures [1], est hideux.

Amalgamer une manifestation qui a dérapé avec un événement qui envoya près de 30 000 juifs en camp de concentration, et dont le pogrom et les déportations qui suivirent causèrent la mort de 2 000 à 2 500 personnes, constituant une prémice de la Shoah, est immonde. 

Que le MCG choisisse, au jour près, 77 ans après, de comparer une bénigne manifestation à un des pires événements de l'histoire moderne ne peut être le fruit du hasard, mais doit être compris comme un acte antisémite. 

Je remercie la conseillère municipale socialiste Olga Baranova qui a réagi immédiatement à ces propos. 

Le président du conseil municipal, MCG lui aussi, n'a pas bronché, ni le bureau du même conseil municipal, à majorité de droite, cautionnant de fait cet abus de langage. 

Ni journaliste, ni télévision, ni aucun observateur ne l'ont relevé, à ma connaissance.

Personne n'est allé questionner ce conseiller municipal MCG sur son amalgame, sur ce qu'il entendait précisément par là, et s'il se rendait véritablement compte de la profondeur de ses propos.

Je pense qu'il n'y a qu'en Suisse où l'on peut tenir des propos d'une telle violence dans un parlement, sans que personne ne s'en insurge ni même ne s'en étonne.

Le Parti Socialiste, par le biais d'un communiqué aux medias, envoyé le 16 novembre, a tenu à condamner ces propos. 

 

Je pense que quand les mots ne pèsent plus grand chose, que l'on peut les employer à tort et à travers

en toute impunité et sans que plus personne ne les relève

il devient alors envisageable de tuer des gens de même

et que c'est au degré d'impunité, de perversité, et de violence du langage

que l'on peut évaluer la santé d'une société

à tout le moins 

le nombre d'anticorps

résistants au mal

qui la composent.   

 

 

 

 

 

[1] Kurt Pätzold, La « Nuit de Cristal » : les responsables, les victimes et la « majorité silencieuse », in, François Bédarida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 201.

 

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16/11/2015

Vous voulez prévenir le terrorisme ? Préparez la justice sociale

Le monde d'aujourd'hui est d'une complexité telle, qu'en revoyant l'histoire récente, certains, à tort ou à raison, relisent la guerre froide comme une période aimable où les fronts étaient bien dessinés et les ennemis identifiés. Les terroristes d'hier, de la fraction armée rouge aux brigades rouges, à action directe, passent désormais pour des radicaux aux pouvoirs relativement limités; presque des amateurs, avec des revendications politiques tapées à la machine à écrire, envoyées au journal du coin avant l'heure de tombée. Cela semble presque romantique aujourd'hui, appartenir à l'âge de pierre du terrorisme.

 

Il est à remarquer aussi qu'hier, des terroristes étaient déconsidérés par les pouvoirs en place pour être désignés comme de petits criminels (la bande à Baader plutôt que la RAF) mais qu'aujourd'hui, des petits criminels sont très facilement élevés au rang de terroristes, simplement à la longueur de leur barbe.

Les spirales de la peur et de la stigmatisation, c'est toute la teneur du langage tenu sur la 5e colonne par le Front National, qui jette la suspicion sur tous, cible les banlieues, fragmente, divise le pays, et positionne les partis d'extrême droite comme les alliés objectifs des djihadistes contre toute minorité, et particulièrement musulmane.    

 

A qui profite la peur ?

Certes, la peur est désormais partout, pour tous. On a changé d'échelle, de manière de faire et le terrorisme est passé à l'état gazeux. Sa complexité s'allie à une apparente facilité d'action ; les kits de terroristes en herbe fleurissent sur internet et les moyens de propagation se sont démultipliés.

Nous avons un sérieux problème. Un adversaire protéiforme, puissant, se revendiquant du sacré tout en le bafouant, dans un contexte géopolitique complexe où l'essor de nouvelles technologies rend les communications volatiles. S'y ajoute un nombre de candidat-e-s à la terreur ayant grandi au rythme du désespoir touchant ceux qui n'ont plus grand chose à espérer du supermarché mondial et pour lesquels une mort médiatique serait à tout prendre le point culminant d'une vie ratée.

Et nous avons plusieurs adversaires.

La prédiction d'Andy Warhol : "à l'avenir, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes", s'est réalisée. Si tu n'y as pas réussi de ton vivant, tu y parviendras facilement avec une ceinture d'explosifs autour du ventre. C'est le lot de consolation amer du capitalisme médiatique.

 

La menace a changé, la réponse doit être différente

Les discours simplistes visant à fermer les frontières, renvoyer les étrangers au diable ou cibler au faciès quelques délinquants à la dérive sont d'une naïveté absolue. Cette réaction appartient à une époque révolue. Ces politiques, si elles étaient d'une aide quelconque il y a 30 ans (à voir), ne sont plus à même d'endiguer la menace aujourd'hui, protéiforme, diffuse, prenant racine dans des lieux éclatés, favorisée par la déliquescence des solidarités humaines, un accès facilité aux armes et un manque de justice sociale.

Ces politiques du repli identitaire nous ont amené dans l'impasse aujourd'hui.

    

Quoi ne pas faire ? 

Ceux qui voudraient s'engouffrer dans la ligne du Patriot Act qu'a suivi les Etats-Unis suite aux attaques du 11.09.2001 avec, à la clé, une guerre ayant nourri une déstabilisation générale, un Irak éclaté et l'émergence de Daech, ceux là même qui aimeraient un Guantanamo sur Seine et enterrer la démocratie sous des mesures spéciales et des lois liberticides ne font que répondre à la pente naturelle balisée par les terroristes qui mène à...  plus de terreur.

 

Répondre à la terreur par une coûteuse rigidité d'Etat et des postures sécuritaires ne résoudra rien, à part soigner l'audimat. La réponse doit être pondérée et à moyen-terme. Oui, plus de moyens, mais sur le terrain, pour l'appareil judiciaire, pas militaire.[1] Et pour chaque franc dans l'appareil policier ou de renseignement, deux francs pour combattre les ravages du terrorisme économique, en investissant dans l'éducation, le social et la culture.

Regardez bien les profils de ceux qui ont frappé, regardez qui ils sont et d'où ils viennent et comprenez aussi qu'ils sont le produit de la précarité sociale, de la dérive et de l'exclusion et que ce n'est pas en bombardant Raqa, même si c'est spectaculaire, que cela changera.

Vous voulez prévenir le terrorisme? Préparez la justice sociale. 

Et arrêtez de croire que, par la magie d'une rhétorique, les guerres menées au nom de la démocratie peuvent être justes et la politique de guerre commerciale avec ses "ressources humaines" à exploiter être sans conséquences, en ramenant l'humain à une chose et la vie humaine à une masse exploitable.

Comment le mépris de l'autre ne pourrait-il se retourner contre celui qui le porte ?

Vous voulez faire le jeu des terroristes ? Allez-y : restreignez encore les libertés, humiliez ceux qui sont sur la corde raide, continuez d'aggraver les injustices sociales, coupez encore dans les budgets de redistribution des richesses, libéralisez libéralisez, et secouez encore ce cocktail puant jusqu'à ce qu'il vous pète au nez.[2]

 

Scoop : la France en guerre ?

La France se découvre en guerre. Quelle surprise que cela nous surprenne, alors qu'elle est engagée sur de multiples fronts : en guerre au Mali depuis 2012, ayant fait le coup de feu en Centrafrique, s'étant alignée contre l'Etat Islamique depuis 2014, n'ayant jamais tout à fait abandonné son rêve de grandeur impérialiste et néo-colonial, ni apaisé, 10 ans exactement après les émeutes de 2005 dans les banlieues, les abyssales inégalités sociales sur son territoire.

 

Vous voulez prévenir le terrorisme ? Arrêtez d'en fabriquer

Au-delà des drapeaux français qui fleurissent sur les réseaux sociaux et déteignent sur le jet d'eau à Genève, coloré d'un bleu blanc rouge solidaire et vital, mais qui soulève aussi la question, avec la poussée d'une empathie à géométrie variable, de la portée de notre engagement et la sélectivité de notre émotivité, que faire maintenant ? Le manque de contenu politique, de nos orientations et de nos afflictions nous rend friables.

La démocratie de l'émotivité nous faisant pleurer "nos morts" et pas "ces morts", comme le rappelle Julien Salingue[4], nous condamne un jour ou l'autre à être placé devant le fait que, si nous prétendons arrêter notre empathie en deçà de la ligne où frappent nos avions, il est à craindre qu'en retour, certains y trouvent la légitimité d'étendre la profondeur du front où frapperont leurs kamikazes.

Nous nous rêvions citoyens du monde, prenant des avions pour aller aux quatre coins du monde sans rien lui devoir. De quelle façon cette citoyenneté du monde, ludique et hédoniste, peut-elle continuer de se passer d'un engagement politique responsable ?

Vous reprendrez encore un peu de yoga et de shopping à Londres après cela?  

 

La Suisse, un monde à part ?  

La Suisse est, pour l'instant, tenue à l'écart de frappes terroristes. En raison de sa neutralité, de son non-alignement sur les guerres en cours, de son caractère lilliputien ? Parce que sa prospérité lui permet d'éviter la création de zones sinistrées, terreau du désespoir des futurs terroristes ?

Et jusqu'à quand cela ? La loi sur le renseignement soumise prochainement au vote (Lrens) ne changera rien à la réalité sur le terrain. Sans moyens pour les traiter, à quoi bon obtenir toujours plus de données ? Légiférer encore et toujours plus, alourdir l'appareil étatique, et placer des drones achetés à Israël (250 millions) sur nos têtes, tout en diminuant les prestations aux populations plus précaires, coupant dans les budgets d'aide sociale et d'éducation, dans l'aide au développement?

Ces politiques de la droite nous entraînent sur une pente mortifère qui diminue objectivement notre sécurité, jusqu'à l'état militaire.     

 

Il nous faut aussi rappeler cette phrase de Jean Ziegler : chaque enfant qui meurt de faim dans le monde n'est pas la conséquence d'une fatalité, mais d'un meurtre. Ce meurtre porte lui aussi une signature, dont notre niveau de vie et nos facilités porte une trace.

Qui s'en occupe? 

 

De nouvelles solidarités, nouveaux engagements

Il est beau de constater que les actes de terreur à Paris ont produit des élans de solidarité (mouvement portes ouvertes, rassemblements, solidarité internationale). Il faut maintenant aller plus loin et mener une guerre contre toutes les terreurs par un réveil des consciences et un changement fondamental des politiques que nous soutenons.

Si nous échouons, et si la réponse devait être de faire toujours la même chose encore plus fort, ce que nous proposent les tenants du repli identitaire, il est évident que cela nous conduira au même résultat... à la folie d'Etats à bout de souffle, incapables de se repenser, se faisant les alliés objectifs des terroristes nihilistes dans leur fuite en avant. 

 

 

 

 

[1]le-juge-trevidic-la-religion-n-est-pas-le-moteur-du-jihad...

[2]  marc-trevidic-745515

[3] le-pape-denonce-lhypocrisie-des-puissants-qui-parlent-de-...

 

[4]vos-guerres-nos-morts.html

[5] 28681212

 

 

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14/11/2015

Résister à la terreur

Pleurer les morts, soutenir les vivants 


Mes pensées vont aux victimes, aux blessés, à tous ceux et toutes celles qui vivent dans leur corps et leurs esprits les violences d’hier soir à Paris, y ont perdu un proche, un ami, dans l'horreur absolue.

Mes pensées vont aux vivants, à ceux qui, aujourd’hui à Paris,  et partout ailleurs dans le monde, descendent dans la rue pour acheter leur pain, croisent leur voisin, iront à un rassemblement demain, avec l’angoisse que cela pète encore, ne sachant plus trop qui ils vont croiser, où rôde le danger, à qui ils parlent ; à tous ceux et celles qui devront résister à la méfiance, à la peur, au règne de l’angoisse.

Mes pensées vont à tous ceux et toutes celles qui se feront désigner comme responsables, en raison d’une appartenance, d’un silence, d'une religion; à tous ceux qui refuseront de crier avec les loups, avec les chiens, à ceux qui refuseront la mort, le repli, la récupération et l'instrumentalisation.

Mes pensées vont, aux différents, aux silencieux, aux choqués, aux secoués, aux amoureux et aux enfants, aux doux et aux sidérés. 

A tous ceux et toutes celles qui aujourd'hui pleurent et résistent, allument une bougie, écrivent, travaillent, prient, plantent ou sèment pour d’autres, tournent les yeux au ciel, vers leur voisin : là où se trouveront toujours tous les possibles. 


Résister à l'intimidation massive

Attaquer simultanément et en 6 lieux différents dans Paris et proche du stade de France où se déroulait un match avec 80'000 personnes dont le président de la République, il fallait y penser. A un mois des fêtes de Noël, frapper pour terroriser, Il fallait y penser. Oui, il fallait y penser. Cela pour dire que : « les barbares », les « tueurs » sont, et c'est peut-être difficile à écrire, aussi des penseurs. Et cette pensée là, précisément, d'assassins, donne froid dans le dos, jusqu’à la moelle. Cette terreur n'est pas aveugle. Elle porte la trace d'une déclaration de guerre, avec la signature de l'Etat islamique à ce jour et avec une intention : nous entraîner dans sa spirale.  

Rien n’a été laissé au hasard. Attaquer le Bataclan, lieu culturel, de rassemblement, ravager des terrasses, cibler la rue, c’est attaquer le vivre ensemble, ébranler la racine du quotidien, le peuple. Il n’y a pas eu de tuerie aveugle. Il y a eu un choix du terrorisme comme arme d’intimidation massive. Après Charlie Hebdo, il y a 11 mois, c'est, ce vendredi 13 novembre, encore en France, pays des lumières, des cibles culturelles, symboliques, populaires qui ont été désignées et 132 personnes assassinées, 250 blessées. 

 

Tous et toutes des cibles
Face à cela, un fait s’impose aujourd’hui comme une brutale évidence. Nous sommes tous et toutes des cibles. L’Europe n’est plus, si elle pouvait encore se penser telle, une bulle isolée des tourments du monde, un îlot à l’abri de ce qui hier, aujourd’hui et demain, frappe, frappait et frappera à Beyrouth, à Nairobi, à Tripoli. Nous sommes dans le monde, immergés dans sa violence, et nous sommes désormais là pour tenter d’y vivre, non pas comme avant, mais comme après, en résistant. 

Tous et toutes des cibles? Passée la sidération, comment réagir ? Un constat : ceux qui appellent aujourd'hui aux fermetures des frontières, au renforcement des système de sécurité, essaient de nous faire croire que cela serait LA solution, ou désignent des boucs émissaires, sont dans la naïveté de l'angélisme viriliste. La France s'y est essayée après les attentats de Charlie Hebdo. Quel résultat aujourd'hui ? Il faut craindre que le terrorisme ne soit là pour durer. Robert Badinter le rappelait à propos cette semaine à Genève lors d'une conférence sur le terrorisme. La réponse doit être plus large qu'une délégation incantatoire au tout sécuritaire. Elle sera politique, policière, sociale, culturelle et dépassera forcément le cadre de nos frontières.     


Répondre au quotidien

Qu’elle doit être notre réponse face au carnage et à l’intimidation massive ? 

Le formidable élan qui rassemble les Français, les Européens, et le mouvement de solidarité dans le monde nous oblige à défendre notre vivre ensemble, à continuer d’aller au théâtre, au cinéma, au match de football, à ne pas fuir à Noël sur des îles ou des montagnes, mais à se rendre à Paris, à Tunis ou Beyrouth, à tisser des liens, partout, tout le temps.  

Parce que ce que veulent les terroristes, par leur méthode brutale et réfléchie d'intimidation massive, c'est nous fragmenter, nous replier, désunir, et nous rendre les uns aux autres suspicieux, paranoïaques et menaçants. 

Non, il ne s’agit pas de construire de nouveaux ilots sécurisés pour quelques happy few à l’abri, des archipels sécuritaires, en repoussant les terrorisables sur les marges, mais de vivre en résistants, avec cette menace qui nous désigne tous et toutes comme cibles, et en la refusant radicalement.

Aux islamistes radicaux, notre réponse doit être celle d'humanistes intégraux.

Nous ne resterons pas cloîtrés chez nous.

 

Mes pensées vont aux victimes, aux blessés, à tous ceux et toutes celles qui vivent dans leur corps et leurs esprits les violences d’hier soir à Paris, y ont perdu un proche, un ami, dans l'horreur absolue.

Mes pensées vont à tous ceux qui dans ce monde se lèvent le matin sous la menace des tueurs,

le soir pleurent ceux qui sont tombés sous leurs coups

se relèvent le lendemain.

 

 

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09/11/2015

La tyrannie des normes

La tyrannie des normes, c'est celle du courrier de l'Etat arrivé la semaine passée sur le bureau de la magistrate Esther Alder qui "l’avertit" que les normes en matière de sécurité ont changé. L’entrée en vigueur, au 1er janvier 2015, de nouvelles prescriptions de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI) intimerait à la Ville de Genève de limiter son accueil dans l'abri de protection civile des Vollandes avec pour conséquence que des personnes dorment dehors et risquent leur vie le long des berges gelées de l'Arve. 23437568

La tyrannie des normes, obligerait de limiter les places dans des abris en se moquant du fait que des hommes et des femmes dorment toute l'année dehors. Il n'y a donc pas de normes sécuritaires qui protègent la dignité humaine? Que fait l'association des établissements cantonaux d'assurance incendie pour ceux qui se reposent dans les caves, les cabines téléphoniques, des voitures? Leur chemin de fuite est-il véritablement assuré ?

 

Limiter les risques : tuer les pauvres

On se souvient de la montée de l'Arve au printemps passé. Une trentaine de personnes dormant à même les talus avaient été évacué d'urgence et sans ménagements grâce à l'alerte lancée par le service social de la Ville de Genève. Sans cette réactivité qui ne doit rien aux normes, aux drones, aux caméras, mais au souci de l'autre et à  sa vigilance, des vies ont été épargnées de justesse ; ces mêmes vies qui, toute l'année, sont menacées par le choix sélectif de ce que les normes et les lois protègent, escamotent ou condamnent. 

 

Le feu au lac : l'aléatoire tyrannie des normes

La tyrannie des normes c'est, lors du nouvel an 2014, les pompiers de Genève qui refusent l'installation de 1800 postes de feu et des dizaines de fûts et fontaines de braise à l'entrée des Bains des Pâquis et jusqu'au sommet du phare pour fêter la Saint-Sylvestre, puis s'adoucissent devant la résistance des Bains pour imposer uniquement aux spectateurs de contempler le feu depuis le quai Wilson, avant de céder sur toute la ligne. Les Bains des Pâquis se sont, ce soir-là, littéralement enflammés: braises, escarbilles et flammes faisant rêver les milliers de genevois-e-s devant un feu géant.

Au nom de la norme !

Simultanément, le tunnel de la rue du Valais subissait les foudres du normativisme le plus acéré. Pas une seule bougie dans le tunnel pour fêter le Nouvel An. Au nom de la norme ! Comment expliquer alors aux habitant-e-s que les Bains des Pâquis s'embrasent et qu'à Sécheron, il n'y ait pas une seule chandelle autour de trois extincteurs ?

Parce que la tyrannie des normes est économique et politique. Elle pèse de tout son poids sur ceux qui ignorent les moyens d'y résister, est instrumentalisée par le pouvoir politique, domine ceux qui, timorés, n'osent s'y opposer, ou cèdent à une prudence excessive devant celle-ci, en favorise d'autres.

 

 

Arracher des arbres par sécuritarisme

N'a-t-on pas entendu récemment le magistrat Barazzone préconiser des arrachages d'arbres lorsque les racines risquent de faire trébucher les passants et invoquer la menace terrible et mortelle de la chute des branches sur la tête des passants pour dégommer les vieilles branches ? Le terrorisme sécuritaire est la plus grande menace pour le vivre ensemble en Ville de Genève.

Le magistrat de police Pierre Maudet abat lui son arme secrète de la loi sur la restauration et le débit de boisson pour mettre au pas l'Usine en écrasant d'un légalisme étroit ceux qui, par bon sens, économie et volonté créative, commettent le grave péché de penser et créer en dehors de normes mal ajustées.

Et pendant ce temps, au mépris de tout respect des normes et des lois, les taux de particules fines dans l'air sont dépassés, vous éclatent les poumons et envoient des bébés asthmatiques à l'hôpital et les aînés au cimetière sans que les tenants rigides du respect des normes ne s'en soucient le moins du monde.

 

 

L'application des normes est politique 

L'argument fallacieux des tenants de la tyrannie des normes :  les normes sont telles qu'elles sont et doivent s'appliquer pour tous est hypocrite. Les inégalités sociales illustrent combien le normativisme étroit ne peut être l'unique facteur d'appréciation d'une situation. Personne, à ce jour, n'est égal devant les normes. Quand l'égalité sera réalisée, alors on pourra prétendre appliquer avec la même vigueur les mêmes normes à tous et toutes. 

Car d'une simple fête du nouvel an à la gestion de l'Usine et à celle des Ports-Francs, on voit que si, pour certains, la loi s'applique avec toute sa vigueur, d'autres y sont, avec complaisance, soustraits.

Les espaces de non-droit ne sont pas à chercher au Lignon ou aux Avanchets, mais dans les  entrepôts des Ports-Francs ou les comptes d'exploitation d'UBS.

 

Lutter contre l'instrumentalisation des normes

La tyrannie des normes doit être combattue. Il y va de notre liberté. Surtout quand elle est portée par des personnes qui en font une application stricte et rigide à but anti-social et anti-culturel.

Quand la tyrannie des normes, au nom de la sécurité ou de l'efficience conduit à laisser des gens sur le carreau et à amender ceux qui ont le malheur de dormir à la rue, la résistance est un droit, et invoquer d'autres textes (nos constitutions: genevoises, fédérales, nos codes éthiques et moraux) une nécessité; employer d'autres moyens que la soumission béate: une obligation morale. 

 

La démocratie dépasse le normativisme

Les décideurs politiques qui, sous couvert de sécuritarisme et de fausse prévenance cassent la culture, le social, accroissent les inégalités, provoquent des coûts accrus pour la collectivité.

La lutte contre les inégalités et les privilèges est engagée. Ce combat est politique et économique. Le courage de dire non au normativisme et à son instrumentalisation politique nous anime.

L'épouvantail agité de la tyrannie des normes ne doit pas nous induire en erreur. Ce qui est effrayant, ce sont les privilèges toujours plus grands que s'octroient ceux qui prétendent mettre aux pas l'Usine, les Roms, les fumeurs de joint, les jeunes, pour nous distraire des largesses dont ils disposent en prospérant d'une manière hors-norme sur le dos de notre démocratie.    

Ce qui fait peur, c'est la politique qui déplace, cache, les plus précaires d'un lieu à l'autre de la ville, police les conduites, interdit les pratiques festives, bannit les grèves, construit de nouvelles prisons, et maintient des privilèges d'un autre temps pour les plus riches et puissants. 

La tyrannie des normes est un outil de domination sociale.

Elle doit être combattue. Il y va de notre liberté.

 

 

Genève, 9 novembre 2015.

 

 

 

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11:27 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : normes, lois, usine, précaires, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |