sylvain thévoz

06/07/2015

Journal d'un exilé

genève,asile,migrants,elisa-asileDans son journal d'exilé, Yaovi Mawussi Bossa fait le récit de son arrivée en Suisse le 15 mai 2014 en provenance du Togo. Il est alors placé en détention à l'aéroport avant d'être incarcéré à Frambois.
Ce petit ouvrage autobiographique rédigé avec l'aide de personnes retraitées participant à l'atelier d'écriture du Groupe des Aînés de Carouge et de l'Agora -aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile- touche juste. La préface de Gerda Ferrari, rappelle le contraste entre cet homme arrivant d'un parcours d'exil brisé et des aînées l'accueillant dans leur atelier d'écriture.
Comment se faire entendre  
Comment mettre en ordre le récit, dire l'indicible, l'inaudible, le formuler, afin d'être cru des fonctionnaires de l'asile?
Comment raconter le fait que l'on n'ait pas été jugé crédible? 
Comment survivre dans un système pervers où le mensonge est une manière de maximaliser ses chances; la falsification une tentative de dire sa vérité et sa détresse?
Comment rester droit quand le système est tordu ?
Les Suisses adoraient les malades. Pour se sauver les détenus souhaitaient être atteints d'une maladie grave. Je fis le test de dépistage de VIH sida mais dommage c'était négatif (!). A Frambois, faudrait pas souhaiter une bonne santé. Je n'avais jamais vu ça. La maladie était salvatrice, elle seule pouvait libérer.  
 
Le système de tri : une fatalité?
On avait déjà, dans les films de Fernand Melgar : La Forteresse ou Vol Spécial, pu constater les effets pervers du tri et de l'évaluation des récits par des fonctionnaires fédéraux. Avec Journal d'un exilé, c'est un témoignage supplémentaire, touchant, politiquement incorrect, maladroit, blessé et blessant parfois, d'un homme qui raconte ce qu'il advient de lui dans les méandres du système carcéral et administratif helvétique. Yaovi Mawussi Bossa devient le jouet d'un système, dont les codes lui échappent. Il emploie son énergie et les moyens à se disposition pour s'en défendre.   
Son récit, dans ses différentes étapes, est un formidable sismographe émotionnel. Haine, sentiment d'injustice envers les blancs, révolte, soumission, découragement, Il nous tend un miroir sur l'accueil et l'hospitalité dont notre pays fait preuve, enfermant sans délit notoire un Homme derrière des fils de fer barbelés durant de longs mois à seule fin de l'expulser.   
Que demande-t-il au juste ?
Je ne demande pas que la Suisse me prenne en charge, mais juste la liberté et que je me débrouille moi-même; juste de pouvoir aller en France, où il est attendu, poursuivre sa route. Que demande-t-il ? Une forme de compassion,de respect, parce qu'il est un Homme, parce que les nationalités, les passeports les papiers ne peuvent pas prendre le pas sur ce qui nous constitue intérieurement. Il nous éclaire sur les rouages du système, nous jette à la gueule son inhumanité, la (dé)classification et la violence du tri; la détention qui rend dingue.    
 
Non aux renvois
Lors de l'occupation du Grütli, des journalistes ont essayé de démontrer que certains requérants n'avaient pas droit de parole ou avaient été instrumentalisés par des mouvements politiques et associatifs. Ils pourraient aujourd'hui se faire l'écho de ce recueil, s'ils cherchent des témoignages, ou aller en recueillir d'autres derrière les grilles de Frambois, de l'aéroport.
En tout les cas éviter la polémique de la récupération et être attentifs à leur propre instrumentalisation politique.
Finalement, ne font-ils pas aussi le jeu d'une politique qui escamote la question des migrants incarcérés, du renvoi continu et inhumain de ceux-ci, en toute banalité, au quotidien? 
Allez donc, journalistes, faire toc toc à Frambois pour demander à parler à ceux qui y sont et vous nous raconterez qui peut parler et de quoi. Allez donc, journalistes, à l'aéroport, nous raconter les vols spécial et les mamans qui sont expulsés par les flics deux enfants sous les bras... 
 
 
Smooth and easy
En lisant ce journal d'un exilé, on prend conscience des flux de déportés, d'une machine d'expulsion bien huilée, du système légal de séquestration et d'exploitation (les petits boulots à 3.- de l'heure) Il pose la question d'un système coûteux et inhumain, nous invite à réfléchir à un sujet difficile : celui de notre capacité d'accueil et de notre rage d'expulsion, de la volonté d'être humains, mais surtout pas trop... de crainte d'être trop accueillants.   
 
Journal d'un exilé est en vente à la librairie du Boulevard ou commandable au 022.930.00.89. C'est un photocopié avec page de couverture plastifié et transparente. Un recueil très simple, un témoignage avec quelques points de colle et une mise en page Word aléatoire.
 
L'association Elisa-Asile organise une lecture du Journal d'un exilé de Yaovi Mawussi Bossa
Lundi 6 juillet à 19h30, Café Gavroche, Bd. James-Fazy 4, Genève
La lecture sera précédé d'une présentation de la situation des requérant-e-s d’asile dont la requête de protection a été rejetée par les autorités suisses.
L'auteur ne sera pas présent à la lecture de son recueil.
 
 
 
 
 

09:48 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, asile, migrants, elisa-asile | |  Facebook |  Imprimer | | |

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