sylvain thévoz

22/06/2015

Papa Poggia et ses patates chaudes

 

Quand le conseiller d'Etat Poggia prend sa plume [1]  pour justifier sa politique en terme d'asile, c'est pour se livrer à un exercice délicat de justification.

A le lire, on se demande quel rôle joue le conseiller d'Etat dans la conduite de solution et de résolution de crise. Il voit, il observe, il accompagne. Jamais il ne parle de sa volonté politique. Jamais il ne prend un rôle de leadership. C'est de la faute aux autres si des solutions ne sont pas trouvées. C'est de la responsabilité de ceux qui s'opposent, ceux qui chicanent. A l'entendre, il n'y aurait pas de problèmes. Pourtant, la politique migratoire est une patate chaude. Quand est-ce qu'elle deviendra une priorité étatique? Poggia ne cesse de souffler sur ses doigts, laisse entendre qu'il n'a pas de pouvoir, et que si on l'a placé là où il est, c'est pour faire état d'une impuissance.

Il a reçu la patate chaude, il fait du mieux qu'il peut avec.

C'est peu, c'est pauvre, c'est insatisfaisant. 

 

 

Auto-satisfaction devant l'échec

 

Poggia semble se satisfaire de l'échec. Il s'en défausse  sur le mouvement Stop bunkers qui, avec toutes ses limites, voire ses excès, a pourtant une vertu certaine que ne lui reconnaît pas Poggia :rendre visible des enjeux depuis trop longtemps glissés sous le tapis.

 

Poggia accuse les associations engagées auprès des migrants de n'avoir pas fait des propositions concrètes. C'est fort de café. C'est comme si l'on vous disait: vous n'avez pas de logement à Genève? Quelles propositions concrètes avez-vous pour construire du logement?

 

Non, ce ne sont pas aux mouvements de tenir la main au gouvernement pour proposer une alternative aux bunkers, même si malgré tout, elles l'ont fait (caserne des Vernets, 28C route de Meyrin, etc.,).

 

 

Poggia n'en peut plus ? Qu'il ouvre le jeu alors

 

Il est trop facile de brandir la force pour faire obéir dans certaines situations et puis invoquer l'impuissance pour mettre au défi les associations de jouer le rôle de l'Etat.

 

On ne gouverne pas en lançant des défis pour voir qui a les plus gros bras.

 

Si vraiment Poggia est à bout de propositions, qu'il invite les associations à travailler avec lui; pour sûr il y aura des solutions qui seront trouvées. Que Poggia ouvre le jeu, montre où sont les locaux vides et les espaces inutilisés. Qu'il en soit assuré, il trouvera alors de l'aide pour en faire quelque chose. Ou alors, s'il veut vraiment démissionner de ses responsabilités, qu'il le fasse réellement ! 

 

 

Une dévalorisation de l'éthique.

 

Opposer de bons migrants et des migrants moins bons comme le fait le Conseiller d'Etat, est dangereux. Dire qu'il est juste que ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC ou qui ont été condamné pénalement doivent subir un sort plus pénible que d'autres, c'est avoir une singulière conception de la justice, et rendre le mot "éthique" bien fade.

 

Ce n'est pas parce qu'une personne est déboutée, doit quitter la Suisse, qu'elle n'a plus droit à un traitement digne. Ce n'est pas parce qu'elle n'est encore jamais allé dans un abri, que sa situation est enviable vis-à-vis d'un autre qui y est depuis des mois. La double peine est un principe que la justice récuse. J'aimerais que le Conseiller d'Etat nous dise comment il va sortir de la logique du tri, de la planification industrielle de l'humain pour évoluer vers une politique conforme avec l'esprit de Genève et les articles de sa Constitution.

 

S'ils sont rentrés un jour sur un territoire qui n'était pas le leur, ces personnes n'ont pas à être considérées comme quantité négligeable ou des criminels, ni à payer pour une gestion politique ayant toujours placé l'asile comme une non-priorité.     

 

 

Papa Poggia distribue ses patates chaudes

 

Justifier la faiblesse d'une politique en arguant du pire et que finalement "ça ne va pas si mal" fait penser à ces repas de famille où l'on te disait:  avale tes patates brûlantes, finis ton assiette et souris, ailleurs il y a des gens qui crèvent la faim.

Papa Poggia montre dans son blog un visage paternaliste et donneur de leçons qui n'a rien à envier à ceux qu'il critique. Ainsi, lorsqu'il s'en prend à la Ville, qui serait en faute d'offrir des abris PC à des sans domiciles lors des grands froids l'hiver, papa Poggia se prend les mains dans sa fourchette. 

 

Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

 

Est-il nécessaire de lui rappeler, concernant l'hébergement en sous-sol par la Ville de Genève, qu'à la différence de la politique qu'il mène, sa durée de résidence est limitée à 3 semaines maximum? Durée maximale que préconise la Commission nationale de la torture.
[2]

Est-il nécessaire de lui rappeler que la Ville est bien seule pour accueillir les grands précaires, et que si
elle est censée le faire de manière subsidiaire au Canton, qu'il nous montre les lieux ouverts par celui-ci pour les sans-domiciles fixes dont il a la responsabilité ! 
 
Est-il nécessaire de lui rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de bienveillance, mais d'article constitutionnels  (article 7 et 12 de la Constitution fédérale) et que s'il est prêt à s'asseoir dessus, ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde!
 
L'incurie du Canton ne peut devenir la norme
 
Ouvrir l'hiver, et même à l'année des structures d'urgence pour parer au plus pressé et accueillir les plus précaires pour 3 semaines maximum, avant de les orienter vers d'autres structures en surface n'est pas ce qui devrait choquer Monsieur Poggia. Qu'il confonde accueil dans le cadre de la politique de l'asile et hébergement des précaires pour se justifier est inquiétant et révèle une confusion. Mélanger les enjeux rendra encore plus difficile l'établissement de solutions. Monsieur Poggia ne devrait pas, avec toute son "éthique" et le rôle qui est le sien, jouer avec cela.
 
Il n'y a pas de solutions est une non-réponse

Que sa politique d'asile soit devenue une politique de l'urgence et de l'enterrement systématique au nom de il n'y a pas de solutions, il n'y a pas d'alternative, et ce depuis des années, c'est cela qu'il faut changer. Monsieur Poggia laisse toutefois entendre que des solutions seront proposées pour 2016. Comme quoi, l'engagement et la lutte paient. Le Conseiller d'Etat laisse entendre que peu à peu il va se bouger. Comme quoi... encore un petit effort Monsieur Poggia, vous allez y arriver.
 
 
La menace du grand incendie
 
Ce n'est pas l'inaction d'années passées qui doit nous conduire à ne rien faire. Justifier une situation actuelle en arguant du passé, et que ceux qui s'indignent aujourd'hui ne se sont pas indignés hier, c'est encore un mauvais argument d'autorité.
 
Terminant son laïus par des menaces d'incendie généralisé, Monsieur Poggia montre que quand on ne parvient à convaincre, on finit par en venir à la menace, ce qui est une preuve de faiblesse et d'impuissance. Et si c'étaient plutôt ses négligences qui créaient souffrance au travail pour les travailleurs de l'Hospice général, maltraitance pour les migrants, et le ras-le-bol de la population ?
 
 
 
Des Assises pour l'asile
 
Plutôt que menacer d'un grand incendie, il est temps que l'Etat rassemble autour de lui les communes, les associations, les communautés religieuses, les élu.e.s, les habitant.e.s de bonne volonté pour donner à sa politique un nouveau souffle et une nouvelle légitimité.
 
Des Assises pour l'asile, et vite, avec des objectifs précis et une communication claire, et moins de vos justifications pâteuses Monsieur Poggia, merci.    

 

 


[1] http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/06/21/stopbunkers-comprendre-avant-de-revendiquer-268192.html

[2] http://mobile2.tdg.ch/articles/11728449

 

 

 

 


 


 



 


 

 

10:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stop bunkers, poggia, asile, grütli | |  Facebook |  Imprimer | | |

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