sylvain thévoz

02/06/2015

La démocratie : rien que la démocratie

martine sumi,parti socialiste,conseil municipal,présidence,vote,démocratieCe mardi le Conseil Municipal va désigner son président ou sa présidente pour une année. Cela ne sera pas une désignation par défaut. Martine Sumi, socialiste, membre du bureau du conseil municipal brigue cette présidence. Carlos Medeiros, MCG, de même. Certains grincheux regrettent que cette élection n'ait pas été tacite. Ils auraient voulu que le siège revienne de droit au MCG. Le groupe socialiste a choisi de présenter Martine Sumi, parce que la présidence au Conseil Municipal est l'enjeu d'un débat et demande de vraies prises de position sur des valeurs politiques.

 

Tout oppose ces deux candidat-e-s. Martine Sumi est Présidente de GymSeniors, membre du comité de l’Université Populaire Albanaise et de Solidarité Bosnie. Elle s'est toujours engagée pour l'égalité femme-homme. Issue d'un petit village du canton de Vaud, elle aime rappeler que lorsqu'elle est née, les femmes n'y avaient pas encore le droit de vote. Cela l'a été bien tardivement, en 1971, lorsqu'elle avait 15 ans, et cela a été le fruit d'une lutte. Martine Sumi est une femme de dialogue, constructive. Membre du Syndicat SIT, créatrice de F-information et du bureau de l'égalité, créatrice de Viol Secours, de la  Marche mondiale des Femmes, active auprès de l'association Camarada, elle inspire confiance et a toujours placé le respect de l'autre au plus haut point. 

Carlos Medeiros? Pour l'avoir côtoyé durant 4 ans, m'être fait traiter par lui de connard, de tapette, avoir été provoqué: buste en avant et index glissé sous son cou en signe de menace, avoir vu ses insultes fleurir sur les réseaux sociaux, ce monsieur n'est pas le type d'élu dont on rêve pour représenter la Ville de Genève et ses valeurs (pour autant qu'on les partage).

En politique, il faut avoir le cuir épais. Je ne fais pas une affaire personnelle des dérives de Monsieur Medeiros. Je les rappelle simplement ici pour évoquer mon droit démocratique à ne pas soutenir quelqu'un qui fait de l'insulte une banalité et joue de l'intimidation en menaçant physiquement ses adversaires politiques. Soutenir Martine Sumi, c'est promouvoir une certaine idée de la démocratie contre ce qui la menace.  

 

MCG. Ni de gauche, ni de droite, mais prêt à tout pour être élu

Et puis, quelle étrangeté, pour un parti comme le MCG, ne se revendiquant ni de droite ni de gauche, d'invoquer un droit à obtenir cette présidence en regard d'une coutume de tournus profitant aux partis bourgeois. Or, on le sait, les coutumes sont partagées par ceux qui ont en commun les mêmes valeurs. Pour ceux qui les récusent, comment simultanément les invoquer pour en bénéficier?

Le MCG a fondé son engagement sur la contestation du système. Il s'est toujours défini comme refusant le compromis et le partage du pouvoir. Le voilà, maintenant, prêt à tout pour être élu, devenir plus royaliste que le roi, en lançant des coups de téléphone à tout va pour obtenir les voix du PLR et du PDC. Ce parti, prétendu un jour contestataire, promet maintenant de voter tous les budget de la Ville, tous les objets politiques qu'on lui présentera, tout et son contraire finalement, pour autant que son préféré soit élu.

Mais être président-e- du Conseil Municipal ne vise pas à assouvir une revanche personnelle, ce doit être une volonté de servir le bien collectif. Ainsi se pense l'alternance du pouvoir. Il est destiné à promouvoir une finalité collective. La manière dont le MCG gère cette élection montre qu'il n'en a cure. Le MCG pourrait, par exemple, présenter un autre candidat, plus rassembleur et attentif à l'avis collectif. Peut-être alors qu'un certain nombre d'élu-e-s se sentiraient potentiellement représentés par lui. Mais il faudrait, là encore, que le MCG soit prêt à dialoguer, entrer dans le jeu de la représentation, plutôt que de faire de l'autisme et du forcing avec Medeiros.   

 

Pas de putsch du parti socialiste mais une proposition alternative  

Le Parti Socialiste ne provoque pas un putsch en opposant Martine Sumi à Carlos Medeiros. Il continue d'oeuvrer dans le champ démocratique. Il propose à une assemblée à majorité de droite et d'extrême-droite, où un certain nombre voix s'élèvent pour dire qu'il leur est impossible de voter pour Monsieur Medeiros, une alternative.

L'alternative, c'est bien ce qui fonde l'alliance des verts, du ps et d'ensemble à gauche. Une alternative à ce qui met à mal les valeurs de notre République. Une alternative à un nostalgique du dictateur Salazar, aux coups de force et aux intimidations; une possibilité de ne pas subir ce vote mais d'exprimer politiquement une autre option. 

 

La violence n'a pas droit de cité

Il ne s'agit pas, ce mardi, comme l'a faussement fait entendre Julien de Weck dans un éditorial de la Tribune de Genève d'un déni de démocratie ou, comme l'a affirmé Adrien Genecand (PLR) d'un appétit démesuré de la gauche. Si le PLR ou le PDC avaient proposé un.e candidat.e, le parti socialiste l'aurait soutenu.e, par respect pour le tournus gauche-droite. Malheureusement, ils ne l'ont pas fait. Il s'agit de servir la démocratie, rien que la démocratie; et de combattre, par le vote, le MCG. Parce que nous sommes en désaccord total sur ce qu'est la racine de ce parti (le rejet de l'autre, la stigmatisation de l'étranger, le travail de sape contre les institutions, la préférence de quelques uns contre tous les autres).

Laisser accéder Medeiros à la présidence sans combattre, c'est cautionner le fait que les messages de rejet de l'autre, de haine et de violence ont droit de cité aux plus hautes fonctions de la Ville. Contrairement à certains, nous ne nous y résoudrons jamais. 

 

Quand la droite se mêle au MCG

Comment faudrait-il nommer le principe qui laisserait le champ libre en Ville de Genève à celui qui est fier d'être la doublure de Stauffer ?

Le MCG ne progresse plus en Ville de Genève. Il a été rejeté de l'exécutif de la ville d'Onex grâce à l'engagement de forces politiques diverses mobilisées pour empêcher que des "commune zéro frontalier" voient le jour.

Aujourd'hui, l'attitude de la droite est nauséabonde. Alors qu'au Canton elle s'est mobilisée pour barrer le chemin de Stauffer à la présidence, en Ville de Genève elle est prête à se soumettre devant le MCG et construire avec lui une étroite alliance politique.

Le PDC et le PLR appellent désormais ouvertement à voter Medeiros. Alors que le président du PDC, Sébastien Desfaye, avait courageusement, dès le début de sa présidence, appelé à  refuser toute alliance avec le MCG, voilà que son parti se dit prêt à retourner sa veste, se boucher le nez et voter avec l'extrême droite. Voilà que Lionel Ricou, chef de groupe du PDC en Ville de Genève embrasse le MCG, avec le soutien de Guillaume Barazonne. Les électeurs et électrices qui ont pensé voter pour plus de nature en Ville constaterons malheureusement, par ce vote, qu'ils ont soutenu quelqu'un qui préfère le brun. 

 

La démocratie jusqu'au bout

C'est bien parce que le MCG a été élu par les urnes qu'il peut être contesté par un vote. C'est ainsi que le Conseil fédéral avait été débarrassé de Blocher. Il s'agit toujours là de démocratie, de prises de position et de risques.

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner dans ce combat? Pas grand chose. La droite et l'extrême droite seront tentés de se fédérer encore plus étroitement. Carlos Medeiros se pose déjà d'une manière complaisante en angelot-victime. Les intimidations vont augmenter afin de faire payer à la minorité de gauche son acte de résistance démocratique. Si Martine Sumi est élue présidente du conseil municipal, ce sera une voix de moins pour l'Alternative lors des votes en plénière.

Le PS n'a pas grand chose à gagner à la présidence de Martine Sumi. C'est la démocratie qui sortira gagnante si elle est élue à la présidence du Conseil Municipal ce mardi.   

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner : pas grand chose.

La démocratie ? Beaucoup. 

 

 

 

http://www.tdg.ch/signatures/editorial/La-dignite-versus-le-deni-de-democratie/story/24550738

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Sebastien-Desfayes-est-le-nouveau-president-du-PDC-genevois/story/27814809

https://www.ge.ch/egalite/representation-politique/temoignages/sumi-martine.asp

07:53 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : martine sumi, parti socialiste, conseil municipal, présidence, vote, démocratie | |  Facebook |  Imprimer | | |

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