sylvain thévoz

31/05/2015

Journalisme de promotion, journalisme de dégradation

Le journaliste Thierry Mertenat adore le magistrat Guillaume Barazzone, le magistrat Guillaume Barazzone adore le journaliste Thierry Mertenat. Depuis de nombreux mois maintenant se succèdent les articles de promotion sur les actions du magistrat : sur les bananiers, sur les dix citronniers donnant des rêves de bar à Mojitos, sur les ouvertures de casernes, les aménagements des pieds d'arbre, la communication de vente de verdure en Ville, sur un festival de lumière, sur les bulbes plantés par le magistrat, des arbres plantés, taillés, décorés, déplacés, replantés, sur l'ouverture des marchés, sur des ruches dérobées, une sombre histoire de lauriers prétendument dangereux pour la population, etc., le journaliste, élogieux, suit à la trace les actions du magistrat, des plus anodines aux plus croquignolesques, ne manquant pas de doubler adéquatement son service de presse et d'adouber, sans fausse note, l'action du magistrat. 

C'est peut-être de bonne guerre me direz-vous. Tout magistrat qui maîtrise la communication gagne une partie de la population. Que certains journalistes servent les plats, se concentrent sur le fait de relayer les actions et paroles de magistrats sans critique, avec servilité, devrait prêter à rire, tant la manoeuvre est grosse, et au final décrédibilise la profession. Cela pose toutefois des questions sur la difficile position critique du journalisme et ce qu'il sert; sur la qualité de l'information et de la manière dont il la traite. Information ou promotion? Certains semblent avoir choisi leur camp.  

Là où cela devient encore plus problématique, c'est quand Monsieur Mertenat pousse plus loin son jeu et passe, dans son dernier article "les pompiers au garde-à-vous devant une faible représentation politique", d'un journalisme de promotion à un journalisme de dégradation. "Les collègues de M. Barazzone n’ont pas fait le déplacement; ceux de Pierre Maudet non plus. Pour eux, nulle obligation protocolaire.Les caves ouvertes, et sans cravates, passent avant cette formelle inspection quadriennale". Il y affirme que parce que les élu.e.s n'étaient pas à la fête de son magistrat favori, ils étaient forcément en train de picoler dans les caves. Pourtant: Marche pour le climat, Débat sur la situation des roms à Genève organisé par le maire de la Ville, Ville est à vous à la Jonction, La fête de l'espoir, Hommage à Grisélidis Réal au cimetière des rois, Fureur de lire, etc., etc., si Monsieur Mertenat avait pu être ailleurs que là où était son magistrat, il aurait pu constater que les élu.e.s, sur de nombreux sujets, en de nombreux lieux, étaient engagés, prenaient la parole et honoraient leur fonction.

Il est dommage de prétendre que tous devaient être à un endroit parce qu'un seul y était. Et que s'ils n'y sont pas, ils sont forcément en un seul lieu : dans les caves. Et il est attristant de voir un journaliste servir de rabatteur et produire des préjugés.    

Dans un univers politique où les élus se prennent parfois pour des rois soleils et supportent mal la contradiction, il est regrettable que des journalistes assument sans honte un rôle de courtisane-s. Arrivés là, il leur serait peut-être profitable de changer de profession. Les magistrats ont des conseillers personnels et des chargés de communication; leur rôle n'en serait alors que plus limpide et l'information de la presse écrite clarifiée. 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/pompiers-gardeavous-faible-representation-politique/story/19033302

14:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, information, compromission, dégradation, barazzone, mertenat | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/05/2015

La FIFA : une affaire Suisse

Son président est Suisse, son siège est à Zurich. Quand la tempête s'abat sur la FIFA et que les preuves de corruption s'accumulent, Ueli Maurer, conseiller fédéral UDC, vole au secours de Sepp Blatter. Devant les quelques 340 participants du 5e Forum suisse des médias à Lucerne, il a défendu le bon président, affirmant qu'il ne faut pas oublier tout ce qu'il a fait de formidable pour le football.

Sans blague, alors que la FIFA est sous enquête, corrompue jusqu'à l'os, que la justice américaine va déballer des années de corruption généralisée. Ueli Maurer a la même ligne de défense que Blatter : il fait diversion et préfère parler football, se rangeant aux côté de Poutine pour le soutenir.

Didier Burkhalter, autre conseiller fédéral, PLR, voit dans cette affaire une chance à saisir.  "Cela va peut-être faire évoluer les fédérations sportives internationales". Surtout ne pas s'en mêler, surtout ne pas réfléchir sur le rôle tenu par la Suisse dans ce système, surtout ne pas se sentir responsable, alors que notre pays est le champion du monde toutes catégories pour l'hébergement des fédérations sportives (une soixantaine) et que ces fédérations bénéficient chez nous d'un statut fiscal privilégié. Elles sont définies comme sans but non-lucratif. La FIFA fait des millions de bénéfices, a plus d'un milliard de réserve en cash, est au bénéfice d'une grande flexibilité juridique, sans obligation de rendre ou de publier des comptes. Quel est le système fiscal qui permet à la FIFA une totale opacité sur ses gains ? Le nôtre. Qui le défend mordicus? La droite.   

L'Hebdo rappelle, dans sa dernière édition, les sept péchés capitaux de Blatter et revient sur le fait que la FIFA soit exemptée de tout impôt fédéral direct. En effet, le parlement (à majorité de droite) a refusé, en juin 2012, d'abolir ce privilège. Parce que les partis bourgeois ont toujours servi l'argent, et pratiquent les mêmes tactiques qui a cours à la FIFA : chantage, lobbying, graissage de pattes et complaisance envers ceux qui possèdent l'argent et le pouvoir.

La FIFA: un produit de la droite

Couvrir le blanchiment d'argent sale, encourager les forfaits fiscaux, les évasions fiscales, fermer les yeux sur la Suisse qui lave plus blanc, la Suisse mafieuse, c'est un sport de droite qui a été érigé en système puis en droit. Faire du chantage au départ, couvrir les malfaiteurs des palaces, c'est la mission de la droite. Cette stratégie a conduit le système bancaire à ne pas se réformer et au final à le payer cher. Aujourd'hui, les procureurs américains font le ménage à Zurich dans les palaces où les magouilleurs se prélassent et la droite menace notre souveraineté en s'acoquinant avec des indélicats. Avec l'affaire de la FIFA, on découvre que la complicité de la droite pour soustraire des millions d'impôts au fisc et faire plaisir aux copains est dans son ADN.  

Le parti socialiste, par son conseiller national Carlo Sommaruga, avait proposé en 2012 une loi pour «poursuivre d’office les cas de corruption dans le secteur privé», et non plus seulement lorsqu’une plainte était déposée. Le PLR, l'UDC, economiesuisse, l'USAM et l'association suisse des banquiers l'avaient rejetée, ainsi que... la FIFA. La droite n'aime pas les lois anti-corruption. Elle aime la "main invisible" du marché et les yeux qui se ferment. Elle adore les forfaits fiscaux et les associations milliardaires à but non-lucratifs. Elle adore agiter le chantage au départ pour ceux bénéficiant des largesses et de la complaisance de la législation helvétique. Cela la conduit à la paresse intellectuelle et encourage la criminalité des cols blancs. La crédibilité de la Suisse est aujourd'hui gravement entachée. L'image de notre pays salement détériorée. La FIFA est une affaire suisse, le produit de son système fiscal voulu par la droite.

 

Tous les regards vers Zurich 

Ce jeudi, tous les regards seront tournés vers Zurich où un valaisan cherchera à se faire élire pour un cinquième mandat à la tête d'une association corrompue brassant des milliards et ne payant pas un centime d'impôt en Suisse.

Tous les regards seront tournés vers notre capitale financière où nos conseillers fédéraux et la majorité de droite de notre parlement ont choisi de protéger la FIFA et la corruption.

Que Blatter s'en aille. Et avec lui les valets de la droite helvétique, championne du monde d'un système fiscal opaque qui sert l'argent plutôt que les intérêts du peuple, les intérêts des puissants plutôt que ceux du droit et de la justice. 

 

 

 

 

https://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/portrait-les-sept-p%C3%A9ch%C3%A9s-capitaux-de-sepp-blatter

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/77cfbfc2-f312-11e3-a2d8-dc7d3196b5d7/La_Suisse_h%C3%A9site_%C3%A0_domestiquer_la_FIFA

 

08:21 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fifa, blatter, maurer, forfaits fiscaux, cadeaux, plr, udc, pdc, economie suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/05/2015

Du sperme, de l’électricité, mon utérus et moi

Les enfants me permettent de rester jeune. Avoir des enfants, c’est une addiction. Croissez et multipliez-vous, c’est ce que dit la Bible non ? C’est dans la Genèse, au tout début. Je ne dis pas que je suis une sainte, non, je n’étais pas vierge lors de mon mariage... il y a 45 ans. J’ai eu mes mômes de 5 pères différents. Mais cela, c’est du passé. Désormais, plus besoin de père. Du sperme, de l’électricité, mon utérus et moi. Et basta.

J’avais 13 enfants, en voilà 4 de plus à mon compteur, à 65 ans. C’est beau. Cela ne fait pas de moi une salope. Dites-moi ce qu’il peut y avoir de mal à pondre rythmiquement des enfants ? Tant que  le corps le peut, que la technologie le permet, j’en profite. Aujourd’hui, tout le monde fait l’amour pour rien, dans le vide. Moi je ne fais plus l’amour, mais des mômes. Je fais tourner l’économie. A 65 ans, je dessine ce que seront les utérus de demain. Des réceptacles sans nécessité de mâle pour donner vie. Je suis l’avenir. J’ai 65 ans, une jeune maman.

Je ne baise pas utile, je procrée à blanc.   

Trop vieille pour avoir des enfants ? On m’a retiré mon permis de conduire. Je voulais prouver que je servais encore à quelque chose.  Avoir des gamins, c’est rester jeune, un choix personnel. La retraite, très peu pour moi.  

Je veux devenir championne du monde de la mise à bas. 4 enfants d’un coup à 65 ans, olé, c’est mieux qu’un hat-trick au foot. Chapeau bas pour mamie ! Cela fait de moi la plus vieille maman du monde. Il me fallait des remplaçants pour mon équipe de foot.

Aujourd’hui, le spectacle c’est de monter le plus vite sur une montagne, enfiler le plus de buts à une autre équipe, risquer sa vie dans des sports extrêmes. Pour moi, c’est de pondre le plus d’enfants possible après ma ménopause, d’enquiller les échographies comme d’autres les marathons. Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de mal à cela. J'ai négocié sec l’exclu avec la presse pour assurer l’avenir de mes enfants. J’ai donné l’info à un journal de boulevard. J’ai commencé tard ma vie médiatique, je rattraperai le temps perdu. Sexagénaire de la césarienne, je suis championne du monde. La prochaine fois je fais venir le Guiness.

 

Franchement, quand un mec devient père à 70 ans, je ne vous entends pas pousser des cris d’orfraie. C’est parce que je suis une femme ? Les féministes devraient me soutenir. Cette putain de barre de la ménopause, c’est du passé. Nous voilà les égales des hommes désormais. On parle toujours des hommes bioniques, je suis la femme biochimique. La science nous permettra de faire des bébés à n’importe quel âge. A nous les records  !  

Okay, mes bébés sont prématurés, mes trois petits garçons et ma fille sont nés à 6 mois. Mais en couveuse, ils sont comme dans une chapelle sixtine, mes petits saints. Ils ont de bonnes chances de survivre, de bonnes bajoues. La médecine fait des choses incroyables, pourquoi s’en priver ? Au nom de l’éthique ? Mais laquelle ? Vous avez vu l'état du monde? Alors chacun pour soi… et la science pour ceux qui peuvent se la payer.

 

Pourquoi devrais-je me cintrer l'utérus?

Au nom du droit des enfants ? Mais si le droit des enfants vous importait vraiment, en laisseriez-vous mourir des pelletées de soif, de fièvre, d’infection ? Toutes les 5 secondes un enfant de moins de 10 ans meurt de faim (Ziegler). Toutes les 30 secondes, le paludisme tue un enfant quelque part dans le monde (Unicef). 500 000 enfants de moins de 15 ans sont morts du SIDA l’an dernier (Unicef).  Est-ce que cela fait la une des journaux ?  Et vous me chiez une pendule parce que j’ai mis 4 petits amours au monde ?

Mes enfants auront la sécurité matérielle. J’ai tout prévu. De nombreux amis s’occuperont d’eux si je disparais avant l’heure. Mais je veux vivre jusqu’à 102 ans. Et j’aurai des bébés jusqu’au bout.  Mieux vaut naître prématuré que de ne pas être au monde du tout.

Je donnerai la vie jusqu’à mon dernier souffle. Je serai une usine à bébés jusqu’à la lie, une turbine à fœtus jusqu’au dernier souffle. Je passerai du biberon au dentier, leur mettrai leurs couches en même temps que les miennes, sans me tromper, je vous l'assure. Vous me préféreriez rabougrie à l'EMS hein, cela ne vous choquerait pas que je moisisse sur un siège. Cela vous emmerde vraiment que je sois une mère comblée à 65 ans.

Mes bambins s’en foutent de mes rides. Ils préfèrent une vieille maman sympa à une jeune peau de 20 ans dans la merde financièrement. Ils me regardent et sourient. Je suis la plus vieille maman du monde. 

 

Avec du sperme, de l’électricité et mon utérus, je réinvente la vie.

Moi, moi, moi, je servirai la nature jusqu'au bout.

 

 

 

 

http://www.huffingtonpost.fr/2015/05/23/allemande-quadruples-65-ans-mere-13-enfants_n_7426894.html#

12:07 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mère, science, maternité, utérus, vie, 65 ans, retraite, éthique | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/05/2015

Grisélidis Réal aura sa stèle à Genève

Le Conseil administratif de la Ville de Genève a accédé à la demande de la famille de Grisélidis Réal de placer une stèle sur la tombe de celle qui, écrivaine, peintre, mère, travailleuse du sexe, fondatrice avec d'autres prostituées de l'association Aspasie, était depuis de trop longues années, au cimetière des rois, condamnée à une tombe d'un dénuement bien trop calviniste pour une figure haute en couleur ayant marqué la vie genevoise.

10 ans après la mort de Grisélidis Réal (31 mai 2005), malgré les réticences bourgeoises de la Genève post-calviniste, des féministes abolitionnistes, des grincheux et des pisse-froid, c'est dans la joie et dans la fête que la tombe de Grisélidis pourra désormais être joyeusement et dignement honorée.

La stèle est entièrement financée par une souscription populaire. Elle respecte le règlement des cimetières. Alors que deux tentatives précédentes avaient échouées, parce que 45'000 c'était trop pour une courtisane ou parce que la statue évoquait de manière trop explicite un sexe féminin!! aujourd'hui, un conseil administratif plus ouvert, a enfin envisagé d'un oeil moins moraliste qu'une grande personnalité de la vie genevoise se voit dignement honorée. L'artiste Jo Fontaine va pouvoir maintenant travailler sur la finalisation de l'oeuvre qui sera un hommage à la beauté et à la féminité, à l'image de la vie de Grisélidis Réal.    

L'autorisation a été votée à l'unanimité par le conseil administratif.

Grisélidis Réal qui a lutté toute sa vie pour les personnes prostituées et leurs alliés, et défendu les droits des personnes exerçant le travail du sexe; écrivaine mondialement reconnue, se voit honorée, pour les 10 ans de son décès, de la plus belle des manières.

Merci à la famille de Grisélidis, Igor Schimek, à l'association Aspasie, à l'artiste Jo Fontaine à tous ceux et toutes celles qui ont oeuvré pour que cette injustice soit corrigée. 

En mémoire de toi Grisélidis, nous irons avec encore plus de plaisir désormais boire et nous aimer sur ta tombe ; et le samedi 30 mai à 13h t'y rendre hommage avec ta famille.  

 

 

www.aspasie. ch

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/projet-stele-griselidis-real-nouveau-refuse/story/15424427

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/souscription-lancee-stele-griselidis-real/story/27340337

 

11:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aspasie, grisélidis réal, cimetière des rois | |  Facebook |  Imprimer | | |

Nouveau MAH : Exiger de Gandur

Le conseil municipal a donc voté, au terme d'un marathon parlementaire, un crédit de 132 millions pour la rénovation-extension du musée d'art et d'histoire.

C'est une très bonne nouvelle. Aujourd'hui, le musée d'art et d'histoire tombe en ruine. Une rénovation s'impose de manière urgente. Le soulagement et la satisfaction domine chez ceux qui ont voté ce crédit. Ils ont donné les moyens à la Ville de Genève de faire de ce musée le grand musée de Genève et de Suisse de demain.

Chez les opposants (Verts, Ensemble à Gauche et UDC), les perdants des dernières élections municipales, c'est la soupe à la grimace et l'annonce déjà d'un référendum. Il sera lancé dès la semaine prochaine. Les opposants auront alors 40 jours pour récolter 4000 signatures. La votation populaire devrait avoir lieu au tout début de l'année prochaine. On peut regretter que seuls les habitants de la Ville de Genève voteront sur celui-ci alors que pour ce musée, ce sont tous les genevois,et même au-delà d'eux, tous les habitant-e-s de la région qui sont concernés.

Sur les 132 millions votés par le conseil municipal, pratiquement la moitié devrait être amené par des privés, dont 40 millions par Monsieur Jean-Claude Gandur. Cet apport est un enjeu important.

Monsieur Gandur n'est ni un gentleman ou un mécène désintéressé (PLR), ni  un buveur de sang (Ensemble à gauche), c'est un businessman, un homme habitué à faire et conclure des deal. Lorsque monsieur Gandur se répand dans la presse, faisant état de ses états d'âme en s'étonnant d'un amendement du Conseil administratif visant à clarifier la convention lors des débats, il fait au mieux du théâtre, au pire: pression sur les élus... et certainement un peu des deux.

Monsieur Gandur devrait se réjouir de la volonté de la Ville de Genève de clarifier la mise en oeuvre de la convention liant la Ville à la Fondation Gandur pour l'Art. Lorsque Monsieur Gandur dit que Monsieur Kanaan ne l'a pas contacté depuis 2011 il fait preuve d'interprétation libre. C'est troublant d'avoir un partenaire à la mémoire sélective. On est aujourd'hui en droit d'avoir des doutes sur la fiabilité de ce partenaire. Il faut rapidement les clarifier.

Par le vote du conseil municipal, un signal extrêmement positif est venu de la Ville de Genève. Le oui au nouveau projet du MAH et le oui à l'accueil de la collection de Monsieur Gandur est important pour Genève. Il faut maintenant veiller soigneusement à ce qu'une convention soumise à de trop larges possibilités d'interprétation ne soit source de conflits futurs et surtout à ce que l'intérêt public, prépondérant, soit garanti dans la convention.  Monsieur Gandur doit accepter que certains points en soient renégociés et précisés.

Ne le ferait-il pas, il serait raisonnable, au nom de l'intérêt public, de l'exiger de lui. Et si Monsieur Gandur refuse toujours, comme partenaire important, de discuter sereinement de la meilleure convention possible pour la Ville et pour la Fondation Gandur pour l'Art, il s'agira alors peut-être de rejoindre monsieur Gandur sur son avis, certes radical, mais peut-être non dénué de bon sens, qui est de se quitter bons amis, comme il l'a annoncé lui-même dans la presse.

Et vous me direz alors : Quid des 40 millions ? Quid des oeuvres de Monsieur Gandur? Cette issue serait regrettable. Toutefois, on ne peut forcer un partenaire décidé à partir à rester. Il existe d'autres partenaires privés, nul n'est irremplaçable, surtout pas dans une ville comme Genève. De nombreux collectionneurs seraient heureux de déposer leurs collections dans le futur nouveau musée d'art et d'histoire.

Certains trouvent que l'avancée de ce projet a pris décidément trop de temps. En même temps, en voyant toutes les étapes franchies par ce projet, je suis marqué par le travail démocratique, de négociation, avec les opposants, dans les forums démocratiques, les commissions, pour arriver aujourd'hui avec un projet à bout touchant.   

Au final, ce sera le peuple qui décidera du sort du nouveau MAH. Au final, suite au vote du conseil municipal, c'est maintenant au conseil administratif de la Ville de Genève d'exiger de Monsieur Gandur un peu plus de considération pour son partenaire et de ne pas se réfugier derrière une convention conclue rapidement et légèrement par le magistrat vert précédant : Patrice Mugny.

Cette convention doit être clarifiée. Pour Genève, pour l'intérêt public, pour le musée d'art et d'histoire et pour que le référendum menaçant ce beau projet soit une opportunité populaire d'exprimer un oui au musée d'art et d'histoire rénové, agrandi, redessinant totalement la carte culturelle de la Ville de Genève.          

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/municipal-accepte-credit-financer-nouveau-mah/story/21306636

http://www.tdg.ch/culture/jean-claude-gandur-dynamite-beau-projet/story/11047569

 

 

10:00 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah, gandur, convention | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/05/2015

Le romantisme est mort, vive la baise

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Une simple lettre d'amour, dernier livre de Yann Moix est un titre mensonger, ou tronqué. Rien de simple dans cette lettre titrée "roman" sur la page de garde. Quant à l'amour, il a les formes tordues, cyniques, perverses, de Yann Moix qui se jette à confesse, racontant ce qu'il a fait subir à la femme qu'il a aimé il y a de cela quelques années; qu'il a prétendu aimer plutôt, avouant au final n'avoir toujours aimé que lui... et  martyrisé toutes les autres.

Il y a de l'ironie dans ce titre. Mais qui peut dire ce qu'est l'amour et ce qu'il n'est pas? Yann Moix nous met au défi du jugement. Récit d'un séducteur ou d'un salopard, des deux? On pense au film de Steve MacQueen : Shame, dérive d'un homme accro au sexe et baignant dans le jus de son obsession.

Le narcissisme se referme sur lui-même en même temps que s'ouvre le livre. Sur les pages se dévoile un Don Juan de l'époque de Tumblr et Lovoo qui invoque des rendez-vous fictifs à 3h du matin pour renvoyer ses maîtresses, faisant un tour du pâté de maison pour les éconduire avant de retourner seul se coucher pour ne pas s'encombrer du corps de l'autre. A l'époque où l'on n'écrit plus de lettre d'amours, où l'on tweete et baise comme l'on respire (vraiment?) Yann Moix fait le récit de sa gestion industrielle du cul et de son apparente neutralité émotionnelle derrière l'abattage sans fin. Il en dresse le catalogue, textuellement, et le déploie dans le récit d'une passion. 

   

L'écriture est directe. Elle assène des uppercuts puis nous endort avec des formules bouffies : "nous sommes perdus pour les autres parce que nous sommes perdus pour nous mêmes" ou "j'ai ressenti l'obligation d'y aller. Non pour te rendre heureuse, toi, mais pour me rendre, moi, moins malheureux." Etc., Yann Moix empile les poncifs et les phrases redondantes sur l'amour, le couple, la fidélité; apparaît à la fois blessé que le romantisme se soit effondré... et acharné à le raser net.

 

Le romantisme est mort, vive la baise, ou : journal d'un romantique désabusé. Ce livre est l'ambivalence même entre le désir d'aimer et la radicale volonté d'en constater l'impossibilité. On le classera dans une bibliothèque entre Baudelaire et Lui magazine. C'est sa place. Entre Beigbeder et Michel Blanc. Tout ado le mettra sous ses posters héroïques de footeux. Triste image de la masculinité. 

Ce livre fera bondir n'importe quel-le- féministe tant l'image de la femme et le rapport à celle-ci déployé par Yann Moix est écoeurant d'abus et de faux-semblants. Objet sexuel ou potiche romantique,voilà les deux cases où se déploient l'imaginaire de Yann Moix pour envisager l'autre. "Les femmes" ne peuvent en sortir. Il les y réduit au silence, les séduit, les baise, puis passe à la suivante. On en vient à rêver d'une confrontation Despentes - Moix, qu'elle le rosse.

Yann Moix avoue tout, confesse tout, reconnaît tout. Le moralisme est mort, vive l'abus.

Faute avouée est-elle à moitié pardonnée? -Il faudrait demander à celle à qui s'adresse ce livre-. Il nous semble plutôt qu'elle s'y fait re-baiser, tant Moix, au final, exerce le pouvoir, raconte l'histoire à sa sauce, et s'il y apparaît démoniaque, s'y donne finalement le beau rôle: celui du passionné, du fou, de la tête brulée. Figure romantique déchue, encore, mais consciente de l'être... le devenant donc plus encore. Yann Moix, un post-romantique onaniste.    

Yann Moix énerve, écoeure, fatigue, se narcissise à bloc. En même temps, il intéresse. Par sa langue encore, qui passe de la boursouflure au scalpel, de la loghorrée à la concision, qui ose tout... même l'inutile.

On est piqué, interpellé. Pas d'ennui, de la surprise. L'auteur stimule par l'abjection et son cynisme. Par quelque chose aussi qui ressemble à une sincérité touchante, une mise à nu ( ou est-ce une mise en scène perverse?).

Peut-on croire à ce que Moix confesse? ou applique-t-il à ses lecteurs les mêmes recettes qui fonctionnent avec ses proies sexuelles : séduction/détachement/ provocation/consommation?  Yann Moix : roi du striptease, s'ausculte. Roi de la manipulation, il joue avec les mots et pose devant le lecteur sa carrière de tordu, ses faits d'arme d'obsédé, son catalogue de pervers. Il faut le lire, mais peut-on le croire? Bien entendu que l'on peut... au risque de se faire baiser.

Qui pourra lui jeter la première critique ? Qui pourra clamer : c'est dégueulasse, l'homme n'est pas cela, Yann Moix est un porc ? On le sent, le bonhomme jouira encore de la distinction singulière de la fange.

Il renverse le syllogisme en paralogique, et tout se tord:  "C'est sans doute pour continuer à pouvoir t'aimer que je nous interromps."

Si l'on extrapole, on arrive à la mégalomanie perverse prétendant à l'universalité : 

Yann Moix ne sait pas aimer. Or tous les hommes sont Yann Moix, donc les hommes ne savent pas aimer.

ou :

Les hommes sont mortels. Les porcs sont mortels. Les hommes sont donc des porcs.

 

La paralogique est un enfermement. Comme Yann Moix capte ses proies sexuelles, de la même manière il hameçonne son lecteur.

Au final, une simple histoire d'amour apparaît en miroir inversé des magazines "féminins" mais dans la même catégorie, celle où les Hommes viennent de Mars et les Femmes de Venus. Il trace les mêmes frontières au couple : la reproduction du modèle ou son blasphème. Au lieu d'un quizz en bas de page, on a droit à la confession finale de l'auteur en forme de bavasse nihiliste et larmoyante "Quand tu ne remueras plus, c'est que je ne remuerai plus. En attendant, je suis ce mort qui respire."

Même s'il prétend au désespoir et en joue, Moix n'a pas la noirceur bouleversante d'un Edouard Levé ni la verve d'un Sade... pour preuve il deviendra à la rentrée animateur chez Ruquier.

Le romantisme est mort, vive la baise.

La littérature est un exhibitionnisme, elle se prolonge à la télé...

Tu peux te relever du divan, Yann, vérifier tes ventes.

La séance de dédicaces est terminée.

 

 

Yann Moix, une simple histoire d'amour, éditions Grasset, 2015, 143p.


10:52 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yann moix, féminisme, femme, homme, couple, fidélité, littérature | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/05/2015

La corneille est une corneille pour l'Homme

 

 

Alarmant article dans la tribune de Genève. La psychose grandit à Genève.

 

Une personne a été blessée à la tête notamment. Des policiers sont intervenus pour sécuriser les lieux de l'agression. 

 

Celle-ci a eu lieu proche de la gare. Ce n'est pas la première fois que des personnes sont agressées ainsi. Les malfrats étaient à l'abri d'un arbre, laissant passer leurs victimes potentielles avant de fondre dessus. Le motif de l'attaque est difficile à établir. Pas de vol ni revendication à ce jour. Bilan: un crâne écorché, un déploiement de policiers municipaux, une zone sécurisée. Une batterie anti-aérienne a failli être déployée de manière préventive, mais les militaires de la caserne des Vernets étaient en congé. L'enquête suit son cours. Un lien avec les débordements de l'Arve n'est pas exclu. 

 

Selon le journal, les malfrats seraient : devenus agressifs suite à un attroupement de personnes formé autour d'eux. Quelques pandores ont bien essayé de les mettre derrière les barreaux. Las, d'un bond leste, ils étaient loin. Des frontaliers? Soupçonné d'éventrement (sac plastique verts en bordure de parc), éviscerations ( nids, oisillons), kidnapping (écureuils), la bande semble très dangereuse.

 

Les journalistes se perdent en conjoncture : action religieuse un jeudi saint ? émules de l'armée islamique au Levant? Inspiration des clowns agressifs? émanation du gang des panthères roses ? Les raisons de s'angoisser demeurent nombreuses.

La police a toutefois rapidement coupé court aux rumeurs (à défaut de la psychose, qu'elle aime à entretenir). Il s'agit de corneilles, pas de drones...de volatiles à plumes, pas de terroristes voilés. Nous voilà rassurés. Enfin, pas tout à fait..

selon le sondage du jour : 

Les récentes attaques de corneilles sur des animaux et des passants vous inquiètent-elles?

Oui

48.4% !

Non

46.2%

Je n'ai pas d'avis

5.5%
 

L'inquiétude demeure. A raison. Selon une étude américaine, les corneilles sont capables d'identifier des visages humains et se souvenir si l'un d'entre eux représente une menace. Elles seraient même capable d'enseigner aux autres membres de leur groupe à reconnaître ces visages dit « dangereux ».

Cette agression était-elle préméditée? La victime avait-elle mangé une pintade, du poulet? Les oiseaux sont-ils rancuniers? (un sondage! un sondage ! ) Et si les bêtes avaient décidés de prendre leur revanche? Déjà que les renardeaux fouillent nos poubelles, que les abeilles font leur nid n'importe où, que les moustiques piquent... à quand une morsure de brochet pour enflammer la rade?

Et si Hitchcock avaient vu juste; si des tarentules géantes débarquaient, des insectes mutaient, si les chiens, même muselés, recommençaient à mordre ? Le monde est hostile, ça craint. La rubrique des chiens écrasés doit être rebaptisée d'urgence Corneilles agressives pour mieux le refléter. 

 

Comme dit Pierre, émule de la bande : à raconter ses maux, souvent on les soulage.

 

On attend maintenant un communiqué de presse des amis des bêtes:
Nous déplorons que le terme agression ait été employé quand une corneille, au printemps, protège son nid et éloigne, comme elle le fait depuis la nuit des temps celles et ceux qui s'en approchent de trop près. Les citadins devraient se rappeler qu'ils ne vivent pas en vase clos avec leur iphone et leur bouffe lyophilisée, mais qu'ils sont des bêtes parmi d'autres dans un écosystème à partager.       


Morale de l'histoire :

Si l'on prétend que l'Homme est un loup pour l'Homme, il demeure finalement surtout une brute, petite chose fragile et agressive soumise à l'angoisse.

La corneille, elle, reste une corneille pour l'Homme, bien moins bête finalement que nous, bipèdes à iphone. 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-corneilles-attaquent-des-passants-pres-de-la-gare/story/12471217

 

11:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : corneilles, menace, angoisse, psychose | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/05/2015

Abou et les vacances d'été

575459999.jpgOn lui a répété de ne pas bouger, pas respirer, pas crier. Quoi qu’il arrive il n’aurait pas moufté.Une fois dans la valise, Abou a pensé qu’il allait passer les douanes tout droit… pas qu’il pouvait crever.  

Il s’est dit : tout plutôt que les touristes adipeux et arrogants, les touristes qui parlent fort et se foutent de nos gueules quand on prie puis s’angoissent au moment de s’en aller, de peur de rater leur vol.

Il serait mort sans un bruit Abou. Il était préparé à cela. Il s’est mordu les lèvres. Il était disposé à disparaître dans son petit cercueil de cuir de 80 sur 80 cm. On aurait pu le mettre direct à la poubelle ensuite, comme s’il n’avait jamais existé. Avec un peu de terre dessus, et bye bye: bon voyage. 

 

Le cousin Omar, Khalid le fils du voisin sont partis au nord et on ne les a plus revu. Un dans la mer, un en Libye. Pour rien.

Avant, la Suisse prenait des demandes d'asile à l'ambassade. On faisait la queue mais on avait cette espérance. Maintenant c'est fini, ce n'est plus possible. Une votation populaire a tout changé. Il faut traverser pour espérer. Risquer sa peau. Encore.  

 

Les douaniers ont envie de rire subitement. Abou: petit con, comment pensait-il passer ainsi, se jouer d’eux d’une manière aussi naïve ?

Les grands frères d'Abou courent vers la barrière et se jettent dessus pour l’escalader, un et deux et dix, individuellement, puis par groupes, ça c'est du sport.

La plupart sont pris, certains passent. La masse l’emportera toujours sur les drones. Les douaniers pensent au début : les cons, nous avons des tasers, des gaz lacrymogènes, des menottes. Mais impossible d’arrêter une armée de pauvres. Une colonne de désespérés, tu ne la stoppes pas.

— La Méditerranée sera comblée par nos corps. Nos petits frères nous marcheront dessus s’il le faut- disent ceux qui embarquent sur les rafiots, les péniches, s’accrochent aux bidons. Plus rien à perdre. 

Les caravanes sont ciblées dans le désert. Ici, on te tire comme un chien. Seule issue, la mer, la fuite vers le Nord sans voie de retour possible. La mer ou la mort et peut-être les deux. Mieux vaut encore crever dans la mer que d’une balle dans la tête - disent ceux qui n'ont plus de choix-  

Les douaniers rêvent de vacances à Helsinki ou Berlin. Là où la frontière est loin, où il fait frais et gris, où rien n’est sec ni salé. Tiens, pourquoi pas Genève, capitale des droits de l’homme, où l’on ne voit pas toute cette merde des gamins asphyxiés dans des valises, dans les soutes des cargos, où les gens se piétinent pour entrer ou sortir. Découvrir une session des Nations unies, le musée de la Croix-Rouge, participer à un colloque de formation continue sur les droits de l'Homme, contempler enfin une guerre à distance. Et puis : un petit crochet par l’exposition universelle à Milan... ça dépendra du petit futé ou du guide du Routard.

 

En attendant les vacances, ici ça pousse encore et ça transpire. Sous les bâches des camions, dans les double fond des coffres, attachés sur des rafiots afin qu’en cas de panique le navire ne chavire pas. Dans les pirogues de fortune, sur des radeaux de planches mal assemblées, dans les trains d’atterrissage des avions, ça s'entasse.

Abou senior, Abou junior, Abou fœtus dans un container, un bidon, un camion frigorifique, dans un carton de banane, une carcasse de bête, sous le poisson, les crevettes, entre les arêtes, faut que ça entre Abou, ça doit entrer, ça doit passer Abou, et sinon tu essaieras à nouveau.

Et toi, tes vacances cet été ? D'abord prévoir. Ne pas oublier de refaire le passeport. Expiration anticipée. Puis, devant la valise, être sans pitié. Ne pas prendre trop de vêtements, juste l’essentiel. Crème solaire, quelques vêtements de rechange, une paire de tongs, de sandales, c'est bien. On voyage mieux léger.

Peut-être une petite laine quand même, au cas où… les soirées à la mer peuvent être fraîches. Le reste : acheter sur place, c’est bien de faire fonctionner l’économie locale. Eviter les pays instables, choisir la sécurité. Renoncer aux pays trop pauvres, trop musulmans, c’est déprimant.

Toujours rester du bon côté du mur, même loin de chez soi, éviter le ramadan, pas sexy. De la musique dans l’ipod, we are the world, c’est touchant. C’est bien, c'est certain. Nous sommes l’universel, des citoyen-ne-s du monde, pas des douaniers des passeurs, des morts-la-faim, des mendiants. Nous sommes des voyageurs, des explorateurs. Alors: pas besoin d’une valise trop grande, une petite de 80 sur 80 suffira pour les livres et les fringues.

Et si vraiment on a besoin d'une valise, on en achètera une nouvelle en route.

Il y en a plein sur les marchés pour pas cher. C’est parfait pour y ranger les bibelots du souk, les cadeaux-souvenirs. De la valise, on prendra soin de négocier le prix. On est pas des pigeons.  

Faudra pas oublier de négocier sec avec le petit Abou qui voudra la vendre.

 

 

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html

 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/bd62a8c6-c2f6-11e2-b4cc-25ebe225791f/Ce_que_la_suppression_de_lasile_dans_les_ambassades_va_changer

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/05/12/l-ordinaire-de-la-brutalite-policiere-contre-les-migrants-filme-a-calais_4631949_1654200.html

http://www.poesieromande.ch/wordpress/?page_id=311

 

 

12:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migrations, suisse, europe, vacances, été | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/05/2015

Abou dans la valise

Sylvain-1.jpgIl a 8 ans, il est ivoirien, il est pressé dans une valise pour passer la frontière.

La femme qui le transporte, elle a 19 ans. Quand elle arrive au poste de frontière de Ceuta elle regarde à droite et à gauche. Elle semble nerveuse.

Elle ne veut pas mettre la valise sur le tapis du scanner. Cela rend les douaniers suspicieux. (Toute la journée ils scrutent, on ne la leur fait pas).

Ils pensent qu’elle transporte de la drogue. Ils l’arrêtent. Ils ouvrent la valise. Peut-être qu’ils sourient un peu, je ne sais pas. Dedans, il y a un jeune gamin, les genoux repliés sous le menton. Il a très chaud ou très froid, ou alors il a peur. En tous les cas, il grelotte.

Il a soif. Il dit : je m’appelle Abou. Il le dit en français, c’est tout. Il ne connaît pas la femme qui le transporte. Il ne connaît pas les visages qui le scrutent. Il ne sait pas lire. Il ne connaît rien de la Bible, du Coran à peine quelques bribes. La religion c’est du vent.

Il connaît le foot, Messi et Tevez. Abou a grandi aux sabots des chameaux. Il a bu l’eau trouble des gourdes de peau. Il répète que son père est en Espagne. Il ne sait pas où. C’est un chiot du désert, un enfant nourri au sable, au lait, aux dates, aux tablettes de chocolat Herschey’s et cannettes d’Isostar; les touristes les abandonnent avec leurs restes, après avoir tripé dans le désert pour se reconnecter spirituellement dans l’immensité du rien.

Les blondes américaines – doubles graisses – parlent fort et suintent sous le soleil. Elles le prennent en photo, lui laissent encore et encore des plaques de chocolat et des marshmallows. Le chocolat, il connaît bien, il aime ça. Elles viennent, elles twittent, elles sourient, elles aiment les couchers de soleil, puis repartent.

Il a 8 ans, il reste là. Il fait partie du décor.

Il les entend dire, les grosses : citoyenne du monde citizen of the world i am je suis, se prendre en photo, selfie bras dessus bras dessous, et chanter presque we are the world avec un regard mièvre bombé de bonté et de charité sur lui.

Elles se prennent pour Madonna, Mère Teresa, Lady Gaga, elles s’ouvrent les chakras au forceps avec leur road-trip sous les étoiles, avec du sable et du sable encore, partout.

Pendant ce temps, les chameliers bavent. Ses oncles ont envie de sauter sur les blondes. Ils s’agrippent à leur corde usée. Mains calleuses sur les selles, autour du cou des animaux, serrent les licous comme la laine.

Il voit les blondes se dandiner sur les dunes de sable. Il a eu peur qu’elles l’adoptent.

Il préfère la valise en cuir usé de 80 cm sur 80 cm et passer sous les radars, dans les scanners, risquer sa peau en soute, que d’être adopté par la grosse qui l’envisage piteusement comme un affamé de Somalie ou d’Erythrée.

Il préfère voyager clandestin que finir dans une banlieue du New-Hampshire ou de Malibu.

C’est fini l’époque de l’esclavagisme. Il s’appelle Abou, joueur de football en devenir et son père l'attend en Europe de l'autre côté de la mer.

Qui l’a mis au monde, qui l’a fourré dans cette valise?

Qui, au péril de sa vie, a voulu le sauver ?

Qui l’a abandonné, Moïse du 21e siècle dans les mains d’une passeuse post-adolescente complètement larguée ?

Qui l’a bouclé là-dedans, sans trou de respiration, sans vivres, parmi les vêtements épars, l’a laissé se faire embarquer par une main fragile, tremblante au moment de passer des portiques, portails, dispositifs de sécurité, casquettes des douaniers, détecteurs thermiques, caméras, chiens, scanners, détecteurs de métaux, de faux papiers, empreintes digitales, passeports biométriques ?

Qui l’a bourré là-dedans et pensé que c’était : LA MOINS MAUVAISE SOLUTION POSSIBLE ?

Il voulait juste une main ferme bien serrée pour l’aider à traverser la route et aller à l’école. Une main bien posée sur la sienne, ou sur sa tête pour la caresser, rien de plus.


Sylvain-1.jpgIl ne voulait pas la valise Abou. 

Il voulait l'école, le football, et écrire.



 

 


http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html


http://www.poesieromande.ch/wordpress/?page_id=311






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02/05/2015

Abstentionniste un jour, abstentionniste toujours?

Abstentionniste, le 10 mai on vote pour élire le conseil administratif de la Ville de Genève ainsi qu'à Carouge, Onex, Bernex, Chêne-Bourg, etc., Peut-être que tu ne le sais pas, peut-être que tu t’en fous, ou que tu y songes un peu quand même, mais de là à aller voter… au final, tu oublieras?

Tu penses voter… puis tu oublies. Parce que c’est compliqué, parce que tu ne sais pas comment faire, ou finalement: à quoi bon ? Tous pareils, tous pourris, on connaît la chanson. C'est vrai c'est beaucoup plus simple de tout foutre à la poubelle. Pour sûr ainsi ton quotidien ne changera pas.

Abstentionniste, tu me fais penser aux bougons qui disent : à quoi bon voyager tout est partout pareil ou : pourquoi aimer, la passion c'est le début d'une rupture; enfin à quoi bon vivre, puisque l'on va mourir, se lever le matin, il faudra se coucher le soir.


Vote et fais-le savoir

En Ville de Genève, un budget annuel de plus d’un milliard est en jeu. Il est à toi, il t’est offert, tu veux en faire quoi? Quel est ton choix, qui le portera ? Tu vas dire que tu n’as pas le temps d’aller le réclamer, que tu t’en fous. Et en laisser l’usage à d’autres... à n'importe qui, vraiment ? Tu t'abstiens de voter, mais pas de payer tes impôts. Faut vraiment être con. C’est vrai, on se passe très bien de toi. Tu peux continuer de subir les décisions que d’autres prennent pour toi. Les 35% de votants suffisent à légitimer la roue démocratique. Et toi, tu gicles.

Abstentionniste, tu as choisi ton camp: celui de l'évaporation. Dommage. Le pouvoir politique n'est pas si dur (à quoi bon voter, ils décident de toute façon pour nous) ou si mou (ils ne peuvent rien faire, le pouvoir c'est l'économique). Il est ductile (un vrai pouvoir d'action soumis à influences). Il est puissant et fragile à la fois, malléable. Bref: influençable. Mais pour agir sur lui, abstentionniste, il faut que tu l'ouvres et mettes la pression; par ta voix fasse sentir que tu es là, présent. Vote, fais-le savoir. Vote, rends-les redevables de ton acte. Tu verras le pouvoir que tu as. Et les choses changeront, mais il faut faire le suivi après vote aussi....


Sous le minimum démocratique vital

Avec 35% de votant le pouvoir politique est aujourd'hui offert au rabais, sous le minimum démocratique vital. En quoi ceux qui le reçoivent devraient-ils se sentir redevables de ce que leur donne un minorité alors que la grande majorité s'en fout, signe un chèque en blanc à l'aveugle.

Franchement, un pouvoir bradé laisse trop de marge de manoeuvre à ceux qui le ramassent par terre. Face à un peuple qui démissionne en masse : comment ne pas avoir des politicien.ne.s transparent.e.s?  

Abstentionniste, si tu t'en fous à ce point, ne t'étonne pas que l'on décide pour toi et en ton nom. Ta légitimité à gueuler s'effiloche du moment que tu ne te soucies plus de choisir, t'engager.

Tu prends 2 heures par jour pour le soin de ton corps et tes habits et pas 5 mn pour ta démocratie. Abstentionniste, le pouvoir est une relation, une tension, une dialectique. Si toi tu te disparais, c'est fini, il reste un pouvoir qui traîne par terre pour le premier venu ou le premier bonimenteur qui passe.  

Vie, amour, politique : même combat

Abstentionniste, prends mon coup de gueule pour un coup de foudre. La vie, l'amour, la politique: même combat. Ton oui est riche de pressions, de possibles, d’impulsions. Tu trouveras toujours les numéros de téléphone de tes élu.e.s dans l’annuaire. En votant, durant 5 ans tu pourras les secouer, les contredire, avoir un pouvoir sur leur pouvoir. Ce pouvoir est à toi, tu l'as, toute l'année, même quand tu le délègues... tant que tu n'y renonces pas. 

Abstentionniste un jour, Abstentionniste toujours?

Je ne crois pas.

Abstentionniste un soir, électeur un matin...

Si tu veux bien.

09:52 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève élections municipales, absention | |  Facebook |  Imprimer | | |