sylvain thévoz

31/05/2015

Journalisme de promotion, journalisme de dégradation

Le journaliste Thierry Mertenat adore le magistrat Guillaume Barazzone, le magistrat Guillaume Barazzone adore le journaliste Thierry Mertenat. Depuis de nombreux mois maintenant se succèdent les articles de promotion sur les actions du magistrat : sur les bananiers, sur les dix citronniers donnant des rêves de bar à Mojitos, sur les ouvertures de casernes, les aménagements des pieds d'arbre, la communication de vente de verdure en Ville, sur un festival de lumière, sur les bulbes plantés par le magistrat, des arbres plantés, taillés, décorés, déplacés, replantés, sur l'ouverture des marchés, sur des ruches dérobées, une sombre histoire de lauriers prétendument dangereux pour la population, etc., le journaliste, élogieux, suit à la trace les actions du magistrat, des plus anodines aux plus croquignolesques, ne manquant pas de doubler adéquatement son service de presse et d'adouber, sans fausse note, l'action du magistrat. 

C'est peut-être de bonne guerre me direz-vous. Tout magistrat qui maîtrise la communication gagne une partie de la population. Que certains journalistes servent les plats, se concentrent sur le fait de relayer les actions et paroles de magistrats sans critique, avec servilité, devrait prêter à rire, tant la manoeuvre est grosse, et au final décrédibilise la profession. Cela pose toutefois des questions sur la difficile position critique du journalisme et ce qu'il sert; sur la qualité de l'information et de la manière dont il la traite. Information ou promotion? Certains semblent avoir choisi leur camp.  

Là où cela devient encore plus problématique, c'est quand Monsieur Mertenat pousse plus loin son jeu et passe, dans son dernier article "les pompiers au garde-à-vous devant une faible représentation politique", d'un journalisme de promotion à un journalisme de dégradation. "Les collègues de M. Barazzone n’ont pas fait le déplacement; ceux de Pierre Maudet non plus. Pour eux, nulle obligation protocolaire.Les caves ouvertes, et sans cravates, passent avant cette formelle inspection quadriennale". Il y affirme que parce que les élu.e.s n'étaient pas à la fête de son magistrat favori, ils étaient forcément en train de picoler dans les caves. Pourtant: Marche pour le climat, Débat sur la situation des roms à Genève organisé par le maire de la Ville, Ville est à vous à la Jonction, La fête de l'espoir, Hommage à Grisélidis Réal au cimetière des rois, Fureur de lire, etc., etc., si Monsieur Mertenat avait pu être ailleurs que là où était son magistrat, il aurait pu constater que les élu.e.s, sur de nombreux sujets, en de nombreux lieux, étaient engagés, prenaient la parole et honoraient leur fonction.

Il est dommage de prétendre que tous devaient être à un endroit parce qu'un seul y était. Et que s'ils n'y sont pas, ils sont forcément en un seul lieu : dans les caves. Et il est attristant de voir un journaliste servir de rabatteur et produire des préjugés.    

Dans un univers politique où les élus se prennent parfois pour des rois soleils et supportent mal la contradiction, il est regrettable que des journalistes assument sans honte un rôle de courtisane-s. Arrivés là, il leur serait peut-être profitable de changer de profession. Les magistrats ont des conseillers personnels et des chargés de communication; leur rôle n'en serait alors que plus limpide et l'information de la presse écrite clarifiée. 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/pompiers-gardeavous-faible-representation-politique/story/19033302

14:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, information, compromission, dégradation, barazzone, mertenat | |  Facebook |  Imprimer | | |

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