sylvain thévoz

08/04/2015

Dis-moi comment tu nommes ta ville je te dirai qui tu es

La Ville de Lausanne a annoncé que la station de métro "Ouchy" sera rebaptisée "Ouchy-Olympique" afin de marquer le centième anniversaire de l'installation du Comité international olympique (CIO) à Lausanne. Cette décision a été validée par les autorités cantonales et communales. La nouvelle dénomination entrerait en vigueur lors du passage à l'horaire 2016 des transports publics. Bravo les vaudois !

Renommer c'est réinterpréter

Et à Genève? Les choses ne bougent pas, ou si peu. Certes, il est utile de garder une continuité dans l'appellation des lieux (pour les habitant.e.s, les services de secours, les touristes, les commerçants, etc.,) certes les réimpressions des plans, des papiers à lettre, des cartes de visites sont coûteuses, toutefois il serait intéressant de proposer une mise à jour des noms de rues de la ville de Genève afin que toutes les générations puissent s'y identifier. Qui sait : si les noms de la Ville nous ressemblaient un peu plus, peut-être l'identification à la ville serait-elle plus forte et celle-ci plus respectée ? Et si plutôt que d'envisager notre ville en regardant dans le rétroviseur on regardait plutôt vers son présent, ça irait aussi mieux.

Dépasser les archaïsmes

Aujourd'hui, c'est le Conseil d'Etat qui décide des appellation de rue. Ce dernier a une position frileuse et conservatrice. Au milieu des années 90, le conseil administratif de la ville de Genève a décidé, lui, pour des raisons de stabilité de ne plus modifier les noms de rues. Et si, 25 ans plus tard, on ouvrait à nouveau le dossier? 

Globalement, notre rapport aux noms, qu'ils soient de rue ou concernant les bâtiments, est un rapport marqué par le conservatisme, l'indifférence ou la neutralité. Parce qu'un grand nombre de ces noms ont pris la poussière et ne représentent plus grand chose et que nommer c'est choisir aussi, pourquoi  ne pas y repenser?  

Des noms comme  : Pictet de Bock, Goetz-Monnin, Hugo de Senger littéralement, ne nous parlent guère. Pire, on passe devant des noms peu fréquentables portant le poids d'une histoire patriarcale valorisant les faits de guerre et la grande "histoire" au détriment de personnes et de valeurs rejetées dans l'ombre. Ici est mis en valeur un bourreau (rue Tabazan) là un anthropologue (rue Emile Yung) ayant exhibé des "nègres" pour, dans le plus pur style racialiste de l'époque, prétendre en tirer des caractéristiques universelles. Plus loin, on remarque le buste d'un admirateur de Pétain loué pour son écriture. Les femmes sont les grandes absentes des rues. On valorise ainsi le sexisme ordinaire. Les femmes à la maison, les hommes à l'affiche.

Dis-moi comment tu nommes ta Ville, je te dirai qui tu es....


Le langage est une force

Une mise à jour est nécessaire. En effet, les noms de notre ville sont perclus d'officiers et de bourgeois du 19e siècle. Ce ne sont plus des exemples ni des références pour les générations actuelles. Du passé faisons table rase, oui, en effet, mais surtout: plutôt que des vieilles références, proposons-en des nouvelles, plus inspirantes et inclusives. 

Ce ne sont pas les idées qui manquent. Avec l'aide d'historiens et d'une commission composées de citoyen.ne.s, il serait possible de dépoussiérer Genève du passé de ces "grands hommes" qui, avec le recul, même s'ils marquent des étapes de notre histoire, sont désormais des boulets que nous devons tirer. Pourquoi ne pas s'alléger et ranger aux archives les vieux conseillers d'Etat et politiciens du 19e pour des personnalités plus inspirantes, énergisantes et contemporaines ? 

La proposition est peut-être iconoclaste, mais si Lausanne peut le faire, ancrant des noms de rues, de places reflétant un présent, pourquoi ne pas le réaliser aussi dans notre chère Ville?

Il faudra pour cela vaincre l'inertie de certains et la peur du changement des autres mais au final, l'image de notre ville et son dynamisme s'en trouveront revitalisé.

Dis-moi comment tu nommes ta Ville, je te dirai qui tu es

... et même peut-être ce que tu es appelé à devenir.


 

 

14:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rues, nom, nommer, langage | |  Facebook |  Imprimer | | |

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