sylvain thévoz

30/03/2015

Ayop : Victoire du droit et de la mobilisation.

Ayop ne sera pas expulsé par le Canton de Genève. Mis sous pression populaire, associative, et politique, Pierre Maudet a été contraint de reprendre le chemin du droit. Il faut se réjouir de cette victoire des droits humains sur une tentative d'abus d'autorité de la part du magistrat de police, mais faudra-t-il à chaque fois que les associations et toutes les sensibilités politiques de gauche se mobilisent pour faire appliquer un droit qu'un magistrat cherche à court-circuiter?   

Ceci n'est pas une demande de grâce

Exiger de ne pas renvoyer Ayop n'était pas une demande de grâce ni un appel à faveur mais au respect du droit. C'est aujourd'hui une victoire que Maudet revienne au droit, mais on reste inquiet sur le fait que sans une extraordinaire mobilisation et débauche d'énergie, il se serait tout simplement assis dessus.

Pour rappel, Ayop a dû s'opposer jeudi 26 mars à être embarqué manu militari dans un avion. S'il n'avait pas physiquement défendu ses droits, il serait aujourd'hui au large et plus personne ou presque n'en parlerait.

Maudet a cherché à éliminer un témoin gênant. Il doit nous expliquer aujourd'hui comment il pouvait jeudi déporter un être humain et affirmer aujourd'hui avoir "décidé de surseoir à la décision de renvoi, sur la base des éléments du dossier, notamment de sa situation médicale et de son évolution durant le week-end".

Diable, on joue la vie des gens aux dés dans cette république ou quoi?

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile par le Canton. L'incendie des Tattes et la tentative de se débarrasser du témoin Ayop est inquiétante. Il serait faux d'écrire que Monsieur Maudet a écouté la mobilisation des organisations citoyennes. Il est plus juste d'affirmer qu'il a cédé devant elles quand la mobilisation politique, citoyenne, associative est devenue si forte qu'il était trop coûteux pour lui de s'acharner.

Mais pour un Ayop sauvé du renvoi par les cheveux, combien de migrant.e.s dégagés avec des dossiers mal ficelés et le tampon aléatoire de Monsieur Maudet? 


Maudet et l'abus de droit 

Comme le rappelle la Ligue suisse des droits de l'homme dans un communiqué de presse :

Le Canton ne devait pas jeudi exécuter le renvoi car le dossier médical d'Ayop n'avait pas été transmis, en violation avec l'exigence fixée par l'ODM (office fédéral des migrations) à la suite du décès d'un jeune nigérian sur le tarmac de l'aéroport de Kloten.

Le Canton ne devait pas exécuter le renvoi car Ayop s'était constitué partie civile dans le cadre de l'incendie des Tattes; le virer était un déni de droit.

Le Canton ne pouvait se défausser de sa responsabilité en renvoyant Ayop. Il doit réparer le dommage subi par les victimes de l'incendie des Tattes.

Le Canton doit garantir a tout justiciable un droit à un procès équitable, à ce que sa cause soit entendue et traitée équitablement; et garantir le droit à la santé. Ayop a subi des atteintes à son intégrité physique pour sauver sa vie lors de l’incendie. Les séquelles, notamment à la tête, empêchaient tout renvoi, surtout dans les conditions d'un vol spécial.

Tous ces éléments étaient dans les mains de Monsieur Maudet jeudi 26 mars déjà lorsqu'il a essayé de fourrer de force Ayop dans un avion. Rien de nouveau depuis ne s'est ajouté au dossier, si ce n'est une extraordinaire mobilisation associative, citoyenne et politique. Sans celle-ci, Pierre Maudet aurait abusé du droit.


La mobilisation va se poursuivre

Bravo aux associations d'avoir rassemblé largement, à tous ceux et toutes celles qui ont lutté pour ramener Maudet à la raison. C'est une victoire de la mobilisation de celles et ceux qui mettent l'humain et le respect du droit avant la lâcheté et la soumission administrative. C'est donc une petite mais très forte et importante victoire d'étape pour le droit et la République.

Maintenant, de nombreuses questions se posent sur la manière dont Messieurs Maudet et Poggia s'occupent de l'asile, de la police et des renvois. Ce qui s'est passé autour d'Ayop nous invite toutes et tous à redoubler notre engagement et notre attention pour dénoncer les abus de droit du Canton et les dérives autoritaires que s'autorisent des magistrats.      

 

 

Sources:

http://www.lsdh.net (communiqué de presse Ligue suisse des droits de l'Homme)

http://www.stopexclusion.ch




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29/03/2015

Maudet sacrifiera-t-il Ayop pour montrer sa force ?

Le sort d'Ayop semble désormais suspendu à la décision de Pierre Maudet qui a convoqué une conférence de presse pour le lundi 30 mars matin mais semble de plus en plus isolé. Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers lui ont fait savoir leur opposition au renvoi d'Ayop et ont demandé que le Conseil d'Etat se réunisse pour en discuter. De nombreux PDC et même PLR font part de leur incompréhension face à l'entêtement de Maudet qui semble pourtant vouloir aller au bout de son abus d'autorité face à un jeune orphelin de 19 ans, grièvement blessé à la tête, témoin dans une procédure judiciaire dans le cadre de l'incendie des Tattes. 

Une intense mobilisation citoyenne et politique

Depuis l'annonce du renvoi forcé, les manifestations et mobilisations se multiplient. Depuis jeudi, pas une journée sans actions. De nombreux contacts ont été pris à tous les niveaux politiques: municipaux, cantonaux, fédéraux. La Ville de Genève s'est positionnée, les associations oeuvrant dans le champ de l'asile se sont clairement exprimées. Pourtant Maudet, isolé, maintient contre toute raison à ce jour sa position : il faut expulser l'orphelin, se débarrasser du témoin. 

Pourquoi expulser à tout prix l'orphelin ?

Pourquoi expulser à tout prix l'orphelin Ayop ? Dans un billet précédant (http://commecacestdit.blog.tdg.ch), j'exprimais le fait que l'Etat voulait se débarrasser d'un témoin gênant. Je crois maintenant qu'il faut y ajouter l'orgueil politique de Monsieur Maudet qui ne veut pas donner l'impression qu'il reviendrait sur une décision. Mais quel est la valeur d'un homme politique qui se prétend infaillible et s'affirme autiste face aux nombreuses sollicitations qui lui sont adressées?  

On n'expulse pas un blessé

Comme on ne tire pas sur une ambulance, on n'expulse pas un blessé. Monsieur Maudet, militaire de carrière, devrait le savoir. Ayop est atteint dans sa santé physique et psychique. Les médecins reconnaissent qu’il souffre de troubles psychologiques liés à l’incendie des Tattes, à sa chute qui l'a blessé à la tête. Il suit un traitement pour éviter que sa santé se détériore. Et pour l'instant, ce traitement a été stoppé. Ce jeune homme de 19 ans, Genève s'apprête à le dégager au loin pour le faire disparaître. C'est une honte pour notre canton! 

Maudet se cache derrière la Confédération

Maudet se cache derrière la Confédération et laisse entendre qu'il n'a pas le choix d'expulser. C'est faux ! Ce sont les cantons qui décident qui ils font embarquer dans les avions. Il n’y a pas d’ordre nominatif de la Confédération d’expulser telle ou telle personne. Ce sont les cantons qui décident qui et quand ils expulsent. La Confédération, elle veut que les avions affrétés pour les renvois soient pleins, ceci pour des raisons économiques. Des vols spéciaux peuvent coûter jusqu'à 80'000.- et plus. Combien Monsieur Maudet est-il prêt à payer pour montrer qu'il est un homme intraitable?  

Le Canton a plein pouvoir pour surseoir

Si Ayop figure sur la liste des expulsables Dublin établie par la Confédération, cette liste est récapitulative.  Il ne s'agit pas d’un ordre fédéral d'expulsion. Les cantons sont seuls responsables des expulsions. Si Maudet choisissait de ne rien faire, il ne se passerait tout simplement... rien! Il n’y a pas de pénalité pour un canton qui, pour un motif humanitaire ou médical ne renvoie pas un requérant Dublin. Le requérant non expulsé reste inscrit dans le quota cantonal auquel il est déjà affecté et ne constitue pas une unité de plus ou une unité supplémentaire au quota. Vous pensez aux chiffres? Ce qui est coûteux, c'est d'expulser Ayop, pas de le garder. Monsieur Maudet a des portes de sorties. Mais à ce jour il a choisit de s'enfermer par peur de perdre la face. 

Action citoyenne: lundi 30 mars à 9h pierre de Plainpalais 

Monsieur Maudet a fait de cette affaire une affaire personnelle. Il n'ose pas revenir sur sa décision d'expulsion de peur de perdre la face. Personne pourtant n'a le droit d'abuser de son autorité pour endommager la vie d'un être humain au nom de son statut politique. En tous les cas, aucun citoyen d'une démocratie ne doit laisser un homme abusant de son pouvoir en persécuter un autre. 

Ce lundi matin 30 mars à 9h un rassemblement est prévu à la pierre de Plainpalais pour marquer notre refus face à cet abus d'autorité.

Si malgré la pression politique et celle de la rue, Monsieur Maudet maintient à tout prix l'expulsion d'Ayop, orphelin tchadien de 19 ans, n'ayant commis aucun crime si ce n'est de venir en Suisse y demander l'asile, y être victime d'un incendie, y être grièvement blessé à la tête, détenu contre sa volonté dans la prison de la Favra, nous devrons prendre note que Monsieur Maudet s'est placé éthiquement et moralement en position de hors-la-loi. Choisissant de sacrifier Ayop pour montrer sa force, il aura trahi son serment de servir Genève, une Genève de tradition humaniste, refuge pour les persécuté.e.s depuis la Réforme.   

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28/03/2015

Le Conseil d'Etat cherche à liquider un témoin

Tout serait propre en ordre et bien gardé et dans le meilleur des mondes. Monsieur Maudet a fait voter sa nouvelle loi sur la police, nos politiciens se gargarisent de la tradition humaniste de Genève pendant que tout citoyen de notre ville en est fier.


Expulsez ce témoin que l'on se saurait entendre

Mais derrière cette carte postale d'Epinal d'une Genève humaniste, un jeune homme de 19 ans victime de l'incendie des Tattes, témoin dans cette affaire, se trouve être arrêté jeudi 26 mars sur le chemin de son audience et conduit illico presto à l'aéroport pour y être expulsé.

Ce jeune homme s'appelle Ayop, il est tombé du 3e étage du foyer des Tattes pour échapper à la fumée et a été grièvement blessé à la tête. Il suit des traitements, désormais brutalement interrompus. Si des prévenus sont arrêtés à l'étranger, parfois incarcérés à peine la frontière franchie, ici, en revanche un plaignant est arrêté pour être expulsé alors qu'il se rend au tribunal! Incompréhensible? Pas si l'on prend en compte la raison d'Etat. Ayop est devenu le témoin gênant de son dysfonctionnement et Monsieur Maudet veut faire disparaître les témoins. Le Conseil d'Etat se tait. Anne, Antonio, vous en dites quoi. Vous êtes toujours là ?


Maudet, salaud Sartrien 

Cette volonté de renvoyer Ayop empêcherait de fait la victime de faire valoir ses droits dans une procédure contre l'Etat. Le rapport des pompiers dit clairement qu'aux Tattes :"des problèmes techniques ont été constatés", que les "fenêtres avaient été condamnés par des vis" et "les exutoires de fumées sous-dimensionnés".

Ayop, ce jeudi, a résisté courageusement à son expulsion en refusant de monter dans l'avion. Il est désormais détenu et en attente d'expulsion par vol spécial sous 72h. Le Conseil d'Etat macère toujours dans son silence et se cache derrière le tacite et laconique "la procédure suit son cours". Il joue la montre. Mais dans les faits, le CE accepte de liquider un témoin. La Ville de Genève, elle, a courageusement pris position pour demander au Conseil d'Etat de surseoir à cette expulsion. Mais du CE toujours pas de réponses. On a connu Messieurs Longchamp et Maudet beaucoup plus communicants (sur le footing, le plantage d'arbres, la célébration des centenaires, etc). On les imagine sans peine, planqués tranquilles, personne ne voulant y aller, ni François, ni Pierre, ni Mauro, non, chacun disant à l'autre : à toi, non, à toi, vas-y... Ils regardent au plafond, la machine administrative suit son cours, faisant d'eux rien de moins que des salauds au sens Sartrien du terme. Cette façon de faire rappelle l'affaire Adeline. Toujours fait péter les fusibles, les petits, et s'assurer que l'on est responsable de rien. "Assume ce qui ne t'engage à rien, et si tu dois être tenu pour responsable de quelque chose de plus grand, arrange-toi pour trouver un lampiste". Devise du Conseil d'Etat?

Une baffe pour l'Etat de droit

Comment le Conseil d'Etat a-t-il examiné les conditions concrète de vie pour Ayop en Espagne, ses possibilités d'assister en tant que partie plaignante à la procédure pénale le concernant? Les dernières lois adoptées par les autorités espagnoles sur la migration et toutes les restrictions qu'elles apportent aux libertés fondamentales montrent qu'Ayop ne pourra pas défendre ses droits dans l'affaire qui l'occupe à Genève s'il y est effectivement expulsé. La Genève humaniste, de la Croix Rouge et du blabla qui fait plaisir au moment des apéritif mais pour laquelle on ne lève pas le petit doigt, est ridiculisée.

 

Une pétition disparaît

Pour ajouter au déshonneur du Conseil d'Etat, une pétition munie de 2200 signatures demandant de surseoir à l'expulsion d'Ayop est restée coincée "quelque part" dans les tuyaux de l'Etat". Monsieur Maudet, par l'expulsion précipitée d'un témoin gênant empêche de fait l'audition des pétitionnaires et que le Grand Conseil soit saisie de cette affaire. Le Conseil d'Etat ne peut faire comme si cette pétition n'existait pas et nier les droits politiques de 2200 habitant.e.s. Au déni de justice pour Ayop s'ajoute le déni de démocratie pour les pétitionnaires.

Court-circuitage démocratique

La précipitation louche de Monsieur Maudet ne permet pas un traitement serein d'une affaire pénale. Elle éteint la lumière sur une affaire dans laquelle l'Etat est impliqué. Il ne s'agit pas ici d'un affrontement entre le respect du droit d'un côté et une bande de gauchistes humanistes de l'autre. Il s'agit du Droit même qui est attaqué par une raison d'Etat qui ne veut pas que les cendres de l'incendie des Tattes lui retombe dessus. C'est Ayop, 19 ans, qui en fait les frais. 

Ni demande de grâce ni traitement de faveur


Il ne s'agit pas ici de déposer une demande de grâce ou d'un traitement de faveur, mais du respect du droit et de la responsabilité de l'Etat.

Le Conseil d'Etat doit désormais, comme le demande le collectif opposé à l'expulsion d'Ayop

Renoncer à la détention administrative de cette victime, et qu'elle soit relâchée immédiatement.

Que toutes les expulsions des sinistrés de l'incendie du foyer des Tattes soient suspendues jusqu'à la fin du procès afin d'en garantir le bon déroulement.

Sans réponse claires et une prise de position de la part du Conseil d'Etat qui le sorte de sa posture de salaud sartrien, il faudra prendre acte que le Conseil d'Etat est devenu et assume d'être un liquidateur de témoins.  

Il faudra aussi prendre en compte que Maudet, Longchamp, Poggia &cie qui font le dos rond et se terrent dans le silence ont les mains sales.

 

Sources:

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/03/27/ayop-se-leve-tot-heureusement/

http://www.ville-geneve.ch/espace-presse/communiques-presse/detail-communiques-presse/article/1427450380-conseil-administratif-demande-conseil-etat-suspendre-execution-renvoi-monsieur-ayop-aziz/


Rencontre :

Aux Tattes. Dimanche 29 mars de 12h à 16h. Dans la cour centrale du foyer des Tattes ( 1 chemin de Poussy, Vernier)

 


09:38 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ayop, tattes, maudet | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/03/2015

Sports : poursuivons l'effort !

hommage-champions-sport-ville-geneve.jpgLe sport en  Ville de Genève va bon train. Il a un large soutien. Les rénovations des terrains se sont accélérées ces dernières années, et de nouvelles installations de proximité ont vu le jour (les proxisports, installés dans de nombreux parcs, permettent de pratiquer du sport gratuitement et en plein air).

La Ville de Genève a le leadership en terme de sport. Le sport en Ville de Genève, c'est un budget de 43 millions (10 fois plus que celui du Canton), c'est 44% du budget de toutes les communes réunies. C'est près de 133'000 personnes membres d'associations ou de clubs qui fonctionnent grâce à l'apport indispensable du bénévolat. De 2011 à 2015, ce sont 22'000 inscrits aux cours du service des sports et près de 8 millions d'entrées comptabilisées dans les infrastructures sportives, dont 2,9 millions concernent les piscines des Vernets et de Varembé! On peut comprendre que ces piscines commencent à saturer. La demande est imposante. La Ville va ouvrir une nouvelle piscine à Chandieu, rénove le petit bassin des Pâquis, mais il faudra à terme construire une nouvelle piscine olympique.

Soutenir les bénévoles

Le magistrat de la culture et du Sport, Sami Kanaan a récemment organisé un forum sur le bénévolat, conscient des efforts importants que réalisent les passionnés de sport, mais aussi des limites imposées aujourd'hui par la vie professionnelle au bénévolat. Si le bénévolat touchant à des événements ponctuels ou spectaculaires se porte bien (il n'y a pas eu de difficulté pour recruter lors des matchs de coupe Davis à Genève, mais lorsque Federer n'est pas là, la mobilisation est beaucoup plus compliquée). Le bénévolat ponctuel marche bien. Le bénévolat à l'année s'essouffle, que ce soit dans les comités, ou au bord des terrains. Les difficultés ont augmenté (administrative, relationnelles parfois, voire conflictuelle). Dans une société qui semble à cran, le sport est un rempart important contre les pétages de plomb. Comment prendre soin de ses agents, et que faire alors pour améliorer leur situation? Lancer un véritable plan d'action pour le bénévolat, c'est le signal très fort qu'à donné le magistrat Sami Kanaan. Bravo. 

Lutte contre l'homophobie et promotion du sport au féminin

Si la promotion du sport va bon train, il faut relever la belle initiative de la Ville de Genève de mener la campagne de lutte contre l'homophobie avec l'association suisse des services de sport. Le racisme n'a pas sa place dans le sport, ni la violence. Et il reste tellement à réaliser dans le cadre de l'égalité femme-homme. Récemment j'ai été interpellé comme membre de la commission sports du conseil municipal par une habitante témoignant avoir été dégoûtée en voyant un femme s'essayant au proxisport se faire reluquer par des mecs sur un de ces engins. Trop souvent encore, le sport dans l'espace public est pensé au masculin. Basketball / football et puis quoi, c'est tout ? Il nous faut réfléchir à donner de la place à des sports mixtes et à l'identité moins genrée. Et puis, les temps de partage des terrains doivent être mieux répartis, et l'accès à toutes renforcée, en soutenant l'accès au genre le moins représenté sur les lieux d'exercice. Trop souvent les femmes passent après le gars. Il est injustifiable que l'espace public, sportif entre autre, soit encore si difficilement accessible aux femmes, et qu'elles y ramassent discriminations et moqueries. ll  est intolérable qu'une femme se pose la question de savoir si 19h n'est pas une heure trop tardive pour aller faire un footing dans un parc, comme j'ai pu l'entendre parfois.   Nous avons 20 ans de retard sur certains pays en la matière. L'effort sur les mentalités et le partage de l'espace public doit être poursuivi.

Le sport c'est bon, soutenons-le!

Le vieux débat sport professionnel versus sport amateur a trop longtemps été utilisé à gauche pour se désintéresser du sport tout court. Aujourd'hui, de nombreux professionnels gagnent à peine leur vie en pratiquant leur passion, et de trop nombreux bénévoles s'y épuisent. La Ville doit poursuivre son effort, et l'accroître encore, afin de mieux soutenir les clubs qui sont des modèles pour les jeunes, mieux encadrer les gamins, offrir des installations de qualité et multiplier les aménagements d'espaces urbains pour favoriser les sports de proximité (fitness, sports de glisse, de rampe, pistes cyclables).

A l'ère du tout numérique et du règne des écrans, le sport est un facteur essentiel qui ramène au corps, au rapport à l'autre, et à l'environnement. C'est un élément d'éducation au vivre ensemble et de découverte de soi. 

Sports : unissons nos efforts pour poursuivre l'effort, Genève s'en portera mieux.


Sources:

http://www.ville-geneve.ch/fileadmin/public/Departement_3/Rapports/rapport-activite-departement-culture-sport-2011-2015.pdf

http://www.assa-asss.ch/cms/index.php?option=com_content&view=article&id=109:campagne-contre-l-homophobie-dans-le-sport&catid=26&Itemid=249&lang=fr


 

 

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25/03/2015

Le MCG veut la peau de l'aigle Sherkan

gshc_0.pngPendant que le MCG se montre les plumes à Onex avec son pestilentiel slogan "zéro frontalier", il y a un animal qui a lui tout seul illustre bien le ridicule de la position du MCG, c'est l'aigle Sherkan.


Car la coqueluche des genevois, la fierté du Genève Servette Hockey Club, est un vrai, un bon frontalier. Le fauconnier qui s'en occupe s’appelle Jacques-Olivier Travers, il est né en France en 1972. Fauconnier depuis 25 ans, il a créé en 1997, le parc des Aigles du Léman, sur la commune de Sciez en France voisine. Il s’occupe de Sherkan pour le club depuis le début. Diable, que vont désormais penser tous les politiciens du MCG qui adorent se faire prendre en photo à la patinoire et ne manquent pas de souligner combien le club leur tient à coeur alors que le symbole, l'emblème du club est un frontalier, qu'ils veulent à tout prix éradiquer de la vie genevoise  ? 

Sherkan :ambassadeur de Genève

Sherkan a très souvent été présent lors des évènements de la Ville ou du Canton de Genève. On a pu vérifier sa popularité lors de la Coupe Spengler à Davos où près de 900 personnes par jour venaient se faire photographier en sa compagnie. Jolie carte de visite pour Genève! On attend désormais avec impatience la motion ou l'interpellation du groupe MCG au grand conseil ou au conseil municipal demandant de virer l'aigle Sherkan pour engager un local ! Que l'on aille au bout du scénario tragi-comique du MCG. Qui sait, peut-être proposeront-ils la tortue Janus à deux têtes du musée d'histoire naturelle ou une bique du bois de la Bâtie de le remplacer pour chauffer la patinoire. Il n'y a pas à dire, il y aura vraiment du spectacle alors et nos joueurs se sentiront pousser des ailes... 

Sherkan: frontalier étranger !

Sherkan, le frontalier du Léman est né en 1999 au Canada. C'est donc un frontalier et un étranger...  et comme son espérance de vie est de l’ordre de 45-50 ans, il est là pour durer. Le MCG va en avoir des ulcères d'estomac. Un frontalier plane sur la ville! Et pire encore, un autre pygargue des Aigles du Léman est préparé pour remplacer Sherkan au cas où. Son nom : Kéops (pas vraiment un nom bien de chez nous, ça). Il est âgé de 6 ans... et voilà, encore un frontalier pour en remplacer un autre. Il y a du copinage là-dessous pensent les empaillés du MCG en se grattant le caillou.   

Sherkan : traître à la République ! 
Les MCG commence à flairer le bon coup. Vont-ils boycotter la patinoire? Y coller des autocollants zéro frontalier, menacer de tirer à vue sur tout volatile non estampillé swissmade et résidant à Genève qui déplierait ses ailes dans la patinoire? Pire, le MCG réalise qu'en 11 ans Sherkan a manqué deux matchs, une fois parce qu’il était reçu au palais de l’Elysée, et une fois parce qu’il participait à un spectacle d'importance, en France toujours. Diable, deux fois Sherkan a trahi son club au profit de l'hexagone, s'acoquinant même avec le palais de l'Elysée. C'est plus que trop, et suffisant pour virer l'indélicat rapace, traître à la République! Le MCG, par souci de cohérence, demande la peau de l'aigle Sherkan.

Leçon de l'aigle pour les empaillés

Pour conclure, excusez-moi d'avoir cherché à traiter avec un peu d'humour un sujet qui n'en recèle pourtant aucun, celui de la xénophobie et de la posture politique du MCG qui met en danger ce qui fait la force et la fierté de Genève: sa diversité, sa capacité à intégrer et valoriser les compétences de chacun.e, de soutenir la citoyenneté plutôt que le racisme. 

Pour ma part, que l'aigle Sherkan soit un frontalier, son fauconnier, l'infirmier, la juriste, l'enseignante, la boulangère, le chauffeur des TPG etc., des frontaliers aussi n'est pas un critère central. Je préfère me soucier des conditions salariales, du logement, et de la mobilité, facteurs autrement plus nécessaires pour tous les travailleurs et toutes les travailleuses que l'origine de leur lieu de résidence, la couleur de leurs peaux ou de leurs plumes.  

Que la fiente de l'aigle Sherkan retombe sur la tête de ceux qui veulent en connaître la couleur et l'origine ! En la reniflant bien ils verront que le travail est du travail et que la merde est de la merde, peut importe de quel côté de la frontière elle provient, et qu'elle tombe toujours du haut vers le bas.

 
 
 

Sources: 

http://www.gshc.ch/fr/Club/Sherkan.html (Genève Servette)

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/etude-professeur-flueckiger-frontaliers-prend-mcg-contrepied/story/15846981 (Frontaliers)

https://www.youtube.com/watch?v=AbcyeRJUruU (Oiseaux de passage)

http://www.synonymo.fr/synonyme/fiente (Fiente)

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13/03/2015

Ueli Maurer et son petit chocolat chaud

 

C’est un grand jardin et dans ce grand jardin il y a des orangers et des oliviers. Le jardin descend en pente douce jusqu’à la source, de couleur verte émeraude et charbon sur ses bords. Les chevriers y amènent leurs chèvres noires, leurs sabots glissent sur la pierre et les clochettes dorées comme des soleils tintent au milieu du thym joyeusement piétiné.

 

Les bêtes s’ébrouent, bondissent, s’affrontent parfois cornes contre cornes. Le ciel est invariablement bleu et le vent atone. Non, du vent, il n’y en a pas, jamais. Des enfants jouent là, ils font des bulles de savon noir et frottent des cailloux les uns contre les autres pour produire de petites étincelles orangées. Ils prennent un peu de paille la ramassent dans leur paume et l’enflamment. Parfois ils ramassent des cailloux et les lancent.

 

Ils rient en se soufflant de la fumée les uns sur les autres, tournent autour du petit feu. Les femmes lavent leur linge juste à côté. Elles sont courbées, frottent sur la pierre des draps, des nappes, des pantalons de couleur très grands. Elles chantent parfois, une chanson du village que tu ne comprends pas.

 

Elles chantent encore plus fort parfois, et leurs mouvements se font plus lents, leurs mains se crispent sur les anses des bidons, bleus pour le savon noir, blancs pour le linge sale et des paniers d’osier pour la linge propre. Un âne harnaché à une charrette de bois attend, patient. Et dans le ciel : formes grises qui passent en bourdonnant.    

 

Les hommes se réunissent dans la salle du village. Ils fument doucement, se prennent l'avant bras lorsqu'ils rient. Une radio est allumée à longueur de journée. Elle diffuse, dans une langue que tu ne comprends pas, les nouvelles quotidiennes, parfois de la musique aussi. Les yeux des hommes s’embrument très vite, comme quand vient la pluie, ou quand les jeeps apparaissent sur la colline. Ils prétextent alors une poussière dans les yeux et détournent la tête, ou alors ils serrent les poings, forts.

 

Certains, parmi ceux qui ont des visages durs comme des pierres manient les armes. Ils ont tranché la gorge de mouton et savent comment faire jouer des mouvements de culasse. Ils peuvent aussi soudain se mettre à pleurer, là, pour une chanson pour un poème ou pour un conte ancien, presque anodin, racontant comment les figues sont apparues sur cette terre :  graines tombées des cheveux d’une femme qui se lavait à la source avec le lait des chèvres. En s’endormant, elle avait laissé glisser sa tête proche du terrier d’une bête dont les habitants préfèrent ne jamais le nom. La bête dont les habitants préfèrent ne jamais dire le nom a donné les figues aux habitant-e-s du village et le blé, les olives.


Les figues sont belles, elles sont grasses et très lourdes. Les femmes quand elles les mangent regardent les hommes d’une autre manière, et se penchent en avant. Les hommes aussi regardent alors les femmes d’une autre façon. Ils fument doucement et leurs pieds font au sol des cercles, comme des animaux qui grattent le sol, des chiens sauvages quand ils tournent sur eux-mêmes, balayant le sol de leur queue.  

 

Les enfants ont dessiné à la craie des arbres sur la pierre, des oiseaux, en rose en blanc et rouge pastel. Une vieille affiche pour du bouillon Knorr énonce   « once upon a time » :  il était une fois, dans le village, mettant en image une grande bassine en cuivre, une vieille dame toute blanche dont la soupe est comme une histoire que l’on se raconte et que chacun voudrait partager.

Alice au pays des merveilles a visité ce paysage, et  Bambi, et Lady Gaga ? Non. Jamais. Depuis longtemps: plus rien. Il y a des braises qui brasillent sous la casserole. Toujours un cône de terre cuite sous lequel mijote un agneau, un pain chaud et large sur la plaque de fonte brûlante. En hiver, le pain brûle les doigts et les lèvres, embaume les maisons basses. Il est bon alors de le tremper chaud dans l'huile d'olive. En été, pareil : même pain, même chaleur, une pâte de pois chiche qui colle un peu au palais, de la menthe fraîche.   

 

Un tout petit peu plus loin, il y a les barbelés un tout petit peu plus loin encore les tracteurs cassés, et encore un tout petit peu plus loin des hommes casqués. Un tout petit peu plus loin encore un chef de chantier et des plans déposés sur la table. Un tout petit peu plus loin des trax américains qui comme des béliers vont taper les oliviers et briser-fendre-casser les troncs.

Et si une femme se met devant, ils lui roulent dessus pour l'écraser (Rachel Corrie). Et si une femme essaie de les arrêter : ils la tuent. Un tout petit peu plus loin il y a des grands pans de parois de béton que des grues jaunes comme des citrons soulèvent dans le ciel et déposent au milieu des champs dans un nuage de poussière. Un tout petit peu plus loin, il y a la tour centrale à côté du puits condamné et des caméras dessus, un tout petit peu plus loin encore une autre tour, d’autre caméras dessus, et encore une tour, et encore des caméras, et encore une tour, et etc…. là où il y avait avant des oliviers.

 

On entend  du village les morceaux de béton que des hommes habillés de vert soudent et clac fer tendu qui les ceint et clac ces hommes fixent les morceaux de béton entre eux, et clac ils serrent et clac serrent, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de lumière qui puisse passer, non rien. Jusqu’à ce que fer et béton soient collés comme les lèvres des vieux lorsqu'ils ont expiré, ou lorsque des enfants, dans les manifestations, se prennent une balle dans le front clac clac clac.  

 

Depuis le village on entend ce bruit des morceaux de béton que l’on encastre. Certains enfants croient que la terre tremble ils commencent à pleurer. Mais c'est leur cœur qui tape plus fort, c’est leur cœur qui tape plus fort…. et leurs mains qui se serrent, tu vois.


Et plus loin il y a ceux qui ne se salissent pas les mains, et plus loin il y a ceux qui vendent les bulldozers blindés, et plus loin ceux qui achètent des armes, et plus loin encore ceux qui viennent ici en vacances juste de l'autre côté du mur, pour aller se bronzer, et plus loin encore il y a Ueli Maurer, que la honte soit sur nous et sur notre pays qui abrite les conventions de Genève, qui boit un chocolat chaud loin des barbelé des murs et des gamins avec le coeur qui bat à rompre. Il dit : 400 millions pour vos drones efficaces, je suis prêt à payer, comme cela la Suisse sera bien gardée, bien protégée et nos civils correctement surveillés.   

 

Il boit son chocolat chaud, il saigne un petit peu du nez. 



http://www.rts.ch/emissions/temps-present/5722547-bientot-un-tueur-dans-le-ciel-suisse.html

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09/03/2015

Attention aux paradis perdus

product_9782070144433_195x320.jpgPas le temps de lire Balzac, ou Zola? ou plutôt: envie de trouver une inspiration pour y retourner? Le dernier livre de Fabrice Humbert, Eden utopie, esquisse la fresque de deux familles au 20e siècle en France. Roman? Auto-fiction? un peu des deux. Humbert raconte sa famille et celle de ses cousins éloignés, effectue un clin d'oeil aux Rougon-Macquart de Zola. Si, dans les livres du 19e les classes sociales ne se mélangeaient pas et les fronts sociaux étaient bien dessinés, dans Eden Utopie, au 20e, les Meslé et les Courcelles, sujets de l'histoire, se mêlent et connaissent des fortunes diverses.


Tu respecteras ton père et ta mère

Les grands parents ont connu deux guerres mondiales, la pauvreté. A la sortie de la seconde, un grand père, pasteur résistant dans les Cévennes, fonde "la fraternité", espace communautaire jaillissant d'un milieu protestant, austère et travailleur, arrimant l'utopie d'une vie collective et engagée dans le réel. Les aînés sont des fondateurs, les enfants seront des frondeurs, portant en eux à la fois l'utopie des années 68, ses désillusions, l'héritage héroïque d'une éthique de vie protestante, et l'amertume d'un paradis perdu, oscillant entre rêve et réalité, assumant la charge ou la tare de l'héroïsme des aînés avec la volonté de vivre une vie à hauteur d'utopie... rien de moins. La révolution ou la mort! Mais le réel n'est pas aussi simple... il arrive que l'on survive à ses désirs de mort, et alors... 


Portraits de famille

Humbert ne délivre pas de secret de famille, ni ne révèle de grand tabou, non. Il rencontre les acteurs de ces années françaises, les écoute, nous les présente, nous replonge dans cette France d'après-guerre, les trente glorieuses, puis les années 70 puis 80, celle des Belmondo, Brigitte Bardot, Jospin puis Eddy Barclay, où l'on voit émerger la bouille chevelue et talentueuse d'un Dominique Strauss Kahn, passer Jospin dans la communauté protestante, etc., Cette tournée des grands ducs fascine parce qu'elle met en tension la dimension intime et politique, sociale comme quotidienne de l'existence.

La grande histoire se mêle à la petite. On pense aux vies minuscules de Michon, en plus people et glamour, mêlant le papier-glacé des magazines aux tracts politiques d'Action Directe. On se repasse le film de Wadimoff: Opération libertad quand on lit les foirages des apprentis-révolutionnaires, et au final on a le sentiment de contempler une photo de famille, la sienne, la nôtre: portrait de famille étendu à grande échelle où même Oussama Ben Laden fait une apparition en jet-setteur à Saint-Tropez... cela, c'était bien avant les années 2000. 


De fil en aiguille: surveille tes fréquentations

La roue tourne comme dit le diction. Ses dents crénelées ne laissent personne indemne. Le beau-père connait l'ascension sociale, le tout Paris déboule à la maison. Le petit Fabrice assiste aux soirées cossues, ministérielles, fruit de l'ascension sociale. Pendant ce temps, sur l'autre aile de la famille, ça tangue. Les enfants lancés dans la lutte révolutionnaire, de fil en aiguille et de fréquentations en mauvais plans, tombent pour l'une en prison, l'autre en galère de petits boulots en plans miteux; concours de circonstance ou héritage inconscient. Et au final, la route criminelle des militant-e-s d'Action Directe les clouent dans leur quête utopique.


Histoires individuelles - histoires collectives

La grande force de Humbert est de ne pas juger, mais de chercher à comprendre, par la famille, dans la famille, de l'intérieur encore, ce qui est le produit d'un milieu, le reflet de la société et ce qui entremêle les deux. On frôle la notion de destin. Il s'attarde sur ses proches, -de la bonne ou de la moins bonne famille qui peut dire-, qui tous cherchent à sortir de leur milieu, de leur classe, du cocon, à ne pas faire comme leurs parents, ni à imiter les grand-parents; de changer ses habitudes et atavismes, tout en les reproduisant, malgré eux.


Existences héroïques - existences romanesques

Les héritages sautent une génération, reviennent comme des boomerangs dans la tronche des aînés. La vie n'est pas un jeu, même vécue échevelée dans les années 70. Il semble que tout doive se payer un jour, et si certains pensent un temps pouvoir atteindre l'Eden, leur paradis perdu, cette utopie se fracasse sur le réel. Et pourtant la vie continue... Le temps est le véritable héros de ce livre et les familiers deviennent au fil des pages des héros romanesques, tragiques, tristes, et beaux que le temps façonne ou condamne.    


Toute écriture est réécriture

Humbert parvient finalement à faire grincer les gonds de son propre protestantisme et de son milieu. Lui, l'enfant qui s'enfermait dans les livres pour se protéger, passe à l'acte par l'écriture, et ouvre une brèche dans son histoire en la reprenant. Et si la libération venait du langage? Et si le véritable paradis résidait dans la capacité à dire et raconter? Il trouve la bonne distance avec sa famille, ses récits tronqués et ses incompréhensions; avec l'histoire sociale qui l'a produit, mêlant des destins et des fils qui se nouent, improbables.

Il n'est jamais neutre, mais d'une tendresse engagée: Je trouve beaucoup moins con de vouloir changer le monde à seize ans que de jouer aux jeux vidéos et de chercher des images porno toute la nuit sur internet. Il se trompe parfois, et le reconnaît. Après une rencontre avec Jean-Marc Rouillan d'Action Directe il écrit:  Est-ce qu'on n'est pas plus proche d'un terroriste qui aime Rodin que d'un banquier qui joue aux jeux vidéo? avant de se rétracter dans la foulée par un jugement sans appel : phrase stupide et atterrante qui montre que j'ai fini par succomber au numéro Rouillan. 

Faire sa vie 

Cette sincérité et la force de se raconter de l'écrivain est son pouvoir sur le réel aussi. En conciliant imaginaire et témoignage, il propose sa version de l'histoire et renoue avec sa famille, tout en s'en émancipant par un rôle singulier. Il nous arrime sur un pan de l'histoire sociale et politique du 20e siècle, histoire qui continue de se construire et à laquelle volens nolens, que nous le veuillons ou non, nous sommes liés.

Attention aux paradis perdus donc; comme en négatif, mais sans déterminisme, ils dessinent nos chemins de vie.  



 

 

14:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humbert, eden, utopie, action directe | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/03/2015

Chauffe amour, chauffe

Plus de 100'000 visionnements sur Youtube. Je crois que c'est la chanson en latin la plus écoutée de nos jours.


L'orgue hammond et l'esprit

Une chanson que reprennent tout au long de l'année et chaque été des milliers de jeunes et de moins jeunes à Taizé. Ton amour est plus fort qu'un coup de soleil  (Tui amoris Ignem), tube mondial, est chanté par une centaine de frères venus des quatre coins du monde laissant derrière eux famille, richesse, appartenances pour revêtir une robe blanche plutôt queer et vivre l'évangile à Taizé, Bourgogne, France. Ils répètent en boucle presque des chansons lancinantes dans toutes les langues, sur tous les tons, accompagnés seulement d'un petit orgue Hammond et de l'esprit saint. Ils chantent pour les ados et les bonnes soeurs, mais pas que:  pour des dizaines de milliers de personnes aussi qui s'arrêtent quelques heures, quelques jours  à Taizé. Ils chantent pour Dieu, par amour.   

Frère Roger, la gégène et les génuflexions

Mais avant que Taizé devienne une référence, il n'y avait pas vraiment de quoi pousser la chansonnette (sauf sous la gégène). C'est rude et c'est violent. En 1940, Roger Schutz, futur frère Roger, débarque de Suisse et fonde à Taizé une petite communauté, y cache des juifs pourchassés par les collabos français. La Gestapo débarque, Roger se réfugie en Suisse. Il reviendra en Bourgogne à la fin de la guerre, y accueillera des orphelins de guerre et des prisonniers. La communauté, basée sur la prière et le travail grandira en plaçant l'oecuménisme, l'internationalisme, l'accueil des plus jeunes et l'éveil à la foi au coeur de son engagement.

Comment un homme qui vécut toute sa vie dans la générosité et l'amour peut finir assassiné en pleine prière? Il y a quelque chose qui laisse sans voix. 2005, frère Roger est poignardé par une déséquilibrée en pleine prière (accompagné comme toujours seulement d'un petit orgue Hammond et de l'esprit saint).


La foi : work in progress

J'ai découvert Taizé bien après avoir arrêté d'écouter du heavy-metal. J'ai aimé le grand espace de l'église plusieurs fois agrandie où 3000 personnes se serrent dans le silence et le recueillement. J'ai aimé les parois assemblées de bric et de broc, les moquettes seventies qui rappellent que la construction s'est faite par ajouts, à partir de peu, incarnant la foi dans ce qui vient, confiance dans le don. Les paysans donnent du lait, les commerçants du pain. Manger dans des bols en plastique et risquer les puces dans les dortoirs. Bien. Tout là-bas dit la simplicité, la confiance dans ce qui vient, et toujours: le travail en commun. 

Les larmes nettoient

Les chants de Taizé m'ont fait pleurer. Ils ont réussi même là où Patti Smith a échoué. L'orgue Hammond: plus fort que la batterie. Parce qu'ils m'ont pris aux tripes et que j'ai vu les visages des humains recueillis là, les fatigués, les cassés, les recueillis, les adorants, les extatiques. Quand je vois des gens pleurer, de tristesse ou de joie, je pleure aussi, c'est immédiat, humain : animal donc.

Ce que l'on appelle le refrain chez les laïcs, est ici une prière. La répétition lancinante veni sancte spiritus, tui amoris ignem accende, veni sancte spiritus, veni sancte spiritus : une invitation à lâcher le mental. Cette phrase lourde tourne en boucle, lancinante, percutée par de l'allemand, de l'espagnol, de l'anglais, du français, d'autre langues, mais qui toutes disent la même chose:  viens esprit saint viens, chauffe-nous, brûle-nous de ton amour, ici bas ça caille, on claque des dents, mais nos coeurs même durs sont de paille encore et nous sommes de matière inflammable.  

Dans l'église de Taizé, tout le monde est assis à la même enseigne. Les pauvres, les riches, les boiteux, les handicapés. Pas de sièges d'exception, pas de marques, de différences. Tous au sol, et devant le même mur de lumière, entonnant dans toutes les langues des paroles simples, faciles à répéter, qui vont fouiller bas et font d'un mot un monde. 

L'amour au risque des identités 

Le vendredi, la grande croix de bois est mise au sol. Ceux qui souhaitent s'y prosterner se lèvent, s'avancent, pour déposer leur front sur la croix. Non, ça ne se bouscule pas, ne se presse pas, non;  ça chante, attend son tour et chante encore, dans toutes les langues et dans tous les tons, juste et faux aussi, quelle importance? Parce que les larmes coulent, elles nettoient tout.   

Pourquoi je ne laisserai personne dire que ton amour est un feu n'est pas la plus belle chanson du monde? Parce qu'elle a été écrite dans l'amour, et qu'elle place cet amour au-dessus de la connerie des hommes et de leurs violences, au-dessus des divisions et des jugements ; et que cette phrase  : aimons-nous les uns les autres puisque l'amour est de Dieu, me permet de me replacer sans fin devant cet amour qui vient de plus loin et plus profond que nous,  que nous soyons femmes, hommes, musulmans, chrétiens, athées, bouddhistes ou que sais-je.... parce que l'amour rassemble là où les identités divisent.    


Tui amoris ignem :

https://www.youtube.com/watch?v=YkfSQO9aQG8

10:43 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : taizé, frère roger, chanson | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/03/2015

MAH : Rénover-agrandir ou tergiverser encore?


Ensemble à Gauche, avec drapeaux et calicots, est allée exprimer ce mardi toutes ses réticences sur le projet de rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire.

Des opposants pressés de... tergiverser  

Faut-il ou non rénover et agrandir le MAH? Ce débat est important pour notre ville. Il promet d'être passionnant. Il a déjà commencé en commissions, avec des votes positif à leur sortie. Il aura  lieu encore en avril lors du vote au conseil municipal. Si Ensemble à Gauche, comme il l'a annoncé, lance un référendum (avec probablement l'UDC à ses côtés qui partage les critiques sur la convention Gandur), le peuple se prononcera dessus en 2016. Pourquoi s'exciter déjà maintenant ?


Des opposants nerveux 

Car cela s'échauffe sur les réseaux sociaux. Le débat de fond se fait pourtant difficilement sur facebook et twitter, il est beaucoup plus intéressant que deux like et trois clic. Or, patience pour la polémique, chaque chose en son temps. Mais pour la Culture, en avant toute. Cela fait des dizaines d'années que ce musée doit être rénové. Attendre encore 20 ans qu'il s'effondre parce que le projet de rénovation-extension ne serait pas un idéal-type n'est pas un bon calcul. Nous avons désormais un projet culturel ambitieux qui bénéficiera pleinement aux habitant-e-s de Genève et de toute la région. En faire un enjeu pour les élections municipales d'avril-mai c'est l'instrumentaliser et le prendre en otage. Ce projet vaut mieux qu'un crêpage de chignons sur fond électoral.  


Ensemble à Gauche divisé

Rémi Pagani magistrat et leader d'Ensemble à Gauche soutient le projet de rénovation-extension et l'apport de Monsieur Gandur. Jean Ziegler est régulièrement cité par certains comme un opposant au projet. Si dans son livre 'destruction massive' il porte un regard critique sur les entreprises de Monsieur Gandur, il n'a pourtant pas écrit de livre sur le projet 'rénovation-extension du MAH'. L'instrumentaliser pour lui faire dire ce qu'il ne dit pas sur le MAH est une mauvaise lecture de son oeuvre.

Ce qui est certain, c'est qu'en terme d'œuvres montrées, de projet culturel et d'ouverture au public, le MAH va prendre une nouvelle dimension. Ce projet est une offrande culturelle à ne pas manquer pour Genève. Les milliers d'oeuvres qui dorment dans les caves du MAH ont besoin de nouveaux espaces. Elles seront heureuses si elles peuvent respirer bientôt plutôt que de continuer à moisir sur des rayonnages du siècle passé. 


Un projet qui bénéficie au plus grand nombre

La rénovation-extension du MAH bénéficiera à la collectivité. La liste des soutiens est diversifiée. En la découvrant, forte de plus de 1700 personnes, qui affirment leur soutien au projet de rénovation-extension on trouve une belle diversité :  fleuristes, artistes, politiques, médecins, avocat.e.s, étudiant.e.s, infirmières, etc., (http://www.cerclemahplus.ch/le-cercle-de-soutien)

Dépourvu de budget d'acquisition le MAH n'a pas les moyens d'acquérir de nouvelles oeuvres. La convention avec la Fondation Gandur pour l'Art amènera des oeuvres de qualité mondiale (Dubuffet, Chaissac, Soulages, Riopelle, etc). Aller sur le site de la fondation fait culturellement rêver. (http://fg-art.org). Ces oeuvres sont enviées aujourd'hui par le Louvre et d'autres musées majeurs qui souhaitent les acquérir. Si ce projet ne devait pas se faire à Genève, Lausanne sera toute heureuse de récupérer la collection Gandur pour l'Art. La laisser partir ailleurs serait une perte culturelle pour notre ville.


Partenariat privé public: un mot sale pour la gauche?

Non. Pour autant que les partenariats soient solidement négociés et les conventions interprétées et défendues dans l'intérêt de la Ville par des magistrats forts. Dans le cas qui nous intéresse ici, il ne s'agit pas de privatiser un musée public comme le laissent entendre les opposants, mais de donner les moyens à un musée public de servir au mieux les habitant-e-s. Faire une lecture catastrophiste de la Convention Gandur est une mauvaise lecture.   


Rénover-agrandir ou tergiverser encore? 

Parce que le MAH est à bout de souffle. Parce que les finances publiques vont être soumises à rude épreuve ces prochaines années, parce que la Ville a des immeubles à rénover (Minoteries, Michel Simon), des salles municipales (Faubourg), des crèches à construire, etc., Parce qu'il est antisocial de cracher sur de l'argent qui bénéficiera avant tout aux habitant-e-s de cette ville et créera une nouvelle dynamique au MAH. Parce que, sur la table, nous avons un seul projet aujourd'hui. Voulons-nous payer encore pour des crédits d'étude et raboter le projet d'un musée qui a besoin d'une urgente rénovation, rempiler pour 20 ans de tergiversation autour de ce musée ? Non. Surtout pas cela. 

Nous avons donc aujourd'hui un choix à effectuer entre:

A) Un projet MAH+ de rénovation-extension qui n'est pas l'idéal-type certes, mais permet de mettre une collection mondialement reconnue à disposition du public genevois, de financer une partie du renouvellement du patrimoine historique de la Ville avec un financement privé, de sécuriser un immeuble qui devient dangereux pour les oeuvres et même le public, de donner une impulsion positive au domaine culturel et à Genève.

B) Casser le projet A, repousser à 15-20 ans une rénovation simple, perdre la collection Gandur, donner un mauvais signal aux privés qui engagent leur nom et leur réputation avec la Ville sur des projets ambitieux, renoncer pour un bon moment d'avoir un musée public de l'horlogerie, tout en engloutissant encore quelques millions en frais d'études et réflexion sur de nouvelles variantes (du type "la nouveauté" qu'Ensemble à Gauche a sorti de ses cartons cette semaine et qui a déjà été envisagée-étudiée-écartée) qui finiront par coûter plus cher que toutes les conventions et les projets, aussi bon soient-ils.


Un oui pour Genève et la Culture


Après cette rapide pesée des intérêts, nous sommes placés devant un choix qui peut se résumer ainsi
: rénover-agrandir le musée d'Art et d'Histoire maintenant, ou tergiverser encore et payer plus cher en frais d'études et occasions manquées pour au final n'avoir au bout qu'un vieux musée rafistolé, en rempilant pour 20 ans de tergiversations architecturales et financières au détriment d'un projet culturel.  

Le fait d'avoir lié l'extension à la rénovation est un geste qui fédérera peut-être des oppositions; en même temps, c'est une ambition qui donne de la valeur à ce projet et une nouvelle dimension à Genève.  

J'ai choisi, pour ma part, après réflexion, de dire oui à une rénovation-extension culturellement passionnante et oui à une rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire qui ouvre de belles et nouvelles perspectives pour Genève.  


12:12 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah, extension, rénovation, mah+ | |  Facebook |  Imprimer | | |