sylvain thévoz

04/03/2015

MAH : Rénover-agrandir ou tergiverser encore?


Ensemble à Gauche, avec drapeaux et calicots, est allée exprimer ce mardi toutes ses réticences sur le projet de rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire.

Des opposants pressés de... tergiverser  

Faut-il ou non rénover et agrandir le MAH? Ce débat est important pour notre ville. Il promet d'être passionnant. Il a déjà commencé en commissions, avec des votes positif à leur sortie. Il aura  lieu encore en avril lors du vote au conseil municipal. Si Ensemble à Gauche, comme il l'a annoncé, lance un référendum (avec probablement l'UDC à ses côtés qui partage les critiques sur la convention Gandur), le peuple se prononcera dessus en 2016. Pourquoi s'exciter déjà maintenant ?


Des opposants nerveux 

Car cela s'échauffe sur les réseaux sociaux. Le débat de fond se fait pourtant difficilement sur facebook et twitter, il est beaucoup plus intéressant que deux like et trois clic. Or, patience pour la polémique, chaque chose en son temps. Mais pour la Culture, en avant toute. Cela fait des dizaines d'années que ce musée doit être rénové. Attendre encore 20 ans qu'il s'effondre parce que le projet de rénovation-extension ne serait pas un idéal-type n'est pas un bon calcul. Nous avons désormais un projet culturel ambitieux qui bénéficiera pleinement aux habitant-e-s de Genève et de toute la région. En faire un enjeu pour les élections municipales d'avril-mai c'est l'instrumentaliser et le prendre en otage. Ce projet vaut mieux qu'un crêpage de chignons sur fond électoral.  


Ensemble à Gauche divisé

Rémi Pagani magistrat et leader d'Ensemble à Gauche soutient le projet de rénovation-extension et l'apport de Monsieur Gandur. Jean Ziegler est régulièrement cité par certains comme un opposant au projet. Si dans son livre 'destruction massive' il porte un regard critique sur les entreprises de Monsieur Gandur, il n'a pourtant pas écrit de livre sur le projet 'rénovation-extension du MAH'. L'instrumentaliser pour lui faire dire ce qu'il ne dit pas sur le MAH est une mauvaise lecture de son oeuvre.

Ce qui est certain, c'est qu'en terme d'œuvres montrées, de projet culturel et d'ouverture au public, le MAH va prendre une nouvelle dimension. Ce projet est une offrande culturelle à ne pas manquer pour Genève. Les milliers d'oeuvres qui dorment dans les caves du MAH ont besoin de nouveaux espaces. Elles seront heureuses si elles peuvent respirer bientôt plutôt que de continuer à moisir sur des rayonnages du siècle passé. 


Un projet qui bénéficie au plus grand nombre

La rénovation-extension du MAH bénéficiera à la collectivité. La liste des soutiens est diversifiée. En la découvrant, forte de plus de 1700 personnes, qui affirment leur soutien au projet de rénovation-extension on trouve une belle diversité :  fleuristes, artistes, politiques, médecins, avocat.e.s, étudiant.e.s, infirmières, etc., (http://www.cerclemahplus.ch/le-cercle-de-soutien)

Dépourvu de budget d'acquisition le MAH n'a pas les moyens d'acquérir de nouvelles oeuvres. La convention avec la Fondation Gandur pour l'Art amènera des oeuvres de qualité mondiale (Dubuffet, Chaissac, Soulages, Riopelle, etc). Aller sur le site de la fondation fait culturellement rêver. (http://fg-art.org). Ces oeuvres sont enviées aujourd'hui par le Louvre et d'autres musées majeurs qui souhaitent les acquérir. Si ce projet ne devait pas se faire à Genève, Lausanne sera toute heureuse de récupérer la collection Gandur pour l'Art. La laisser partir ailleurs serait une perte culturelle pour notre ville.


Partenariat privé public: un mot sale pour la gauche?

Non. Pour autant que les partenariats soient solidement négociés et les conventions interprétées et défendues dans l'intérêt de la Ville par des magistrats forts. Dans le cas qui nous intéresse ici, il ne s'agit pas de privatiser un musée public comme le laissent entendre les opposants, mais de donner les moyens à un musée public de servir au mieux les habitant-e-s. Faire une lecture catastrophiste de la Convention Gandur est une mauvaise lecture.   


Rénover-agrandir ou tergiverser encore? 

Parce que le MAH est à bout de souffle. Parce que les finances publiques vont être soumises à rude épreuve ces prochaines années, parce que la Ville a des immeubles à rénover (Minoteries, Michel Simon), des salles municipales (Faubourg), des crèches à construire, etc., Parce qu'il est antisocial de cracher sur de l'argent qui bénéficiera avant tout aux habitant-e-s de cette ville et créera une nouvelle dynamique au MAH. Parce que, sur la table, nous avons un seul projet aujourd'hui. Voulons-nous payer encore pour des crédits d'étude et raboter le projet d'un musée qui a besoin d'une urgente rénovation, rempiler pour 20 ans de tergiversation autour de ce musée ? Non. Surtout pas cela. 

Nous avons donc aujourd'hui un choix à effectuer entre:

A) Un projet MAH+ de rénovation-extension qui n'est pas l'idéal-type certes, mais permet de mettre une collection mondialement reconnue à disposition du public genevois, de financer une partie du renouvellement du patrimoine historique de la Ville avec un financement privé, de sécuriser un immeuble qui devient dangereux pour les oeuvres et même le public, de donner une impulsion positive au domaine culturel et à Genève.

B) Casser le projet A, repousser à 15-20 ans une rénovation simple, perdre la collection Gandur, donner un mauvais signal aux privés qui engagent leur nom et leur réputation avec la Ville sur des projets ambitieux, renoncer pour un bon moment d'avoir un musée public de l'horlogerie, tout en engloutissant encore quelques millions en frais d'études et réflexion sur de nouvelles variantes (du type "la nouveauté" qu'Ensemble à Gauche a sorti de ses cartons cette semaine et qui a déjà été envisagée-étudiée-écartée) qui finiront par coûter plus cher que toutes les conventions et les projets, aussi bon soient-ils.


Un oui pour Genève et la Culture


Après cette rapide pesée des intérêts, nous sommes placés devant un choix qui peut se résumer ainsi
: rénover-agrandir le musée d'Art et d'Histoire maintenant, ou tergiverser encore et payer plus cher en frais d'études et occasions manquées pour au final n'avoir au bout qu'un vieux musée rafistolé, en rempilant pour 20 ans de tergiversations architecturales et financières au détriment d'un projet culturel.  

Le fait d'avoir lié l'extension à la rénovation est un geste qui fédérera peut-être des oppositions; en même temps, c'est une ambition qui donne de la valeur à ce projet et une nouvelle dimension à Genève.  

J'ai choisi, pour ma part, après réflexion, de dire oui à une rénovation-extension culturellement passionnante et oui à une rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire qui ouvre de belles et nouvelles perspectives pour Genève.  


12:12 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah, extension, rénovation, mah+ | |  Facebook |  Imprimer | | |

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