sylvain thévoz

25/02/2015

Suissesse et frontalière: elle va se faire voir à Lyon!

Suissesse, vivant à 5 minutes à pied de la frontière côté France, travaillant à Genève, rompue à l'exercice de l'usage d'internet, devant refaire son passeport à croix blanche, se rend avec confiance sur le site de la Confédération.... sans se douter de ce qui l'attend. 


Va te faire voir chez les lyonnais 

Sur le site de la Confédération elle s'inscrit, remplit le formulaire, reçoit une première annonce la prévenant de l'envoi d'un mail qui lui proposera un rendez-vous pour le lieu de saisie de son passeport.

Surprise!

Ce n'est pas l'office cantonal de la population genevoise qui lui est proposé. Non. A choix : Lyon, Strasbourg, Marseille! En tant que Suissesse vivant au pied du Salève, Berne avec la bienveillance du Canton l'invite à une petite balade dans le Sud de la France pour chercher son précieux passeport. Par souci d'économies kilométriques, elle coche Lyon. Bien sûr, entre temps, elle a donné des coups de fil pour essayer de se faciliter la vie. En vain. En général elle tombe sur des boîtes vocales, pas le bon jour, pas la première, perd son temps.. et réalise subitement que le renouvellement de son passeport risque de virer à un voyage touristique d'un ou deux jours...


Consulat de Suisse à Lyon j'écoute...  

Après une bonne journée d'attente arrive le mail lui annonçant que son bureau de référence est situé à... Lyon et qu'il lui faut entrer en contact avec celui-ci. Entre-temps, notre compatriote est passée trois fois devant l'office cantonal de la population pour aller à son boulot. Si, dans une vie idéale, elle aurait pu s'y rendre directement et obtenir son précieux sésame, les voies de l'administration ne sont pas faites pour les citoyen-ne-s vivant de l'autre côté de la frontière. Elle ne peut que passer devant en continuant d'organiser son prochain voyage administratif à Lyon. 


Kafka était un amateur

Notre suissesse frontalière choisit la date qui lui convient pour s'inscrire au consulat de Suisse des bords de Saône. Dans un mail de retour du consulat, elle reçoit une annonce lui confirmant son rendez-vous. Elle peut toutefois, si elle le désire, faire appel à l'office cantonal de la population de son canton....

vous suivez?

3 jours se sont écoulés. Notre suissesse va-t-elle poursuivre ses échanges internationaux avec des formulaires générés électroniquement à Berne, Lyon, ou des boîtes téléphoniques à Genève, afin de pouvoir retirer son passeport à côté de chez elle ?  Va-t-elle risquer deux jours de démarche supplémentaires pour atterrir à la route de Chancy 88 où abréger ses souffrances et se résigner à aller à Lyon?  Se faire naturaliser française?


Office cantonal de la population de Tombouctou j'écoute?

Les heures d'ouvertures des bureaux, tant à Lyon qu'à Onex sont limités entre 7h30 et 13h30 du lundi au vendredi... et comme les premiers rendez-vous sont pris il ne reste que des dispositions éloignées dans le temps. Le désespoir guette notre Suissesse qui se dit que peut-être, pour son futur voyage en Thaïlande, elle aurait été plus inspirée de faire renouveler son document à la dernière minute à l'aéroport... mais peut-être qu'on lui aurait proposé alors de le faire à... Tombouctou, qui sait.... les voies de l'administration fédéral et cantonale sont impénétrables. 


Faciliter la vie des Suisses et Suissesses de "l'étranger"

Comme conclusion à cette petite histoire, je proposerai ceci. Plutôt que d'emmerder les frontaliers qui travaillent en Suisse, facilitons la vie des suisses et suissesses qui vivent en France, par exemple en suggérant à la Confédération que dans un rayon de 50km autour de Genève, toutes les demandes aillent directement au bureau de l'office cantonal de la population à Onex. Je propose aussi au Canton de développer plus rapidement une agglomération qui ne fasse pas de la frontière une coupe-gorge administratif.


Un coût pour l'économie locale

Je suggère aussi à Monsieur Maudet, qui s'occupe dudit bureau de l'office cantonal, qu'il trouve des voies d'accès facilités pour les suisses-ses vivant à proximité de Genève afin de leur éviter d'innombrables échanges téléphoniques, par mail, et une balade de 6 heures à Lyon ... après tout, il est aussi Conseiller d'Etat en charge de l'économie, et s'il s'en fout que les suisses-ses frontalier-e-s aillent se faire voir à Lyon, il devrait être sensible au fait que, pour les employeurs genevois, pour les travailleurs, ces heures d'emmerdements supplémentaires ont un coût pour l'économie locale.

Moins de frontière, plus de services!
Aux dernières nouvelles, notre Suissesse frontalière court toujours après son précieux passeport. Moralité: si tu es frontalier-e- va voir à Lyon si tu es Suisse-sse.

Ou alors: arrête de voter pour ceux qui veulent faire d'une frontière un mur infranchissable générant des surcoûts et des désagréments supplémentaires pour la population. 


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23/02/2015

Gabrielle : Un roman pour gouines et pédés?

11016737_10153033937396826_6569304457252711471_n.jpgGenève-Calvingrad, c'est le pôle Nord de l'amour. Britney compensait avec de petites soirées fondue qu'elle passait avec elle-même.


Gabrielle d'Agnès Vannouvong est, à mes yeux, Le livre de ce début d'année. Sorti en janvier au Mercure de France, il parle d'amour, entre deux femmes et deux hommes, du désir d'enfants et de ses difficultés quand la quarantaine approche et que l'on aime quelqu'un du même sexe. Mais encore: de diversité, d'identités fluctuantes et affirmées, de désirs, de familles, de rage, de rejets et d'angoisse, sur fond de mariage pour tous et de manifestations contre le droit d'aimer qui l'on veut comme l'on veut; de la peur de vieillir, et de l'envie de créer de nouvelles formes à l'amour avec adoption ou PMA (procréation médicalement assistée)... et pourquoi pas?


Un roman ogive

Ce bouquin a une force et une gnaque pop qui ferait presque passer Virginie Despentes pour une rockeuse monomaniaque jouant sur une Gibson à une corde.

Vannouvong va vite. Vannouvong va fort. A toute bombe, elle déconstruit et construit dans un même mouvement. Au rythme d'un TGV à 360km/H et d'étreintes amoureuse: la sensualité, la sensibilité qui se dégagent du livre érotisent le pouls. La langue tranchante, incarnée, rappelle les embruns de Maylis de Kerangal, sauf qu'au lieu de sentir les ports, les corniches et le Havre, la cavalcade est résolument urbaine. Filant entre Paris, Genève, Avignon, Zurich, l'héroïne, Gabrielle, universitaire cosmopolite, vit une vie trépidante sur fond techno avec, dans ses oreilles, la nostalgie des tubes de Françoise Hardy en dub-stereo, et de Daniel Balavoine au transistor, accompagnant une réflexion sur la possibilité de l'amour dans une époque impossible.


Genève- Zurich : miroir tendu  

Gabrielle déboule à la street parade de Zurich. Son regard sur la ville : "Zurich la traîtresse, entasse l'argent sale, le trou noir des offshore, la convulsion financière qui transite entre les îles Caïmans et le Liechtenstein. Zurich, la blanche, couche avec le fric des nazis, les rues ignorent la couleur du papier gras, l'odeur de la pisse miséreuse."

Son regard sur ceux qui y habitent: "Les citoyens, bien éduqués trop peu révoltés, boivent depuis l'enfance des biberons Nestlé parfumés à la poudre d'or. Ceux qui rêvent de révolte vont voir du pays. Toujours, ils reviennent dans les vertes collines qui surplombent la prairie du Grütli, au-dessus du lac des Quatre-Cantons".

Fritz Zorn a trouvé sa descendance, elle déboule de Genève en Intercity. Rien n'a-t-il donc changé en Helvétie depuis Zorn? La description de la jeunesse dorée de la Goldküste sous MDMA est décapante. Genève n'est pas en reste, mais lieu de l'étreinte amoureuse, la cité de Calvin y est décrite sous des jours plus sensuels. Lecteur, on s'y promène et retrouve touriste de sa propre cité. Genève-Calvingrad, c'est le pôle Nord de l'amour. 


Les histoires d'amour finissent mal....

Gabrielle quand elle ne bouge pas, vit à Paris. A Genève, elle enseigne, et tombe raide dingue d'Hortense, universitaire, de vingt ans son aînée qui a une fille. L'idéologie : une famille, c'est papa-maman point barre, a du plomb dans l'aile, clair. Deleuze rappelait qu'il écrivait pour... (ceux qui n'ont pas de voix). Vannouvong, à travers Gabrielle, écrit pour "des corps mutants, des paumés aux identités fluctuantes, moitié rock, moitié punk, des étoiles, des trav, des prostitués, des types en perruque blonde, des tantes-mâles ou des folles, des marlous, des macs à la tronche tordue, des fétichistes qui s'abreuvent de pain de mie pisseux, trempé dans les toilettes, des Lola, des divas, des Divine, des honteuses planquées derrière des lunettes fumées, des filles perchées sur des talons aiguilles qui blessent les chevilles et les pieds jusqu'au bleu et au sang."

Elle écrit pour l'amour, aventure impossible à une époque où "on est plus amoureux de son smartphone que de son partenaire", où le couple qui dure et le fait de vieillir à deux semble un idéal ou un horizon devenu inatteignable pour beaucoup et où ceux qui tiennent le coup, le temps passant, ne font plus vraiment envie. Pourquoi, même au temps de l'amour débutant, en vient-on à fredonner inconsciemment les Rita Mistuko ou Brigitte Fontaine?


Etre maman ou papa ; quoi d'illégal ? 

Comment avoir un enfant quand on est femme aimant une femme ? - Rencontrer un couple gay et avancer vers la coparentalité, vu que les lois retardent et que la réalité l'impose et l'établit. Alors Gabrielle bricole, crée. Quand on aime, on résiste, on invente. Ce roman est un geste politique, pour l'adoption, la PMA, pour le droit de s'aimer, pour l'égalité des droits, pour une reconsidération des catégories censées englober le privé du public, le désir et l'amour. Roman d'une époque désenchantée ancré dans le désir et le devenir, refusant de céder à la dépression, Gabrielle, dans sa forme romanesque, permet de mettre de la poésie, de la sensualité, de la chaire, sur des débats essentiels et de les envisager autrement qu'à l'Assemblée Nationale ou au sein d'une assemblée de fachos de l'Opus Dei.


Gabrielle: un roman pour gouines et pédés?

Non. Un roman libérateur, émancipateur, qui fait la nique à tous les empêcheurs de s'aimer, à tous les castrateurs, conservateurs de l'ordre établi, les terrorisés et terroristes des moeurs; un roman qui fait le lien avec force entre les mouvements émancipateurs gays des années 70, les écritures d'Hervé Guibert, de Genet, de Grisélidis, de Pasolini, coeur explosé, écrasé sous les roues d'une bagnole sur une plage d'Ostie en 1975 et qui voit poindre là une suivance. 


Un roman jouissif

Ce roman innervé d'un jus et d'une essence vitale décille les yeux dessale la langue. Il confirme que : Vannouvong, Giard, Despentes, une génération de femmes à l'écriture sensuelle et puissante a pris ses quartiers au présent et s'est levée pour raconter les désirs, les sexualités, aérer l'air du temps d'un souffle chaud, engagé, ravageur et vivifiant. 

   

Agnès Vannouvong, Gabrielle, Mercure de France, 2015, 196p.

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16/02/2015

Ueli Maurer est une menace pour la Suisse

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Le Conseiller fédéral UDC Ueli Maurer veut 6 drones[1] pour protéger la Suisse contre l’entrée illégale de migrant-e-s ; ou plus prosaïquement, contre des contrebandiers de viande et de fromage. Pour cela, il a choisi un produit israélien ayant fait ses preuves dans la boucherie de Gaza en 2014. Attention danger !

Ueli Maurer trahit la neutralité Suisse

L’affaire est extrêmement grave. Ueli Maurer, après l'échec de l'achat des avions Grippen, veut de nouveaux jouets, à n'importe quel prix. Il a choisi 6 nouveaux drones d’exploration, non armés (mais armable), du type Hermès 900, de la société Elbit.

Je suis charnier

Elbit n’est pas n’importe quelle entreprise de n’importe quel pays. C'est un fleuron de l’industrie d’armement d’Israël et Israël est ce pays sympathique qui, cet été, souvenez-vous, même si c’est loin déjà, et qu'entre temps beaucoup d'entre-nous sont devenus Charlie, a massivement haché menu une population civile à Gaza faisant, selon le bilan annoncé par le bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) plus de 2130 morts dont 1473 civils et 500 enfants. 

Je suis charnier : Ueli le marquera-t-il sur ses drones?


Testé à Gaza en 2014, plébiscité en Suisse en 2015 ?

A Gaza, en 2014, l'armée israélienne, à la grande satisfaction de son état-major, [2] a engagé les mêmes appareil qu'Ueli veut nous faire acheter.  Nous voilà donc invité, 6 mois plus tard, bouche en cœur, à payer 250 millions de francs du matériel de guerre ayant servi contre des population civiles dans un climat international tendu. Quelles seront les réactions de ceux qui reçoivent les bombes israéliennes sur la tronche à l'annonce de cet achat par la Suisse "neutre" et dépositaire des quatre Conventions de Genève de 1949 sur le droit international humanitaire?  

Business is blindness?

"Comme souvent lorsqu’il s’agit d’armements, les affaires s’accommodent étrangement de la réalité géopolitique".[3] Ce commentaire est d’Israel Valley, chambre de commerce France-Israël. Celle-ci a raison de s’émerveiller que les affaires fassent fi de la réalité géopolitique. Ueli Maurer bonimente sur le dos de la neutralité, en mythifiant une Suisse indépendante et neutre, tout en poussant notre pays à acheter des drones militaires à un pays en guerre. Cette erreur politique majeure tache la neutralité suisse et doit être comprise comme une déclaration de guerre frontale à tous ceux qui refusent que notre pays prenne parti unilatéralement dans quelque conflit que ce soit.

 

Le Conseil national doit refuser cet achat

Dans une lettre transmise par BDS Suisse (Boycott Désinvestissement et sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation de la Palestine) aux membres des chambres fédérales, BDS demande aux conseillers nationaux de ne pas voter le projet d’achat de drones Hermes 900 produits par Elbit.[4] BDS argumente ainsi : "permettre l’achat de drones Hermes 900 de la société israélienne Elbit équivaudrait à soutenir une compagnie collaborant étroitement avec l’armée israélienne et tirant profit de violations du droit international".

La société Elbit a vu ses actions en bourse augmenter de 6% suite a la guerre à Gaza cet été. Cette société se vante publiquement du fait que ses "produits" ont été "testés sur le terrain" et d’œuvrer à la "satisfaction de ses clients". Voulons-nous que la Suisse soit le client satisfait d'une guerre coloniale et d'une situation d'apartheid en soutenant un état qui a désormais une enquête préliminaire ouverte contre lui à la Haye pour crimes de guerre en Palestine?[5] Non. 

 

Ueli Maurer retarde d'une guerre 

Comment la Suisse peut-elle demander à qui que ce soit de respecter le droit international alors qu’elle achète de l’armement à un état qui le viole ? La crédibilité et la neutralité de la Suisse sont jetés bas par le conseiller fédéral UDC. Et ce n'est pas tout : un deuxième volet d'achat militaire est prévu pour cet automne. Evalué à 800 millions de francs, il vise ... à acheter un système de canons de DCA de 35 mm!

En résumé : Ueli Maurer n'a rien compris aux nouvelles menaces terroristes et fait fausse route sur toute la ligne.

1) En achetant du matériel de guerre israélien, il déclare de fait la guerre à tous ceux qui luttent contre les violations des droits de l'homme de cet état.

2) Pour protéger la Suisse contre les nouvelles menaces terroristes, il propose d'acheter des canons de DCA!!!

Avec Ueli, c'est clair, la Suisse est dans de sales draps 

Il nous reste une petite chance. L’acquisition de ces nouveaux drones doit encore être votée par le Conseil National. Il est urgent de faire pression sur celui-ci afin qu’il renonce à acheter ce matériel de guerre. 

Une pétition a été lancée, elle a déjà recueillie plus de 30'000 signatures et sera déposée le 26 février prochain à Berne. Il est important de la signer [6] et d'agir pour freiner le kamikaze Ueli Maurer et sa politique suicidaire qui font désormais courir à la Suisse des risques sécuritaires majeurs.

Si le Conseil national suit Ueli Maurer, nous aurons des drones tachés de sang sur la tête faisant de la Suisse une cible légitime pour des terroristes. 



[1] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/3f1ac80e-b1f1-11e4-b561-84ba1d1afc1c/Des_drones_isra%C3%A9liens_pour_larm%C3%A9e_suisse

[2] http://rpdefense.over-blog.com/tag/hermes%20900/

[3] http://www.israelvalley.com/news/2013/09/08/41171/drones-de-iai-ou-elbit-pour-la-suisse-contrat-de-400m-de-francs-suisse

[4] http://www.bds-info.ch/index.php/fr/campagnes/bds-ch/boycott-consommateurs/161-bds-fr/campagnes/bds-suisse/embargo-militaire-securite/974-lettre-aux-membres-des-chambres-federales

[5] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/01/16/la-cour-penale-internationale-se-penche-sur-la-situation-en-palestine_4558002_3218.html

[6] http://www.bds-info.ch/index.php/fr/home-fr/161-bds-fr/campagnes/bds-suisse/embargo-militaire-securite/723-petition-contre-l-achat-de-drones-israeliens

 

 

07:06 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drones, elbit, ueli maurer, bds, israël, neutralité, indépendance, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/02/2015

La rue et l'urne

Tous pourris, tous les mêmes, tous assis au pouvoir une fois qu'ils y sont parvenus!

Cette phrase, je l'entends souvent, c'est un peu la phrase du défaitiste ou de l'enragé: une phrase de dépit, de celles et ceux qui ont délégué non seulement leur faculté de décider mais aussi celle de croire que quelque chose d'autre que la défaite est possible.

Plus tu es éloigné du pouvoir, plus tu es convaincu que celui-ci est destiné à d'autres. Le premier pas révolutionnaire, dans une époque d'atonie, est de commencer par exercer ses droits, les défendre, réclamer, et étendre, pas de constater passivement leur effilochage. Je ne sais plus qui a écrit que le monde était dans un tel état parce que les hommes bons se taisaient. Il est aussi ainsi parce que les hommes en colère utilisent celle-ci avant tout contre eux-mêmes. 

Viser la lune (Amel Bent, Antonio Machado: même combat)

Plutôt que l'attente des grands soirs je préfère la célébration des petits matins, faire des petits pas, des pas timides ou rapides... les grands suivront. Je sais, ça ne sonne pas très glorieux, et pourtant, caminante no hay camino, se hace el camino al andar (marcheur il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant -A.Machado) Mettons-nous, pour commencer, en route déjà.  

Tu réclames la lune? Tu as bien raison. Mais pourquoi gardes-tu ton télescope dans un carton? Qui participera à sortir les outils de ta boîte, les monter? Qui ajustera les lunettes et l'optique? C'est notre boulot, membres de partis, d'associations, de faire ce travail de renseignement, de renforcement du pouvoir d'agir; de construire ensemble, avec ceux qui ont la tête dans les étoiles, des rampes de lancement.

Donnez-moi la lune ou éteignez toutes les lumières.

Attraction du tout ou rien, du trou noir ou de la dépendance. Le pouvoir de dire que tout est corrompu, que la confiance ne peut plus être donnée, c'est encore une étincelle, une énergie. On peut faire chauffer fort des moteurs avec cela, le retournement peut-être rapide. Le poison de l'abstention, s'il est bien utilisé est un bon carburant pour soigner celles et ceux qui ont oublié, une fois sur leur siège, de rendre service plutôt que de se servir, se coulant dans l'exercice de fonctions reconnues avec rentes de fonction.Mais pour cela il faut choisir, élire.

Avec des tripes, pas les titres

Comment filtrer le poison de l'abstention ? Avec ses tripes, pas des titres, en allant au contact par la parole et sa force de conviction. En affinant et clarifiant une conscience de classe, sa position dans la ville et le rôle que chacun-e est destiné à y jouer, les responsabilités à tenir. Il nous faut encore raccourcir les lignes de communication entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui leur ont délégué temporairement ce pouvoir. 

Alors, tous pourris toutes corrompus?

Au quotidien je côtoie des militant-e-s qui s'esquinent les ongles pour monter un stand, se gèlent les doigts pour gonfler des ballons pour les gamins, articulent des discours sur des questions fiscales, affirment petit à petit un point de vue affiné à l'école de la contradiction, dans la rue au contact de qui vient, par apprentissage réciproque. Je vois des heures de grignotage de rue, à éponger des mal être, des colères dirigées contre tout, rien : les frontaliers, les noirs les immigrés, celui, n'importe qui, qui dira le contraire et conduira à penser autrement. Tu veux la lune? Commence par écouter ton voisin, ça décape mais ça ramène bien sur terre. 

La démocratie du tapis roulant

Pourquoi donner ce temps à la collectivité ? Pour s'armer, se partager les armes intellectuelles et collectives dans la défense des droits et leur accroissement, par force de conviction et désir de mobilisation. Il n'y a plus beaucoup d'espaces où toutes les classes sociales, les origines, les âges se mélangent. Il y en a même bientôt plus que deux : la rue et l'urne. J'avoue, le pire, c'est quand ça passe tout droit, pressé, sans plus un regard ni une étincelle de curiosité. L'invective et l'insulte, c'est encore un sursaut ; le regard transparent, c'est la démocratie du tapis roulant, et ça fout les jetons. Au bout il y a un trou noir.  

Horizon avril-mai 2015

Elections municipales 2015, dans 45 communes, 1722 candidat-e-s, 620 femmes ont choisi de s'engager sur des listes pour défendre des choix de société et dessiner l'avenir, revendiquer un droit à la parole, à la contestation, avoir un bras solide, une voix dans les parlements ou aux exécutifs, au nom de et pour celles et ceux qui les y placeront. 

Les élections, ce n'est pas tous les 5 ans, c'est matin après matin, tous les jours, avec un droit de regard, un droit de rappel, et une nécessité de mettre les élu-e-s devant leurs obligation de service, jusqu'à la date de l'élection suivante. 

Il y eut un soir, il y eu un matin.

Il y aura une élection, encore, jusqu'à la révolution. 

 

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04/02/2015

Barazzone plus sectaire que les sectes?

Le Conseiller administratif Barazzone a décidé de refuser aux stands faisant de l’information spirituelle ou religieuse l’usage de l’espace public en Ville de Genève.[1] Après avoir lancé avec succès les Food trucks, consommation à l'emporter de nourritures et boissons, il a donc décidé d'interdire l’usage de l’espace public aux entités « quelles qu’elles soient, faisant la promotion d’activités de type religieux ou spirituel ». Cette décision est –euphémisme- pour le moins surprenante. Elle est même extrêmement grave et contrevient aux principes 3 et 25 de la Constitution Genevoise. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs que cette décision soit attaquée en justice.

Expression oui, prosélytisme non

Quelle mouche a bien pu piquer Monsieur Barazzone, du parti démocrate chrétien tout de même, de s’en prendre d’une manière aussi radicale à la liberté d’expression dont le drapeau a pourtant été hissé bien haut après les attentats sanglants contre Charlie hebdo. Serait-ce que la tenue de stand contrevient à quelque législation que ce soit ? Non. La Loi sur le culte extérieur (LCExt C4 10 ) du 28 août 1875 rappelle l’interdiction, article 1, de toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse sur la voie publique. Mais le stand d’information n’est pas mentionné et ne peut y être assimilé.

De plus, le rapport du groupe de travail sur la laïcité mandaté par le Conseil d'Etat n’a jamais envisagé cette mesure.[2] La page 36-37 de ce rapport doit absolument être lue, et visiblement Monsieur Barazzone a oublié de le faire : « Si le fait de diffuser dans l’espace public les éléments de sa foi est un acte, non seulement légitime, mais encore protégé par la Convention européenne des droits de l’Homme, il n’en demeure pas moins qu’intervenant dans ce même espace public, le harcèlement de tiers, en vue de les convaincre d’adhérer à cette foi, contrevient à l’ordre public. La jurisprudence du Tribunal fédéral permet aux autorités compétentes de distinguer entre la diffusion légitime et le prosélytisme invasif. Selon cette jurisprudence, chacun a le droit d’exprimer ses convictions à un ou plusieurs tiers dans l’espace public ; en revanche, si son ou ses interlocuteurs les rejettent ou refusent d’entrer en discussion, celui qui veut convaincre doit s’abstenir d’insister." Ce qu'il faut retenir : l'expression religieuse n'est pas la même chose que le prosélytisme. L'une est protégé par la Convention européenne des droits de l'Homme et la loi, l'autre est condamné.  Monsieur Barazzone, visiblement, a souhaité mettre les deux dans le même sac et les confond. Ces questions sont extrêmement sensibles. Elles doivent être traitées au cas par cas, pas dans le cadre d'une interdiction générale. 

Vous allez définir comment le spirituel ?

Maintenant, si l’on essaie de suivre un bout le choix du magistrat, on aurait envie de lui demander :  pouvez-vous me définir ce qu’est le religieux, le spirituel ? Pouvez-vous en donner une définition et une limite pratique ? Cela lui sera très difficile. C’en serait donc fini des pubs pour le yoga ou les stands d’information de bouddhisme ou de méditation zen et la location de petits espaces pour les scouts dont les buts et l’esprit peuvent être assimilés à une spiritualité ? Le risque d’arbitraire est immense, et on bascule ici dans son règne en prônant l'interdiction. 

Je regrette pour ma part fortement que les stands spirituels ou religieux se voient arbitrairement privés de leur liberté d’expression. C'est une atteinte à la Constitution et je crains fortement que cette diabolisation ne fasse le lit d’extrémismes. La décision de Monsieur Barazzone est-elle de lutter contre les dérives sectaires? Cette interdiction arbitraire les renforcera d'autant.

Interdire l'accès public a tous les groupes proposant la promotion "d'activités de type religieux ou spirituel" n’ouvre pas, dans ce cas, à un débat sur la laïcité mais sur la liberté d'expression et de pensées. Une bataille aussi mal engagée et menée de cette manière encourage l’arbitraire et décrédibilise les autorités.

C'est toujours, au final, une bien mauvaise manière de lutter contre les sectes en se montrant plus sectaires qu'elles.

Monsieur Barazzone pouvez-vous s'il vous plaît revenir sur terre ?

-ou à tout le moins commencer par choisir entre votre mandat d'élu de Genève ou de Berne, parce qu'à trop faire le conseiller administratif à temps partiel, et le communicant cumulard, cette affaire d'usage d'espace public laisse craindre une volatilité dans le suivi de vos dossiers et un risque pour l'état de droit -




[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Le-proselytisme-religieux-banni-des-rues-genevoises-28765234

[2] http://www.ge.ch/dse/doc/news/141111_Laicite_ComPannexes.pdf

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02/02/2015

Les musées doivent se secouer

Une genevoise s’est dite choquée par mon texte sur le Musée d’art et d’histoire (MAH) du 10 décembre, elle l’a exprimé par un coup de gueule dans la TDG, ce dont je me réjouis. La culture en ville de Genève manque de sel dans les débats et de passions dans ses enjeux. De temps en temps un petit frisson nous parcourt l’échine, mais sinon, il faut l’admettre, ça manque d’enthousiasmes et de passions.   

Oui, cette Genevoise à raison de gueuler ; mais si mon propos est iconoclaste à ses yeux, j’affirme pourtant quelque chose de très simple : le MAH rénové et étendu doit être un musée vivant, avec un public renouvelé, des animations populaires, pas un parc à tableaux. Oui, le musée de papa où l’on roupille, doit mourir. Le mouvement est désormais amorcé ; pour renaître, il faut faire de l’original avec l’ancien, par des coups de pelles et de vrais choix muséaux.   

Pourquoi pas, en effet, des bals musette et des machines à hot dog, des collaborations avec les maisons de quartier ? Quoi de choquant dans le fait que les beaux-arts s’ouvrent aux habitant-e-s, que les collections soient mises au profit du vivre ensemble ? Le musée ne doit plus être  uniquement au service de la compilation des savoirs et des impuissances curatrices des conservateurs, avec un public alibi ou otage. Le musée sensible doit faire plus de liens avec le vécu des habitant-e-s, les engager à participer, à créer du sens par des médiations risquées. Oui à un musée dynamique, un musée qui donne soif de s’en imprégner, pas de poser devant un petit carré de Van Gogh ou de Soulages, s’y faisant prendre en photo consommant sa barre de culture chocolatée.   

J’ai été bouleversé par l’exposition Sade au musée d’Orsay. Pas parce qu’il y avait des machines à hot dog – non, il n’y en avait pas, nul n’est parfait- mais par l’intelligence du dialogue établi entre l’œuvre de l’écrivain et des tableaux, des courts métrages de différentes époques et courants ; tout un agencement accessible, intelligent, articulé, qui offrait au public du matériel pour composer un présent étayant ses désirs, ses cauchemars, ses fantasmes, à partir de choix affirmés.  

Le MAH est riche de possible et d’un potentiel élevé. Ne manquons pas l’opportunité d’être secoués, émus, exaspérés, cultivés et choqués dans nos musées. Rénovons, étendons, repensons, travaillons les médiations. Si ce courant ne l'emporte pas, je pense que la place des musées sera bientôt au cimetière et que les parcs d’attraction les remplaceront adéquatement.

Cela vous choque ? Je dois vous l’avouer : moi aussi.

Sylvain Thévoz

13:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah, extension, rénovation, musées | |  Facebook |  Imprimer | | |