sylvain thévoz

12/02/2015

La rue et l'urne

Tous pourris, tous les mêmes, tous assis au pouvoir une fois qu'ils y sont parvenus!

Cette phrase, je l'entends souvent, c'est un peu la phrase du défaitiste ou de l'enragé: une phrase de dépit, de celles et ceux qui ont délégué non seulement leur faculté de décider mais aussi celle de croire que quelque chose d'autre que la défaite est possible.

Plus tu es éloigné du pouvoir, plus tu es convaincu que celui-ci est destiné à d'autres. Le premier pas révolutionnaire, dans une époque d'atonie, est de commencer par exercer ses droits, les défendre, réclamer, et étendre, pas de constater passivement leur effilochage. Je ne sais plus qui a écrit que le monde était dans un tel état parce que les hommes bons se taisaient. Il est aussi ainsi parce que les hommes en colère utilisent celle-ci avant tout contre eux-mêmes. 

Viser la lune (Amel Bent, Antonio Machado: même combat)

Plutôt que l'attente des grands soirs je préfère la célébration des petits matins, faire des petits pas, des pas timides ou rapides... les grands suivront. Je sais, ça ne sonne pas très glorieux, et pourtant, caminante no hay camino, se hace el camino al andar (marcheur il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant -A.Machado) Mettons-nous, pour commencer, en route déjà.  

Tu réclames la lune? Tu as bien raison. Mais pourquoi gardes-tu ton télescope dans un carton? Qui participera à sortir les outils de ta boîte, les monter? Qui ajustera les lunettes et l'optique? C'est notre boulot, membres de partis, d'associations, de faire ce travail de renseignement, de renforcement du pouvoir d'agir; de construire ensemble, avec ceux qui ont la tête dans les étoiles, des rampes de lancement.

Donnez-moi la lune ou éteignez toutes les lumières.

Attraction du tout ou rien, du trou noir ou de la dépendance. Le pouvoir de dire que tout est corrompu, que la confiance ne peut plus être donnée, c'est encore une étincelle, une énergie. On peut faire chauffer fort des moteurs avec cela, le retournement peut-être rapide. Le poison de l'abstention, s'il est bien utilisé est un bon carburant pour soigner celles et ceux qui ont oublié, une fois sur leur siège, de rendre service plutôt que de se servir, se coulant dans l'exercice de fonctions reconnues avec rentes de fonction.Mais pour cela il faut choisir, élire.

Avec des tripes, pas les titres

Comment filtrer le poison de l'abstention ? Avec ses tripes, pas des titres, en allant au contact par la parole et sa force de conviction. En affinant et clarifiant une conscience de classe, sa position dans la ville et le rôle que chacun-e est destiné à y jouer, les responsabilités à tenir. Il nous faut encore raccourcir les lignes de communication entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui leur ont délégué temporairement ce pouvoir. 

Alors, tous pourris toutes corrompus?

Au quotidien je côtoie des militant-e-s qui s'esquinent les ongles pour monter un stand, se gèlent les doigts pour gonfler des ballons pour les gamins, articulent des discours sur des questions fiscales, affirment petit à petit un point de vue affiné à l'école de la contradiction, dans la rue au contact de qui vient, par apprentissage réciproque. Je vois des heures de grignotage de rue, à éponger des mal être, des colères dirigées contre tout, rien : les frontaliers, les noirs les immigrés, celui, n'importe qui, qui dira le contraire et conduira à penser autrement. Tu veux la lune? Commence par écouter ton voisin, ça décape mais ça ramène bien sur terre. 

La démocratie du tapis roulant

Pourquoi donner ce temps à la collectivité ? Pour s'armer, se partager les armes intellectuelles et collectives dans la défense des droits et leur accroissement, par force de conviction et désir de mobilisation. Il n'y a plus beaucoup d'espaces où toutes les classes sociales, les origines, les âges se mélangent. Il y en a même bientôt plus que deux : la rue et l'urne. J'avoue, le pire, c'est quand ça passe tout droit, pressé, sans plus un regard ni une étincelle de curiosité. L'invective et l'insulte, c'est encore un sursaut ; le regard transparent, c'est la démocratie du tapis roulant, et ça fout les jetons. Au bout il y a un trou noir.  

Horizon avril-mai 2015

Elections municipales 2015, dans 45 communes, 1722 candidat-e-s, 620 femmes ont choisi de s'engager sur des listes pour défendre des choix de société et dessiner l'avenir, revendiquer un droit à la parole, à la contestation, avoir un bras solide, une voix dans les parlements ou aux exécutifs, au nom de et pour celles et ceux qui les y placeront. 

Les élections, ce n'est pas tous les 5 ans, c'est matin après matin, tous les jours, avec un droit de regard, un droit de rappel, et une nécessité de mettre les élu-e-s devant leurs obligation de service, jusqu'à la date de l'élection suivante. 

Il y eut un soir, il y eu un matin.

Il y aura une élection, encore, jusqu'à la révolution. 

 

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