sylvain thévoz

04/02/2015

Barazzone plus sectaire que les sectes?

Le Conseiller administratif Barazzone a décidé de refuser aux stands faisant de l’information spirituelle ou religieuse l’usage de l’espace public en Ville de Genève.[1] Après avoir lancé avec succès les Food trucks, consommation à l'emporter de nourritures et boissons, il a donc décidé d'interdire l’usage de l’espace public aux entités « quelles qu’elles soient, faisant la promotion d’activités de type religieux ou spirituel ». Cette décision est –euphémisme- pour le moins surprenante. Elle est même extrêmement grave et contrevient aux principes 3 et 25 de la Constitution Genevoise. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs que cette décision soit attaquée en justice.

Expression oui, prosélytisme non

Quelle mouche a bien pu piquer Monsieur Barazzone, du parti démocrate chrétien tout de même, de s’en prendre d’une manière aussi radicale à la liberté d’expression dont le drapeau a pourtant été hissé bien haut après les attentats sanglants contre Charlie hebdo. Serait-ce que la tenue de stand contrevient à quelque législation que ce soit ? Non. La Loi sur le culte extérieur (LCExt C4 10 ) du 28 août 1875 rappelle l’interdiction, article 1, de toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse sur la voie publique. Mais le stand d’information n’est pas mentionné et ne peut y être assimilé.

De plus, le rapport du groupe de travail sur la laïcité mandaté par le Conseil d'Etat n’a jamais envisagé cette mesure.[2] La page 36-37 de ce rapport doit absolument être lue, et visiblement Monsieur Barazzone a oublié de le faire : « Si le fait de diffuser dans l’espace public les éléments de sa foi est un acte, non seulement légitime, mais encore protégé par la Convention européenne des droits de l’Homme, il n’en demeure pas moins qu’intervenant dans ce même espace public, le harcèlement de tiers, en vue de les convaincre d’adhérer à cette foi, contrevient à l’ordre public. La jurisprudence du Tribunal fédéral permet aux autorités compétentes de distinguer entre la diffusion légitime et le prosélytisme invasif. Selon cette jurisprudence, chacun a le droit d’exprimer ses convictions à un ou plusieurs tiers dans l’espace public ; en revanche, si son ou ses interlocuteurs les rejettent ou refusent d’entrer en discussion, celui qui veut convaincre doit s’abstenir d’insister." Ce qu'il faut retenir : l'expression religieuse n'est pas la même chose que le prosélytisme. L'une est protégé par la Convention européenne des droits de l'Homme et la loi, l'autre est condamné.  Monsieur Barazzone, visiblement, a souhaité mettre les deux dans le même sac et les confond. Ces questions sont extrêmement sensibles. Elles doivent être traitées au cas par cas, pas dans le cadre d'une interdiction générale. 

Vous allez définir comment le spirituel ?

Maintenant, si l’on essaie de suivre un bout le choix du magistrat, on aurait envie de lui demander :  pouvez-vous me définir ce qu’est le religieux, le spirituel ? Pouvez-vous en donner une définition et une limite pratique ? Cela lui sera très difficile. C’en serait donc fini des pubs pour le yoga ou les stands d’information de bouddhisme ou de méditation zen et la location de petits espaces pour les scouts dont les buts et l’esprit peuvent être assimilés à une spiritualité ? Le risque d’arbitraire est immense, et on bascule ici dans son règne en prônant l'interdiction. 

Je regrette pour ma part fortement que les stands spirituels ou religieux se voient arbitrairement privés de leur liberté d’expression. C'est une atteinte à la Constitution et je crains fortement que cette diabolisation ne fasse le lit d’extrémismes. La décision de Monsieur Barazzone est-elle de lutter contre les dérives sectaires? Cette interdiction arbitraire les renforcera d'autant.

Interdire l'accès public a tous les groupes proposant la promotion "d'activités de type religieux ou spirituel" n’ouvre pas, dans ce cas, à un débat sur la laïcité mais sur la liberté d'expression et de pensées. Une bataille aussi mal engagée et menée de cette manière encourage l’arbitraire et décrédibilise les autorités.

C'est toujours, au final, une bien mauvaise manière de lutter contre les sectes en se montrant plus sectaires qu'elles.

Monsieur Barazzone pouvez-vous s'il vous plaît revenir sur terre ?

-ou à tout le moins commencer par choisir entre votre mandat d'élu de Genève ou de Berne, parce qu'à trop faire le conseiller administratif à temps partiel, et le communicant cumulard, cette affaire d'usage d'espace public laisse craindre une volatilité dans le suivi de vos dossiers et un risque pour l'état de droit -




[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Le-proselytisme-religieux-banni-des-rues-genevoises-28765234

[2] http://www.ge.ch/dse/doc/news/141111_Laicite_ComPannexes.pdf

16:58 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, espace public, sectes, barazzone | |  Facebook |  Imprimer | | |

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