sylvain thévoz

27/01/2015

Hainons-nous les uns les autres?

"Gauche bisounours", est un terme employé avec délectation et facilité par les membres du MCG et de la droite rigide. Elle renvoie la gauche en la caricaturant à une tendresse, une naïveté, une écoute excessive, une certaine passivité et une compréhension du monde enfantine qui la rendrait impuissante. Attributs donnés traditionnellement aux enfants ou aux femmes. Faire de la gauche un marshmallow bisounours, c'est faire étalage de son machisme et son paternalisme, bref entamer un acte de domination par le discours en cherchant à décrédibiliser son interlocuteur. Stratégie vieille comme le monde.

Ni bisounours ni punching-ball

Cette pseudo gauche bisounours n'existe pas hors de l'imagination de ceux qui projettent leurs difficultés et angoisses à accueillir le monde tel qu'il est, avec ses fragilités et failles, réclamant toujours plus de moyens pour les colmater. C'est du niveau de " c'est toi qui est le plus tendre pas moi ". Puisqu'il ne faut pas, surtout pas, donner le sentiment d'être compréhensif et dans l'empathie, non, mieux vaut direct le poing dans la gueule et "hainons-nous les uns les autres" comme nouvel évangile avec des terroristes islamistes partout, à chaque coin de rue.   


Ceux qui ânonnent "gauche bisounours" sont hantés par leur impuissance à contrôler le réel, impuissant devant leurs propres fragilités. Leurs discours martiaux et la mollesse qu'ils prêtent à leurs adversaires politiques leur permet l'exorcisme de dire "tapettes" ou "gonzesses" avec jubilation; ils ne s'en privent pas d'ailleurs. C'est le moto du macho MCG qui de procès en excès, de démesures en mépris, s'empêtre dans ses contradictions et son impuissance, bandant ses muscles pour s’assurer qu’il ne tremble pas. Le MCG n’est pas l’expression d’une colère, mais la tristesse d'un désarroi couvert d'une voix forcée pour donner le change.

Le débat politique serait donc une lutte de domination et de pression, de déconsidération et de rabaissement. Et les enjeux pour le bien commun rabaissés à la lutte pour les parts de marchés électives. Cette stratégie de rigidification accentuée des rapports sociaux et de tension coûte cher, amène au final plus de cassures... et finit par lasser.

Votons votons votons

Serait-ce, à l'aube d'élections municipales, tout le champ des possibles et du discours que nous pouvons attendre du microcosme politique? Si cela se vérifie, les abstentionnistes feront un triomphe en avril et en mai. Le politique ne pourra jamais rivaliser avec un clip publicitaire ou une bonne baston, pourquoi préférer la copie à l'original? A combien devra monter encore le pourcentage d’abstentions pour acter le fait que cette manière de construire une collectivité est un échec?  

Tu fais l'effort, je te domine, ok?

Mais quoi, parce que nous ne savons toujours pas comment construire les uns avec les autres, il faudrait nous haïr? L'échec complet de la "droite rigide", reste son incapacité à produire un discours sur le vivre ensemble, à articuler des idées sur la manière de le réaliser au-delà des chiffres et des effets de manche. Les affiches de campagne au Conseil Administratif de la Ville de Genève des candidats Buffet-Desfayes, Genecand et Conne, PLR, sont édifiantes. Elles tiennent sur trois culs de bus : -10% d'impôts / + 800 logements / +1200 places d'accueil pour nos enfants, sans expliquer bien sûr comment seront réalisées des augmentations de prestation en baissant simultanément les revenus de la collectivité.

Confronté, le PLR réplique : "nous augmenterons l'efficience". Discours éculé, qui laisse entendre qu'il y a encore du gras, du mou, de quoi pressuriser davantage les corps au travail pour leur faire effectuer toujours plus de tâches avec moins de moyens jusqu'à rendre l'âme ; qu'il faut lutter contre les abus, ces derniers étant bien entendu toujours l'apanage des pauvres et des précaires, limités à une classe.

Je crois les citoyen-ne-s fatigué-e-s de cette rhétorique, du toujours plus d'efforts au profit d'autres, laissant, exonéré, le pouvoir des forces de l'argent et du réseautage.  

Barazzone.calculette

Le bilan du Conseiller administratif Guillaume Barazonne est un bel exemple de la politique de la calculette. Ne cherchez pas son visage, ne cherchez pas une présence, ni une expression dans son clip de campagne. Voilà des chiffres bruts, des nombres, une voix monocorde et une linéarité parfaite. [1] C'est d'ailleurs la même construction de clips et boîte de production que celle de la campagne contre les forfaits fiscaux commanditée par le Centre Patronal, la Fédération des Entreprises Romandes, la Chambre de Commerce d’Industrie et de Services de Genève.[2] Si les campagnes se suivent et se ressemblent, faut-il conclure que ce sont les mêmes qui paient les spots web stéréotypés où logotypes et statistiques sont mis en avant au détriment des liens et du relationnel?

Enigma rend l'âme

Ah c’est si simple le monde expliqué par une entreprise de « strategy and branding » pour qui le politique est avant tout du business et de la communication, la promotion d’une marque, ici: Barazzone.com entendu comme vente d'un produit. Voilà un nouveau trend, avec des sièges urbanature en plastique où les pouvoirs de l'argent s'achètent un politique à bas prix; la boîte de com enigma devient faiseuse de rois. 

Vous me direz peut-être, c'est l'époque  qui veut ça : Des chiffres, des stats, le toc de l'efficience et le tic des finances servant la lutte des places et des egos. Si c'est bien l'époque qui veut ça, il s'agit d'exercer son droit à la contrer. C'est là que se situe la distinction de la gauche pour qui  l'humain sera toujours au centre des préoccupations et l'indignation première, où ce n'est pas la fatalité qui fait règle ; pour qui la complexité du réel demandera toujours plus  de moyens qu'un clip fastfood type Mac Do, ou le karcher de ceux qui veulent nettoyer un quartier en 60 jours, avec la pédagogie suave et faisandée d'un conseil d'administration bancaire. 

Hainons-nous les uns les autres ?

Hainons-nous les uns les autres n'est pas mon évangile. Je le laisse à ceux qui voient des bisounours partout et leur cauchemar social comme un fond de commerce. Face à cette entreprise de vente idéologique d'un modèle sociétal clos sur lui-même et auto promotionnel, nous devons creuser et agrandir des espaces pour accélérer la circulation d'idées et entamer cette rigidité, avec un modèle de sensibilité qui relève de la ruse et de la guérilla élective, une sorte de tai-chi politique et éthique où la parole reprendra sa place et les réflexions leurs fonctions comme sur une place athénienne, une assemblée de village.. ou une cabane dans les branches. 

Les boîtes de com et les spots télévisés n'auront pas le dernier mot, ni sur le fond ni sur la forme. 



[1] https://www.youtube.com/watch?v=ZvhtXaaixxs&spfreload=10

[2] https://www.youtube.com/watch?v=QTW6fS7LNZg&spfreload=10




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