sylvain thévoz

31/12/2014

100 bonnes raisons de fêter la nouvelle année ( à l'attention des grincheux)

Parce que c'est peut-être la dernière fois.


Parce que les voisins n'oseront pas appeler la police avant 3 ou 4 heures du matin. (j'en fais le pari, les miens sont désormais prévenus).

Parce que la police n'osera pas venir. Pas un 31 quand même...


Parce que même le foot et le hockey sont en arrêt à la télé. Tu veux vraiment regarder des dessins animés le soir de Nouvel An?

Parce que c'est en chantant que l'on devient chanteur, en dansant que l'on devient danseur, en fêtant que l'on est joyeux, et...en se souhaitant la bonne année qu'elle le sera... enfin, je le crois.


Parce qu'on en fait un tel foin, à la radio, la télé, au bistrot du coin, qu'on n'y échappera pas.

Tout animal a trois modes de réaction à l'agression : la fuite, la soumission et l'attaque. On ne va quand même pas, un 31, mordre celui qui nous souhaite la bonne année, reculer dans les bois face au grand saut ?

Parce que le tricot peut attendre.


Bachar El Assad toute l'année, ça ne te suffit pas? Tu veux vraiment lui donner l'emprise sur toutes, TOUTES, tes soirées ?


"Une maille à l'endroit, une maille à l'envers" peut être pratiqué dans l'espace public aussi.

Parce qu'il n'y a de toute façon plus d'autre thème qui vaille, ni de sujet de conversation. Le réveillon, c'est un raz-de-marée. Il faut nécessairement qu'il recule avant d'aller se promener pour ramasser des coquillages sur la plage.


Tu n'as pas assez vu la tête de Poutine cette année?

Pour s'éviter la honte de : alors tu as fait quoi? - autant s'occuper-.

J'ai mangé un pot de yogourt en regardant la télé avant d'aller me coucher n'est pas une excuse valable. On n'est pas rebelle en mettant ses chaussons, en tirant les rideaux et montant le chauffage.... même un 31.

C'est pas parce que tu es grincheux que tu es cool.


La rébellion réside dans la joie.

Alain Morisod n'est pas un compagnon de réveillon digne de ce nom.


C'est pas l'Homme qui fait le réveillon, c'est le réveillon qui fait l'Homme chantait bien Renaud.


Si tu ne veux pas faire comme les autres, invente quelque chose de neuf.

Parce que réveillonner est la fête sociale par excellence. La vivre seul, c'est un onanisme social bon pour l'église catholique. C'est un truc à finir sourd, barricadé chez soi, avec les urgences médicales à la porte (que tu n'entendras même plus).

Les chrétiens ont Noël, il faut bien que les païens résistent.

Cela fait trop longtemps que l'on n'a plus entendu Bonnie Tyler, Abba et Boney M dans la même soirée (même si, en général, ils chantent ensemble)

Mieux vaut une bonne cuite que la schizophrénie. A force de balancer entre je fête je fête pas, il faut trancher.

Si tu restes dans ton lit à écouter Brassens (qui a écrit une chanson sur son aversion du 14 juillet, pas sur le réveillon, je rappelle) il faut au minimum un chat et une pipe.

Parce qu'avec tout ce que tu manges depuis des semaines, de repas en soupers de famille, tu doit danser un peu aussi.

Souffler sur ses doigts dans le froid, ça active la circulation. L'exercice, est bon pour la santé.Tu pourras te luger à 4 heures du matin.

Personne n'a pris un rhume après avoir été arrosé de champagne un soir d'hiver. Tu peux te croire à Spa Francorchamps ou au sommet de l'Alpe d'Huez quand on te salue au mousseux.


Parce que ce n'est pas le 31 qu'il faut faire fonctionner tes neurones, mais tout le reste de l'année.

Parce que même si le prosecco vient de Denner et que ta femme en profite pour en embrasser d'autres (ne fais pas ton grincheux, elle a raison de s'amuser) le 31 c'est une part de rêve, et tu te réveilleras toujours demain, avec ou sans confettis dans les cheveux.  


Tu trouves toujours que les gens font la gueule. Pourquoi prendre une mine renfrognée quand tout le monde te sourit?

Puisque tu râles au quotidien qu'on ne se dit plus bonjour, ne se tient plus les portes, ne se lève plus dans le bus afin que les anciens s'assoient. Ce soir tu peux dire "bonne année" à une foule d'inconnus, faire de nouvelles rencontres, embrasser quiconque, profites-en!

Tu trouves que c'est trop forcé, que c'est artificiel? Quand on t'aura mis une valve aortique en métal, tu changeras peut-être d'avis. 

Parce qu'il y a des gens dans des hôpitaux qui ne peuvent même plus remuer le petit doigt, et qui n'arriveront pas à minuit.

Parce que tu peux faire un compte à rebours dans la joie, c'est si rare aujourd'hui.

Parce que tu peux chanter, rire, faire l'amour si tu veux. L'orgasme de minuit, c'est un joli feu d'artifice....  

Parce qu'on est contraint de bosser pour gagner sa vie. Pour une fois que tu es obligé de chanter et danser, tu aurais tort de t'en priver.

Mieux vaut fêter le 31 que bosser le 5 janvier.

Ecrire un texte là-dessus, j'aurais peut-être pu m'en passer, oui c'est vrai. Tu as raison mon grincheux, allez  :

BONNE ANNEE! SOIS HEUREUX !


http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/nouvel/

 

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27/12/2014

Un pape avec du peps

Je faisais, j'avoue, partie des sceptiques lors de l'accession au pouvoir de Jorge Mario Bergoglio au rang de pape en mars 2013. Je percevais le pape François comme un prêtre ayant raté le train de la théologie de la libération, en tous les cas, toujours marqué une distance avec le mouvement de lutte pour la liberté et la dignité humaine en Amérique latine; avait même passivement plutôt lutté contre [1]. Le mouvement de la théologie de la libération, par sa fameuse méthodologie empirique  : voir / juger / agir, engageait l'évangile à changer le monde, et n'esquivait pas les enjeux politiques de celui-ci.

Je croyais donc le pape François destiné à être un pape de plus dans la longue lignée de papes conservateurs, réactionnaires,racoleurs, demeurant au service d'une église et oubliant d'être au service du monde, servant avant tout la perpétuation des rentes de situation et la popularité mièvre des icônes.

L'écho sur-médiatique donné au nouveau pape n'était pas rassurant. J'y voyais avant tout une machine de promotion de ce qui est inoffensif, charitable, et donc fidèle à une image très consensuelle de la foi et de la fonction d'un pape de décoration que l'on sort de la napthaline à Noël ou à Pâques. Plus les médias tournent autour d'un objet, plus il est insipide en général (ça doit bien se trouver quelque part dans les Evangiles d'ailleurs). 

Un message à la Curie qui secoue l'encensoir 

Entendre les voeux de Noël du pape à la Curie m'a fait reconsidérer mon point de vue sur François [2] . Parce qu'enfin un homme dit ses quinze vérités aux membres d'une institution en panne de renouvellement et de discours spirituel. Enfin, un pape met le doigt sur les travers de l'institution ecclésiale et sur ces vieux messieurs confits dans leurs fonctions. Pertinence et puissance sont bien présents dans la description minutieuse, par le pape, des maux qui rouillent l'église.

Prenant assise auprès des pères du désert, faisant ce qui, pour un marxiste, est une autocritique, ce qu'Edgar Morin a si bien réussi à faire [3], dressant un catalogue des maladies spirituelles auxquelles est sujette l'institution et ceux qui la font vivre, le pape porte une charge universelle qui va au-delà de l'église et peut-être appliquée à toute institution où l'appétit du pouvoir l'emporte sur les idées; où l'usage de celui-ci l'emporte sur le service; où l'abus de puissance étouffe ceux que le pouvoir est censé servir, s'en trouvant accaparé par quelques happy fous. 

Que dit François ? Il dénonce 15 maladies spirituelles

François dénonce la Curie comme un corps porté aux maux quand il ne prend pas soin des maladies qu'il génère. Ceux-ci sont au nombre de 15. La maladie de ceux qui se transforment en patron et se pensent supérieurs à tous ;  la pathologie du pouvoir qui découle du narcissisme ; la maladie de ceux qui ont un coeur de pierre et se cachent derrière des papiers, devenant des bureaucrates coupés de leur sensibilité ; la maladie du fonctionnalisme et de la planification minutieuse poussant à devenir des petits comptables frustrés. L'alzheimer spirituel conduisant à la dépendance. La schizophrénie existentielle, recours à une double vie pour combler la vacuité spirituelle; le terrorisme des ragots,  conduisant à céder à la rivalité ou à la vantardise; le carriérisme et l'opportunisme; l'indifférence aux autres. La maladie du visage funéraire, consistant à poser sur son visage un masque de sérieux pour toujours bien montrer que l'on est archi occupé ou important). La maladie de vouloir toujours plus de biens matériels, l'avidité, celle des cercles fermés, qui mettent l'appartenance à un groupe au-dessus de celle du corps social; la recherche du profit mondain, de prestige par la calomnie et la médisance d'autres.

Il faut écouter comment il décortique ces maladies, avec quels mots précis, soigneusement choisis il les évalue; et combien ces mots peuvent s'appliquer très bien à bon nombre d'institutions laïques, sociales, culturelles, politiques.


Un François chasse l'autre

Je suis chrétien, je ne suis pas catholique. Je suis socialiste. J'ai soutenu et voté François Hollande. Je me suis réjouis de son accession au pouvoir, le défendant jusqu'à ce que la lâcheté de sa position durant l'agression israélienne sur Gaza soit la goutte finale qui me fasse lâcher prise.

Aujourd'hui, des deux François, il est piquant de constater que celui dont je doutais le plus me semble le plus à même de relever les défis et avoir un regard critique et radical sur le monde. Celui que je soutenais tout d'abord me paraît réduit à gérer l'urgence au mieux et patauger dans un bourbier médiatique et politique, dans lequel il est au mieux condamné à surnager, au pire à couler à pic, dans un exercice d'impuissance qui frise le ridicule ou la contrition.   

Le pape François donne du peps, oui, une énergie concrète pour repenser un monde moins corrompu où le pouvoir ne serait plus accaparé par des groupes auto-suffisants et égocentrés. Si le mot éco-socialisme a été beaucoup utilisé, celui de socialisme spirituel doit  être repensé, en étant plus attentif aux développement, en Amérique latine, à partir de la théologie de la libération, des mouvements de libération et d'émancipation de catégories entières de population et de balance de pouvoirs modifiés.   

La véritable révolution à venir sera socialo-spirituelle. Cette révolution intime et intérieure, doit être menée sur les barricades de l'éthique et de la conscience en plus de la lutte pour l'amélioration des conditions matérielles d'existence. Si elle échoue, on assistera comme annoncé à l'apocalypse écologique, migratoire, ou guerrière... what else?  

 

Les 15 maladies de la Curie selon François :

Se croire immortel, immunisé ou indispensable.

Trop travailler.

S'endurcir spirituellement ou mentalement.

Trop planifier.

Travailler dans la confusion, sans coordination.

L'Alzheimer spirituel.

Céder à la rivalité ou à la vantardise.

La schizophrénie existentielle (recourir à une double vie pour combler sa vacuité spirituelle).

Le terrorisme des ragots.

Le carriérisme et l'opportunisme.

L'indifférence aux autres (par ruse ou jalousie).

Avoir un « visage funéraire » (pessimisme, sévérité dans les traits).

Vouloir toujours plus de biens matériels.

La formation de « cercles fermés » qui se veulent plus forts que l'ensemble.

La recherche du prestige (par la calomnie et la discréditation des autres).



[1]  http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/14/jorge-bergoglio-n-est-pas-le-pape-des-pauvres

[2]https://www.youtube.com/watch?v=LsFwjtIoVJw&spfreload=10

[3] Edgar Morin, Autocritique, Seuil, "Points essais", 1994 (Nouvelle édition)

20:58 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : curie, pape, françois, noël | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/12/2014

Fêter Noël comme il se doit

Glisser vite entre deux voitures. Passer tout juste. Farter ses lattes. Prendre l'arbalète du bout des doigts. Et le caddie. Appuyer sur les freins. Acheter 6 litres de lait, un pack de miel. Virage des caisses. Retirer le clou de la chambre à air, poser sur la fuite son doigt. Marcher tout droit sans regarder à gauche ni à droite. Hémorragie d'apéros. Devenir bulles. L'ivresse est triste dans la ville. Signaler à l'ami le drôle de sourire qu'il porte depuis des lustres. Retirer les coquilles la paille de ses yeux. Nettoyer ses lunettes. Dépoussiérer la crèche. Retourner dormir sous la couette. Faire bon usage des trous de souris. De l'étoile pour bergers et de la graisse. Aller voir Sade à Bodmer. 


Il 

Changer de perspective. Choisir radicalement entre le désir et la névrose. Inviter son voisin à monter sur le toit. Fuir le marchand de sable. Guet-apens pour Morphée. Un paquet de tuiles. Le collabo intime cherche la correction politique pour accroître son emprise. Roberto Zucco. Nourrir les moineaux et le renard de lard. Refuser le graphisme de plus, le diagramme de trop, l'administrateur supplémentaire. La petite musique qui sort du ventre en plastique. Joli logo du père Noël. Casser les prix. Roter la dinde. Les vers de terre jouent leur part dans les glissements de terrain. Libérer les animaux. Dire non, niet, pas plus loin. Ou encore. Dans toutes les langues, faire du silence un chant d'église. Et la famille? Et le sujet? Faire bon usage des trous de souris; des sabots gris des moutons. 

 

est né

La caserne de pompiers est en alerte. Allumer toutes les bougies. Poser son doigt devant la bouche. Ses lèvres sur l'orifice. Dire chuuuuut très bas. Dernier trait du calendrier. Allelouhia. Slalomer sur la piste entre briques de verre et bouchons de muscat. Marcher ou pas. Penser aux piquets de plastique. A Ingemar Stenmark, à Nabilla, au sprint de Mario Colonna. Recevoir les voeux de Noël du président, vice-président, conseiller d'Etat, d'Ueli Maurer du pape et d'Obama. Voir passer la charrette remplie de têtes et de bras. Murmurer tout bas ce qui ne se crie pas. Pourquoi les fous foncent dans la foule? Pourquoi la foule sur le foie gras? Se relever au milieu de la nuit. Le sapin bien en place. Tout va. Tout va.


le divin

Faire et refaire la grève. Occuper le vide entre les lignes. Zapper tous les best-off 2014, compilations, montages toxiques, rembobinages, remémorations et diverses propaganda. Faire diversion. Arrêter la petite musique. Tirer sur la corde des cadeaux jusqu'à ce que vienne le costume du père Noël et de tous les papas. Tenir bon la ficelle. Ne pas lâcher. Effacer les traces comme un indien. Préparer l'embuscade. Ne rien planifier pour le 31. Faire bon usage des nids d'aigle. 


enfin

Refuser la trêve, récuser la pause. Puisque tout continue, attaquer par le flanc. La dent crénelée. Le langage codé. L'incisive devant. On se comprend. Passer à une autre vitesse. Approfondir le souffle. Ne pas se prêter au jeu. Ne pas demander d'intérêts. Sourire seulement intérieurement. Un sauveur vous est né: à Bethléem ou à Gaza? Dans l'étable, à l'usine, le dernier i-phone 6. Grossir la file d'attente? Pour aller où? Boycotter Morisod, TF1, la soupe tiède de la RTS. Entrer en dissidence. Aller dans les bois. Hululer pour la chouette. 

Anticiper le temps des bonnes résolutions, des cerises, des défaites, des cabanes accueillantes. Et sur le seuil. 

Et dans l'hiver

Et dans la joie   

Fêter Noël

Comme il se doit.

 

 

 

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19/12/2014

Occupy Hong Kong / Occuper l'urne

occupy-umbrella.jpg« Occupy central » le mouvement de désobéissance civile à Hong Kong a été réduit au silence. Les derniers étudiants sur place ont été chassé du centre-ville. Quels enseignements tirer de l'occupation des rues de Hong Kong? Tout d'abord, la force du mouvement démocratique.

Le déclencheur de la crise

Août 2014, le gouvernement chinois annonce qu’en 2017 les élections du conseil exécutif de Hong Kong ne se feront pas au suffrage universel. La réaction des gens de la rue ? Pour un certain nombre : l'indifférence. Venant de Chine, éduqués en Chine, ils ont toujours cette pensée que le parti communiste est bon et l’influence de Mao est opérante. Les chansons de la révolution culturelle de Mao sont encore chantés par l'ancienne génération. Les jeunes, les plus éduqués, désirent autre chose. Ils comprennent ce qu’est le parti communiste chinois. Mais l’environnement politique est faible à Hong Kong. ll y a peu de gens qui façonnent l'opinion publique et peu d'information concernant la politique. Les candidats qui peuvent gérer et politiquement diriger HK sont peu nombreux.

Dès le 28 septembre, les gens investissent les rues. Ils sont confrontés à la répression de la police qui fait prendre plus d’ampleur à la situation. Les manoeuvres des pro-chinois cherchent à décourager le mouvement, engageant et payant des mafias pour perturber, intimider et discréditer les manifestants. Aux intimidations, le discrédit a été ajouté.  « Apple Daily », le quotidien démocratique de Hong Kong, a été accusé de travailler pour les anglais et les américains. Les manifestants tiendront deux mois et demi.

images.jpg

Prendre place !

De l'occupation de Wall Street aux place Taksim (Istambul), Tahrir (Caire), à la mémoire de Tiananmen, les lutte politiques sont désormais des luttes dans les villes et pour les places.


Tu es dans le cerveau du monstre

Depuis plus d’une année, le mouvement « occupy central » était en réflexion sur l’action à mener. Elle n’est pas venue du jour au lendemain. Deux associations d’étudiants l'ont conduite. Un square, situé en face des bureaux du gouvernement, a été ciblé. Le gouvernement a essayé de bloquer son accès. Peine perdue. Le 26 septembre 2014 les étudiants tiennent des manifestations à l’extérieur du square, puis réussissent à y entrer pour s'y asseoir pacifiquement. Sitôt le square occupé, le projet de bloquer la route principale puis « Central », coeur du business et de l’économie à Hong Kong est né. Objectif : avoir un impact maximum et faire pression sur le gouvernement. Bloquer les flux économiques, les centres urbains. Immobiliser le trafic est l'enjeu des luttes politiques et citadines. On repense à cette phrase de Ché Guevara à Jean Ziegler en 1964 : "tu es dans le cerveau du monstre. Ton champ de bataille est ici".

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Les raisons de la révolte

Depuis 1997, année du retour de Hong Kong dans le giron chinois, la ville a un statut spécial. En 1997, première élection : les candidats qui pouvaient concourir à celle-ci sont au nombre de 800. La plupart, membres d’instances pro-chinoises. Il y a bien deux ou trois autres candidats pour faire de la figuration, mais les dés sont pipés.

Aujourd'hui, la démocratie est un vernis fragile. La plupart des organisations ou journaux à Hong Kong sont placés sous influence chinoise et un grand nombre de pages sont consacrées à des actions pro-chinoise et à la propagande d’état. Au fur et à mesure que les années passent, la propagande se  durcit. Lorsque Hong Kong est revenu dans le giron chinois, le gouvernement a annoncé que rien n’allait changer pour 50 ans. Mais les choses changent, rapidement! Si, avant 2003, il était nécessaire d’avoir des visas pour venir à Hong Kong, y voyager désormais sans contraintes administratives est facilité. De nombreux migrants, pauvres, y cherchent une vie meilleure, encouragés par le gouvernement de Beijing. Cela provoque des conflits importants entre les habitant-e-s de Hong Kong et ceux des territoires continentaux. Les prix augmentent. Un puissant rapport de force portant sur l’influence et l’idéologie est à l’œuvre par le biais de ces migrations. Que signifie "être chez soi" quand le propriétaire change ?


images1.jpg Comment va évoluer la situation ?

Les places sont désormais nettoyées. Le mouvement a été stoppé. La majorité des personnes qui participaient à «Occupy Central » étaient des étudiants. Pour le reste : des travailleurs provenant de la middle-class, excédés de payer trop pour voir leurs conditions se dégrader. Le mouvement « Occupy Central » était un mélange de différentes revendications qui se sont cristallisées à un moment donné. Mais si beaucoup de gens à Hong Kong sont restés silencieux, cela ne veut pas dire qu’ils s’en foutaient, ni qu’ils étaient désinvestis. La plupart veulent pouvoir maximaliser leur usage personnel. Lorsqu'ils sont affectés dans leur vie quotidienne, parce que les transports sont entravés, le nettoyage des places impossible, leur attitude évolue. 


urne_et_main_votant1_1.jpg"Occupy l'urne" 

L’idée d’occuper les centres économiques est importante. L'idée de bloquer les flux de mouvement centrale. Mais changer les mentalités et les idées des gens doit être une priorité. En Suisse, l'occupation des lieux urbain ne peut être perçu que comme un geste ultime, la grève des TPG l'a démontré. L'élection et la votation le précède largement, dans un système permettant la représentativité politique, et un accès libre au suffrage universel.

"Occupy l'urne" doit être un cri de ralliement dans une année 2015 où les échéances municipale (avril-mai) et fédérales (octobre) occuperont le devant de la scène.

Hong Kong est Hong Kong, la Suisse est la Suisse. L'accès à l'urne nous est libre, investissons-le.     

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18/12/2014

Hamas- Israël : Je te tiens tu me tiens par le terrorisme ....

Si le dégel des relations entre Cuba et les Etats-Unis retient aujourd'hui toute l'attention de la presse, il est une autre annonce qui a, cette semaine, le poids de changer l'histoire et marque un tournant important dans la géopolitique mondiale. C'est la décision prononcée par la justice européenne d'annuler, pour vice de procédure, l'inscription du mouvement palestinien Hamas sur la liste des organisations terroristes de l'Union Européenne. Celle-ci a été prise en rappelant que l'inscription du Hamas sur la liste était fondée "non pas sur des faits examinés et retenus dans des décisions d'autorités nationales compétentes, mais sur des imputations factuelles."[1]

Terroriste, vraiment? 

Quoi, la justice européenne balaie ainsi pour vice de procédure une décision qui date de 2001! Incroyable. Cela montre combien les décisions de "justice" sont politiques et ce qui semblait une vérité brute un jour relayée par la bonne presse peut tomber du jour au lendemain. Et pourtant, qui peut dire que le Hamas d'aujourd'hui est différent de celui d'hier? Personne. Que reste-t-il alors des arguments de ceux qui se sont gargarisés du terme de terroriste pour diaboliser leur ennemi? Rien. Benjamin Netanyahu a beau vociférer, exiger que l'Union Européenne replace immédiatement le Hamas sur la liste des organisations terroristes, quelque chose est fondamentalement en train de bouger dans la politique européenne envers Israël.

La rhétorique du tout terroriste a fait son temps

Israël paraît avoir épuisé tout le bénéfice qu'il pouvait tirer de la rhétorique terroriste instaurée par Georges Bush et ses amis suite aux attentats du 11 septembre 2001. Benjamin Netanayahu va faire pression pour que «le Hamas reste en fin de compte sur la liste des organisations terroristes». Il va activer les pays européens amis afin qu'ils présentent des appels à la décision. N'empêche, il aura beau faire, le citron a été bien pressé, la rhétorique terroriste usée jusqu'à la corde. Il semble que les crimes de guerre à grande échelle commis par Israël cet été et la mobilisation grandissante de l'opinion publique, aient fait basculer les rapports de force. Si le Hamas devait être maintenu sur une liste terroriste, la moindre des choses serait désormais d'y ajouter Israël.


Les défaites politiques d'Israël

Si Israël enregistre défaites sur défaites politiques, [2] le soutien de son grand frère américain semble indéfectible, mais jusqu'à quand. Si un nouvel héritier de la dynastie Bush ne revenait pas au pouvoir à Washington, un changement de cap ne serait-il pas aussi envisageable? Un changement n'a jamais été aussi proche dans les rapports de force au Moyen-Orient.

Le mécanisme de chantage à l’oubli par l’Europe de la Shoah qui donne un blanc-seing et un droit de massacrer à Israël est en train de s’effilocher. Netanyahu va trop loin lorsqu'il prend à partir les européens en jouant du chantage: " trop de gens en Europe n'ont rien appris de l'histoire sur une terre ou six millions de juifs ont été massacrés. Mais nous en Israël, nous avons appris nos leçons"[3] Ce chantage à la Shoah pour légitimer une colonisation et le maintient d'un peuple sous sa botte à force d'être utilisé d'une manière trop complaisante, et de placer la raison d'état au-dessus des droits de l'Homme fragilise à la longue la crédibilité politique de l'état d'Israël et la croyance dans sa volonté sincère de chercher une solution politique à ce conflit. 

 

Le premier de nous deux qui cèdera...

Au jeu du "Je te tiens tu me tiens par le terrorisme, le premier de nous deux qui cèdera..." il semble qu'Israël fasse la grimace et perde du terrain. Il est à souhaiter qu'à Tel Aviv, une nouvelle politique voie rapidement le jour. Si les temps changent même pour Cuba, ils changeront pour d'autres aussi. Si la politique israélienne demeure cantonnée à celle du déni, du chantage et de la colonisation, il apparaîtra rapidement que des deux frères ennemis, le terroriste n'était peut-être pas vraiment celui que l'on pensait. Alors non seulement les listes, mais aussi la réalité sur le terrain, devront bien être modifiées afin de traduire la réalité du droit et sa prééminence nécessaire sur le politique.      



[1] http://www.leparisien.fr/international/l-ue-retire-le-hamas-de-la-liste-des-organisations-terroristes-17-12-2014-4381091.php

[2] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/13345895

[3] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20141218-israel-mauvaise-journee-benyamin-netanyahu/

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17/12/2014

Prostitution ou famille?

aspasie, prostitution, famille, Prostitution ou famille ? L'équation ne se pose pas en ces termes. Pour un grand nombre de travailleuses du sexe, la famille leur est consubstantielle et leur défi est de conjuguer leur pratique de la prostitution avec la famille. Le nouveau numéro Mots de Passe de l'association Aspasie sort de presse ce jeudi. Il sera offert au centre Grisélidis Réal et lève le voile sur un côté socialement escamoté des travailleuses du sexe. Ce n'est pas qu'il y a d'un côté la maman et de l'autre la putain, comme dans le film d'Eustache, non, la maman et la putain sont réunies dans la même personne. 

Libérer la parole

Ce numéro de la revue Mots de Passe offre la parole aux travailleuses du sexe. Il leur donne de l'espace pour exprimer leur rapport à la famille, un rapport trop souvent encore fait de honte, de dissimulation, en parallèle d'un grand courage leur permettant, dans des conditions économiques difficiles, de gagner de quoi vivre et faire vivre, et conquérir une plus grande sécurité dans l'existence. LA prostitution n'existe pas. Il y en a plusieurs, en regard du lieu, du contexte, de l'âge et des moyens de celles qui l'exercent. Il n'y a pas une seule manière de se vendre, il y en a des milliers, et celle de négocier une prestation de son corps n'est pas la plus dégradante pour l'être, loin s'en faut.

Les représentations de ce qu'est une prostituée sont encore socialement archaïques. Les trajectoires sont multiples et ce travail, à temps partiel ou le temps d'une saison, temps infini pour certaines, laisse un temps pour beaucoup d'autres choses qui sont le quotidien de chacune et construisent des identités diverses. 

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Dépasser les stéréotypes

Ce numéro de la revue Mots de Passe est à lire de toute urgence, parce qu'il dévoile une parole reléguée et brise les stéréotypes sur ce métier exigeant. Allant au boulevard des Tranchées, on est marqué par l'extrême exposition des travailleuses du sexe, soumises aux aléas des clients, des voleurs qui rôdent, à la bêtise des mâles faisant des tours en voitures, voyeurs; aux abrutis du samedi soir mais du jeudi aussi, à ceux qui abandonnent les filles en rase campagne après avoir joui.

Des paroles fortes

Comment ne pas être marqué par le témoignage d'une femme qui dit: du moment que tu te mets là, tu acceptes que tu peux mourir à chaque instant, ou presque, ça fait partie du travail. Elle a développé une manière de demeurer en vie tout en sachant très bien que, malgré tout, cela ne dépend pas que d'elle. Témoignage de cette femme aussi, qui garde une pierre prise dans un bas, pour se défendre au cas où, et raconte en riant la fois où elle l'a assénée sur le bras d'un voleur qui lui tirait son sac. De cette autre encore, toujours attentive et en alerte pour savoir avec qui elle monte, des précautions à prendre. Mais si le danger dans l'espace public est une chose, le risque du dévoilement de son travail face à sa famille est encore différent. Alors, comment bougent-ils, sous le maquillage, ces yeux plissés et soucieux d'une mère pour son fils ? Comme se gère la séparation entre l'affect et le travail, les prestations vendues et les sentiments personnels... est-ce si différent de ce que tout le monde vit finalement, au quotidien? 


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La famille

Dans un sac à main la photo du fils ou de la fille, l'enveloppe scellée du non-dit aux parents, à la famille. Il y a toujours un lien quelque part, une histoire de vie, un rapport intime, profondément humain avec ceux dont elles ont reçu la vie, à ceux à qui elles l'ont donné.

Mais pas de misérabilisme ni de charité. Une femme affirme que c'est là un métier idéal pour une maman; une autre qu'elle a trouvé dans la prostitution une expérience de vie où s'affirmer, se détacher, se découvrir et prendre du plaisir. Il ne s'agissait pas, dans ce numéro Mots de Passe, de faire l'éloge de la prostitution, mais d'aller à la rencontre des travailleuses du sexe et de celles et ceux qui travaillent à leur côté, et sans pudibonderie, ou protectionnisme charitable, de leur donner la parole et d'entendre le plus distinctement possible ce que la famille représente pour elles.

Cette parole authentique, directe, parfois crue même, exprime ce qu'est la vie d'une prostituée à Genève, mais aussi ce qu'elle est partout ailleurs dans le monde : la vie d'une femme, d'une mère, d'une soeur ou d'une fille. La vie d'une travailleuse dont le sexe est l'outil intime, politique, et commercial. 


Numéro Mots de passe : Prostitution et famille, Aspasie, décembre 2014. Photographies, Eric Roset. 

Lancement : Jeudi 18 décembre 18h au centre Grisélidis Réal (6 rue Amat). Présentation de la revue, lecture, vin chaud. 


www.aspasie.ch

 

 

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12/12/2014

Génocide des Arméniens : un Conseil d'Etat complice du négationnisme?

mémorial,génocide arménien,genève,conseil d'etat,burkhalter,droits humains,négationnismePourquoi l'établissement d'un monument à la mémoire du génocide arménien est-il si compliqué à Genève ? Parce que le Conseil d'Etat n'ose pas prendre de décision, comme il s'y est habitué depuis le début de sa législature. Et que se passe-t-il quand on ne choisit pas? D'autres le font à votre place. Cette semaine, c'est le PLR et conseiller fédéral Didier Burkhalter qui s'est permis de dire à Genève ce qu'il faut faire du monument à la mémoire du génocide arménien : ne pas le placer dans le parc du musée de l'Ariana car trop proche de l'ONU; autant dire, l'enterrer ailleurs. Pourquoi? Parce que Burkhalter a peur de froisser son ami Recep Tayyip Erdogan... dont il souhaite se faire inviter au G20 à Istanbul au printemps prochain. Par sa position, la Suisse s'assied sur des valeurs humanitaires pour favoriser la politique des petits intérêts.  

Burkhalter tendance négationniste

L'argumentation de Didier Burkhalter est scandaleuse. Il invoque, dans une lettre au Conseil d'Etat [1] la nécessité de : "préserver un environnement impartial et paisible permettant aux Nations unies et aux autres organisations internationales de s’acquitter de leurs fonctions dans les meilleures conditions cadre possibles." Impartial? Cela sous-entend qu'avec le monument, on prendrait parti pour une version de l'histoire contre l'autre, ce qui est factuellement faux et surtout conforme au discours négationniste qui cherche toujours à disqualifier la mémoire des victimes en disant que c'est une version de l'histoire. Paisible? C'est encore plus pervers: ça reviendrait, par exemple, à refuser un mémorial de la Shoah sous prétexte que des néo-nazis pourraient le profaner. Il y a, dans le périmètre de l'ONU, aujourd'hui un monument à la mémoire du génocide de Srebrenica [2]. Cela empêche-t-il le maintien d'un environnement "impartiale" et "paisible"? Non, bien entendu. De plus, cela se déroule à la veille de l'année du centenaire du génocide arménien, c'est odieux. Un Conseil d'Etat lâche et servile aux côtés d'un conseiller fédéral entravant le travail de mémoire, collant à la définition du négationnisme [3] sont en train de couvrir Genève de honte.

Notre Conseil d'Etat peut faire des flonflons politiquement corrects et des vernissages sans enjeux. Quand vient le moment des choix courageux : plus personne. Honte!

Une décision politique qui heurte les défenseurs des droits humains

Le Conseil d'Etat est le garant des procédures et des règles en vigueur concernant l'octroi d'une autorisation de construire. En l'espèce, ce dossier est mûr pour une autorisation depuis le mois d'avril 2014. Que fait ce Conseil d'Etat ? Il tergiverse. La peur est contagieuse. Il a pourtant donné un engagement explicite à la communauté arménienne, écrit et oral, de ne pas tenir compte des pressions ni de Berne, ni d'Ankara. Aujourd'hui, il est tenté de revenir sur cet engagement. Le Conseil d'Etat va-t-il renier sa parole pour plaire à Berne qui lèche les bottes de la Turquie?

Burckhalter : "Nous recommandons que l'autorité cantonale compétente pour statuer refuse d'octroyer l'autorisation de construire à l'emplacement envisagé". Eh bien nous, nous recommandons à Burkhalter d'arrêter sa politique de compromission qui va, dans sa lâcheté, de la collaboration militaire étroite avec Israël[4] à la soumission au négationnisme turc ! Et nous appelons le Conseil d'Etat à ne pas céder à la lâcheté et à une déresponsabilisation totale consistant à se faire les complices administratif d'un génocide en s'écrasant pour que le mémorial soit enterré aux Cropettes, au parc Beaulieu, ou Dieu sait où, loin de l'ONU, sa véritable place, dans le parc de l'Ariana, sous les yeux des nations, comme un rappel incontournable envers toutes les victimes, les survivant.e.s et exilé.e.s de tous les génocides.[5]

 

mémorial,génocide arménien,genève,conseil d'etat,burkhalter,droits humains,négationnismeUn rappel de l'histoire

D'avril 1915 à juillet 1916 deux tiers des arméniens qui vivaient sur le territoire actuel de la Turquie ont été exterminés lors de déportations et de massacres de grandes ampleurs. Ce massacre fut planifié par le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de "Jeunes turcs". Les recherches établissent à 1'500'000 le nombre de victimes.  

Plusieurs historiens et spécialistes de la Shoah, dont Elie Wiesel et Yehuda Bauer, ont pris position pour déclarer incontestable la réalité du génocide arménien et inciter les démocraties occidentales à le reconnaître officiellement. L'institut de l'Holocauste et des génocides (Jérusalem) et l'institut pour l'étude des génocides (New York) ont établi comme fait historique établi le génocide des Arméniens. Le parlement européen a reconnu le génocide des Arméniens en 1987 déjà.

L'arrêt du 12 décembre 2007 du Tribunal fédéral énonce clairement le génocide du peuple arménien par l'empire Ottoman. Le TF rappelle d'abord le jugement du Tribunal de police de Lausanne qui énonce en substance que  "Le génocide arménien est un fait avéré selon l'opinion publique helvétique, aussi bien que plus généralement." Pour ce faire, il s'est "référé à différents actes parlementaires, à des publications juridiques, aux manuels scolaires, ainsi qu'aux déclarations émanant d'autorités politiques fédérales et cantonales. Il a également souligné le poids de la communauté scientifique dans la reconnaissance du génocide arménien par les Etats en relevant que la France en particulier s'est appuyé sur l'avis d'un collège composé d'une centaine d'historiens pour adopter la loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915."


Le Tribunal Fédéral confirme cette décision et ajoute que "dans le même sens, lors du débat qui a conduit le conseil national à reconnaître OFFICIELLEMENT le génocide arménien, il a été fait référence aux travaux de recherche internationaux publié sous le titre "der Völkermord an den Armenien und die Shoah" (BO/CN 2003: 2017;intervention Lag. Enfin, le génocide arménien constitue l'un des exemples présentés comme "classiques" dans la littérature générale consacrée au droit pénal international, respectivement à la recherche sur les génocides".

Le Conseil National a reconnu le génocide des Arméniens. Le Conseil d'Etat, sur pression de Burkhalter, est prêt le reléguer dans l'ombre. Honte à ce Conseil d'Etat dont François Longchamp assume une "présidence" qui semble rimer, jusqu'à présent, surtout avec complaisance.  

 


[1] http://www.rts.ch/info/regions/geneve/6369653-nouvelle-resistance-au-memorial-du-genocide-armenien-a-geneve.html

[2] http://archives.tdg.ch/geneve/actu-geneve/pierre-memoire-victimes-srebrenica-2010-11-15

[3] http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=170

[4] http://www.lecourrier.ch/126090/la_prudence_de_la_suisse_confine_a_la_lachete

[5] http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2014/12/11/message-de-berne-a-geneve-il-n-y-a-pas-eu-de-genocide-des-ar-262756.html


Quelques ouvrages de référence sur la question :

Taner Akçam, Un acte honteux : le génocide arménien et la question de le responsabilité turque, Editions Denoël; rééd., Gallimard, "Folio", 2012.

Sévane Garibian, Le crime contre l'humanité au regard des principes fondateurs de l'Etat moderne. Naissance et consécration d'un concept, Schultess, Bruylant, LGDJ, Genève, Bruxelles, Paris, 2009.

Raymond H. Kevorkian, Le Génocide des Arméniens, Odile Jacob, 2006.

Raymond H. Kevorkian et Yves Ternon, Mémorial du génocide des Arméniens, Editions du Seuil, 2014.

Yves Ternon, Les Arméniens: histoire d'un génocide, Seuil, 1977: rééd. coll. Points. 1996.


 



 

 

10/12/2014

Le musée mondial de demain

On a beaucoup parlé architecture et financement concernant le Musée d’Art et d’Histoire (MAH). Certains aiment le projet Jean Nouvel, d’autres non. Certains ne veulent pas d’argent privé,  ni de la fondation Gandur pour l’art ; d’autres, au contraire, souhaitent que l’argent privé soit utilisé à bon escient pour des projets servant la collectivité. On a parlé chevrons, vieux clous, d’un restaurant surélevé, de l’extension du musée dans ou hors de la cour. Cela n’est pourtant pas l’essentiel.

Ce dont on a encore trop peu parlé, et qui doit être le centre du projet, c’est sa dimension culturelle. Ce musée doit désormais nous faire rêver. Il doit être un moteur pour Genève. Dans l’exercice d’une muséologie novatrice, nous attendons une ouverture bouleversant la Cité. Les « Beaux-Arts » ne sont pas réservés à une élite, comme la vieille ville l’est aux pédants qui interdisent aux prostituées de travailler aux abords de l’église Russe. 

Ce que sera le MAH ? Une usine de production, une ruche créatrice d’échanges, de liens et de richesses. Le public ? Ce seront les gamins de la Jonction, les adolescents de la Servette, les touristes étrangers ou les aînées des Eaux-vives. Nous voulons un lieu gratuit, fruit d’un savoir-faire local, où pétrir l’art avec des idées neuves ; et que les habitant-e-s puissent se l’approprier par des expositions thématiques et intelligentes qui accompagneront les enjeux sociaux et politiques actuels.   

Oui aux Picasso, aux Vallotton et Soulages, aux mouvements précieux des horlogers, mais oui surtout aux ateliers de dessins, aux machines à hot-dog et au bal musette, aux  sessions de play station et aux nuits du jeu ; à des soirées pyjamas et à des performances contemporaines. Nos modèles peuvent être le Victoria and Albert Museum de Londres, le British Museum, le 104 à Paris, lieu de coopération culturelle, ouvert sur la Cité, avec des gens motivés, dédiés aux publics, proposant des expositions à haute valeur populaire ajoutée.

Les champs de l’art et de la culture ont bougé depuis le XIXe siècle. Nous voulons un lieu décloisonné et neuf. Un lieu unique, où les gens viendront et reviendront encore, parce que ce lieu leur appartiendra. Nous voulons le musée mondial de demain… et nous le voulons aujourd’hui.

Nous avons les plans, nous avons les idées, nous devons maintenant en charger le contenu. Une telle chance nous est offerte une fois par génération, ne la sacrifions pas pour des vieux clous ou des chevrons vétustes.  Nous ne laisserons personne dire que le MAH ne sera pas le plus puissant musée du monde. Et surtout, nous nous battrons pour qu’il le soit.   

 

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06/12/2014

Geneva Girl's Guide : l'enfer en rose

logo.pngVous rêviez d'un guide sexiste, enquillant les préjugés et les stéréotypes sur les femmes? Vous pensiez cet art réservé au XIXe et aux guides de la bonne ménagère ou de la parfaite maîtresse de maison, détrompez-vous, c'est d'actualité, Genève Tourisme l'a fait.


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Guide cache sexe du discours dominant

Dans son guide fait par des femmes à destination des femmes, c'est une image d'Epinal de la femme émotive, égarée, cherchant à se faire belle ou mousser auprès de ses copines jalouses qui est présentée. Shopping, soin de la peau, brunchs et chocolats, voilà ce qui semble être l'horizon d'une "femme" à Genève. Au-delà du fait que composer un guide pour "les femmes" est complètement débile, le sexisme de base qui le porte ne s'explique que par le désir commerçant de construire un sujet singulier de consommation. Ce guide, bête et réducteur ne fait pas la promotion de la ville, mais du sexisme.

Un petit florilège ? Allons-y : "Une touriste peut facilement faire des rencontres. Il suffit de sembler perdue puis de demander des directions". Assurément, avoir l'air fragile et paumée vous facilitera les rencontres dans l'espace public mesdames. Bienvenu à Genève, et... bonne chance!

"Au centre-ville vous trouverez des bars et des boîtes de nuit à instagrammer (LOL) absolument, pour montrer aux copines restées chez elles : imaginez un mobilier rétro des cocktails servis dans des tasses à thé, sans oublier de la bonne musique". En effet, c'est dingue. Merci Geneva Girl's guide de nous ouvrir les yeux sur ce qu'est un bar, et de moderniser un peu les images de dames patronnesses buvant le thé entre elles pendant que les messieurs étaient à la chasse. Ces images commençaient à prendre la poussière. Il était temps que Genève Tourisme réactive les images du sexisme ordinaire.


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Un guide pour nunuches?

En plus du fait que ce guide semble écrit pour des demeurées ou des débiles, à demi autonomes et incapables de s'orienter, à des fashionistas prêtes à claquer 3000 balles en une journée sans avoir à remuer deux méninges du lever du soleil à son coucher, il s'évertue à pousser l'artificiel jusque dans son positivisme le plus forcené. Suivez le guide : " Pour une journée parfaite entre copines, on commencerait par une balade au bord du lac et un petit déj' santé au café Lauren, resto du spa de l'Hôtel La Réserve. Après être rentrée à Genève en bateau, on foncerait au Bon génie se faire une manucure express au Nail Bar, avant de faire chauffer la Visa en s'achetant des fringues. Puis, on prendrait le lunch au soleil, au Cottage Café, un joli bistro dans un jardin. En fin d'après-midi : direction les Bains des Pâquis, farniente sous les rayons du soleil et enfin, apéro". Oui, vraiment une journée de rêve, à consommer et claquer du fric encore. La vie en rose du Geneva Girl's guide semble s'adresser à des créatures fortunées débarquant de la planète Vénus.

La culture: un truc pour se soulager

Ne cherchez pas une adresse de librairie ou la trace d'un théâtre dans ce guide. A part se chicaner pour du chocolat et siroter des apéros, les filles n'ont rien dans le plot, c'est bien connu. Ah si, quand même, il y a deux entrées sur les musées, le Mamco pour se soulager la tête (ah bon) et le musée international de la Croix-Rouge et du croissant rouge où, si vous y allez, les filles: Munissez-vous de vos mouchoirs! Ben oui, la vraie vie est troooooop triste. A pleurer, oui.     

Un guide gag et gadget

Au passage, Helen Calle-Lin y fait son auto-promotion par l'éloge des lieux qu'elle gère et qu'elle auto-présente. On est certes jamais aussi bien servi que par soi-même. Gag ou gadget, le GGG? Un peu des deux. Le sexisme a cela de puissant qu'il permet, en essentialisant une caractéristique, de pouvoir escamoter toutes les autres. Le cauchemar capitaliste s'appelle "la vie en rose". C'est un outil marketing pour dessiner un réel exclusivement consumériste. 

Où sont les hommes?

Ben nulle part, vous n'avez pas suivi? Enfin, si, ils apparaissent ici et là, en tant qu'objets sexuels, quand le guide parle des bains des Pâquis où il est recommandé d'y aller "draguer les Appollons à poil, lors des soirées mixtes". Mmmh, pas sûr que ça soit l'esprit. Cette anthropologie des mâles genevois s'achève sur une psychanalyse sauvage : "Les dames qui débarquent de l'étranger en quête d'amour peuvent avoir un avantage sur les genevoises, qui ont la réputation d'être plutôt réservées. Les hommes locaux adorent les femmes qui se montrent entreprenantes." Certes, puisque la rivalité entre femmes et l'avenir du mâle, il fallait bien un guide pour la perpétuer. 


Le fric c'est chic

Une chose dont on ne parle pas dans ce guide, c'est du fric. Pas de prix, pas de tarifs. Celles à qui s'adresse Genève Tourisme viennent d'une planète où l'on ne compte pas. L'univers des fashionistas ne connaît pas la pénurie de bien. La seule chose qui peut manquer, c'est le temps, donc: " réservez à l'avance. On est toutes d'accord: rien de plus frustrant que de ne pas pouvoir satisfaire ses envies. Alors, pour éviter cris et grincements de dents, contactez les établissements aux numéros de téléphone indiqués dans le guide". Ben oui, pourquoi risquer la crise d'hystérie quand il suffit de prendre son téléphone? Nan mais allô quoi.

Parce que vous le payez bien

Le guide, disponible à Genève Tourisme, coûte 15.- . Il fait l'éloge du privé, de la rivalité et de la futilité en toutes circonstances. Comme l'énonce le site de l'office du tourisme[1]: Oh les filles, oh les filles ! Qu'on se le dise, le Geneva Girls' Guide n'est pas un simple guide. Avec ses bons plans shopping, beauté, bien-être, restos ou encore sorties, il est le must-have pour une virée 100% girly !" Avec le GGG en poche, vous profitez également de p'tits plus : cadeaux, rabais ou encore apéros vous sont offerts. C'est top non ? Alors, appelez vite vos copines et prévenez-les, vous partez en week-end !"

C'est vrai, si vous voulez vraiment être prises pour des connes, les filles, suivez le guide. Personnellement, je ne me réjouis pas de voir arriver les charters de nouilles que semble vouloir attirer à Genève l'Office du Tourisme. Ce guide est une telle source de clichés et stéréotypes, qu'il en devient caricatural. Dans les années 60, ce ne seraient pas uniquement les soutien-gorge qui auraient brûlés, mais aussi le bureau de l'office du tourisme. Et aujourd'hui?

Merci à Genève Tourisme d'arrêter de faire la promotion d'un tourisme bourgeois, décérébré et sexiste; et surtout de s'abstenir de sortir un numéro "mecs", avec la promotion d'un barber-shop, d'une cave à vin, et du Holmes place pour la musculation. On a compris le concept, ce que Genève Tourisme propose de "Genève" se retrouve partout ailleurs, et n'a au final ni parfum, ni sexe, ni identité.      



[1] http://www.geneve-tourisme.ch/fr/a-voir-et-a-faire/attractions/fiche/feed/geneva-girls-guide/

 

 


07:23 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève tourisme, geneva girl's guide, sexisme ordinaire, gadget, gag, hipsteuse. | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/12/2014

Forfanterie fiscale : Business as usual

La suppression des forfaits fiscaux a été rejetée par 68% des votants à Genève : business as usual serait-on tenté de dire. Tant il est dur de s'attaquer au nerf du capital et tant celui-ci est coriace quand il se sent menacé dans ses intérêts. La droite, dans son entier, pousse un grand ouf de soulagement et valide ainsi le succès d'une campagne basée sur la peur et le déroulement en 3Dimensions du scénario du pire avec beaucoup d'effets spéciaux (merci la chambre genevoise de commerce et d'industrie votre petit clip, c'était digne d'un film de Spielberg). 

Le trouillomètre à zéro

Ils soufflent donc, avec leur trouillomètre à zéro. Aucun riche ne partira, c'est juré, on leur a fait de telles conditions, ils préfèreront crever ici qu'ailleurs. Ils resteront vissés à Genève grâce aux magnanimités que nous leur offrons; leurs rentrées fiscales continueront de nourrir chichement le 1% qu'ils versent au budget cantonal. La Suisse, Genève, son insolente prospérité, ne s'écroulera pas. On a échappé au pire répètent en coeur le MCG, le PLR en passant par le PDC et les Verts libéraux. Franchement, si j'étais un forfaitaire, après cette campagne, je demanderai la gratuité afin ne plus payer un seul centime, vu tout ce que je suis censé amener à la collectivité et la manière dont on m'a ciré les pompes. Tous ces gens que j'emploie, que je fais vivre et mon caractère irremplaçable. Si j'étais un forfaitaire, j'aurai trouvé comique que les tenant d'une préférence cantonale se soient assis dessus pour me faire plaisir à bas prix. Le MCG a montré son vrai visage.  

Le chantage a fonctionné

Tous, unis, conservateurs et défenseurs des intérêts des plus riches, triomphent. Le "business as usual" va continuer. Les intérêts des plus puissants seront préservés. Le chantage a fonctionné. La classe moyenne va continuer de raquer en comptant ses sous et ses fins de mois. Mieux vaut peu que rien. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras. C'est vieux comme le monde. On ne prête qu'aux riches. Tous les autres paient cash.

Toute l'éthique protestante était sollicitée pour ces votations et sa soumission déguisée investie sous les trait de la prudence. Il a suffit de la réactiver pour faire voter le peuple contre ses intérêts. Les prochaines années seront terribles pour les finances publiques et les rentrées fiscales. Les riches garderont leurs privilèges. La droite va maintenant continuer de travailler pour réduire les prestations. Notre démocratie a un arôme de ploutocratie. Mais mieux vaut cela que d'avoir faim. Avale, donc.

Reprendre la main

Le combat pour plus de justice fiscale, donc sociale, reste d'une profonde actualité. Une réforme sérieuse, pour plus de redistribution, est nécessaire. Le triomphe et l'arrogance de certains 'vainqueurs' aujourd'hui ne laisse envisager que le durcissement des lignes de front et des divergences profondes envers ce que signifie faire communauté et vivre ensemble. Il est saisissant que des forfaitaires soient attirés pour venir vivre à Genève sans partager le quotidien des autre citoyens, soumis à des règles d'exception, conditionnés à ne pas travailler. Les status d'exception sont une menace pour la collectivité.   

De Cologny aux abris PC : statuts à la carte

La multiplicité des statuts d'exception, des forfaitaires des villas de Cologny aux abris PC à 50 par dortoirs pour loger les refusés de l'asile, dessine le futur d'une société tellement inégalitaire et fragmentée que les renforts de police et les nouvelles prisons ne pourront éternellement la préserver. Chacun pourra légitimement dire: et moi, pourquoi moi? Vu que chacun sait qu'un autre, suivant sa naissance et son rang, sera traité différemment, d'une manière arbitraire ou plus durement. C'est du contrôle social qu'il s'agit. 

Business as usual, c'est du temps de gagné sur le compte à rebours pour la droite et ceux qui bénéficient du statu-quo. Mais la société ainsi configurée n'ira plus très loin. Elle peut se défendre pour préserver les intérêts de quelques uns, elle ne franchira pas sa butée. A voir si ce seront les particules fines, les grèves ou les émeutes des sans-toit qui gripperont en premier le système. 

Des rapports de force       

La gauche a échoué, c'est vrai. Nous n'avons pas su briser le lien artificiel : suppression des forfaits fiscaux équivaut au départ des super riches; ainsi que l'équation : super riches en suisse = super bénéfice pour la collectivité. Nous n'avons pas su non plus transmettre l'énergie nécessaire aux votants qu'il était dans leur intérêt de supprimer ces forfaits. Nous n'avons enfin pu surmonter la campagne de la peur par une campagne d'adhésion et concrétiser l'attrait des milliards qu'aurait rapporté la suppression des forfaits fiscaux. Le business va donc continuer, comme de coutume. Les statistique démontrent que les super riches dans notre pays sont toujours plus riches et les plus pauvres toujours plus pauvres. Cela ne peut conduire qu'à plus de tensions sociales, des risques d'implosion graves.

Jusqu'ici tout va "bien"

Ce n'est pas de cette votation que viendra un rééquilibrage, même minime. Pas cette fois, le peuple n'en veut pas. Cela va encore comme ça. L'ordre de la cité convient encore, tel qu'il est organisé, des abris PC aux villas de Cologny, des matelas à 6 dans les sous-sol à Curabilis où les matons veillent les malades. Cela va encore, de ne pas monter devant des villas inoccupées autrement qu'en sonnant à la porte poliment avec un flyer pour les votations, et au soir de celle-ci, prendre note de l'avis du peuple, le souverain, et ranger son poing dans la poche.

Boulot as usual

Cela va encore comme ça, car demain il y a le boulot as usual, et ça au moins le peuple connaît. Cela, au moins, ne changera pas: le boulot pour ceux qui s'y accrochent, encore. Et pour les autres... les yeux pour pleurer et la consolation de se dire que ça pourrait être pire encore, les riches auraient pu se barrer, la maladie frapper et le logement être perdu (pour ceux qui en ont encore un).

Bullshit as usual:  la peur, crainte individuelle de tomber.   

Y opposer l'urgence de faire corps.




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