sylvain thévoz

18/12/2014

Hamas- Israël : Je te tiens tu me tiens par le terrorisme ....

Si le dégel des relations entre Cuba et les Etats-Unis retient aujourd'hui toute l'attention de la presse, il est une autre annonce qui a, cette semaine, le poids de changer l'histoire et marque un tournant important dans la géopolitique mondiale. C'est la décision prononcée par la justice européenne d'annuler, pour vice de procédure, l'inscription du mouvement palestinien Hamas sur la liste des organisations terroristes de l'Union Européenne. Celle-ci a été prise en rappelant que l'inscription du Hamas sur la liste était fondée "non pas sur des faits examinés et retenus dans des décisions d'autorités nationales compétentes, mais sur des imputations factuelles."[1]

Terroriste, vraiment? 

Quoi, la justice européenne balaie ainsi pour vice de procédure une décision qui date de 2001! Incroyable. Cela montre combien les décisions de "justice" sont politiques et ce qui semblait une vérité brute un jour relayée par la bonne presse peut tomber du jour au lendemain. Et pourtant, qui peut dire que le Hamas d'aujourd'hui est différent de celui d'hier? Personne. Que reste-t-il alors des arguments de ceux qui se sont gargarisés du terme de terroriste pour diaboliser leur ennemi? Rien. Benjamin Netanyahu a beau vociférer, exiger que l'Union Européenne replace immédiatement le Hamas sur la liste des organisations terroristes, quelque chose est fondamentalement en train de bouger dans la politique européenne envers Israël.

La rhétorique du tout terroriste a fait son temps

Israël paraît avoir épuisé tout le bénéfice qu'il pouvait tirer de la rhétorique terroriste instaurée par Georges Bush et ses amis suite aux attentats du 11 septembre 2001. Benjamin Netanayahu va faire pression pour que «le Hamas reste en fin de compte sur la liste des organisations terroristes». Il va activer les pays européens amis afin qu'ils présentent des appels à la décision. N'empêche, il aura beau faire, le citron a été bien pressé, la rhétorique terroriste usée jusqu'à la corde. Il semble que les crimes de guerre à grande échelle commis par Israël cet été et la mobilisation grandissante de l'opinion publique, aient fait basculer les rapports de force. Si le Hamas devait être maintenu sur une liste terroriste, la moindre des choses serait désormais d'y ajouter Israël.


Les défaites politiques d'Israël

Si Israël enregistre défaites sur défaites politiques, [2] le soutien de son grand frère américain semble indéfectible, mais jusqu'à quand. Si un nouvel héritier de la dynastie Bush ne revenait pas au pouvoir à Washington, un changement de cap ne serait-il pas aussi envisageable? Un changement n'a jamais été aussi proche dans les rapports de force au Moyen-Orient.

Le mécanisme de chantage à l’oubli par l’Europe de la Shoah qui donne un blanc-seing et un droit de massacrer à Israël est en train de s’effilocher. Netanyahu va trop loin lorsqu'il prend à partir les européens en jouant du chantage: " trop de gens en Europe n'ont rien appris de l'histoire sur une terre ou six millions de juifs ont été massacrés. Mais nous en Israël, nous avons appris nos leçons"[3] Ce chantage à la Shoah pour légitimer une colonisation et le maintient d'un peuple sous sa botte à force d'être utilisé d'une manière trop complaisante, et de placer la raison d'état au-dessus des droits de l'Homme fragilise à la longue la crédibilité politique de l'état d'Israël et la croyance dans sa volonté sincère de chercher une solution politique à ce conflit. 

 

Le premier de nous deux qui cèdera...

Au jeu du "Je te tiens tu me tiens par le terrorisme, le premier de nous deux qui cèdera..." il semble qu'Israël fasse la grimace et perde du terrain. Il est à souhaiter qu'à Tel Aviv, une nouvelle politique voie rapidement le jour. Si les temps changent même pour Cuba, ils changeront pour d'autres aussi. Si la politique israélienne demeure cantonnée à celle du déni, du chantage et de la colonisation, il apparaîtra rapidement que des deux frères ennemis, le terroriste n'était peut-être pas vraiment celui que l'on pensait. Alors non seulement les listes, mais aussi la réalité sur le terrain, devront bien être modifiées afin de traduire la réalité du droit et sa prééminence nécessaire sur le politique.      



[1] http://www.leparisien.fr/international/l-ue-retire-le-hamas-de-la-liste-des-organisations-terroristes-17-12-2014-4381091.php

[2] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/13345895

[3] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20141218-israel-mauvaise-journee-benyamin-netanyahu/

15:03 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.