sylvain thévoz

17/12/2014

Prostitution ou famille?

aspasie, prostitution, famille, Prostitution ou famille ? L'équation ne se pose pas en ces termes. Pour un grand nombre de travailleuses du sexe, la famille leur est consubstantielle et leur défi est de conjuguer leur pratique de la prostitution avec la famille. Le nouveau numéro Mots de Passe de l'association Aspasie sort de presse ce jeudi. Il sera offert au centre Grisélidis Réal et lève le voile sur un côté socialement escamoté des travailleuses du sexe. Ce n'est pas qu'il y a d'un côté la maman et de l'autre la putain, comme dans le film d'Eustache, non, la maman et la putain sont réunies dans la même personne. 

Libérer la parole

Ce numéro de la revue Mots de Passe offre la parole aux travailleuses du sexe. Il leur donne de l'espace pour exprimer leur rapport à la famille, un rapport trop souvent encore fait de honte, de dissimulation, en parallèle d'un grand courage leur permettant, dans des conditions économiques difficiles, de gagner de quoi vivre et faire vivre, et conquérir une plus grande sécurité dans l'existence. LA prostitution n'existe pas. Il y en a plusieurs, en regard du lieu, du contexte, de l'âge et des moyens de celles qui l'exercent. Il n'y a pas une seule manière de se vendre, il y en a des milliers, et celle de négocier une prestation de son corps n'est pas la plus dégradante pour l'être, loin s'en faut.

Les représentations de ce qu'est une prostituée sont encore socialement archaïques. Les trajectoires sont multiples et ce travail, à temps partiel ou le temps d'une saison, temps infini pour certaines, laisse un temps pour beaucoup d'autres choses qui sont le quotidien de chacune et construisent des identités diverses. 

aspasie,prostitution,famille

Dépasser les stéréotypes

Ce numéro de la revue Mots de Passe est à lire de toute urgence, parce qu'il dévoile une parole reléguée et brise les stéréotypes sur ce métier exigeant. Allant au boulevard des Tranchées, on est marqué par l'extrême exposition des travailleuses du sexe, soumises aux aléas des clients, des voleurs qui rôdent, à la bêtise des mâles faisant des tours en voitures, voyeurs; aux abrutis du samedi soir mais du jeudi aussi, à ceux qui abandonnent les filles en rase campagne après avoir joui.

Des paroles fortes

Comment ne pas être marqué par le témoignage d'une femme qui dit: du moment que tu te mets là, tu acceptes que tu peux mourir à chaque instant, ou presque, ça fait partie du travail. Elle a développé une manière de demeurer en vie tout en sachant très bien que, malgré tout, cela ne dépend pas que d'elle. Témoignage de cette femme aussi, qui garde une pierre prise dans un bas, pour se défendre au cas où, et raconte en riant la fois où elle l'a assénée sur le bras d'un voleur qui lui tirait son sac. De cette autre encore, toujours attentive et en alerte pour savoir avec qui elle monte, des précautions à prendre. Mais si le danger dans l'espace public est une chose, le risque du dévoilement de son travail face à sa famille est encore différent. Alors, comment bougent-ils, sous le maquillage, ces yeux plissés et soucieux d'une mère pour son fils ? Comme se gère la séparation entre l'affect et le travail, les prestations vendues et les sentiments personnels... est-ce si différent de ce que tout le monde vit finalement, au quotidien? 


aspasie,prostitution,famille

La famille

Dans un sac à main la photo du fils ou de la fille, l'enveloppe scellée du non-dit aux parents, à la famille. Il y a toujours un lien quelque part, une histoire de vie, un rapport intime, profondément humain avec ceux dont elles ont reçu la vie, à ceux à qui elles l'ont donné.

Mais pas de misérabilisme ni de charité. Une femme affirme que c'est là un métier idéal pour une maman; une autre qu'elle a trouvé dans la prostitution une expérience de vie où s'affirmer, se détacher, se découvrir et prendre du plaisir. Il ne s'agissait pas, dans ce numéro Mots de Passe, de faire l'éloge de la prostitution, mais d'aller à la rencontre des travailleuses du sexe et de celles et ceux qui travaillent à leur côté, et sans pudibonderie, ou protectionnisme charitable, de leur donner la parole et d'entendre le plus distinctement possible ce que la famille représente pour elles.

Cette parole authentique, directe, parfois crue même, exprime ce qu'est la vie d'une prostituée à Genève, mais aussi ce qu'elle est partout ailleurs dans le monde : la vie d'une femme, d'une mère, d'une soeur ou d'une fille. La vie d'une travailleuse dont le sexe est l'outil intime, politique, et commercial. 


Numéro Mots de passe : Prostitution et famille, Aspasie, décembre 2014. Photographies, Eric Roset. 

Lancement : Jeudi 18 décembre 18h au centre Grisélidis Réal (6 rue Amat). Présentation de la revue, lecture, vin chaud. 


www.aspasie.ch

 

 

17:29 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aspasie, prostitution, famille, mots de passe | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.