sylvain thévoz

19/12/2014

Occupy Hong Kong / Occuper l'urne

occupy-umbrella.jpg« Occupy central » le mouvement de désobéissance civile à Hong Kong a été réduit au silence. Les derniers étudiants sur place ont été chassé du centre-ville. Quels enseignements tirer de l'occupation des rues de Hong Kong? Tout d'abord, la force du mouvement démocratique.

Le déclencheur de la crise

Août 2014, le gouvernement chinois annonce qu’en 2017 les élections du conseil exécutif de Hong Kong ne se feront pas au suffrage universel. La réaction des gens de la rue ? Pour un certain nombre : l'indifférence. Venant de Chine, éduqués en Chine, ils ont toujours cette pensée que le parti communiste est bon et l’influence de Mao est opérante. Les chansons de la révolution culturelle de Mao sont encore chantés par l'ancienne génération. Les jeunes, les plus éduqués, désirent autre chose. Ils comprennent ce qu’est le parti communiste chinois. Mais l’environnement politique est faible à Hong Kong. ll y a peu de gens qui façonnent l'opinion publique et peu d'information concernant la politique. Les candidats qui peuvent gérer et politiquement diriger HK sont peu nombreux.

Dès le 28 septembre, les gens investissent les rues. Ils sont confrontés à la répression de la police qui fait prendre plus d’ampleur à la situation. Les manoeuvres des pro-chinois cherchent à décourager le mouvement, engageant et payant des mafias pour perturber, intimider et discréditer les manifestants. Aux intimidations, le discrédit a été ajouté.  « Apple Daily », le quotidien démocratique de Hong Kong, a été accusé de travailler pour les anglais et les américains. Les manifestants tiendront deux mois et demi.

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Prendre place !

De l'occupation de Wall Street aux place Taksim (Istambul), Tahrir (Caire), à la mémoire de Tiananmen, les lutte politiques sont désormais des luttes dans les villes et pour les places.


Tu es dans le cerveau du monstre

Depuis plus d’une année, le mouvement « occupy central » était en réflexion sur l’action à mener. Elle n’est pas venue du jour au lendemain. Deux associations d’étudiants l'ont conduite. Un square, situé en face des bureaux du gouvernement, a été ciblé. Le gouvernement a essayé de bloquer son accès. Peine perdue. Le 26 septembre 2014 les étudiants tiennent des manifestations à l’extérieur du square, puis réussissent à y entrer pour s'y asseoir pacifiquement. Sitôt le square occupé, le projet de bloquer la route principale puis « Central », coeur du business et de l’économie à Hong Kong est né. Objectif : avoir un impact maximum et faire pression sur le gouvernement. Bloquer les flux économiques, les centres urbains. Immobiliser le trafic est l'enjeu des luttes politiques et citadines. On repense à cette phrase de Ché Guevara à Jean Ziegler en 1964 : "tu es dans le cerveau du monstre. Ton champ de bataille est ici".

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Les raisons de la révolte

Depuis 1997, année du retour de Hong Kong dans le giron chinois, la ville a un statut spécial. En 1997, première élection : les candidats qui pouvaient concourir à celle-ci sont au nombre de 800. La plupart, membres d’instances pro-chinoises. Il y a bien deux ou trois autres candidats pour faire de la figuration, mais les dés sont pipés.

Aujourd'hui, la démocratie est un vernis fragile. La plupart des organisations ou journaux à Hong Kong sont placés sous influence chinoise et un grand nombre de pages sont consacrées à des actions pro-chinoise et à la propagande d’état. Au fur et à mesure que les années passent, la propagande se  durcit. Lorsque Hong Kong est revenu dans le giron chinois, le gouvernement a annoncé que rien n’allait changer pour 50 ans. Mais les choses changent, rapidement! Si, avant 2003, il était nécessaire d’avoir des visas pour venir à Hong Kong, y voyager désormais sans contraintes administratives est facilité. De nombreux migrants, pauvres, y cherchent une vie meilleure, encouragés par le gouvernement de Beijing. Cela provoque des conflits importants entre les habitant-e-s de Hong Kong et ceux des territoires continentaux. Les prix augmentent. Un puissant rapport de force portant sur l’influence et l’idéologie est à l’œuvre par le biais de ces migrations. Que signifie "être chez soi" quand le propriétaire change ?


images1.jpg Comment va évoluer la situation ?

Les places sont désormais nettoyées. Le mouvement a été stoppé. La majorité des personnes qui participaient à «Occupy Central » étaient des étudiants. Pour le reste : des travailleurs provenant de la middle-class, excédés de payer trop pour voir leurs conditions se dégrader. Le mouvement « Occupy Central » était un mélange de différentes revendications qui se sont cristallisées à un moment donné. Mais si beaucoup de gens à Hong Kong sont restés silencieux, cela ne veut pas dire qu’ils s’en foutaient, ni qu’ils étaient désinvestis. La plupart veulent pouvoir maximaliser leur usage personnel. Lorsqu'ils sont affectés dans leur vie quotidienne, parce que les transports sont entravés, le nettoyage des places impossible, leur attitude évolue. 


urne_et_main_votant1_1.jpg"Occupy l'urne" 

L’idée d’occuper les centres économiques est importante. L'idée de bloquer les flux de mouvement centrale. Mais changer les mentalités et les idées des gens doit être une priorité. En Suisse, l'occupation des lieux urbain ne peut être perçu que comme un geste ultime, la grève des TPG l'a démontré. L'élection et la votation le précède largement, dans un système permettant la représentativité politique, et un accès libre au suffrage universel.

"Occupy l'urne" doit être un cri de ralliement dans une année 2015 où les échéances municipale (avril-mai) et fédérales (octobre) occuperont le devant de la scène.

Hong Kong est Hong Kong, la Suisse est la Suisse. L'accès à l'urne nous est libre, investissons-le.     

12:09 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hong kong, occupy central, démocratie, villes | |  Facebook |  Imprimer | | |

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