sylvain thévoz

10/12/2014

Le musée mondial de demain

On a beaucoup parlé architecture et financement concernant le Musée d’Art et d’Histoire (MAH). Certains aiment le projet Jean Nouvel, d’autres non. Certains ne veulent pas d’argent privé,  ni de la fondation Gandur pour l’art ; d’autres, au contraire, souhaitent que l’argent privé soit utilisé à bon escient pour des projets servant la collectivité. On a parlé chevrons, vieux clous, d’un restaurant surélevé, de l’extension du musée dans ou hors de la cour. Cela n’est pourtant pas l’essentiel.

Ce dont on a encore trop peu parlé, et qui doit être le centre du projet, c’est sa dimension culturelle. Ce musée doit désormais nous faire rêver. Il doit être un moteur pour Genève. Dans l’exercice d’une muséologie novatrice, nous attendons une ouverture bouleversant la Cité. Les « Beaux-Arts » ne sont pas réservés à une élite, comme la vieille ville l’est aux pédants qui interdisent aux prostituées de travailler aux abords de l’église Russe. 

Ce que sera le MAH ? Une usine de production, une ruche créatrice d’échanges, de liens et de richesses. Le public ? Ce seront les gamins de la Jonction, les adolescents de la Servette, les touristes étrangers ou les aînées des Eaux-vives. Nous voulons un lieu gratuit, fruit d’un savoir-faire local, où pétrir l’art avec des idées neuves ; et que les habitant-e-s puissent se l’approprier par des expositions thématiques et intelligentes qui accompagneront les enjeux sociaux et politiques actuels.   

Oui aux Picasso, aux Vallotton et Soulages, aux mouvements précieux des horlogers, mais oui surtout aux ateliers de dessins, aux machines à hot-dog et au bal musette, aux  sessions de play station et aux nuits du jeu ; à des soirées pyjamas et à des performances contemporaines. Nos modèles peuvent être le Victoria and Albert Museum de Londres, le British Museum, le 104 à Paris, lieu de coopération culturelle, ouvert sur la Cité, avec des gens motivés, dédiés aux publics, proposant des expositions à haute valeur populaire ajoutée.

Les champs de l’art et de la culture ont bougé depuis le XIXe siècle. Nous voulons un lieu décloisonné et neuf. Un lieu unique, où les gens viendront et reviendront encore, parce que ce lieu leur appartiendra. Nous voulons le musée mondial de demain… et nous le voulons aujourd’hui.

Nous avons les plans, nous avons les idées, nous devons maintenant en charger le contenu. Une telle chance nous est offerte une fois par génération, ne la sacrifions pas pour des vieux clous ou des chevrons vétustes.  Nous ne laisserons personne dire que le MAH ne sera pas le plus puissant musée du monde. Et surtout, nous nous battrons pour qu’il le soit.   

 

10:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.