sylvain thévoz

06/12/2014

Geneva Girl's Guide : l'enfer en rose

logo.pngVous rêviez d'un guide sexiste, enquillant les préjugés et les stéréotypes sur les femmes? Vous pensiez cet art réservé au XIXe et aux guides de la bonne ménagère ou de la parfaite maîtresse de maison, détrompez-vous, c'est d'actualité, Genève Tourisme l'a fait.


photo 2.JPG

Guide cache sexe du discours dominant

Dans son guide fait par des femmes à destination des femmes, c'est une image d'Epinal de la femme émotive, égarée, cherchant à se faire belle ou mousser auprès de ses copines jalouses qui est présentée. Shopping, soin de la peau, brunchs et chocolats, voilà ce qui semble être l'horizon d'une "femme" à Genève. Au-delà du fait que composer un guide pour "les femmes" est complètement débile, le sexisme de base qui le porte ne s'explique que par le désir commerçant de construire un sujet singulier de consommation. Ce guide, bête et réducteur ne fait pas la promotion de la ville, mais du sexisme.

Un petit florilège ? Allons-y : "Une touriste peut facilement faire des rencontres. Il suffit de sembler perdue puis de demander des directions". Assurément, avoir l'air fragile et paumée vous facilitera les rencontres dans l'espace public mesdames. Bienvenu à Genève, et... bonne chance!

"Au centre-ville vous trouverez des bars et des boîtes de nuit à instagrammer (LOL) absolument, pour montrer aux copines restées chez elles : imaginez un mobilier rétro des cocktails servis dans des tasses à thé, sans oublier de la bonne musique". En effet, c'est dingue. Merci Geneva Girl's guide de nous ouvrir les yeux sur ce qu'est un bar, et de moderniser un peu les images de dames patronnesses buvant le thé entre elles pendant que les messieurs étaient à la chasse. Ces images commençaient à prendre la poussière. Il était temps que Genève Tourisme réactive les images du sexisme ordinaire.


207b199405.jpg

Un guide pour nunuches?

En plus du fait que ce guide semble écrit pour des demeurées ou des débiles, à demi autonomes et incapables de s'orienter, à des fashionistas prêtes à claquer 3000 balles en une journée sans avoir à remuer deux méninges du lever du soleil à son coucher, il s'évertue à pousser l'artificiel jusque dans son positivisme le plus forcené. Suivez le guide : " Pour une journée parfaite entre copines, on commencerait par une balade au bord du lac et un petit déj' santé au café Lauren, resto du spa de l'Hôtel La Réserve. Après être rentrée à Genève en bateau, on foncerait au Bon génie se faire une manucure express au Nail Bar, avant de faire chauffer la Visa en s'achetant des fringues. Puis, on prendrait le lunch au soleil, au Cottage Café, un joli bistro dans un jardin. En fin d'après-midi : direction les Bains des Pâquis, farniente sous les rayons du soleil et enfin, apéro". Oui, vraiment une journée de rêve, à consommer et claquer du fric encore. La vie en rose du Geneva Girl's guide semble s'adresser à des créatures fortunées débarquant de la planète Vénus.

La culture: un truc pour se soulager

Ne cherchez pas une adresse de librairie ou la trace d'un théâtre dans ce guide. A part se chicaner pour du chocolat et siroter des apéros, les filles n'ont rien dans le plot, c'est bien connu. Ah si, quand même, il y a deux entrées sur les musées, le Mamco pour se soulager la tête (ah bon) et le musée international de la Croix-Rouge et du croissant rouge où, si vous y allez, les filles: Munissez-vous de vos mouchoirs! Ben oui, la vraie vie est troooooop triste. A pleurer, oui.     

Un guide gag et gadget

Au passage, Helen Calle-Lin y fait son auto-promotion par l'éloge des lieux qu'elle gère et qu'elle auto-présente. On est certes jamais aussi bien servi que par soi-même. Gag ou gadget, le GGG? Un peu des deux. Le sexisme a cela de puissant qu'il permet, en essentialisant une caractéristique, de pouvoir escamoter toutes les autres. Le cauchemar capitaliste s'appelle "la vie en rose". C'est un outil marketing pour dessiner un réel exclusivement consumériste. 

Où sont les hommes?

Ben nulle part, vous n'avez pas suivi? Enfin, si, ils apparaissent ici et là, en tant qu'objets sexuels, quand le guide parle des bains des Pâquis où il est recommandé d'y aller "draguer les Appollons à poil, lors des soirées mixtes". Mmmh, pas sûr que ça soit l'esprit. Cette anthropologie des mâles genevois s'achève sur une psychanalyse sauvage : "Les dames qui débarquent de l'étranger en quête d'amour peuvent avoir un avantage sur les genevoises, qui ont la réputation d'être plutôt réservées. Les hommes locaux adorent les femmes qui se montrent entreprenantes." Certes, puisque la rivalité entre femmes et l'avenir du mâle, il fallait bien un guide pour la perpétuer. 


Le fric c'est chic

Une chose dont on ne parle pas dans ce guide, c'est du fric. Pas de prix, pas de tarifs. Celles à qui s'adresse Genève Tourisme viennent d'une planète où l'on ne compte pas. L'univers des fashionistas ne connaît pas la pénurie de bien. La seule chose qui peut manquer, c'est le temps, donc: " réservez à l'avance. On est toutes d'accord: rien de plus frustrant que de ne pas pouvoir satisfaire ses envies. Alors, pour éviter cris et grincements de dents, contactez les établissements aux numéros de téléphone indiqués dans le guide". Ben oui, pourquoi risquer la crise d'hystérie quand il suffit de prendre son téléphone? Nan mais allô quoi.

Parce que vous le payez bien

Le guide, disponible à Genève Tourisme, coûte 15.- . Il fait l'éloge du privé, de la rivalité et de la futilité en toutes circonstances. Comme l'énonce le site de l'office du tourisme[1]: Oh les filles, oh les filles ! Qu'on se le dise, le Geneva Girls' Guide n'est pas un simple guide. Avec ses bons plans shopping, beauté, bien-être, restos ou encore sorties, il est le must-have pour une virée 100% girly !" Avec le GGG en poche, vous profitez également de p'tits plus : cadeaux, rabais ou encore apéros vous sont offerts. C'est top non ? Alors, appelez vite vos copines et prévenez-les, vous partez en week-end !"

C'est vrai, si vous voulez vraiment être prises pour des connes, les filles, suivez le guide. Personnellement, je ne me réjouis pas de voir arriver les charters de nouilles que semble vouloir attirer à Genève l'Office du Tourisme. Ce guide est une telle source de clichés et stéréotypes, qu'il en devient caricatural. Dans les années 60, ce ne seraient pas uniquement les soutien-gorge qui auraient brûlés, mais aussi le bureau de l'office du tourisme. Et aujourd'hui?

Merci à Genève Tourisme d'arrêter de faire la promotion d'un tourisme bourgeois, décérébré et sexiste; et surtout de s'abstenir de sortir un numéro "mecs", avec la promotion d'un barber-shop, d'une cave à vin, et du Holmes place pour la musculation. On a compris le concept, ce que Genève Tourisme propose de "Genève" se retrouve partout ailleurs, et n'a au final ni parfum, ni sexe, ni identité.      



[1] http://www.geneve-tourisme.ch/fr/a-voir-et-a-faire/attractions/fiche/feed/geneva-girls-guide/

 

 


07:23 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève tourisme, geneva girl's guide, sexisme ordinaire, gadget, gag, hipsteuse. | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.