sylvain thévoz

01/12/2014

Forfanterie fiscale : Business as usual

La suppression des forfaits fiscaux a été rejetée par 68% des votants à Genève : business as usual serait-on tenté de dire. Tant il est dur de s'attaquer au nerf du capital et tant celui-ci est coriace quand il se sent menacé dans ses intérêts. La droite, dans son entier, pousse un grand ouf de soulagement et valide ainsi le succès d'une campagne basée sur la peur et le déroulement en 3Dimensions du scénario du pire avec beaucoup d'effets spéciaux (merci la chambre genevoise de commerce et d'industrie votre petit clip, c'était digne d'un film de Spielberg). 

Le trouillomètre à zéro

Ils soufflent donc, avec leur trouillomètre à zéro. Aucun riche ne partira, c'est juré, on leur a fait de telles conditions, ils préfèreront crever ici qu'ailleurs. Ils resteront vissés à Genève grâce aux magnanimités que nous leur offrons; leurs rentrées fiscales continueront de nourrir chichement le 1% qu'ils versent au budget cantonal. La Suisse, Genève, son insolente prospérité, ne s'écroulera pas. On a échappé au pire répètent en coeur le MCG, le PLR en passant par le PDC et les Verts libéraux. Franchement, si j'étais un forfaitaire, après cette campagne, je demanderai la gratuité afin ne plus payer un seul centime, vu tout ce que je suis censé amener à la collectivité et la manière dont on m'a ciré les pompes. Tous ces gens que j'emploie, que je fais vivre et mon caractère irremplaçable. Si j'étais un forfaitaire, j'aurai trouvé comique que les tenant d'une préférence cantonale se soient assis dessus pour me faire plaisir à bas prix. Le MCG a montré son vrai visage.  

Le chantage a fonctionné

Tous, unis, conservateurs et défenseurs des intérêts des plus riches, triomphent. Le "business as usual" va continuer. Les intérêts des plus puissants seront préservés. Le chantage a fonctionné. La classe moyenne va continuer de raquer en comptant ses sous et ses fins de mois. Mieux vaut peu que rien. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras. C'est vieux comme le monde. On ne prête qu'aux riches. Tous les autres paient cash.

Toute l'éthique protestante était sollicitée pour ces votations et sa soumission déguisée investie sous les trait de la prudence. Il a suffit de la réactiver pour faire voter le peuple contre ses intérêts. Les prochaines années seront terribles pour les finances publiques et les rentrées fiscales. Les riches garderont leurs privilèges. La droite va maintenant continuer de travailler pour réduire les prestations. Notre démocratie a un arôme de ploutocratie. Mais mieux vaut cela que d'avoir faim. Avale, donc.

Reprendre la main

Le combat pour plus de justice fiscale, donc sociale, reste d'une profonde actualité. Une réforme sérieuse, pour plus de redistribution, est nécessaire. Le triomphe et l'arrogance de certains 'vainqueurs' aujourd'hui ne laisse envisager que le durcissement des lignes de front et des divergences profondes envers ce que signifie faire communauté et vivre ensemble. Il est saisissant que des forfaitaires soient attirés pour venir vivre à Genève sans partager le quotidien des autre citoyens, soumis à des règles d'exception, conditionnés à ne pas travailler. Les status d'exception sont une menace pour la collectivité.   

De Cologny aux abris PC : statuts à la carte

La multiplicité des statuts d'exception, des forfaitaires des villas de Cologny aux abris PC à 50 par dortoirs pour loger les refusés de l'asile, dessine le futur d'une société tellement inégalitaire et fragmentée que les renforts de police et les nouvelles prisons ne pourront éternellement la préserver. Chacun pourra légitimement dire: et moi, pourquoi moi? Vu que chacun sait qu'un autre, suivant sa naissance et son rang, sera traité différemment, d'une manière arbitraire ou plus durement. C'est du contrôle social qu'il s'agit. 

Business as usual, c'est du temps de gagné sur le compte à rebours pour la droite et ceux qui bénéficient du statu-quo. Mais la société ainsi configurée n'ira plus très loin. Elle peut se défendre pour préserver les intérêts de quelques uns, elle ne franchira pas sa butée. A voir si ce seront les particules fines, les grèves ou les émeutes des sans-toit qui gripperont en premier le système. 

Des rapports de force       

La gauche a échoué, c'est vrai. Nous n'avons pas su briser le lien artificiel : suppression des forfaits fiscaux équivaut au départ des super riches; ainsi que l'équation : super riches en suisse = super bénéfice pour la collectivité. Nous n'avons pas su non plus transmettre l'énergie nécessaire aux votants qu'il était dans leur intérêt de supprimer ces forfaits. Nous n'avons enfin pu surmonter la campagne de la peur par une campagne d'adhésion et concrétiser l'attrait des milliards qu'aurait rapporté la suppression des forfaits fiscaux. Le business va donc continuer, comme de coutume. Les statistique démontrent que les super riches dans notre pays sont toujours plus riches et les plus pauvres toujours plus pauvres. Cela ne peut conduire qu'à plus de tensions sociales, des risques d'implosion graves.

Jusqu'ici tout va "bien"

Ce n'est pas de cette votation que viendra un rééquilibrage, même minime. Pas cette fois, le peuple n'en veut pas. Cela va encore comme ça. L'ordre de la cité convient encore, tel qu'il est organisé, des abris PC aux villas de Cologny, des matelas à 6 dans les sous-sol à Curabilis où les matons veillent les malades. Cela va encore, de ne pas monter devant des villas inoccupées autrement qu'en sonnant à la porte poliment avec un flyer pour les votations, et au soir de celle-ci, prendre note de l'avis du peuple, le souverain, et ranger son poing dans la poche.

Boulot as usual

Cela va encore comme ça, car demain il y a le boulot as usual, et ça au moins le peuple connaît. Cela, au moins, ne changera pas: le boulot pour ceux qui s'y accrochent, encore. Et pour les autres... les yeux pour pleurer et la consolation de se dire que ça pourrait être pire encore, les riches auraient pu se barrer, la maladie frapper et le logement être perdu (pour ceux qui en ont encore un).

Bullshit as usual:  la peur, crainte individuelle de tomber.   

Y opposer l'urgence de faire corps.




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