sylvain thévoz

29/10/2014

La R'vue genevoise : moins vraie que nature?

Le défi de la R'vue genevoise ce jeudi 30 octobre au Casino-Théâtre est abyssal : comment faire encore et toujours rire, et surtout, comme l'annonce le site de la R'vue, demeurer "à la hauteur des bêtises de nos vaillants dirigeants"[1]. Les politiciens se donnent en spectacle, Stauffer est, à lui tout seul, un numéro cosmique et caricatural de sa personne autant que de sa fonction; que ce soit dans l'enceinte du parlement où il oblige les policiers à le raccompagner en leur serrant les pognes comme dans un vieux film de Pagnol, un mauvais vaudeville, ou encore dans ses clips amateurs bords de piscine au Marbella club beach club où il se met en scène d'une manière mi-comique mi pathétique, jouant à l'acteur bon marché sur le retour avec sa doublure Medeiros travaillant au ralenti la scène des grosses bouteilles de champagne qui roulent sous le bar comme dans un remake tardif de Top Gun; Roger Golay déguisé en pom-pom girl de flamenco:Olé! Où sont les toilettes, dites ?  

Stauffer clown triste

Clown triste Stauffer? Dans l'excès, la démesure, la grandiloquence et la fuite en avant ; mais comment être plus drôle que lui et arriver à braquer les spotlights sur soi ? Le défi sera de taille pour la R'vue ; de quelle manière brocarder les politiciens, alors qu'une partie de ceux-ci le font très bien sans aide, ni maquillage, ni cachets (mais avec jetons de présence) entre verres d'eau, insultes et sprays au poivre.

Génération selfie

Sur la scène genevoise, le spectacle est continu; la Genferei: une répétition générale. Alors, la scène genevoise, à hurler de... rire? Pourquoi faudrait-il alors payer encore pour aller au théâtre en voir une parodie? Autant aller au Grand Conseil directement, la représentation est gratuite. Le temps où les rois se payaient des bouffons pour se faire rire est révolu. Désormais, la mode est aux selfies. Certains politiciens font des économies, ils se tournent eux-mêmes en dérision. Les caméras tournent en streaming sur Léman Bleu, la R'vue permet juste un arrêt sur image. La raison du succès de la R'vue est, comme pour les rétrospectives de fin d'année, de nous replacer devant l'année écoulée et d'arrêter le temps. Une p'tite dernière Genferei avant la suivante, ça permet toujours de faire le compte et de se mettre à jour avant la prochaine.     

Philippe Cohen : douche froide

Mais alors que je doutais de la capacité de la R'vue à faire plus drôle que les blagounettes du MCG, quelle surprise, en écoutant Couleur 3 lundi matin d'entendre Philippe Cohen dans l'émission de la "douche froide" faire presque plus MCG que le MCG! [2] Nouvelle technique de promotion ? Volonté pour le comique d'aller braconner sur le terrain politique et risquer le chassé-croisé? Aux politiques le comique, aux comiques le politique, trop fort, vraiment.

Alors que l'animateur radio demandait au créateur de la R'vue s’il avait peur de perdre sa subvention quand il faisait une blague et que le maire était dans la salle, la réponse du créateur de la R'vue fusait : mais non, parce que l’on ne se moque pas de lui, mais de son système d'administration pléthorique et inerte. Ahahaha, trop drôle, impayable. - Mais 335'000.- de financement publique par la Ville, ça fait quand même cher la vanne... 70'000.- précisément ? - Mais non répond le plus beau miroir narcissique des politiciens:  "il ne faut pas voir la chose comme cela, la collectivité ne met que 20% du budget... et ce sont même des arnaqueurs la Ville de Genève, il nous reprennent 50% s'il y a des bénéfices à la production." Ahahahaha, quel comique, on aurait pu croire que c'était du Stauffer en vrai, si l'on n'avait deviné que c'était du Cohen pur sucre qui faisait une parodie de Stauffer sans son costume de la R'vue. Le thème de la R'vue cette année: des artistes jouent le rôle de politiques qui prennent des rôles d'artistes pour avoir le pouvoir sur scène. Wouaw : à force d'être moins vraie que nature, elle a fini par l'être encore plus la R'vue. La frontière entre réalité et fiction est si fine... 

Spectacle partout, comique nulle part?

Face au défi, pour la R'vue, de faire plus drôle que les drôles du MCG au théâtre, et moins MCG dans la salle que Philippe Cohen à la radio, on se demande comment la R'vue va trouver sa voix. Suspens. Pour sûr, le spectacle sera avant tout dans la salle, avec les politiciens et journalistes venus en nombre se regarder le nombril et cultiver le reflet du plus petit microcosme vivant: le Genevois. Ensuite, plus de 16'000 spectateurs viendront retrouver ou chercher un peu du comique des politiciens sur scène. Peut-être qu'à force de voir des comiques aux tribunes, il est nécessaire de revenir à des choses moins vraie que nature. La musique et de la danse, ça aide sérieusement à faire passer la pilule.  

Du rire, à tout le moins:  un sourire

Rendez-vous jeudi soir pour rire un bon coût, à tout le moins sourire. La R'vue, institution typique genevoise, comment vivre sans? On aime tellement rire de soi, voire que tout le monde se foute un peu de notre gueule, comment pourrait-on s'en priver? C'est si bon un peu de masochisme ultra médiatique. Quand c'est aux dépens des autres, c'est encore meilleur. La R'vue genevoise : moins vraie que nature, mais délicieux réconfort, à consommer sans modération.

Avec le sourire toujours, bien sûr.    



[1] http://www.larvue.ch

[2] http://www.rts.ch/audio/audio/couleur3/programmes/la-douche-froide/6217294-l-invite-du-jour-philippe-cohen-27-10-2014.html

08:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la r'vue, genève, politique, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/10/2014

Passage piéton: piège à cons?

Chaque jour sur les routes, deux piétons sont gravement blessés et un peu plus d'un en moyenne y perd la vie chaque semaine. Pour l'année 2013, en Suisse, ce sont 69 personnes qui ont laissé leur peau sur le bitume… la plupart du temps sur des passages piétons. 723 piétons ont aussi été grièvement blessés. Les aînés paient le plus lourd tribut. Plus lent à traverser, confrontés à des feux toujours plus rapides pour laisser filer les flux de voitures (la priorité étant donné avant tout aux véhicules à moteur et aux cadences commerciales des transports publics), ils se retrouvent très exposés car non-protégés par une carlingue de métal. Risquer sa vie sur un passage protégé : quel paradoxe. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 est sans appel. [1] Le niveau de sécurité et les accidents frappent avant tout les piétons et les cyclistes de plein fouet. Pourtant, le Conseil d'Etat genevois refuse toujours de mettre en oeuvre l'Initiative 144 pour la mobilité douce qui demande des traversées piétonnes attractives et sécurisées en nombre suffisant sur l’ensemble du réseau de routes primaires et secondaires.

 

Cycliste, piétons: même combat

Dans neuf accidents sur dix ce sont les véhicules à moteur qui sont responsables des accidents. Voilà qui bat en brèche la thèse de "cyclo-terroriste". Il est certes plus facile de pointer du doigt quelques cyclistes qui slaloment dans les parcs entre les piétons à 15km/h que de s'attaquer vraiment à la racine du problème, la prépondérance encore massive du tout-bagnole et des boulevards à flux continu de voitures roulant à haute vitesse en ville. A l'avenir, les nouvelles technologies et des distractions accrues vont menacer encore plus les aînés, les enfants, et les cyclistes. Le vieillissement de la population va exposer toujours plus d'aînés à un environnement urbain de plus en plus dangereux. Chez les cyclistes et les piétons, la baisse des dommages corporels graves est plus faible que chez les autres usagers de la route. Les piétons sont le plus touchés par les blessures mortelles, à savoir 3 fois plus que les occupants de voitures de tourisme. La létalité des motocyclistes et des cyclomotoristes est elle aussi accrue, ce qui peut expliquer pourquoi, tassés entre portières et trottoirs, les cyclistes cherchent finalement refuge sur les trottoirs...

Passage piéton : piège à cons

La politesse se perd. Un passage-piéton n'est plus un signe automatique qui fait ralentir les conducteur. Au contraire, il n'est pas rare que des piétons y poireautent de longues minutes avant de finir pas s'élancer en désespoir de cause, risquant leur vie. Une solution ? Mieux éclairer les passages piétons, les équiper de feux et surtout laisser un temps suffisant pour que les aînés puissent traverser.   

Comme l'évoque le rapport annuel du bureau de prévention des accidents, les cyclistes constituent le groupe d’usagers ayant le plus d’accidents graves (27%) en Suisse alémanique, suivis des piétons (24 %). La part des motocyclistes qui subissent des dommages corporels graves y est «seulement» de 21 %. En Suisse romande et au Tessin, les usagers le plus souvent impliqués dans les accidents graves sont les motocyclistes, suivis des piétons. Ces différences reflètent avant tout le trafic modal des trois régions linguistiques suisses. En résumé : on meurt moins sur les vélos en suisse-romande tout simplement parce qu’il y a moins de personnes qui osent se risquer sur la route ! Il y aurait donc probablement plus de cyclistes sur les routes si ces dernières étaient sécurisées et si des mesures drastiques de protections étaient prises, ce qui réduirait les frais des transports publics et ferait faire des économies sur les réfections des routes et des installations routières pour lesquelles trop d'argent est encore dépensé (bitume phono-absorbant, réfections constantes, nouveaux marquages).

Cyclo-terroristes ? Cyclo-cibles plutôt. 

Cyclo-terroristes vous dites ? A voir. Les conducteurs de voitures causent 66% des collisions graves, les cyclistes à peine 9%. Et ce ne sont pas les risques pris par les cyclistes qui les mettent en péril. Dans la grande majorité des cas, c’est le refus de priorité par les véhicules à moteur ainsi que leur vitesse, qui est en cause. Evaluant mal la vitesse des usagers plus lents ou plus petits, les véhicules à moteur les exposent à la mort.

Selon que vous avez deux ou quatre roues...

Il n’y a pas de cyclistes ou de piétons terroristes, il n’y a que des bipèdes et cyclistes survivants dans une jungle urbaine ou la norme c'est encore: celui qui a la plus grosse carlingue et le plus gros moteur passe en premier. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 rappelle quelques faits et vérités. Il serait bon que les décideurs politiques et notamment Monsieur Barthassat s'y intéressent sérieusement. Et pour les autres, selon que vous avez deux, ou quatre roues, ou pas de roue du tout : Bonne route...

Ou plutôt : bonne chance.



[1] http://www.bfu.ch/fr/Documents/07_Medien/SINUS_2014_FR_Internet.pdf


 

10:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voitures, accidents, piétons, mortalité, cycloteroriste, initiative 144. | |  Facebook |  Imprimer | | |

20/10/2014

Synode à Rome : Dialogue entre le Christ et Dieu

- Père, éteins la télé, je n'en peux plus de ce synode

- Calme-toi mon fils

- Je ne vais pas me calmer, ça me rend dingue

- La dernière fois que tu t'es mis en colère, ça a très mal fini pour toi

- Père, je veux bien leur pardonner, ils ne savent pas ce qu'ils font, c'est entendu, mais quand même, ça fait 2000 ans que ça dure. Tu n'en as pas marre qu'ils se fassent du bénéfice sur ton dos, abusent de ta parole? Ils parlent et tuent en ton nom, se disent tes suiveurs, interprètent les écritures comme bon leur semble, toujours entre mecs; entre potes au coin du bar, se font les couilles en or. Ce que j'en pense? Ils s'en moquent. Un petit clin d'oeil par-ci, un petit signe de croix par-là, et s'assoient sur les écritures. Ils ne prennent pas le temps de les relire. 

- Il faut se méfier du veau d'or comme des couilles en or, tu as raison fiston. Un peu trop cossus pour être honnêtes ces évêques, ils défendent leurs piscines, leurs privilèges, que sais-je.  

- Je ne me suis pas fait tuer pour rien. Je ne suis pas venu délivrer un message pour les hommes, mais pour toutes et tous. Hommes, femmes, enfants, de toutes orientations et origines. Jamais, dans ma parole, je n'ai fait de distinction disant: ce message est réservé aux hétérosexuels, aux homosexuels, aux bien mariés et pas aux divorcés seulement; à ceux qui mettent la capote ou pas. Jamais je n'ai distingué, catégorisé. Ou alors, si je l'ai fait, dis-moi où et quand! Non. Je m'en suis toujours moqué. Cela ne compte pas. Je suis venu dans l'amour, pour l'amour. L'important c'est le salut, la foi, et le dépassement dans l'espérance. Et j'ai fait ma tournée. Et j'ai rempli des salles. Est-ce que je me suis planté mon Père? Je n'ai pas été suffisamment clair ?

- Tu as fait ce qu'il fallait mon fils; enfin, du mieux que tu pouvais. Tu n'as pas été aidé, c'est clair. Les hommes, tu sais... et puis j'ai eu un petit coup de mou aussi.

- Sympa que tu reconnaisses que tu as faibli sur la fin, parce qu'en bas, ils croient encore que tu es un Dieu tout-puissant. Ce serait bien que tu fasses un communiqué de presse pour la mise à jour une fois.

- Impossible mon fils. Les hommes sont de grands enfants, c'est comme ça. On ne les changera pas du jour au lendemain. Ils n'entendent rien. Il leur faut des superman, des héros, des idoles et des guerres. 

- Je n'aurais pas dû m'embarrasser de toutes ces paraboles, je t'avais dit que ce n'était pas optimal en terme de comm'. Ils ont compris que dalle, rien, tout de travers, c'était trop compliqué. Quand ils voulaient lapider la prostituée, j'ai écrit dans le sable, c'était subtil. J'aurais mieux fait de leur crier ce que j'ai écrit: bande de tarés, sur grand écran, et bande d'inconscients, avec une bande son poussée à l'extrême.

- A l'impossible nul n'est tenu mon fils. 

- Tu vois où m'a mené toute cette histoire: à la retraite anticipée. Et en bas, ils continuent de se bouffer, à laisser les idoles décider pour eux. Ils ont pourtant tout pour être heureux, mais non. Les pharisiens accaparent le pouvoir, les autres n'osent s'exprimer. Les gardiens du temple possèdent les clés, les autres quémandent la permission de sortir ou entrer. Ils se cachent derrière la loi, brisent les coeurs, les autres ramassent les morceaux, essaient de les recoller. Nom de Dieu (excuse-moi) quand on m'a mis sur le bois, il n'y avait pourtant plus que les femmes autour de moi. Les prêtres avaient disparus, les donneurs de leçon avec, et les autorités se lavaient les mains. Les prostituées m'ont tout enseigné. Le seul apôtre qui m'ait vraiment compris, c'est celui avec qui j'ai couché. 

- Je sais mon fils, c'est pour cela que je t'ai aimé.

- Je t'en supplie Père, renvoie-moi en bas. Renvoie-moi chez eux, je dois aller faire le ménage, annoncer l'apocalypse, reprendre la genèse, ça ne peut plus durer.

- Je ne peux pas mon fils

- Pourquoi ?

- Avec tes cheveux longs, ta robe légère, ton air efféminé, tu te feras repérer et crucifier vite fait.  

- Envoie ma soeur alors! 

- Ta soeur?

- Ce que je n'ai pu réussir à faire, seule une femme le fera.

- La pauvre, mais ils vont la tuer!

- Si tu peux être un Père plus présent que la dernière fois, ça peut changer. 

- Cela ne va pas être une partie de plaisir, ils sont encore plus bouchés que quand tu y étais allé. Je n'aimerais pas être à sa place.

- Moi non plus (je sais de quoi je parle)

- Je l'envoie où?

- C'est égal, partout pareil. 

- Passe-moi les chips

- Tiens

- Merci mon fils

- A ton service Père.

Il rote. Rallume la télé.

Une jeune femme entre timidement dans la pièce. 

 

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18/10/2014

Genève a quatre étoiles au Routard

index.jpgGenève Ville d'art et de culture, c'est le joli titre que le guide du routard consacre à notre Ville. Tout habitant se retrouvera flatté que notre cité entre dans la célèbre collection du guide des bourlingueurs et bourlingueuses. Il y ressentira aussi probablement un petit orgueil cocardier et provincial d'être reconnu par ceux de la capitale culturelle: Paris bien sûr, et pour les plus chanceux adoubé d'un petit autocollant "Guide du routard 2015" mis sur la porte de son restaurant, de son café ou sa cabane à kebabs, le distinguant ainsi des concurrents et néanmoins amis. [1]

 

Des musées sinon rien?

En y regardant de près, on est un peu déçu. On s'étonne tout d'abord que la dimension patrimoniale prenne tant de place. On croyait le Routard sortant des chemins battus, explorateur et facilitateurs de détours, on le retrouve très classique, faisant l'éloge (longue) des institutions muséales. En voilà des routards bien polis et gentils! L'intérêt pour l'architecture est certes habilement introduit par le biais de ballades urbaines reprenant avec profit le thème des sentiers culturels déjà développés sur le site de la Ville de Genève[2]. On reste pourtant sur notre faim. Les grands noms du panthéon genevois éveillent notre intérêt. Il est toujours bon de réviser ses classiques, mais cela manque de piment. Que la culture genevoise soit trustée par Dunant, Hodler et Rousseau: sans vouloir renier notre belle histoire, donne l'impression de retourner à l'école. Alors: guide du routard ou manuel historique? Guide du routard ou Genève pour les nuls? A vous de voir.     

Le Routard est rentré dans le rang

Ce qui est clair c'est que le Routard n'est plus un guide exploratoire qui nous sort des sentiers battus. C'est fini. A le lire, on a plutôt l'impression d'avoir le guide bleu Gallimard ou Michelin en main. C'est tranquille, ça ronronne, suit son cours. A l'image de Genève? N'y cherchez ni l'émergence de lieux alternatifs, l'histoire des squats de Rhino à Artamis et leurs descendances, ni des bons plans de dernière minute. Le Routard ne s'y est pas attardé. Même la cave 12 est évacuée. Le Routard a désormais l'âge des voyages paisibles et des traversées en mouettes, préfère le Barocco au café Gavroche. Le guide, cossu avec sa couverture glacée et cartonnée, d'un classicisme convenu fait des infidélités à la publication qui a fait ses lettres de noblesse en enjambant les nids de poule. Si Genève reçoit 4 étoiles du Routard, le Routard aussi est upgradé. Et ce ne sont pas les petites incises peu drôles placées entre parenthèses (pour faire détendu?) qui nous permettront de rire un peu. L'écriture est empâtée, sans âme, sans risques, exhaustive et pédagogique. On en ressort fasciné par la richesse que Genève dispose et propose, mais on s'ennuie vite de ce savoir encyclopédique exposé sans visée. Un guide qui n'ose sortir des sentiers battus, c'est comme un musée fermé les dimanches. 

Un cadeau pour Noël

C'est probablement un cadeau que l'on fera pour Noël à un cousin français, ou que l'on ressortira pour accueillir ses visites, pour la fête des mères ou le dimanche de Toussaint; mais pour venir à Genève, et essayer d'y trouver autre chose que ce que l'office du tourisme propose, on repassera.

On cherchera en vain dans ce guide le regard décentré ou étonné de celui qui découvre un nouveau lieu et nous fait partager son étonnement, la pointe ironique de l'autre, du voisin. Le Routard a perdu en route de son humour. Il semble, à Genève, trop installé chez lui et se perd dans un luxe de détails. Sa typo taille 3 (minuscule) ne fera pas le régal de ceux qui n'ont pas de très bons yeux pour y voir clair.

Un guide bien comme il faut

Le guide est non polémique, non politique, évite tous les sujets qui fâchent. Diable, des français qui écrivent un guide sur Genève et n'évoquent même pas la question du MCG et son obsession des frontaliers, tout fout le camp. L'art et la culture ne sont décidément pas militants chez le Routard. L'intérêt principal de ce guide réside finalement, hormis les quelques clins d'oeil que les genevois-e-s découvriront sur leur ville, dans la manière dont il choisit de découper le champ culturel et de mettre en valeur ce qui permet à une collectivité de se revendiquer d'art et de culture.

Pour le Routard, au risque de me répéter, on l'aura compris, ce sont les musées d'abord, les musées ensuite, les musées toujours. Les gros les petits, ceux qui ont une grosse programmation ou une petite, les blancs, les rouges, les privés, les conformes. On a même droit au musée des sapeurs pompiers! (mais on oublie bêtement celui de l'association pour le patrimoine industriel). L'horlogerie, elle, montre les dents et se taille sa part du lion, que ce soit sur le plan historique ou par ses musées (encore!). 

Le Routard n'aime plus la diversité

La danse? Oubliée. Les théâtres? évacués sur deux minuscules pages seulement. La littérature? La Maison de Rousseau et de la littérature est évoquée en passant et la Fondation Bodmer brossée; toujours dans le sens du poil bien sûr, mais sans attachement particulier. Rien sur les bibliothèques de la Ville et la BGE, les événements littéraires (Poésie en Ville, Fureur de lire) ou le salon du livre. La jolie galerie rue de l'industrie ? - ah les traîtres! Sur la rive droite, ils ont préféré, aux Grottes, nous emmener au quartier des Nations. Le Routard préfère l'ONU à saveurs et couleurs, l'esprit soixante-huitard a vécu. La Bande Dessinée passe à la trappe, hormis Tintin, Cosey, Astérix et Zep. Et ciao bye Papiers gras! On aurait aimé qu’Exem, Alois Lolo, Tirabosco, Wazem, Alex Baladi, Chappatte, Albertine, si intimement liés à la ville, soient honorés, et l'histoire fascinante des halles de l'île rappelée. Les festivals de cinémas, d'une incroyable vitalité, que Genève abrite en nombre, ne sont pas évoqués. Genève ville de cinéma? ( la ville avait le plus grand taux de cinémas par habitant jusqu'à peu en Europe), Godard?  Que nenni. Le cinéma Nord-Sud est oublié. La Réforme, et les églises voilà ce que Genève semble (encore!) faire de plus cinématographique. Long plan séquence devant le mur des réformateurs. On en ressort un peu barbouillé. 

Un guide pour les musées: une ville muséifiée?

Bon, on l’aura compris, les arts vivants, les arts de la scène n'ont pas droit de cité dans le Routard. Une culture qui se visite doit être une culture assignable dans la durée et territorialisée. Il en ressort l'impression trouble d'une ville muséifiée. C'est le risque fatal de tout guide, et le Routard est tombé dedans. Au moins s'évitera-t-il le travail des mises à jour lors de possibles rééditions. On aurait souhaité un guide plus diversifié et équilibré.   

A la vision conventionnelle et convenue de la culture et de l'art que le Routard nous convie, dans un coffrage tiède, a-politique, a-conflictuel, sans arriver à aller plus loin que la visite de politesse à une Ville qui paraît bien bourgeoise, nous regrettons le manque singulier de coups de coeur, de rage, d'émotions, de passions et de choix pour donner envie à un public de vivre la ville et pas seulement la contempler comme derrière une vitrine.   

Ce guide du routard, dans son genre muséal, est exhaustif. On y apprendra de jolies anecdotes sur la cité, Napoléon, Jules César et Lénine sont sanctifiés. Mais qui aime bien châtie bien selon le dicton. Sans être maso, il nous aurait semblé intéressant que le Routard soit moins gentillet pour que l'on n'ait pas l’impression qu’il ait aimé Genève autrement que pour relayer les informations de la Fondation Genève Tourisme et Congrès et remplir ses hôtels le week-end. 

Si ce qui est bon pour la culture et l'art ne l'est pas toujours pour le tourisme, faut-il vraiment croire que ce qui est bon pour le tourisme est bon pour l'art et la culture? Pas sûr. Ni certain que ce guide soit suffisant pour attirer à Genève les touristes de Bordeaux, Nantes et Paris. A voir... Mais en attendant, Genève a ses quatre étoiles au Routard. Bravo. 



[1] http://www.routard.com/guide_agenda/geneve.htm

[2] http://www.ville-geneve.ch/promenades/sentiers-culturels/

 

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15/10/2014

Les zizis de Zep provoquent la zizanie à Paris

2014_paris_zizi.jpgEn France, l'association Foutez-leur la paix s'insurge contre l'exposition "le zizi sexuel" du dessinateur genevois ZEP à la cité des Sciences à Paris du 14 octobre au 2 août 2015. Cette exposition, pourtant bien hétéro-centrée, et pas franchement transgressive, avait déjà été montrée à la Cité des Sciences en 2007, y remportant un grand succès, puis présentée ensuite avec un succès équivalent à Genève lors du salon du livre 2009. Mais depuis, l'adoption de la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels en France et l'agitation de la marche pour tous sont passés par là. Aujourd'hui une exposition sur ce sujet devient malheureusement polémique et politique, par le fait de mouvements réactionnaires.     


Foutez-nous la paix

Une association Foutez-leur la paix appelle par voie de pétition électronique à retirer cette exposition.[1] Pour rappel, l'exposition découle d'un petit ouvrage : le guide du zizi sexuel (2001), ou Titeuf et ses copains éclairent avec humour et légèreté les mystères de l’adolescence, de l’amour et de la sexualité. Comment s'explique l'appel à la censure de cette exposition à la cité des sciences de l'exposition "Zizi sexuel" destinée aux enfants de 9 à 14 ans ?  

Les arguments des opposants

Cette exposition ouvre ses portes à des classes entières (Oh mon Dieu!) emmenées par leur enseignant pour traiter de la sexualité de "manière ludique". Autant dire que c’est une abomination. Comme l'énonce la pétition en ligne, il ne faut pas que ces "sujets" soient traités de manière ludique (mais bien pudique, voire taboue). Sachez-le bien, le sexe c'est pas drôle, c'est même mal. Douloureux. Pour les pétitionnaires, ces sujets devraient "appartenir seulement du domaine de l’ordre de l’éducation", étant entendu que l'éducation, c'est du domaine réservé de la famille !

Les parents : éducateurs sexuels naturels?

La logique des pétitionnaires : ce n’est pas à une « Cité des Sciences » d’aborder ces questions, et surtout pas de « manière ludique ». C'est à la famille et aux parents qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants (et doivent en garder le monopole). Comme si les parents étaient naturellement les mieux placés pour éduquer leurs enfants à la sexualité, alors que l'histoire démontre abondamment que ce n'est pas toujours le cas. Quand les réactionnaires se lâchent, ça donne ça : "Laissez nos enfants tranquilles, jouer à des jeux de leurs âges, ne les pervertissez pas, et ne leurs inculquez pas, de manière soit disant ludique, des comportements malsains. Foutez-leur la paix ! Et annulez cette exposition de la Cité des Sciences !"Bref: la transmission d'une sexualité rendue problématique car problématisée à dessein.  

un mouvement puritain et sexophobe

On a presque envie de rire que certains veuillent ainsi foutre la paix en annulant le zizi sexuel, n’étaient le projet idéologique et une vision traditionaliste crispée sur l’éducation sexuelle que cela révèle et surtout le mouvement de fond réactionnaire et sexophobe qui s'y illustre. La Suisse est aussi touchée. Le peuple va devoir probablement se prononcer sur l'éducation sexuelle à l'école. L'initiative populaire "protection contre la sexualisation à l'école maternelle et à l'école primaire" a abouti et ce texte de la droite conservatrice souhaite empêcher toute éducation sexuelle à l'école avant que les enfants aient atteints l'âge de 9 ans.[2] Un cours obligatoire ne pourrait être proposé qu'à des jeunes de 12 ans et plus. Il devrait être destiné à la transmission de savoirs sur la reproduction et le développement humains.  

Pour conclure, face aux mouvements réactionnaires et puritains, on a envie de dire, avec Titeuf: Mais qu'est-ce que ça peut vous foutre que les enfants soient éveillés au fait que la sexualité est quelque chose de beau, de ludique et de simple et ce, dès le plus jeune âge ?



[1] http://citizengo.org/fr/12095-annuler-lexposition-zizi-sexuel

[2]http://www.rts.ch/info/suisse/5581302-l-initiative-contre-l-education-sexuelle-des-jeunes-enfants-a-abouti.html

13:56 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zep, zizi sexuel, titeuf, puritanisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/10/2014

Le PS: parti de bobos de pédés et de blacks?

Peut-on être socialiste et travailler au Mac Do? Etre socialiste et oeuvrer dans une banque; être un petit patron et s'engager au parti ? Ou plus précisément : peut-on être socialiste et travailler au WEF (World Economic Forum)? C'est la question que Jérôme Béguin, journaliste à Gauchebdo pose d'une manière péremptoire dans un édito intitulé « il faut le dire » en date du 10 octobre[1].

Avis avec oeillères

Pour lui, non, ce n'est pas possible. Le PS ne peut pas "se croire permis d'offrir aux suffrages des électeurs de gauche une senior manager employée du WEF" (sur 33 candidat-e-s). Car le WEF, c'est le mal absolu; donc, tous ceux qui y travaillent sont diaboliques, quoi qu'ils y fassent et quelle que soit leur vie en dehors du boulot. Il est toutefois piquant de constater que Gauchebdo publie en page 5 du même journal un excellent article d’Emmanuel Deonna, candidat ps au conseil municipal (!). Démonstration faite que virulence ne rime pas toujours avec cohérence.[2] 

Une extrême gauche de façade

Je souhaite réfléchir un peu sur cet édito de Gauchebdo, car il illustre une dérive des positions d’extrême gauche vers l'extrême droite. Voulant figer les identités, avec des jugements manichéens, il se donne le beau rôle, omettant de voir que les marges de résistance et de manœuvres sont multiples. Ce journaliste se mue en inquisiteur, pointant du doigt les socialistes coupables d'apostasie. Quoi?! Etre de gauche et occuper le cerveau de la bête? C'est pourtant ce que Che Guevara recommandait à Jean Ziegler: mener la lutte sur tous les terrains, dans tous les milieux, et avant toute chose là où le pouvoir réside. Ce n'est pas en se mettant une médaille de bonne conduite, en se congratulant d'être "bien de gauche", que l'on gagnera le combat, mais dans la lutte pour plus de justice sociale, où que l'on soit, avec qui que ce soit. Critiquer la liste des candidat-e-s du parti socialiste parce qu'elle serait, selon ce journaliste, majoritairement composée de gens ayant fait des études, fonctionnaires, ou engagés dans des associations, "pas de gens d'en bas travaillant plus de 40h", est un avis de droite. Il fait complètement jonction avec les discours les plus virulents de membres du parti libéral radical comme Adrien Genecand, ou du mouvement citoyen genevois type Carlos Medeiros, affichant un mépris pour la fonction publique et enquillant les préjugés et fantasmes sur une réalité qu'ils n'éprouvent pas.

Ni de gauche ni d'extrême gauche mais de droite

Campé dans une pseudo posture d’extrême gauche, c'est en fait dans une position très confortable imbibée de l'air du temps, où se mêle mépris des gens qui ont fait des études et méconnaissance de ceux qui travaillent sans être estampillé "prolo", que ce journaliste caricature des catégories dépassées. Cela illustre parfaitement ce que Luc Boltanski et Arnaud Esquerre décrivent dans leur livre vers l’extrême, extension des domaines de la droite: une pensée conservatrice et dénigrante de tout ce qui ne lui ressemble pas. [3] On assiste, dans ce livre au décryptage des discours d'extrême droite et sa critique, par exemple, du bobo (catégories fourre-tout permettant de dégommer tout ce qui est contestataire et différent) et dans le renforcement de caractéristiques identitaires magnifiées : l’ouvrier, le paysan, le peuple, etc.,etc.,

Il est temps de faire reset camarades

Cette vision complètement creuse de ce qu'est un ouvrier aujourd'hui n'aide pas à comprendre les situations précaires du quotidien. Qu'a-t-il à envier l'ouvrier à la femme monoparentale qui enquille deux boulots, au père divorcé qui est un col blanc mais n'a plus de logement et doit payer une pension alimentaire, aux travailleurs précaires dans le domaine de la culture qui font leurs 80h par semaine pour des clopinettes; à l'expatriée qui n'a aucune sécurité de l'emploi, un contrat précaire, et se fait harceler au travail? A l'enseignant qui se fait quatre établissements scolaires en simultané, et est au bord du burn-out? etc.,

Pavlovisme racoleur

Ce réflexe pavlovien d'extrémiste "de gauche" figeant toutes les catégories dans le temps est stupide et stérile. La gauche a pour ambition de secouer les catégories, découper le réel autrement, réveiller la pensée, pas de s'y vautrer. Pour ma part, je suis heureux que des membres du PS occupent, aient occupés et occuperont encore longtemps j’espère des emplois dans les domaines les plus variés, à n'importe quel niveau. C'est de l'intelligence collective, des ressources multiples pour comprendre la société et le monde d'aujourd'hui dont nous avons besoin. Ce qui compte, c'est ce que sert le coeur, les actes concrets d'engagements, pas les poses de révolutionnaires de salon.

Penser pour après

Heureusement, la vie est toujours plus souple et dynamique que les fantasmes des extrémistes. Telle camarade qui est passée au WEF travaille maintenant à la promotion du sport pour toutes et tous, et dans le cinéma, telle autre a rejoint une organisation luttant contre la mortalité infantile dans les pays du Sud dû à des maladies considérées bénignes au nord. Sorties du WEF, seraient-elles suffisamment socialistes pour Béguin maintenant? Pourtant leur engagement est le même! Le parti socialiste n’est pas sectaire, il a l’intelligence de s’intéresser à ce que les gens pensent et à leurs actions, pas à leur pedigree. Tant mieux si des personnes socialement responsables entrent en résistance là où ils sont. Je préfère des irrévérencieux engagés à des pédants fussent-ils "de gauche".

Diversité maximale

Pour ma part, je suis fier d’être au parti socialiste. Parce que ce parti accueille des gens de tous horizons, tout milieu social. Parce que ce parti n'est pas un club fermé. Il ne dicte ni les comportements, ni les modes de vie, n'édicte pas de directives sur les emplois occupés. Il n'y a pas de teste de "crédibilité socialiste" à l'entrée pour les personnes qui s'engagent dans ce parti composé de patrons, d'étudiant-e-s, de chômeurs, fonctionnaires, d'ouvrières, de syndicalistes, de femmes, de migrants, de suisses, de vieux, de plus vieux encore, d'homosexuelles, d'hétérosexuels, de croyants, d'athées, d'anarchistes, de frontaliers, de retraités, de jeunes fous; de bobos, de pédés et de blacks, etc.,

Ce qui compte, au final, c'est la posture politique, l’engagement collectif, pas le pedigree essentialiste que certains, à droite comme à l’extrême droite veulent coller sur les gens. Il est inquiétant qu'à « l’extrême gauche » ce courant prenne désormais racine; avec le fantasme de faire rentrer dans la réalité des modes de penser nostalgiques et dépassés.

 

Marx sans Engels n'aurait pas été Marx

D’ailleurs, c’est sans surprise que Pascal Décaillet rejoint cette « extrême » là et reprend sur son blog [4] cet édito « délicieusement assassin de Jérôme Béguin sur l’embourgeoisement des socialistes en Ville de Genève », faisant l’éloge des océans de nostalgie que soulève pour lui ce journal. Bourgeoisie? Marx n'aurait jamais été Marx sans Engels. Le manifeste du parti communiste n'aurait pas vu le jour sans ce fils d'industriel, mécène de Karl Marx. Ces catégories de bourgeois et de prolo sont aujourd'hui à reformuler. Il serait intellectuellement honnête, du côté de Gauchebdo, de venir voir sur le terrain qui sont les candidat-e-s du PS, ce qu'ils ont dans la tronche et le bide, pas se contenter vite fait de lister leurs emplois, leurs passe-temps, ou leur genre uniquement. Il serait surtout politiquement salvateur de saisir, à l'extrême gauche, que c'est contre l'extrême droite que se réaliseront les changements sociaux progressistes, pas en utilisant son registre, contre le PS.

Rendez-vous jeudi à 18h au temple des Pâquis 

La première occasion d’une rencontre est offerte ce jeudi 16 octobre à 18h, au temple des Pâquis (encore un endroit pour bobo), rue de Berne, pour la soirée de lancement de campagne du parti socialiste Ville de Genève ; avec la  présentation du journal Causes Communes, imprimé aux Pâquis, et de tous les candidat-e-s.

Encore une soirée de bobos?

A vous de voir...      

 

[1] http://gauchebdo.ch/pdfs/GH41.14.pdf

[2] A toutes fins utiles, il convient de préciser aussi que la candidate en question s'est retirée de la liste. Une belle preuve de la précision du travail de journalisme mené par Gauchebdo. Faites ce que je dis pas ce que je fais! 

[3] Luc Boltanski, Arnaud Esquerre, Vers l’extrême, extension des domaines de la droite. Editions dehors, 2014.

[4] http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2014/10/10/la-solitude-la-petite-mort-le-partage-de-la-joie-260619.html

09/10/2014

Critical Mass: où est le problème?

La Critical Mass n’est pas un problème. Elle révèle un problème. Celui de l’emprise délirante des voitures dans l’espace public. Une Critical Mass est une déambulation sans moteurs chaque dernier vendredi du mois. Que des gens se réunissent pour se déplacer en vélo, en patins à roulette ou planche et trottinettes est réjouissant. Des dizaines, voire d’une centaine de personne, forment alors un cortège et se déplacent en bousculant l’usage qui veut que les cyclistes doivent rouler à la marge, entre trottoirs et portières sur un espace de 60cm. Après tout, l’espace public est à tous. Pourquoi serait-il confisqué toute l'année par des flots continus de voitures qui s’emboîtent les unes dans les autres d’une manière absurde, bloquant tout déplacement possible? Le trafic rend la vie impossible aux habitants par des pollutions sonores et des taux de particules fines potentiellement mortel.

Le tout-bagnole a vécu

La votation du 28 septembre dernier sur la construction d’un tunnel autoroutier sous la rade et son refus par la population a montré que le tout bagnole à Genève a vécu. Nous sommes à un virage. Les automobilistes sont au bout du rouleau. Si la Critical Mass provoque des tensions, c’est qu’elle appuie au point sensible. Elle révèle la nervosité d’automobilistes ne supportant pas d’être freinés dans leur conduite. La contrainte d’un obstacle sur leur route les exaspère. Certains sont même prêts à rouler sur les gens. Juin 2010 un automobiliste, bloqué par le cortège, sort de son véhicule pour menacer les cyclistes avec une batte de base-ball. 26 septembre dernier, un automobiliste fonce sur deux jeunes, manquant de les tuer. La Critical Mass doit-elle être mieux encadrée ? Certainement. Pas par la police, qui a fait preuve de sa difficulté à accompagner cette manifestation originale, mais par des médiateurs, des travailleurs d’associations mandatés pour accompagner, protéger ce cortège et dénoncer les conducteurs qui ne savent plus céder le passage, tout comme d'éventuels excès de membres de la Critical Mass.  

Mobilité : plus de solutions


Le Slow Up (journée sans voitures) est un événement prisé des familles. Lors de ceux-ci, les routes sont bloquées pour que des cyclistes s’y déplacent en sécurité. Pourquoi faut-il isoler ces journées les dimanches, et en général loin des villes ? Pourquoi Critical Mass, Slow Up, ou Parking Day (occupation de places de parking pour des événements culturels et sociaux) sont connotés en anglais ? Parce que Genève a encore du retard avant de sortir du tout-voiture. Les projets novateurs viennent d’ailleurs, même les américains nous devancent ! Le peuple a voté en 2011 l’initiative 144 «pour la mobilité douce» qui demande des pistes cyclables continues, directes et sécurisées pour le réseau des routes primaires et secondaires. A ce jour, rien n’a été fait. Le Conseil d’Etat tarde à mettre en œuvre une vraie politique de mobilité. La Critical Mass n’est pas un problème. C’est l’esquisse d’une solution : une ville où se déplacer sera un plaisir pour tous. Les habitants ont le droit de respirer et de se déplacer en sécurité par les moyens qu’ils désirent.  



05/10/2014

Guérilla urbaine à Genève : selfie coûteux de Maudet.

Monsieur Maudet tenait vraiment à sa fête de la police et à faire parader 500 participants, dont 200 policiers sur une partie de la Rive Gauche ce samedi 4 octobre, bien que le défilé ait été contesté, au risque de provoquer des échauffourées. Le Conseiller d'Etat, capitaine à l'armée, pensait peut-être gérer la police dans la ville comme une armée en campagne, avec bataillons et marches au pas. C'est raté. 

Une fête fictive

Au final, il y a de la casse: trois blessés, des voitures brisées, des fumigènes largués sur la place de Plainpalais et des scènes de guérilla urbaine. Tout ça pour quoi en fait? Parce que Monsieur Maudet tenait à faire une jolie communication avec costumes d'époque, fusils ripolinés et chaussures bien cirées alors que les historiens de l’Université de Genève Marco Cicchini, Michel Porret rappellent que cette commémoration est nulle et inutile dans une édition de la Tribune du mois de juin. Le choix de 1814 comme date de naissance de la force de l’ordre est fictif, et sert purement un discours de communication et de propagande politique.

La police plutôt que l'éducation?

On peut comprendre que cela crée des tensions alors que les autres budgets de l'Etat sont réduits au strict minimum et que seul celui de la sécurité augmente. Est-ce que l'on veut vraiment limiter les places de crèches et les rénovations des écoles pour faire des défilés policiers dans les rues ; dépenser de l'argent à jouer au chat et à la souris avec des bougres qui auraient passé l'après-midi à faire autre chose si on ne leur avait pas proposé une si jolie vitrine pour faire de la casse ? Payer pour plus de sécurité, oui. Mais casquer pour une mise en scène de la sécurité; voir même une exhibition de la police créant de l'insécurité? Faudrait voir pour ne pas trop prendre les citoyens pour des abrutis.   

Vendre ses paniers à salades à tous prix

Monsieur Maudet veut sa communication à tout prix. Est-ce parce qu'il recule sur tous ses dossiers? La police, suite à sa grève de l'uniforme de cet été - diable, il voulait ramener la sécurité dans les rues et ne contrôle même plus ses troupes qui se laissent pousser la barbe et choisissent quand il est temps d'enlever leur T-shirt I love New-York ou leurs étoiles de shérif pour repasser le bleu- a fait reporter la réforme SCORE des barèmes salariaux pour les policiers de deux à trois ans. Le procureur Jornot reconnaît que la politique d'incarcération des migrants à tout prix pour infraction à la Loi sur les étrangers, de leur condamnation à des peines fermes est stérile. Il  y a renoncé. Champ-dollon déborde, les gardiens sont à bout. Les policiers vont désormais aller faire signer le référendum contre la nouvelle Loi sur la police voulu par Monsieur Maudet. Rien pour parader avec ça, non, vaudrait peut-être mieux mettre de l'énergie ailleurs que dans les défilés.     

Défiler à tous prix?

Quelle est la réaction de Monsieur Maudet suite au gâchis et aux violences d'une manifestation mal gérée? " La minorité d'individu dans le rejet de la société qui voulaient casser du flic ne sont pas parvenus à empêcher le bon déroulement du défilé et je m'en réjouis". Ben oui, l'important c'était que le défilé de Monsieur Maudet puisse avoir lieu. C'était en fait la seule chose qui comptait. Mais Monsieur Maudet se trompe lorsqu'il pense que ce sont les policiers qui étaient visés par cette manifestation. C'était lui la cible, lui et sa politique tape à l'oeil, racoleuse, le déclencheur de ces débordements, dont les policiers eux-mêmes font les frais.   

Une fête fictive vraiment nécessaire?

Ce défilé de 500 policiers protégés par au moins autant de troupe, avec une débauche de moyens (chiens, camions, policiers en civils) avait pour seul objectif de garantir la communication du chef et dorer son blason. C'est une manière coûteuse de s'occuper de la sécurité à Genève que de créer des occasions de guérilla urbaine en inventant des fêtes commémoratives fictives! Pour conclure, que Monsieur Maudet en rajoute en venant clamer comme un général d'armée le succès de son opération du jour est peu glorieux et sert les arguments de ceux qui voient dans ces défilés une instrumentalisation de la police à des fins politiques et électorales.    

Le 17 octobre journée du bluff?

Pas de raison toutefois que le chef s'arrête pour si peu. Il a déjà annoncé que le 17 octobre prochain (journée mondiale de lutte contre la misère en passant) le Victoria Hall sera réservé pour un concert de la Garde républicaine française en hommage aux pseudo 200 ans de la police genevoise! (Eh oui, il n'y a pas que les petites frappes qui ont droit au violon). Après l'occupation du domaine public, l'occupation du domaine culturel par la police maintenant? Il y aura donc à nouveau quelques centaines de policiers autour et dans le Victoria hall le 17 octobre. Alors que l'ONU et le monde entier placent cette journée sur le plan de la lutte contre la misère, Maudet prend cette date pour célébrer à nouveau la police!  Est-ce parce qu'il est au final plus facile d'occuper le Victoria Hall ou de défiler Place De-Neuve que d'occuper les quais du Seujet ou le jardin Anglais?

A qui appartient la police?

Enfin, puisque le nouveau slogan de Monsieur Maudet est : "la police n'appartient pas aux policiers mais à la population, elle est l'émanation du corps social", prenons-le au mot et recommandons-lui d'arrêter de l'instrumentaliser et de se l'approprier pour sa petite communication personnelle en provoquant d'inutiles tensions.


Références

1814: Naissance de la police genevoise: "c'est de la propagande!"

http://infopolice.ch/wp-content/uploads/200-ans-police.pdf

 

4 octobre: un défilé pour faire briller les boutons 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/deux-faces-defile-reactions-pierre-maudet/story/25636374

Blog de Demir Sönmez sur les échauffourées du 4 octobre

http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/10/05/la-fete-de-la-police-a-ete-celebree-sous-les-bombes-lacrymog-260428.html

Blog de Haykel Ezzeddine 

http://planetephotos.blog.tdg.ch/archive/2014/10/04/scenes-de-guerilla-urbaine-dans-les-rues-de-geneve-260420.html


17 octobre journée mondiale d'élimination de la pauvreté

http://www.un.org/fr/events/povertyday/


Quand le procureur Jornot reconnu (après sa campagne électorale) avoir emprisonné des gens qui n'avaient pas commis de délits autre qu'une infraction à la loi sur les étrangers, et confirma l'inutilité de cette politique. 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Olivier-Jornot-assouplit-sa-politique-criminelle/story/29210901

08:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, bicentenaire, communication, maudet, racolage. | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/10/2014

Bienvenue en Suisse ou alors bye bye

Bienvenue en Suisse. Merci de bien essuyer tes pieds à l’entrée. On aime que ce soit propre ici. Tu peux garder ton accent, ta barbe, tes coutumes. Tu ne déranges pas tant que tu es comme sur une pub Benetton. Tu es beau, tu es jeune, ça peut faire l'affaire. Un i-phone, une chemise fleurie, ta mine réjouie : c’est parfait. L’exotisme, c’est l’étrange acceptable, le bien domestiqué. L’étranger c’est le trop familier auquel il ne faut pas se confronter. L’autre, l’étranger c’est toi. Ce sera toujours toi. Tu seras responsable du poids de ta différence.

Bienvenue en Suisse bye bye

Bienvenue en Suisse. Tu peux être tel que tu es. Tant que tu ne le montres pas en public. Ici c’est ta force de travail qui compte. C’est ton muscle ta jeunesse et ta hargne, la joliesse de tes formes. Ta femme tes enfants il vaut mieux les laisser au village. Tu seras plus habile. Tu seras plus flexible. Ce sera plus rapide. Tu sauras rebondir et te tenir bien droit. N’avoir rien à perdre rend plus docile. Sans famille ce sera plus facile de trouver un travail. Tu pourras via skype parler du building de ta nouvelle ville, du permis révocable que tu recevras bientôt, souhaiter bonne nuit à tes enfants au loin. Mieux vaut un papa numérique que pas de papa du tout. Mieux vaut un papa absent qu’un papa qui ne gagne pas.  Bienvenue en Suisse. Ou alors bye bye.

Ne fais pas le malin. Tiens-toi à carreau. Fais-toi tout petit. Ignore tes droits, évite la police, les caméras. Deviens caméléon gris noir gris transparent. Le mimétisme, c’est bien. L’intégration, c’est mieux. A huit dans une cave de dix mètres carrés tu auras toujours chaud. Dans la chambre de bonne chez ta sœur tu vivras un retour en enfance chanceux. Au dortoir de l’usurier, chez le vendeur de sommeil estime-toi satisfait. Tu ne dérangeras pas. Tu n’éternueras pas. Tu t’acquitteras de toutes les sommes sans broncher. Même celles qui te permettraient de vivre au pays une année. Un toit, ça n’a pas de prix, ou alors files à la rue. Jamais triste, jamais malade. Bienvenue en Suisse. Ou alors bye bye.

Une petite croix et ça passe

Le capital est habile. Le mieux est toujours mercantile. Ici, l’amitié se monnaie. A la place de l’affect il y a Western Union la télé et les bières en cannettes. Essaie de changer de registre, de penser autrement. Cela va vite dans ta tête. Fais ici comme chez toi, essuies vite tes pieds à l’entrée. Souviens-toi, tu es l’étranger. Il faudra repartir. On te le rappellera souvent, ne t’inquiète pas. Pour être suisse tu resteras au moins dix ans avec ton permis révocable. L’autorité jugera de ton intégration. Tu endureras l’humiliation. Respecte toutes les règles. Surtout celles que tu ne connais pas. Dans le doute abstiens-toi. Dans l’abstention sois discret. Dans la discrétion : respectable. Affiche une croix suisse. Mets ta casquette rouge et blanche. Soutiens l’équipe de foot. Sois patriote bon sang. Bienvenue en Suisse. Ou alors bye bye.

Tu étais sage-femme tu seras femme de chambre. Tu étais dentiste, tu seras bagagiste. Tu étais cuisinier : commence par mettre la table. Le nettoyage c’est pour toi. Le transport c’est pour toi. Les veilles le soir aussi. Les lourdes charges, c’est un bon entraînement. Si tu te casses le dos, continues le boulot. Pas le choix. Pas de boulot pas de paie. Pas de pain pas de permis. Une paie de misère, estime toi content. Tu respecteras ici dix commandements. 1-Tu seras un migrant malléable. 2- Ne te plaindras jamais. 3- Ne refuseras rien. 4- Ne t’afficheras pas. 5- Diras oui merci oui, merci, merci oui bien entendu. Ja danke. 6-Tu travailleras même blessé même malade. 7- Diras toujours à ta famille : oui ça va, oui ça va . 8- Tu ne te retourneras pas. 9- Poursuivras ton rêve. 10- Tu ne défendras pas tes droits, tu t’intégreras même s’il faut pour cela fusionner disparaître. Bienvenue en Suisse ou alors bye bye.  

 

Intégration : 4 balles 50

Oeuvrer dans le bâtiment c’est utile. Le stéthoscope, la truelle, c’est du pareil au même. Ton patron gagne 60 fois plus que toi, c’est normal. Il faut bien commencer quelque part. Il était là avant toi. Tu mourras plus jeune. La vie c’est injuste, c’est comme ça. 4 balles 50 de l’heure c’est le prix qu’on te laisse pour une heure de chantier. Ça commence à l’aube à cinq heures. A prendre ou à crever. Le choix est maintenant un concept d’oppression délicat. Le choix : liberté pour les possédants seulement. Suisse-Eldorado c’est l’entrée dans l’usine. La pointeuse à l’entrée ne marche plus pour toi. Ne compte pas tes heures. Le patron note pour toi. Jouer au loto ça tu peux. Bienvenue en Suisse ou alors bye bye.   

One-way : ça passe ou ça casse

Le retour interdit, migrer c’est toujours aller-simple. Tu n’es pas content, file en France pour voir, en Suède, en Norvège, si tu peux. Tu rêves d’une maison au pays, d’y ouvrir un chantier ? Une petite entreprise à faire fructifier, juste permettre à ta mère de pouvoir se soigner ? Que tes vieux vieillissent mieux, tes enfants aient d’autres chances que toi, puissent avoir des diplômes, vivre tranquilles chez eux ? Le tourisme fait flamber les prix de l’immobilier. C’est à peine si tu peux revenir habiter au village. Avec Easyjet, tu feras un saut au pays, c’est moins cher que rester à Genève. Acheter un coca dans l’avion c’est possible tu le peux. Un jour ça ira mieux, il sera possible de vivre à la maison comme chez soi. Etre ailleurs un simple étranger sans devoir devenir comme les autres. Le capital se fout bien de ta gueule. Le capital suce ta force de travail. L'ego-pop, l'UDC veulent te mettre dehors. Bienvenue en Suisse ou alors bye bye? L’amitié entre les peuples est un mot plein d’espoir c’est un acte politique par-dessus les frontières. L’amitié entre peuples : solidarité, travailleuses, travailleurs. Le marteau, le clavier et le coeur.

10:26 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |