sylvain thévoz

23/10/2014

Passage piéton: piège à cons?

Chaque jour sur les routes, deux piétons sont gravement blessés et un peu plus d'un en moyenne y perd la vie chaque semaine. Pour l'année 2013, en Suisse, ce sont 69 personnes qui ont laissé leur peau sur le bitume… la plupart du temps sur des passages piétons. 723 piétons ont aussi été grièvement blessés. Les aînés paient le plus lourd tribut. Plus lent à traverser, confrontés à des feux toujours plus rapides pour laisser filer les flux de voitures (la priorité étant donné avant tout aux véhicules à moteur et aux cadences commerciales des transports publics), ils se retrouvent très exposés car non-protégés par une carlingue de métal. Risquer sa vie sur un passage protégé : quel paradoxe. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 est sans appel. [1] Le niveau de sécurité et les accidents frappent avant tout les piétons et les cyclistes de plein fouet. Pourtant, le Conseil d'Etat genevois refuse toujours de mettre en oeuvre l'Initiative 144 pour la mobilité douce qui demande des traversées piétonnes attractives et sécurisées en nombre suffisant sur l’ensemble du réseau de routes primaires et secondaires.

 

Cycliste, piétons: même combat

Dans neuf accidents sur dix ce sont les véhicules à moteur qui sont responsables des accidents. Voilà qui bat en brèche la thèse de "cyclo-terroriste". Il est certes plus facile de pointer du doigt quelques cyclistes qui slaloment dans les parcs entre les piétons à 15km/h que de s'attaquer vraiment à la racine du problème, la prépondérance encore massive du tout-bagnole et des boulevards à flux continu de voitures roulant à haute vitesse en ville. A l'avenir, les nouvelles technologies et des distractions accrues vont menacer encore plus les aînés, les enfants, et les cyclistes. Le vieillissement de la population va exposer toujours plus d'aînés à un environnement urbain de plus en plus dangereux. Chez les cyclistes et les piétons, la baisse des dommages corporels graves est plus faible que chez les autres usagers de la route. Les piétons sont le plus touchés par les blessures mortelles, à savoir 3 fois plus que les occupants de voitures de tourisme. La létalité des motocyclistes et des cyclomotoristes est elle aussi accrue, ce qui peut expliquer pourquoi, tassés entre portières et trottoirs, les cyclistes cherchent finalement refuge sur les trottoirs...

Passage piéton : piège à cons

La politesse se perd. Un passage-piéton n'est plus un signe automatique qui fait ralentir les conducteur. Au contraire, il n'est pas rare que des piétons y poireautent de longues minutes avant de finir pas s'élancer en désespoir de cause, risquant leur vie. Une solution ? Mieux éclairer les passages piétons, les équiper de feux et surtout laisser un temps suffisant pour que les aînés puissent traverser.   

Comme l'évoque le rapport annuel du bureau de prévention des accidents, les cyclistes constituent le groupe d’usagers ayant le plus d’accidents graves (27%) en Suisse alémanique, suivis des piétons (24 %). La part des motocyclistes qui subissent des dommages corporels graves y est «seulement» de 21 %. En Suisse romande et au Tessin, les usagers le plus souvent impliqués dans les accidents graves sont les motocyclistes, suivis des piétons. Ces différences reflètent avant tout le trafic modal des trois régions linguistiques suisses. En résumé : on meurt moins sur les vélos en suisse-romande tout simplement parce qu’il y a moins de personnes qui osent se risquer sur la route ! Il y aurait donc probablement plus de cyclistes sur les routes si ces dernières étaient sécurisées et si des mesures drastiques de protections étaient prises, ce qui réduirait les frais des transports publics et ferait faire des économies sur les réfections des routes et des installations routières pour lesquelles trop d'argent est encore dépensé (bitume phono-absorbant, réfections constantes, nouveaux marquages).

Cyclo-terroristes ? Cyclo-cibles plutôt. 

Cyclo-terroristes vous dites ? A voir. Les conducteurs de voitures causent 66% des collisions graves, les cyclistes à peine 9%. Et ce ne sont pas les risques pris par les cyclistes qui les mettent en péril. Dans la grande majorité des cas, c’est le refus de priorité par les véhicules à moteur ainsi que leur vitesse, qui est en cause. Evaluant mal la vitesse des usagers plus lents ou plus petits, les véhicules à moteur les exposent à la mort.

Selon que vous avez deux ou quatre roues...

Il n’y a pas de cyclistes ou de piétons terroristes, il n’y a que des bipèdes et cyclistes survivants dans une jungle urbaine ou la norme c'est encore: celui qui a la plus grosse carlingue et le plus gros moteur passe en premier. Le rapport annuel du bureau de prévention des accidents 2013 rappelle quelques faits et vérités. Il serait bon que les décideurs politiques et notamment Monsieur Barthassat s'y intéressent sérieusement. Et pour les autres, selon que vous avez deux, ou quatre roues, ou pas de roue du tout : Bonne route...

Ou plutôt : bonne chance.



[1] http://www.bfu.ch/fr/Documents/07_Medien/SINUS_2014_FR_Internet.pdf


 

10:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voitures, accidents, piétons, mortalité, cycloteroriste, initiative 144. | |  Facebook |  Imprimer | | |

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