sylvain thévoz

09/10/2014

Critical Mass: où est le problème?

La Critical Mass n’est pas un problème. Elle révèle un problème. Celui de l’emprise délirante des voitures dans l’espace public. Une Critical Mass est une déambulation sans moteurs chaque dernier vendredi du mois. Que des gens se réunissent pour se déplacer en vélo, en patins à roulette ou planche et trottinettes est réjouissant. Des dizaines, voire d’une centaine de personne, forment alors un cortège et se déplacent en bousculant l’usage qui veut que les cyclistes doivent rouler à la marge, entre trottoirs et portières sur un espace de 60cm. Après tout, l’espace public est à tous. Pourquoi serait-il confisqué toute l'année par des flots continus de voitures qui s’emboîtent les unes dans les autres d’une manière absurde, bloquant tout déplacement possible? Le trafic rend la vie impossible aux habitants par des pollutions sonores et des taux de particules fines potentiellement mortel.

Le tout-bagnole a vécu

La votation du 28 septembre dernier sur la construction d’un tunnel autoroutier sous la rade et son refus par la population a montré que le tout bagnole à Genève a vécu. Nous sommes à un virage. Les automobilistes sont au bout du rouleau. Si la Critical Mass provoque des tensions, c’est qu’elle appuie au point sensible. Elle révèle la nervosité d’automobilistes ne supportant pas d’être freinés dans leur conduite. La contrainte d’un obstacle sur leur route les exaspère. Certains sont même prêts à rouler sur les gens. Juin 2010 un automobiliste, bloqué par le cortège, sort de son véhicule pour menacer les cyclistes avec une batte de base-ball. 26 septembre dernier, un automobiliste fonce sur deux jeunes, manquant de les tuer. La Critical Mass doit-elle être mieux encadrée ? Certainement. Pas par la police, qui a fait preuve de sa difficulté à accompagner cette manifestation originale, mais par des médiateurs, des travailleurs d’associations mandatés pour accompagner, protéger ce cortège et dénoncer les conducteurs qui ne savent plus céder le passage, tout comme d'éventuels excès de membres de la Critical Mass.  

Mobilité : plus de solutions


Le Slow Up (journée sans voitures) est un événement prisé des familles. Lors de ceux-ci, les routes sont bloquées pour que des cyclistes s’y déplacent en sécurité. Pourquoi faut-il isoler ces journées les dimanches, et en général loin des villes ? Pourquoi Critical Mass, Slow Up, ou Parking Day (occupation de places de parking pour des événements culturels et sociaux) sont connotés en anglais ? Parce que Genève a encore du retard avant de sortir du tout-voiture. Les projets novateurs viennent d’ailleurs, même les américains nous devancent ! Le peuple a voté en 2011 l’initiative 144 «pour la mobilité douce» qui demande des pistes cyclables continues, directes et sécurisées pour le réseau des routes primaires et secondaires. A ce jour, rien n’a été fait. Le Conseil d’Etat tarde à mettre en œuvre une vraie politique de mobilité. La Critical Mass n’est pas un problème. C’est l’esquisse d’une solution : une ville où se déplacer sera un plaisir pour tous. Les habitants ont le droit de respirer et de se déplacer en sécurité par les moyens qu’ils désirent.  



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