sylvain thévoz

31/08/2014

L'été c'est fini (pot pourri)

L'été c'est fini. Il fait enfin beau, c'est le moment de faire le bilan d'un été pourri. De la Coupe du Monde aux bombes à Gaza, des stades pleins aux villes rasées, avec le soutien actif des états euro-américains envers Israël, c'est toujours meilleurs quand on s'y met à plusieurs pour casser la gueule à quelqu'un.

La Suisse n'est pas restée hors jeu. Elle a programmé l'achat de drones israéliens pour 250 millions (testé à Gaza 2014, performants en Suisse en 2015). Les affaires sont les affaires, il n'y a pas de raison de se gêner. S'affichant, le CICR se fait un triste honneur de financer et sponsoriser une conférence avec des responsables de crimes de guerre israéliens à la rentrée. Pour cause de massacre en cours, la conférence est repoussée à décembre. C'est malin de faire le pari qu'en deux mois tout sera oublié. Ainsi vont les attentions médiatiques. Très fortes, très courtes, et rapidement déplacées. Et nous serions comme des renards pris dans les lumières des phares: comme abrutis et dodelinant de la tête pour essayer d'y voir clair ?

Humanitarisme en été, power-point militaire en hiver. Compris? Tu ne t'étonneras pas ensuite quand tu demanderas aux gazaouis de dégager de leur immeuble qui va se faire détruire par l'armée de défense la plus offensive du monde pourquoi ils hésitent à aller à l'endroit que tu leur indiques - il se fait pillonner-  et pourquoi ils ont des doutes sévères sur qui tu es et qui tu sers quand tu clames "neutralité", "impartialité"... et continues de pioncer dans les 5 étoiles de Tel-Aviv avec même une petite visite médiatique du patron plus indécente que le selfie de Geri Müller dans Gaza saccagée. #PeterMaurer #Bousillez et détruisez tant que vous voulez. On sera toujours là pour reconstruire derrière vous sans hausser la voix et toujours présent sur la photo de fin d'été ou fin de guerre. (Pot pourri).   

Un avion de la Malaysian Airlines disparaît des écrans, petit point lumineux charbonné. Dans ce monde où tout paraît cartographié, numérisé, un avion rend les écrans de radars amnésiques, sans même que quelqu'un lui rappelle quand il glisse dans le néant : " Vous partez déjà? Ne ratez plus rien, connectez-vous via votre mobile." C'est comme si un enfant avait laissé tomber son jouet dans un centre commercial et qu'on ne le retrouvait plus. On a beau chercher, remuer ciel et mer: rien.

Un autre avion civil tombe. De la même compagnie, dézingué dans le ciel ukrainien. Des chefs séparatistes se tapent sur l'épaule, fiers d'avoir cru dévisser un transport de troupe. Mauvaise visette, c'étaient des touristes qui partaient au soleil en goguette. Et il y a plein de poupées et de maillots de bains au milieu des valises ouvertes pendant que les corps pourrissent dans les champs de blé avec des hommes en cagoule qui boivent des cannettes et coupent du saucisson.

A Gaza (encore et encore) : bombes et débris, missiles et fragments, des roquettes plein les yeux, les écoles, les mosquées et des enfants éclatés sur plage. Même pas besoin de monter sur la colline comme les habitants de Sderot pour aller voir le feu d'artifice, tu l'as tous les soirs au 20h en croquant dans ta pizza. Rester passifs voyeurs et silencieux ? ça se débat dans les petites boîtes de plastique et de verre #noscerveaux, tapote sur les touches, pour refuser d'accepter que l'humain ne vaut pas plus qu'un trognon de pomme ; ça se déchaîne sur les réseaux sociaux. Internautes de tous les pays unissez-vous, et continuez de croquer dans la pomme?  

Dehors il continue de pleuvoir. Eté pourri. 2000 personnes se rassemblent à Genève pour une manifestation en solidarité avec le peuple palestinien. La RTS veut filmer des casseurs ou de vilains islamistes mais ne trouve rien à se mettre sous les rétines. Elle repart bredouille non sans faire un reportage sur le déroulement de la manifestation et le manque de débordements sans dire un mot de son sens politique.

#La RTS est un perpétuel selfie pornographie. Elle fait du monde son bureau. #Geri Müller n'aurait pas dû lui faire une concurrence directe.

A la piscine, les maître nageurs sont en doudoune, il y a une croix suisse en plastique qui est installée au pont de la Machine. Rouge et blanc morceau de plastoc qui surnage, type radeau de la Méduse. L'eau devient verte dans le bassin, peu importe, ce qui compte c'est de recycler la flotte tiédasse des grands hôtels, et tant pis si c'est moche, ou fait bidet nationaliste, tant que ça tape à l'oeil.

Patrimoine suisse continue de s'acharner pour empêcher la rénovation du musée d'Art et d'Histoire : vive le vide le délabrement et le rien- le nihilisme c'est bien, c'est une architecture sans taches, et tant pis quand les corniches tombent sur la tête des gens. Ils pourraient plutôt s'intéresser à la votation d'une future traversée sous-lacustre à 1,5 milliards, conduisant à la dénaturation la rade, à la pollution des nappes phréatiques, l'enlaidissement accru des quais. Mais non. La commission des monuments et des sites protège les barrières du pont de Carouge et refuse l'élargissement de la chaussée. Faudra donc que le pont s'effondre pour qu'on le rénove. Voilà. Protéger le patrimoine, c'est défendre les vieilles barrières et les chevrons contre les aspiration des administrations à avoir des ponts viables et des musées accueillants. L'été c'est fini (Pot pourri)


Tu as compris? quand il faut faire quelque chose de vaseux, tu mets une croix suisse dessus et ça passe. N'importe quelle initiative anti-immigrée, un drapeau suisse et c'est plié. Peu importe l'article moisi, un brin de patriotisme mal placé et c'est les like assuré. N'importe quel relais féminin manqué, une croix suisse dessus et c'est (presque) pardonné. Tu pourrais même supprimer l'enseignement du français si tu arrivais à faire croire que c'était pour le bien d'un nouveau caractère national.

Céline Amaudruz ne retente pas une deuxième traversée de la rade à la nage - elle avait failli aller par le fond l'été dernier- démontrant à son corps défendant combien y faire passer des voitures nous fera boire la tasse-. 1.5 milliard. 1.5 milliard. 1.5 milliard. 1.5 milliard 1,5 milliard, ça fait cher le bouchon sous l'eau et promet une longue apnée pour le payer. Amaudruz propose avec son groupe UDC de s'attaquer aux droits humains. Ben oui quoi... une suisse indépendante neutre et... fasciste et plus personne ne viendra nous embêter.

James Foley est décapité en Syrie. Par la reconnaissance vocale, un rapper anglais est identifié comme bourreau. Mise en scène avec combinaison orange, les clones de Washington ont appris la leçon, ils torturent de la même façon qu'à Guantanamo en utilisant la technique de la noyade stimulée et revêtent les mêmes costumes pour une communication télévisuelle terrorisant les esprits. Les barbares violent et dans le Nord de l'Irak les Yazédis, les minorités chrétiennes sont crucifiées - comble de l'horreur. L'armée islamique au Levant est un cancer dit Obama. Il n'y a que la lutte contre la maladie de Charcot pourtant qui lève les foules, et les américains s'occupent toujours de maladies orphelines, très peu de celles dont ils ont la paternité directe.    

Fin de l'été les grandes catastrophes sont comme oubliées, l'attention se porte sur des enjeux à notre portée: les punaises de lit et les mollusques volés au Musée d'Histoire naturelle (à moins qu'il aient été mangé en cassolette : ça fait quand même  cher l'omelette). Après le taureau déplacé devant le musée, les oiseaux battent de l'aile. La tortue à deux têtes est toujours vivante, le Matin l'a confirmé. Une future expo de chauve-souris se prépare dans l'ombre.

Luc Barthassat choisit de s'humilier publiquement en se faisant renverser un saut d'eau glacée sur le citron en mini short canari. Michèle Künzler et Mark Müller rient jaune. Décidément ils n'étaient pas assez cons et racoleurs pour conserver ce poste, alors que Luc a l'air d'avoir tout ce qu'il faut pour y parvenir. Planter des élections mais faire le clown dans les champs, ça rend proche des gens, ça rappelle Paléo. Et tant pis pour les parkings P+R en France voisine tant que c'est cool et qu'il y a des six-packs de bière au festival de rock de Landecy.    

L'été est définitivement fini, c'est le festival de la Bâtie. La pièce de La Ribot est un four, trois prompteurs passent le 20 mn en langage sms bourrés de fautes pendant que Strindberg est revisité sur un mode de télénovelas brésilienne au théâtre du Loup; l'actrice manque de se jeter au Rhône sur ses hauts talons avant qu'on ne la retienne. L'eau est froide, il n'y a eu aucun noyé cet été -personne ne nageait- ce n'est pas le moment de commencer au milieu d'un cocktail carioca. La mademoiselle revient sagement finir la pièce sans savoir vraiment comment. C'est au public de décider pour elle; lui demander de finir la pièce comme s'achève cet été. C'est au public de décider pour tout, finalement; de zapper ou ne pas zapper, composer un pot pourri en alignant des noms des événements et des chocs au gré des nouvelles, des envies, et des modes.

Et bonne rentrée ! Et bienvenue l'automone!

#fin de l'été (pot pourri).   




 



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28/08/2014

Lettre ouverte au directeur du CICR

 

Cher Monsieur Daccord,

Monsieur le directeur Général du CICR 

Je vous écris pour une question précise et politique. Je vous fais parvenir ci-joint un texte publié sur le site de la Tribune de Genève touchant au soutien qu’accorde le CICR à l’organisation d’une conférence à Tel-Aviv sur « les défis de la guerre dans les zone densément peuplées ». [1]

Je m’étonne, dans ce billet, de votre partenariat avec l’INSS (The Institute for National Security Studies) et donc du crédit donné à une institution ayant pour objectif de couvrir et légitimer les crimes de guerre commis par les forces armées israéliennes. Le directeur de l’INSS, Amos Yadlin, a joué un rôle proéminent dans les crimes de guerre commis à Gaza en 2008 et 2009. Il tient des meetings réguliers avec le président israélien, le premier ministre israélien, le commandant des armées, et le ministre de la défense israéliens pour planifier des stratégies de combat. L’INSS est intimement lié à l’appareil militaire et stratégique israélien.

Une conférence unilatérale, inefficace, et légitimant la guerre

S’agit-il vraiment, selon vous, dans ce genre de conférence, d’humaniser la guerre ? Et si oui, comment expliquez-vous malgré les deux éditions précédentes de cette conférence, leur échec complet, au vu du bilan terrible en victimes humaines de l’été 2014 à Gaza (2'130 morts dont 577 enfants) ? Ma question : le CICR peut-il vraiment continuer de soutenir et financer une conférence unilatérale et inefficace en légitimant des faiseurs de guerre ?

J’ai lu attentivement votre entretien dans la Tribune de Genève de ce lundi. Votre terme « d’humaniser la guerre » m’a questionné. Je me demande s’il est souhaitable et même possible « d’humaniser la guerre ». C’est bien entendu une très vaste question. J’aurai plutôt tendance à répondre non. La guerre doit être combattue. Pas humanisée. Votre expérience et l’engagement constant et respectable du CICR me poussent à vous faire confiance sur la ligne que vous choisissez. Vous vous étonnerez peut-être de la transparence et l’ouverture avec laquelle j’amène cette discussion sur la place publique. Cela fait sûrement rupture et peut-être désordre avec les pratiques diplomatiques des bons offices et de la discrétion. Toutefois, je crois que si les choses changent peu, les temps évoluent, et si les pratiques de la confidentialité et de la diplomatie derrière des portes closes ont du bon, il est nécessaire aussi, en démocratie, que les choses se déroulent dans la transparence et soient débattues à l’air libre. Je trouve choquante la non-réponse du CICR à la pétition lancée début juillet par des citoyen-ne-s du peuple palestinien demandant au CICR de se retirer de cette conférence. Paradoxalement, le CICR prétend aider un peuple, et en même temps il ne lui répond pas et nie sa demande. Cela me pousse à vous interpeller ouvertement.

C’est bien entendu la mission même du CICR d’aller à la rencontre des criminels de guerre et de ceux qui en sont soupçonnés, de parler avec toutes les parties, sans état d’âme, mais est-il pour autant nécessaire de légitimer leurs conduites et par là de renforcer leur influence ? Ce n’est pas le participation et le dialogue qui est ici en cause. C’est le fait que le CICR co-organise un tel événement qui est non seulement problématique mais contraire aux principes du CICR. « Le mieux » (plus d'humanisme) ne serait-il pas là le mortel ennemi du bien (ne pas légitimer la guerre)" pour citer Montesquieu ? Que penserait-on du CICR s’il sponsorisait une conférence à Gaza sur le bon usage des roquettes afin d’humaniser la guerre ? En s’affichant pareillement comme organisateur de cette conférence aux côtés de colonels et de faiseurs de guerre, le CICR trahit ses principes d’impartialité, de neutralité, et d’indépendance que nous fêtons fièrement à Genève à l’occasion des 150 ans de cette magnifique institution. Le nom de notre ville et sur une emblème que vous associez étroitement aux généraux d'une armée coloniale. Pouvez-vous aussi, en passant, m'indiquer, en tant que co-organisateur, pourquoi cette conférence, initialement prévue le 4 septembre à Tel-Aviv, a été déplacée au 2 décembre 2014 ?   

Je souhaiterai des réponses de votre part à ces questions. Il est important désormais que le CICR se positionne. Soit en envoyant au diable les citoyens palestiniens et leur pétition en maintenant votre financement et votre participation à cette conférence à Tel-Aviv, en expliquant alors qu'elles sont les raisons qui vous poussent à le faire ainsi qu'à maintenir votre présence en ces lieux, soit, et je le souhaite, vous refusez de sponsoriser cette conférence et reprenez une posture neutre, impartiale. Humaniser la guerre, c'est un magnifique slogan, mais si cela signifie vivre avec la destruction de civils et collaborer avec une institution qui légitime cette guerre, c'est très grave, et cela déshumanise l'humanité. 

Le CICR n'a bien entendu pas pour mission de supprimer ou d'empêcher les guerres. A-t-il pour autant fonction de la légitimer et de lui rendre un vernis humaniste en lustrant les pompes de ceux qui la font ? Il est peut-être important (pour qui ?) que le CICR dialogue et participe à ce genre d'événement, mais qu'il en soit le sponsor et co-organisateur donne beaucoup trop de légitimité et de crédit aux faiseurs de guerre. Cela entame l'impartialité et la neutralité de cette institution.

La guerre ne s'arrêtera bien entendu pas du fait des institutions humanitaires, mais on peut se poser la question aussi de savoir si, par certains choix, elle ne se prolonge pas parfois du fait de trop de complaisance de la part de celles-ci.

Je vous prie de trouver ci-joint le lien de la pétition provenant de citoyens palestiniens et du monde entier demandant au CICR de renoncer à sponsoriser la 3e conférence internationale sur les défis de la guerre dans des zones densément peuplées à Tel-Aviv, et demandant au CICR de prononcer des excuses du fait d'avoir co-organisé, participé, et financé les conférences précédentes qui se sont déroulées sous les mêmes auspices, sur le même sujet, et pour des résultats sur le terrain tout aussi nuls. Pour ma part, je la soutiens totalement.  

https://www.change.org/p/mr-de-maio-jacques-cancel-the-joint-conference-with-the-inss-in-september-2014

Avec mes meilleures salutations et l'expression de mon entière considération.

Sylvain Thévoz, Conseiller municipal Socialiste, Ville de Genève.



[1] http://www.tdg.ch/vivre/Sylvain-Thevoz-CICR-humaniser-la-guerre-ou-la-sponsoriser /story/11674155

11:47 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cicr, israel, palestine, colonisation, inss | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/08/2014

CICR: humaniser la guerre ou la sponsoriser ?

Cancel the joint conference with the INSS in September 2014

Genève et le monde entier fêtent cette année les 150 ans d'existence de cette institution crée par Henry-Dunant sur le champ de bataille de Solférino. Les drapeaux du CICR ont belle allure sur le pont du Mont Blanc. Comme genevois, élu au conseil municipal de la Ville de Genève, je suis fier de cette institution qui porte haut le nom de notre ville aux quatre coins de la planète, envoie des hommes et des femmes au péril de leur vie parfois dans des zones instables ou en guerre pour fournir protection et assistance aux victimes de conflits armés et d'autres situations de violence, apporter une aide humanitaire dans les situations d'urgence.

Monsieur Yves Daccord, directeur du CICR, présentait dans la Tribune de Genève de ce lundi les objectifs éminemment louables du CICR d'humaniser la guerre. Cette phrase d'humaniser la guerre a fait écho en moi à une pétition lancée le 27 juillet pour demander au CICR de renoncer à participer aux côtés de l'INSS (The Institute for National Security Studies), l'une des institutions militaires les plus influentes en Israël, à une conférence au titre pour le moins cynique sur "les défis de la guerre dans des zones densément peuplées".

Alors que plus de 2130 humains ont péri dans la bande de Gaza sous les missiles de Tsahal dont 577 enfants broyés sous les bombes à haute précision, en regard de 64 soldats israéliens et de 4 civils, il semble difficile d'adhérer à l'idéologie d'une guerre propre et chirurgicale défendue par l'INSS. L'INSS formate le discours politique en Israël sur les questions de "sécurité". Il est donc pour le moins troublant qu'après plus de 40 jours de bombardements israéliens à Gaza ayant vu la destruction d'hôpitaux, d'écoles, de mosquées et d'une quantité astronomique de maisons, le CICR maintienne sa participation à la co-organisation d'un tel événement prévu tout d'abord le 4 septembre et repoussé désormais au 2 décembre comme annoncé sur le site de l'INSS  (http://www.inss.org.il).

Il y a 1.8 millions de personnes à Gaza répartis sur une surface de 360km2. Cela fait une densité de 4'726 habitants au kilomètre carré. Prétendre vouloir relever le défi de la guerre dans des zones densément peuplées est une mascarade ou pire, du cynisme. Y participer, de la part du CICR, m'interpelle fortement.


Sponsoriser une conférence à Tel-Aviv sur le bon usage de la guerre ?

L'INSS est avant tout un institut qui a pour objectif de couvrir et légitimer les crimes de guerre commis par les forces armées israéliennes. Le directeur de l'INSS, Amos Yadlin est un ex-général des forces armées israéliennes ayant servi durant des années au plus haut niveau à la tête des forces de renseignements d'Israël (Israeli Military Intelligence Directorate). Il a joué un rôle proéminent dans les crimes de guerre commis à Gaza en 2008 et 2009 et lors de l'attaque du Mavi Marmara (Le 31 mai 2010 le Mavi Marmara, bateau sur lequel ont embarqué des militants propalestiniens a cherché à rejoindre Gaza. Il est arraisonné par l'armée israélienne. 9 militants des droits de l'homme sont tués lors de l'opération.)

Bien sûr, c'est la mission même du CICR d'aller à la rencontre des criminels de guerre et de ceux qui en sont soupçonnés, de parler avec toutes les parties, sans états d'âme afin de protéger la vie et la dignité des victimes de conflit armés et d'autres situations de violence, leur porter assistance. Mais est-il pour autant nécessaire de légitimer leurs conduites et par là renforcer leur influence ?

Sponsoriser une conférence sur le bon usage des roquettes à Gaza?

Le CICR l'affiche sur son site: la confidentialité est une des valeurs cardinales de l'institution. Pourquoi passer alors à l'exhibition concernant cette conférence? Comment imaginer la manière dont cela est perçu par les palestiniens de Gaza toujours sous les bombes (3 tués à ajouter au compteur aujourd'hui) et par toute personne attachée aux valeurs de la neutralité ? Et puis: combien de palestiniens ont-ils été invités à cette conférence déjà? Il est problématique pour le CICR, et donc pour Genève, de s'afficher ostensiblement avec l'une des parties en conflit et d'aller même jusqu'à sponsoriser une conférence internationale sur les défis de la guerre dans les zones densément peuplées. Que penserait-on du CICR s'il sponsorisait une conférence à Gaza sur le bon usage des roquettes afin d'humaniser la guerre?  

Pour le droit des humains pas le droit du plus fort

Certes, le travail du CICR exige de mener des tractations derrière des portes closes et de travailler avec toutes les parties en présence, mais quel rapport avec celui de se montrer et faire récupérer sur le site web de l'INSS en sponsorisant à Tel Aviv une conférence? L'INSS est ravi de placer l'annonce de l'événement conjoint avec le CICR sur son site web; récupérer l'événement à son avantage. Quel gain en tire le CICR et quels sont ces objectifs ? 

Parler avec des criminels de guerre est une chose, leur sponsoriser des conférences en est une autre. Alors que le CICR fête ses 150 ans, a-t-il, dans les vapeurs de sa fête, oublié quelques uns de ses principes de base?  

De la politique de confidentialité à celle de l'exhibitionnisme?

Comme citoyen genevois, admirateur de l'institution du CICR, je suis gêné et emprunté que notre institution s'affiche d'une manière aussi ostensible avec le belligérant d'un conflit. S'agit-il d'un changement de politique, visant à passer de la politique de confidentialité à celle de l'exhibitionnisme? Ou est-ce l'expression d'un choix de soutien qui  a été fait ? Auquel cas l'impartialité, la neutralité et l'indépendance du CICR, sa marque intime, son pedigree, s'en trouvent mis à mal.

Le CICR doit maintenant rapidement se positionner, soit en refusant de sponsoriser cette conférence à Tel-Aviv, soit en s'expliquant sur les raisons qui l'ont poussé à le faire ainsi qu'à maintenir sa présence en ces lieux. Humaniser la guerre, c'est un magnifique slogan, mais si cela signifie vivre avec la destruction de civils et collaborer avec une institution qui légitime cette guerre, c'est très grave.

Lien pour signer la pétition demandant au CICR de renoncer à sponsoriser la 3e conférence internationale sur les défis de la guerre dans des zones densément peuplées.

https://www.change.org/p/mr-de-maio-jacques-cancel-the-joint-conference-with-the-inss-in-september-2014

 

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22/08/2014

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop.

Avant, on pouvait dire, semble-t-il, au sujet des massacres qui se déroulaient pourtant à portée d'oreilles: je ne savais pas. C'était peut-être une excuse, peut-être même que c'était vrai. Si on cherchait à ne pas savoir, pour sûr que l'on pouvait prétendre à l'ignorance et s'en tenir pour quitte. Oui, il pouvait être croyable de se retrancher derrière cela. Impunité pour les ignorants. L'affaire de quelques uns ne nous concernait pas tous. On pouvait s'occuper de cultiver son jardin, en paix. Tout du moins, avec des boules quiès.  

Désormais, cette parole est impossible. On voit, on sait, entend à hautes fréquences et en temps réel. Devant la violence du monde, désormais : on n'en sait que trop. Plein les journaux, plein le web, la radio. L'horreur; l'obscène plein les yeux et à fond dans les oreilles: les stridences des missiles. Pornographie des corps éclatés. On ne sait que trop. Les enfants de Gaza sortis des décombres en morceaux, frappés sur la plage, on a tous vu cela. Les humains en morceaux dans des restes d'hôpitaux, celui d'Al-Shifa de Gaza où un patient sur deux qui arrive est déjà mort. On a tous vu cela. Des morceaux de crâne de jambes de pieds, à longueur de journée parsemés sur tous les écrans. Et puis quoi? L'horreur sans fin. Les yézidis pourchassés, les corps ouverts, les bébés sortis du ventre de leur mère assassinée, des images de chrétiens circoncis de force. Le délire déshumanisé de la taille des corps comme on coupe des arbres. Les giclées de sang qui n'a pourtant ni couleur ni religion et qui coule pourtant. Coule là-bas et ici plein pot dans les tubes cathodiques de notre réalité. 

On ne sait que trop

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop. Mais pourtant qu'est-ce que l'on sait vraiment? On doute. On ruse. On met en doute les images. On ne gobe pas si facilement son litre de sang quotidien. Non. Même si on le cherche parfois. On change de chaîne. On passe au petit rot. Puis on cherche la vidéo de l'égorgement de James Foley et sans réfléchir se rue sur les dernières nouvelles où l'éclat des chairs entrave la pensée. Curiosité morbide? Ou désir quand même de comprendre, de voir pour croire? On n'arrive plus à absorber. Mettre encore mes yeux dans les plaies, pour quoi? Pour croire à quoi plutôt qu'en quoi? Impossible d'y échapper. Mettre un autre spectacle serait encore plus obscène: se retrancher dans le pré-défensif ou l'on sait mais où on ne peut rien; où on devine mais à quoi bon: déprimant. Autant lâcher, vraiment?

Le langage médiatique distingue des sangs de couleurs différentes. Il y aurait des sangs de chrétiens des sangs de yézidis des sangs de kurdes des sangs d'irakiens, des sangs palestiniens, des sangs de gazaouis, des sangs d'israéliens, des sangs d'européens, des sangs d'américains, des sangs juifs, des sangs musulmans, des sangs d'enfants, des sangs d'adultes, des sangs d'adolescents, d'athées aussi? Il n'y a pourtant qu'un sang, le sang humain, celui que l'on verse et celui qui est versé. Celui que la victime voit couler et celui que l'empathie humaine ordonne aux vivants de stopper l'épanchement.

"On ne savait pas" est épuisé. Maintenant on ne sait que trop. Un trop qui tend aussi à l'impuissance. Devant le flot d'horreur et d'obscénités, un retranchement derrière la saturation permettrait de se donner un peu d'air? Non. Pour ne pas entrer dans les rivalités de massacres visant à élire la cause la plus digne d'intérêt, ou céder aux mises en concurrences des massacres pour faire prédominer une cause sur une autre, la légitimer, ou s'en détacher définitivement, quelle réponse donner à cela? Individuellement et collectivement?    

Des roses blanches

Ce mercredi, plus de 500 personnes se sont réunies à l'appel de la plate-forme interreligieuse, une rose blanche à la main au Temple de la Fusterie. Elles ont d'abord tourné autour du temple comme pour l'entourer, faire une chaîne de solidarité. Ensuite, des représentants de diverses religions, communautés, ont pris la parole et posé un acte fort, celui de parler, et de nommer, les uns après les autres, et ensemble. Pour ceux qui le désiraient, prier, se recueillir. Il n'y a qu'un sang, un sang humain. Dieu ne peut être invoqué pour semer la mort.  

Merci à Maurice Gardiol, du comité de la Plateforme interreligieuse, à William McComish, président de l’Association pour l’appel spirituel de Genève, à Pierre Farine, pour l'église catholique, au pasteur Emmanuel Fuchs, au curé Jean-Claude Mokry, A Hafid Ouardiri, de la Fondation de l’Entre-connaissance, à Nicolas Junod, de la communauté Baha'ï, au révérend John Beach, recteur de l'Emmanuel Episcopal Church Genève, à Niverte Noberasco-Yacoub, de l’Eglise copte orthodoxe de Genève, à Karomi Ahlam, de la communauté des chrétiens iraquiens. à Naïf Arbo, de la communauté Yézidi, à Bayla Hassberger de la communauté israélite de Genève, à Nezha Drissi, représentante de la communauté musulmane. A tous ceux et toutes celles qui sont venues se réunir ce mercredi pour dire non à l'horreur.  

Merci à cette jeune femme du centre culturel alévi, qui a lu une partie du Cantique des Cantiques et à Ozam Cagdas qui jouait  du zas et chantait. 

Et quand Ozam a cessé de chanter.

Il a pleuré.

Dans son corps, il savait. 

Le corps a toujours su.

 

Tous les textes lus à l'occasion de ce temps de recueillement sont sur le blog de Demir Sönmez http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/08/21/une-chaine-humaine-silencieuse-sur-la-place-de-la-fusterie-e-258972.html avec des photos de ce temps de recueillement. Merci aussi à Demir, pour son engagement.

09:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yézidis, gaza, irak, recueillement, rose blanche, communauté, prière. | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/08/2014

BimBadaBoum, un festival où les enfants s'éclatent.

Les gens se demandent ce qu’ils peuvent faire en Suisse pour s’engager afin que cesse l’agression israélienne contre le peuple palestinien. Ils sont écoeurés par les bombes qui tombent sur les civils et l’usage de la force militaire contre des habitants sans défense. Que faire? Voilà une action concrète portée par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation en Palestine) Genève, qui peut concrètement accélérer la fin de l’agression israélienne contre le peuple palestinien.

download1.jpgBimBadaBoum

Le festival BimBadaBoum est un festival genevois pour enfant. Il est pensé comme un moment d’échange entre adultes et enfants. Il affiche sur son site ses valeurs : une attention à l’écologie et au recyclage, l’intergénérationnel, le multiculturalisme, la promotion des activités culturelles et le respect de l’autre. Il s'est tenu cette année du 14 au 17 août (www.bimbadaboum). Les intentions du festival sont louables. Un des partenaires principal du festival semble toutefois bien en décalage avec celles-ci. Il s’agit de l’entreprise Caterpillar. Cette entreprise est dénoncée depuis plusieurs années pour sa collaboration active avec l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. BDS Genève a écrit une lettre au président de l’association BimBadaBoum afin de l’enjoindre de cesser toute collaboration avec cette entreprise, proposé de le rencontrer,  afin de lui présenter la problématique particulière liée à l'entreprise Caterpillar. Cette lettre n'a pas reçu de réponse à ce jour.


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Bac à sable et mare de sang

C’est tout d’abord une mobilisation des parents qui a attiré l’attention de BDS-Genève sur cette situation. En effet, chaque été des parents, connaissant la responsabilité de Caterpillar dans les territoires occupés, s’étonnent que leurs enfants soient invités à jouer dans un bac à sable sur des camions jaunes marqué du signe Caterpillar dans un festival avec des visées aussi nobles que BimBadaBoum.

Pour rappel, la société Caterpillar fournit depuis les années 50 des bulldozers et pelleteuses à l’armée israélienne. Un modèle est spécialement blindé et outillé d’une mitrailleuse par Israel Military Industries Ltd, une entreprise d’Etat. Ce modèle, le bulldozer Caterpillar D9, est lui aussi fourni par Caterpillar. Des Caterpillar D9 sont actuellement présents aux côtés des chars et des batteries de l’artillerie israélienne dans l’offensive « bordure protectrice » qui se déroule à Gaza en ce mois de juillet et août 2014.[1] 

Le Caterpillar D9 est utilisé par l’armée israélienne pour démolir des maisons et ruiner des terres agricoles. Il a fait ses "preuves" dans la construction du mur de séparation en Cisjordanie, pour les infrastructures des colonies illégales israéliennes, routes, tunnels, etc., En mars 2011, six familles palestiniennes ont déposé une plainte pénale contre la filiale suisse du fabricant de machines de chantier Caterpillar. Motif: complicité de crime de guerre. Deux ONG, l'organisation TRIAL (Track Impunity Always- poursuivre l'impunité sans relâche), basée à Genève, et son homologie palestinien, Al-Haq (la vérité), ont soutenu la plainte contre Caterpillar Sàrl, dont le siège est à Genève.[2]

Certes, l'argent n'a peut-être pas d'odeur, mais quand ça pue, ça pue vraiment, et il est difficile de regarder ailleurs ou de faire comme si de rien n'était. 

Caterpillar et la destruction d’une culture

Des centaines de milliers d’arbres dont un grand nombre d’oliviers (environ 800'000 depuis 1967 dont plus de 550'000 entre 2000 et 2008[2] ) ont été arrachés par les véhicules de l’entreprise partenaire du festival BimBadaBoum ? De même, depuis 1967, plus de 28’000 bâtiments palestiniens ont été détruits par les forces d'occupation. Depuis le début des années 2000, entre 4'000 et 5'000 maisons palestiniennes ont été démolies dans le cadre d'opérations militaires et plus de 900 démolitions ont été ordonnées par l'administration civile israélienne.[3] 

Caterpillar, Bimbadaboum, festival, enfant, Israel, Palestine. Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une jeune femme pleine de vie, a été écrasée par un bulldozer Caterpillar, à Rafah (bande de Gaza), alors qu’elle se trouvait devant une maison qu’un bulldozer Caterpillar avait pour mission de raser[4].

En 2004, Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation, a interpellé directement le directeur de Caterpillar pour lui demander de cesser ses ventes à l’armée israélienne. A ce jour, il ne lui a pas encore été répondu[5].

En 2012, le rapporteur spécial des Nations Unies  sur les Territoires palestiniens occupés, Richard Falk, a relevé que Caterpillar a été « publiquement critiqué » par des organisations religieuses et des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch pour avoir fourni à l'État d'Israël du matériel, tel que bulldozers et engins de chantier, « utilisé pour démolir ou détruire des maisons, des écoles, des vergers, des oliveraies et des cultures palestiniens[6]».

Malgré ces interpellations, les engins de Caterpillar poursuivent leur oeuvre de destruction des biens palestiniens et de soutien à la colonisation et à l'Apartheid. L'attitude de Caterpillar face à ces interpellations depuis plus de 10 ans, a amené TIAA-CREF, un important fonds de pension (2012), et l'Église presbytérienne des Etats-Unis (2014), à désinvestir de cette entreprise[7].

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Une indignation citoyenne

BDS-Genève, sur l’impulsion des parents d’enfants fréquentant le festival BimBadaBoum, s’est décidé à écrire une lettre ouverte au président de l’association BimBadBoum, persuadé que ce dernier peut faire la différence.  En cessant immédiatement sa collaboration avec l’entreprise Caterpillar, il peut mettre fin au trouble  voisinage entre les valeurs environnementales et de tolérance que le festival BimBadaBoum souhaite promouvoir et l'action d’une entreprise impliquée dans des violations répétées des droits de l’homme, des crimes de guerre, et l’éradication planifiée de la surface de la terre d’une culture et de ses traditions millénaires. BDS-Genève a écrit une lettre ouverte le 11 août et demande à tout citoyen de bonne volonté de s’engager à la lire, la partager sur les réseaux sociaux, et y souscrire[8]

L'argent n'a pas d'odeur ? Pourtant quand ça pue, ça pue

Parce que le silence signifie la complicité, parce qu’il n’est pas désirable que des enfants jouent en Suisse sur les engins d’une entreprise directement responsable d’une entreprise de destruction planifiée d’enfants et d’une culture entière. Parce que les moyens d’agir existent et qu’ils peuvent être saisis. La solidarité entre citoyen-ne-s n’est pas un vain mot mais un moyen d’agir efficace et puissant qui a fait ses preuves tout au long de l’histoire. Pour ces raisons, ici même, à Genève, et partout où des entreprises responsables de la mort de peuple palestinien ont leur siège, nous devons les dénoncer et leur rendre la vie moins facile sans leur permettre de se redorer le blason facilement. 

Ici, à Genève comme partout où des entreprises soutiennent directement ou indirectement l’entreprise illégale de colonisation israélienne, il est possible de s'y opposer, demander des comptes et des explications, afin que celles-ci ne se poursuivent pas avec notre consentement leur oeuvre de destruction, mais soient stoppés par l'engagement citoyen.  

C'est au festival BimBadaBoum de se positionner désormais. Caterpillar se paie en l'état à peu de frais une image de compagnie proche des enfants alors qu'elle fait de l'argent en vendant du matériel qui en tue d'autres. BimBadaBoum veut-il vraiment cautionner et soutenir cette politique? Pour ma part, je pense que BimBadaBoum doit se prononcer et se repositionner avec un regain de cohérence.   



[1]Euronews, 6 août 2014, http://www.dailymotion.com/video/x22xt5x_israel-justifie-son-intervention-et-regrette-les-victimes-civiles_news?start=3  cf aussi Wikipedia, "IDF Caterpillar D9"  http://en.wikipedia.org/wiki/IDF_Caterpillar_D9


[2] http://www.amnesty.ch/fr/actuel/magazine/torture-9-11-un-tournant/israel-et-territoires-occupes-vers-la-fin-de-l2019impunite-des-entreprises

[3]Israël-Palestine. La Guerre des olives, Le Point, 2 décembre 2013  http://www.lepoint.fr/monde/israel-palestine-la-guerre-des-olives-02-12-2013-1763897_24.php

[4]The Israeli Committee Against House Demolitions, mars 2012  http://www.icahd.org/uk/node/458

[5]« Le jugement prononcé dans l'affaire Rachel Corrie illustre l'impunité de l'armée israélienne », Amnesty international, 29 août 2012  http://www.amnesty.org/fr/news/rachel-corrie-verdict-highlights-impunity-israeli-military-2012-08-29

[7]« Rapport du Rapporteur spécial sur la situation des Droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 », Nations Unies: Assemblée générale, 19 septembre 2012  http://www.refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&docid=50a1099c2+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&lr=lang_es|lang_it|lang_fr

[8]« BDS Victory: TIAA-CREF dumps CAT Stock », Jewish Voice for Peace, 21 juin 2012  https://jewishvoiceforpeace.org/blog/bds-victory-tiaa-cref-dumps-cat-stock ; Jewish Voice for Peace applauds Presbyterian Church USA's vote to divest from companies that profit from Israeli Occupation  http://jewishvoiceforpeace.org/blog/jewish-voice-for-peace-applauds-presbyterian-church-usa-s-vote-to-dive  - See more at: http://www.bds-info.ch/index.php/fr/home-fr/158-bds-fr/campagnes/bds-suisse/boycott-culturel-academique/883-festival-bimbadaboum-caterpillar-un-partenaire-non-recommendable#sthash.2xnKbP8N.dpuf

[9] http://www.bds-info.ch/data/docs/14_08_12_BDS_Lettre_ouverte_BimBadaBoum_Caterpillar.pdf

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15/08/2014

Amie Téléphone Maison

Téléphone

Il était pourtant là, sur cette table. J’en suis sûr. Maintenant : rien. Ni sur la table, ni dessous. Au café où j’ai passé l’après-midi : néant. Je me lance sur des bouts de plastique comme un dépendant trie des bricoles pour y trouver un peu de sa vieille came de la veille. Je me fais les poches, une fois deux fois, doublures de veste, encore. Je renverse des piles de journaux – aucune chance que ce soit là, mais qui sait.. ça ne coûte rien d’essayer; plutôt devenir dingue qu'inactif: maniaque plutôt qu'impuissant. Mais rien, non. Aucune chance, je le sais. J’essaie encore. 100% des perdants ont-ils tenté leur chance? Il était pourtant là, à portée de mains, sous mes yeux. Je soulève et souffle la poussière, vais dans des recoins ou je ne suis jamais allé.  Je scrute le sol, c’est vain, c’est inutile, c’est bête. C'est nécessaire pourtant. Il faut le perdre pour le croire. Je recommence le même cirque encore.

Maison

J’ai claqué la porte, au même moment ça a fait tilt. Mes clés sont dedans. Je refais vingt fois le mouvement qui m'a conduit à taper la lourde. Vingt fois, en 5 minutes, mime le même geste. Pour oublier, me rappeler? Mouvement brusque et bête de poussée rapide. Puis, je reste un moment béat devant la porte close. Je pense à la forcer, faire levier. Mon voisin n'a-t-il pas le double des clés, y'a une fenêtre ouverte? Puis je ris. Le rendez-vous auquel je ne peux plus me rendre, tant pis, pas important. Je pars illico presto à la recherche d’un serrurier pour pouvoir accéder chez moi – chez moi, là, juste derrière la paroi, dedans de là où je suis exclu, sans moyens d'y retourner sans aide.   

Ma faute? Uniquement? Oui, mais non, pas moi, pas seulement. Bêta. Il me faut un responsable. Ce coup de fil juste avant d’aller chercher le courrier? Oui, c’est ça, ce moment d'inattention. J’avais la clé en main, je la tenais, et puis… je ne sais pas. Il m’a dit que…. un blanc. Puis j'étais dehors. La cafetière, je l'ai mise sur le feu?

Avion

Je ne voulais pas mettre mes bagages en soute. Non,  je voulais les garder avec moi. Mettre en soute, c’est toujours attendre à l’arrivée un petit peu plus longtemps, perdre du temps encore. Il faudrait toujours voyager avec un tout petit sac, un jeans deux t-shirt : vitesse et mobilité. Mais avec confiance, toujours, j’ai glissé mon sac noir sur le bandeau de plastique: 6 kg. Beau bébé. Une paille. Bonjour. Sourire radieux de l’hôtesse. Bonjour. Autocollant passé au cou du dodu. J'attache au dernier moment un bout de papier à une anse, griffonne au crayon nom, prénom, la ville où je vis et la rue. Est-ce que je dois noter ma destination? Non. De toute façon, je ne sais pas où je vais. C'est toujours le lieu de retour qui compte, d'établissement. Et bon voyage!  

Je reviendrai, c’est certain... Dans les nuages, ivresse et découpage du temps hors du temps. Cabine pressurisée, on se détend, maintenant. Choisir parmi un des films sans sexe sans scènes de violences sans contenu politique ni avion qui tombe. Et bien sûr aucunes nouvelles du monde. Une forme sirupeuse de méthadone visuelle. Faire attention à ne heurter personne = renoncer à toucher quiconque. Salves d'applaudissements à l'atterrissage. Avant de détacher la ceinture, attendre encore que l'avion roule jusqu'au bout de la piste. Ne pas se lever, encore. Attendre que la rangée pressée se pousse vers la sortie.

Repousser négligemment du pied le gilet de sauvetage sous le siège. 

Au carrousel de métal, dodelinement des bagages. Du mien: pas de trace. Pourtant, il y en a. Des noirs, des rouges, jaunes, des carrés et des ronds. Mais le petit dodu de 6kg? Resté loin des regards, têtu, dans le ventre d'un hangar. Je vais fouiner vers un autre carrousel, faire la girouette aux carrousels 1, 2, carrousel 3. Bagages de Barcelone, Beijing Berlin. Il ne peut pourtant pas être de ceux là, non. Dire ce n'est pas perdu, c'est égaré seulement. La perte, ce n'est pas croyable. Remplir une déclaration d'égarement, euh, de perte. Oui.

Petit papier blanc noirci pour l’employé inconnu et fatigué au guichet blanc d'une ville inconnue. Repasser dix fois le mouvement de remise du sac sur le tapis roulant. J’aurai dû le prendre avec moi, ne pas le laisser partir ainsi. Il faudrait toujours voyager avec un tout petit sac, un jeans deux t-shirt : vitesse et mobilité. Oui, oui. La confiance est absurde, le mettre dedans, ce n'était pas malin.

Encore au ralenti le déroulement du film de la dépose du bagage sur la tapis roulant. J’aurai pu faire ceci, cela. C’est la faute à la compagnie, à une grève, une défaillance technique, au centre de tri, à la mécanique industrielle. La perte : égarement. Se ressaisir maintenant. 

Qu'est-ce qu’il advient de l’objet perdu? Il est toujours dans les entrailles, quelque part. Je l'oublie presque. Qu'est-ce qu'il advient de la perte? Quelqu'un s'occupe de mon bagage vs il a été expédié ailleurs, dans une autre ville, un autre hangar, d’autres douaniers à casquettes. La petite étiquette de papier plié, elle va tenir ? J’aurai dû mettre quelque chose de plus solide. Ne plus contrôler. N’avoir aucun moyen d’influencer son retour. Je laisse un message vocal sur la boîte de la compagnie qui ne les relève pas. Renouer, cela ne m’appartient pas. Je lâche prise ou j'abandonne? 

Plus de clés.

Plus de bagages.

Plus de de téléphone.

Enfin des vacances!   

Amie

Il parle tout doucement, il dit : j’enterre une amie aujourd'hui, enfin : une boîte vide. Elle a été réduite en miettes, pulvérisée dans un accident d’avion. On n'a rien retrouvé d’elle. Ni ses possessions, ni ce qu’elle avait perdu. D’elle, il ne reste rien; une boîte vide, rien de plus, à glisser dans un trou et recouvrir de terre.

Des souvenirs, des mémoires en masse et une boîte vide.

Que de l’immatériel.   

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10/08/2014

J'aime le foot, Nabila ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.

Monsieur Jean-Noël Cuénod, écrivain, journaliste libre, rédacteur en chef de la Cité, dans son dernier blog titré " Persécutions des chrétiens d'Irak, où sont les manifestants?" (http://jncuenod.blog.tdg.ch) fait le reproche à ceux qui manifestent contre le carnage actuel à Gaza de ne pas descendre dans la rue pour les chrétiens d'Irak et les yézédis, soumis au feu de l'armée de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Il écrit notamment : " Le sang des chrétiens serait-il moins pur que celui des islamistes?" Faisant cela, il se trompe de cible. Ce n'est pas, à Gaza, le sang des islamistes qui coule, mais celui des femme et des enfants, d'un peuple tout entier. C'est un sang humain, point. Et c'est le sang quotidiennement versé, fruit du travail de la colonisation israélienne menée avec l'appui des USA et le silence des européens qui est dénoncé par celles et ceux qui lèvent le poing. Il faut avoir marché un peu avec eux pour apprécier la diversité, les multiples origines, générations qui y sont représentées. Citoyen-ne-s pour qui l'injustice, la violence, le meurtre sont inacceptables, dans un mouvement qui n'est pas de solidarité confessionnelle.   

Le sang n'a pas d'autre couleur que rouge

Cuénod passe du procès d'intention à l'injonction de manifester lorsqu'il écrit : "l'actuel silence des musulmans d'Europe n'est pas supportable". Il commet là une double erreur. Premièrement, en rendant les "musulmans d'Europe" (comme si un tel groupe existait), responsable ou garant ce qui se déroule actuellement en Irak. Deuxièmement, en laissant penser, par la négative, que les non-musulmans seraient, eux, en droit de se taire. Comme si l'empathie et l'indignation étaient clanique ou tribal. Comme si c'était pour ceux de "son camp" que l'on devait s'engager et n'avait de légitimité et donc de responsabilité que sur ceux-ci.

Cet ahurissant glissement, fruit de l'amalgame entre la situation à Gaza et en Irak est dangereux, car il renforce l'attrait pour une lecture communautariste des conflits. Si la puissance des manifestations pour Gaza est profonde aujourd'hui, c'est justement parce qu'elles les ont depassées. Ce conflit est emblématique d'une lutte d'émancipation et de résistance contre une colonisation qui se poursuit depuis plus de 60 ans. Ce samedi encore, à l'appel des palestiniens de Gaza, 200'000 personnes sont descendues dans les rues en Afrique du Sud, 150'000 à Londres, des dizaines de milliers à Berlin, Paris, etc.,). Nul ne manifeste pour le plaisir de manifester, mais parce qu'il y a des objectifs et des interlocuteurs à qui adresser des revendications. Changement de paradigme en Europe = changement de politiques = changement de situation sur le terrain.     

L'abjecte comparaison des massacres

La dimension qui réunit ces deux massacres, c'est leur caractère commun d'assassinats contre des civils innocents. Mais Cuénod, en en faisant une question communautaire avant tout, gomme cela précisément. Il y a quelque chose d'écoeurant dans cette mise en rivalité des massacres. Comme si l'on devait peser sur une balance d'épicier le poids d'une boucherie et celui d'une autre, et que les niveaux soient parfaitement ajustés

Bien entendu qu'il faut s'engager contre les violences terrifiantes commises contre les chrétiens et les yézédis d'Irak, pousser à une intervention afin qu'elles cessent. Mais à qui adresser ces messages ? Aux responsables actuels de la montée en puissance de l'EIIL? Aux USA, qui ont fait éclater la chaudière Irakienne en attisant tous les communautarismes? Aux USA encore, qui ont armé l'EIIL pour contenir Al Qaida, comme le révèle le livre des mémoires d'Hillary Clinton ? A Israël, qui a nourri le Hamas à la petite cuillère afin d'affaiblir l'OLP de Yasser Arafat, et qui à tout intérêt a ce qu'Islam rime avec islamisme et islamisme radical avec barbarie? Ce serait donc vers eux qu'il faudrait se tourner pour "agir"? Vers l'ONU? Merci Monsieur Cuénod de nous aider à avancer sur la compréhension de ces conflits, sur les responsables de la barbarie actuelle en Irak; qui doit intervenir et comment. 

EIIL, Gaza meme combat?

Mais minute, l'occident demeurerait immobile sur Gaza et se lancerait pour protéger les chrétiens et les yézédis d'Irak? Bien. Mais comment justifier l'inaction d'une part et l'interventionnisme de l'autre? Les forces internationales toléreraient le massacre de plus de 1200 civils à Gaza sans bouger, et frapperaient en Irak lorsque des chrétiens et des yézédis sont menacés (alors que depuis des mois déjà des humains se font massacrer par l'EIIL sans provoquer plus d'émotion que cela de la part des Messieurs Cuénod et avatars en tous genre appelant maintenant à des réactions)

Alors oui, ce serait encore de deux poids deux mesures dont il s'agirait. Et cela contribuerait d'autant a faire le lit des extrémismes. Logiques perverses. Tant qu'un soutien indéfectible sera apporté à Israël, tout autre intervention au Moyen-Orient ne pourra être lue que comme une opération impérialiste, la prolongation de politiques tordues pour maintenir ou déstabiliser des équilibres politiques en raison d'intérêts particuliers. Tant que le sang humain ne sera évalué qu'en fonction d'une appartenance ethnique ou religieuse, "mes morts, tes morts", l'ONU et toute instance internationale seront aussi faibles qu'elle ne le sont aujourd'hui.

Manifester un jour, manifester toujours?

La tendance actuelle n'est pas que les gens manifestent uniquement pour telle ou telle cause et pas toutes les autres (et même si c'etait le cas, et alors?), c'est qu'ils s'arrêtent de manifester pour les causes qui leur sont, déjà exemplaires, puis ne s'indignent plus pour quoi que ce soit.

La morale des voix qui cherchent à limiter l'élan à manifester en disant : si tu manifestes une fois, tu  manifesteras pour toujours, ou alors resteras chez toi; ces voix qui répètent : si tu sors une fois pour un combat, tu sortiras pour tous les autres: pour le massacre des chrétiens d'Irak, la faim dans le monde, l'intervention de la Russie, en Ukraine, la chasse aux phoques et Dieu sait quoi, ces voix proviennent d'outre-tombe et servent, in fine, au confort de la résignation.  

Moi, je dirai plutôt : A toi qui n'a pas bougé en solidarité avec Gaza, n'est-ce pas à ton tour d'agir, écrire, afin que l'indignation, la révolte, ne reposent pas sur ceux qui ont manifesté mais aussi sur ceux qui oublient parfois de le faire? Il est vrai que lorsque l'on ne manifeste pour rien, que l'on ne prend plus position, ne descend plus dans la rue, on n'a plus de problème. On ne sera sommé par aucun plouc d'avoir à se justifier de s'être mobilisé sur quoi que ce soit, vu qu'on aura abdiqué sur tout.

Sans honte, sans vergogne on pourra dire alors : je suis toujours resté chez moi, n'ai pris parti à rien, rien risqué. Comprenez-moi bien, c'était tout ou rien, et dans le doute il était préférable de m'abstenir. Et ainsi dire tranquillement, conscience en paix : Gaza, EIILL, même combat, je ne suis pas antisémite pour sûr, ni islamophobe, c'est clair, j'aime ma patrie et mon clan, mais mon horizon s'arrête à ma ville (et encore), à ma famille déjà; ces combats ne me regardent pas.

J'aime le foot, Nabila, ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.


 

 

 




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09/08/2014

Pour Israël, la négociation est l'ennemi à abattre

Michel Warschawski, fils d'un grand rabbin de Strabourg et du Bas-Rhin, est né en 1949 à Strasbourg. Journaliste et militant pacifiste d'extrême gauche, il est l'ancien président de la ligue communiste révolutionnaire marxiste israélienne. Condamné à vingt mois de prison en 1989 pour "prestations de services à des organisations illégales". Il a été chroniqueur pour Siné hebdo, collabore avec le Monde Diplomatique, le Courrier. Conférencier reconnu, il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russel sur la Palestine.

Pourquoi cette guerre à Gaza actuellement ?

Il faut dire tout d'abord que Gaza est secondaire. Pourquoi la guerre, point. A mon avis, pour repousser le plus longtemps possible toute velléité internationale de tendre à l'ouverture de négociations. L'ennemi stratégique du gouvernement israélien, c'est la négociation. Ce gouvernement ne veut pas négocier. Certes, dans l'air du temps, il y a comme une volonté américaine, européenne de pousser israël à négocier. Il leur faut donc faire contre-feu afin que les négociations ne soient pas mises à l'ordre du jour. Il était clair qu'en attaquant Gaza les négociations, allaient être rendues impossibles. C'était l'objectif stratégique le plus important.

Dans le même état d'esprit, la cible n'est pas le Hamas, c'est Mahmoud Abbas. Mahmoud Abbas est celui que la communauté internationale présente comme prêt à discuter ; celui dont tout le monde dit à Israël: c'est avec lui que vous devez parler. En attaquant Gaza, ce gouvernement met Mahmoud Abbas dans une situation impossible. Soit il se solidarise avec Gaza et donc avec le Hamas et renforce par là le discours de Netanyahou diabolisant et le Hamas et Abbas. Soit il se désolidarise, et perd alors toute légitimité palestinienne. Pour israël, cela semble donc être une win-win situation. Sauf que cela ne se passe pas tout à fait comme cela. Car Mahmoud Abbas est poussé par les américains à jouer le rôle d'intermédiaire. Le président de la Palestine se trouve ainsi à jouer le rôle des Nations Unies alors que c'est son peuple qui est attaqué. Mahmoud Abbas reste au coeur de l'action diplomatique. Ils n'ont pas réussi à le neutraliser, mais sa position est fragile. 

Que répondez-vous aux arguments des gens qui disent: pourquoi manifester autant sur ce conflit? On ne vous entend pas autant sur la Syrie ou au sujet de Boko Haram ?

D'abord, c'est une remarque fallacieuse. Car ce sont les mêmes qui se mobilisent pour la Syrie, l'Afrique, toujours les mêmes. Qu'ils arrêtent donc de toujours nous coller : vous êtes uniquement engagés sur la Palestine et Israël, c'est faux, point. Ceci dit, il y a évidemment une intensité plus forte concernant ce conflit, pour des raisons historiques que j'expliquerai plus loin.

Le pouvoir français, les éditorialistes couvrant ce conflit disent vouloir éviter "l'importation du conflit". C'est un mot que je ne comprends pas. Lorsqu'il y a eu un immense mouvement de solidarité avec le Viêt-Nam, importait-on le conflit du Viêt-Nam? Non. On identifiait une grande injustice et un grand combat: c'était le Viêt-nam! Et tout le monde ou presque était viêt-namien. Il en est de même aujourd'hui avec la Palestine, qui est un conflit emblématique. Il se trouve sur la ligne de front du soi-disant choc des civilisations. C'est donc tout à fait compréhensible qu'il y ait cette mobilisation. Si l'on veut vraiment parler du risque d'importation du conflit, il faudrait alors désigner les institutions juives, soi disant représentatives des juifs de France, de Suisse, d'Allemagne, qui deviennent de fait des ambassades d'Israël, des bureaux de propagande de la politique israélienne. Eux, oui, ils "importent" le conflit en disant: "Nous, les juifs de France n'avons rien à dire contre le massacre de Gaza". C'est grave. Heureusement, ils parlent pour eux, pour une petite minorité des communautés juives, et ce n'est pas vrai pour les autres. Mais en disant, pour résumer: les juifs de France, c'est Tsahal, beaucoup d'autres français, et en particulier d'origine musulmane répondent: eh bien si les juifs de France c'est Tsahal, les musulmans de France c'est le hamas. A ce moment là, on fait d'un conflit politique étranger, une lutte de communauté en France. Mais a mon avis, 100% de cette responsabilité retombe en France sur le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et ailleurs, sur des organisations équivalentes.

Vous dites ligne de front, combat emblématique, mais de quoi? En quoi finalement, ce conflit concerne-t-il l'Europe plus qu'un autre? En quoi serait-il lié à l'histoire de l'Europe?

C'est en fait doublement la responsabilité européenne. L'Europe, puis la communauté internationale, a crée ce conflit. Elle a décidé de résoudre le problème des rescapés de la seconde guerre mondiale et du génocide des juifs d'Europe en disant: vous savez quoi, on vous donne un état, prenez les clés, vingt francs, vous aurez une soutien politique, militaire, etc., acceptant en cela de faire payer les arabes de Palestine pour un crime dans lequel ils n'avaient rien à faire. C'était donc se dédouaner d'une manière abjecte, sur le dos des autres, de la responsabilité européenne du génocide. Le sionisme a pu se présenter pour l'Europe comme une solution face au problème posé en 1945: que faire des survivant-e-s? Mais c'est un problème européen, pas musulman, pas arabe et en tout cas pas palestinien. L'Europe, par le problème qu'elle a crée et la solution qu'elle a proposé, en est venue à faire payer doublement les palestiniens.

L'opinion publique est indignée, mais se sent globalement impuissante. Les gens écrivent, se mobilisent, manifestent, mais pour quels résultats? Quels sont les moyens d'actions concrets pour ceux qui veulent agir afin de mettre fin à ce conflit?

Le moyen d'agir existe, il va aller en se renforçant et il sera de plus en plus efficace. C'est le BDS (Boycott désinvestissement et sanctions contre israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation israélienne) qui est une campagne politique construite, réfléchie, visant a faire pression sur israël. Une pression qui dénonce, mais aussi traduit dans des actes qu'Israël, par son comportement, se met hors-la-loi et doit être traité comme tel. BDS est un grand pas en avant. BDS est en terme d'action globale un formidable levier à exercer sur israël. 

Le BDS dispose d'une grande légitimité aussi. Lancé par des ONG palestiniennes en juillet 2005, avec un fort soutien populaire, on ne peut accuser ce mouvement d'être une émanation néo-coloniale.

En effet. C'est un mouvement qui s'appuie sur l'exemple de l'Afrique du Sud, de l'Espagne de Franco, la Grèce des colonels. Je passe mon temps en Europe à contrer les arguments de ceux qui disent: quoi, vous voulez boycotter? Je me souviens, que tout petit, on ne touchait pas aux oranges outspan, on n'allait pas en vacances en Espagne. Cela faisait partie d'une culture progressiste, de boycotter d'une façon générale et pousser à des actions contre des états qui ne respectaient pas le droit.

Cela n'est-il pas une attaque contre les citoyen-ne-s d'israël?

Non. Pour que la politique gouvernementale change, il faut qu'il y ait une pression et un mouvement pacifiste qui émerge. Et cela, c'est toujours le résultat d'un prix à payer. Par exemple, pour cette population, que son économie paie le prix de la colonisation. En ce moment, en israël, le tourisme est en berne, pour cause de guerre. Les acteurs de la branche commencent à hausser le ton. On peut donc toucher la population israélienne par l'économie. La population israélienne est comme n'importe quel peuple, peut-être même plus. Elle est extrêmement sensible à l'image que l'on donne d'elle. Personne aime ne pas être aimé. Personne aime être mis au ban, boycotté. Personne n'aime ça, ni un individu ni une société. Israël n'est pas si différent des autres pays, même si, ici, on roule des mécaniques, en disant: on s'en fout, qu'ils ne viennent pas! Mais ce n'est pas vrai. A long terme, on est ici comme ailleurs extrêmement sensible à l'idée que les autres se font de soi. Le discours "ce sont tous des antisémites" existe c'est vrai, mais il est défensif, et ne contredit pas le désir, pour israël et les israéliens, d'être reconnus et accueillis. Le fait d'être estampillé infréquentable ne plaît pas, ni dans le business ni dans l'art. Personne n'aime voyager et être confronté dans le monde par des gens qui, en gros, leur disent: cela n'est pas correct.

Un sondage dit que 80% des israéliens soutiennent l'intervention à Gaza. quel regard as-tu sur cette société qui a glissé vers la droite et semble suivre aveuglément Netanhyaou et Lieberman?

Il n'y a pas l'ombre d'un doute, les hommes politiques, le gouvernement, en israël, ont clairement glissé à droite. Et pourtant, je pense que la société israélienne et divisée sur le fond en deux moitiés. Une grande moitié et une petite moitié. Un peu moins de 50% soutient la politique de la droite, vote pour ces partis. Et l'autre moitié n'aime pas les colons, s'en moque du grand Israël, aimerait bien une solution de compromis. Et puis, il y a quand même au milieu, une petite frange qui s'abstient ou vote pour des partis du centre.

La grande assymétrie entre ces deux grands pans de la société, c'est que la droite est au pouvoir. La droite agit, dans une urgence permanente, alors que les modérés, vus qu'ils ne paient pas le prix de la colonisation (avant Gaza), sont insouciants. La situation est calme, rien ne menace Israël. Il y a la sécurité individuelle, plus de bombes. Israël est une société performante, son économie tourne. Pourquoi changer? Face à cela, la droite avance. Ce n'est pas l'absence d'une opposition potentielle, mais son anomie qui pose problème. A la manifestation de Tel Aviv du 2 août, la majorité des gens qui étaient là-bas étaient pour la plupart des tel-aviviens typiques, totalement dé-idéologisés, plongés dans la consommation. C'était, je dirai presque, les bobos de Tel Aviv. Ils se sont mobilisés pour Gaza. Oh, pour certains ils avaient même une petite larme dans le coeur. Ils avaient vu des photos, même si, ici, il faut les chercher. Mais pourquoi manifestaient-ils, alors qu'ils le font si rarement? Parcequ'ils ont surtout peur pour leur Israël, leur Tel Aviv détendu, non-idéologique, plutôt à gauche qu'à droite, qui est sévèrement menacé. Ils voient desormais émerger un pays de tueurs ou Netanyahou devient presque le centre! Avec comme détonateur, l'assassinat de Mohammad Abou Khdeir, brûlé vif par trois citoyens. Le gouvernement a eu beau dire : ce sont trois illuminés, pas du tout. Ils sont dans la continuité d'une politique. Ce sont des gens qui viennent de bonne famille de droite, de famille respectée. Ils sont l'expression d'une partie d'Israël qui s'intègre dans un discours raciste, vote de lois racistes. On n'aurait jamais imaginé cela, il y a 15 ans. Certains se réveillent maintenant en se disant: cela n'est pas notre israël !

15 ans ce n'est pas en un jour, mais c'est un rythme extrêmement rapide.

Oui, c'est très rapide. Le tournant date de 2000. C'est la reconquête, la fin du mouvement de la paix. Ce sont les positions et les discours de Ehud Barak qui détruisent la paix. Les gens n'y croient plus. Ce qui veut dire que la moitié non de droite sort démobilisée, déboussolée de ces années, et offre un monopole idéologique à la droite. En 2013, Yahir Lapid a reçu 19 mandats, 10% des votes, alors qu'il est un peu comme Pepe Grillo en italie "ni de droite ni de gauche, ni pour ni contre, ni ni". Il a une belle gueule et prétend tout changer. Il était star de télé, n'a jamais pris position politiquement avant de se présenter aux elections et recevoir le vote de Tel Aviv. Il est clairement de centre droit. avec une idéologie de droite raciste, fortement positionnée contre les pauvres. Son programme? "Nous, à Tel Aviv, on ne veut pas payer pour les va-nu-pieds". Mais ce qui est intéressant, c'est de voir la jeunesse, ceux qui ont 30 ans, fatigués de la vieille politique, ne voter pour rien ou pour quelque chose qui ne veut rien dire, qui n'est engagé à rien, et qui demeure donc libre de faire ce qu'il veut. La manifestation de Tel Aviv était la prise de consience de la classe moyenne de Tel Aviv que leur israël est soumis au risque de disparaître. J'étais dans un des cafés branché de la ville et leur discours était: on va partir. Ce pays commence à sentir mauvais, on ne s'y reconnaît plus. Lieberman, Netanhyaou, les colons, ce ne sont pas nous. Certes, ils ne partiront pas. Mais cela leur permet de ne pas assumer, ne pas lutter. Ils sont résignés dans cette condition de dire: on ne veut pas cela, mais sont incapables à ce jour de proposer autre chose.

 

Que pensez-vous des discours désignant le Hamas comme mouvement terroriste?

Le Hamas est, à mes yeux, avant tout un mouvement de résistance. Je me positionne par rapport au Hamas d'abord et avant tout comme un mouvement de résistance. La charte du Hamas ne m'a jamais dérangé, parce que le charte de l'OLP était exactement pareille avant que l'OLP n'en change. Une charte, c'est un bout de papier. La charte du Likoud, c'est le grand Israël jusqu'en Syrie. Or, plus personne n'en parle aujourd'hui. C'est vieux, et on ne se débarrasse du vieux qu'en échange d'autre chose. Arafat a rendu la charte de l'OLP caduque en affirmant: on veut bien supprimer cette charte, mais que donnez-vous en échange? Il est de notoriété publique, le hamas l'a dit et répété, que si israël se retire des territoires occupés, sur les frontières de 1967, il est prêt à une houdna (trêve) de durée illimitée. C'est exactement ce passage de la posture du: "on va tout détruire",  à: "on peut parler et négocier" qu'avait fait l'OLP. "Ne nous demandez pas le reconnaissance, c'est hors de question, mais on peut accepter l'existence de fait". Le Hamas a dit qu'il ne saboterait pas les discussions avec israël, ne s'opposerait pas aux tentatives du président Mahmoud Abbas, mais a prédit leur échec. Le Hamas est une organisation assez frustre, enracinée dans la paysannerie (en Cisjordanie surtout). D'origine villageoise, avec une capacité de résistance incroyable.

Cette capacité de resistance du hamas justement, vous a-t-elle surprise?

Il n'y a  pas une guerre de laquelle israël ne s'en tire pas avec la gueule de bois et frappé de stupeur par la force de la réaction. Surprise ! Comme si on ne savait pas. Au Liban on ne savait pas, à la guerre du Kipour pareillement. La première intifada surprise, la deuxième : surprise encore. J'ai écrit récemment un texte où je réclamais le remboursement de mes impôts payés indument pour des services de renseignements à la noix, considérés pourtant comme les meilleurs du monde mais toujours surpris. Ils ne savaient pas que le hamas avait des missiles d'une aussi grande portée, et pourtant, rien d'étonnant. Quand tu enfermes quelqu'un, que fait-il ? Il essaie de sortir: par en haut, par en bas. En haut, c'est les missiles, en bas, les tunnels. Je l'ai appris, moi, dans le ghetto de Varsovie. On a des exemples historiques de comment réagissent des peuples en état de siège. Il y a ce besoin de sortir coûte que coûte. Tu creuses tu creuses, tu envoies ce que tu peux de l'autre côté. Cela, pour un peuple assiégé, c'est déjà en soi une victoire. Israël se fait toujours surprendre par l'état de préparation de l'ennemi. Personne n'aurait pu croire qu'israël n'arriverait pas à nettoyer Gaza. Pourtant, c'est un match nul. Et un match nul entre l'équipe d'Algérie et l'Allemagne, c'est comme une victoire pour l'équipe d'Algérie. Ce qui aurait permis au Hamas de ramasser la mise c'est si l'Egypte était restée neutre. Or, le Hamas doit se battre à la fois contre israël et contre l'égypte. Personne n'aurait imaginé que la junte militaire égyptienne irait aussi loin dans sa collaboration avec Israël pour casser la résistance du hamas. Je pense que, sans l'Egypte collaborationniste, le hamas aurait pu gagner. Or, là, israël va pouvoir se retirer unilatéralement, sans allégement du siège. Il y aura un retrait, mais un maintien du blocus sur un champ de ruine. 

Pourquoi le hezbollah ne bouge-t-il pas, pourquoi le Cisjordanie ne se soulève pas? Comment cela se fait-il qu'il n'y ait pas de deuxième, de troisième front ?

Il se peut que cela arrive. Jérusalem, par exemple, vit des micros soulèvement et des accrochages tous les jours. Mais il manque une direction politique, quelqu'un qui dise: on y va. Une instance qui coordonne, donne le rythme, et pas uniquement une bande de jeunes, liés au Fatah ou à autre chose, qui vont à la confrontation, se font frapper et tuer d'une manière désordonnée. Là encore, Mahmoud Abbas a une très grande responsabilité. Là encore, il ne joue pas son jeu de représentant des palestiniens, mais plutôt celui de l'ONU. Il est l'ONU. Mais ce n'est pas juste, il est élu pour être le président des palestiniens en lutte et pour mener cette lutte à terme. 


Jérusalem, août 2014.

Cet entretien est paru dans le journal le Courrier du jeudi 7 août avec un complément de notes et une mise en situation redactionnelle.

http://www.lecourrier.ch/122913/pour_israel_l_ennemi_c_est_la_negociation?utm_content=buffera321f&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer

 

 

 

 

 

 

 

 

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07/08/2014

Lettre aux amis d'Israël

Chers amis, amies d'Israël,

J'ai entendu, depuis quatre semaines, vos arguments en faveur du droit à se défendre d'israël et la diabolisation constante du Hamas; le rappel permanent à sa fameuse charte pour justifier une guerre qui n'a de défensive que le nom.

Un chauffeur de taxi me montre la photo de sa soeur assassinée a Gaza. Elle vivait à 100km d'ici. Il lui parlait de temps en temps au téléphone. Depuis 8 ans, il ne pouvait plus aller la voir. Elle était bouclée dedans. Il me montre ses enfants et dit qu'il a peur pour eux, qu'il ne parvienne pas à les protéger; que les bombes tombent un jour à Ramallah, Naplouse, ou qu'ils soient repoussés toujours plus loin, tués. Les nouvelles colonies qu'il désigne sur les collines donnent à sa peur tout son poids.

Amis d'Israël, je vous le demande, sur qui repose le poids quotidien de la terreur ? Et comment peut-on justifier que des enfants qui vivent a 50 km de la mer ne la verront jamais et demeurent scotchés dans un état de sous-développement chronique, "pour raisons de sécurité" bien sûr. Cela, il faudrait le demander aux soldats du checkpoint qui rient en se montrant des films pornographiques sur leurs téléphones portables et demandent six fois la même question stérile, bloquant le portail de la bétaillère qui sert de tri pour se désennuyer un peu. Amis d'Israël, quand irez-vous faire le pélerinage quotidien du bétail humain au checkpoint de Bethleem ou Qalandyia? Partager le zaatar, le pain et l'huile d'olive avec ceux qui sont des hommes et des femmes comme vous, à Jéricho ou Hébron?   

J'ai été estomaqué, amis d'Israël, par votre support inconditionnel au gouvernement de Netanyahou. Que la charte du Likoud prévoie la réalisation du grand Israël sur tout le territoire palestinien ne vous a jamais semblé problématique. Que cette guerre soit la poursuite d'une volonté d'éradication et de domination d'un peuple entier, accélérée vertigineusement depuis 2001, n'a soulevé aucunes critiques de votre part, ni d'appels pour vous distancer un tant soit peu du gouvernement actuel.

Tuer les mères

Quand Mordechai Kedar professeur à la Bar Ilan Université a publiquement suggéré de violer les mères et sœurs des 'terroristes', j'ai attendu votre condamnation. Elle n'est pas venue. Je ne vous ai pas entendu commenter les dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux appelant à tuer les mamans des "terroristes" parce que tuer leurs enfants ne suffisait pas. Pendant que Ayelet Shaked, membre du parlement israélien, parti maison juive, appelait l'armée d'Israël à détruire les maisons des 'terroristes', à  assassiner leurs mères pour que ne naissent plus de petits serpents, j'ai pris note de votre silence.

Alors que les chants appelant à 'tuer les arabes' tonnaient sur les réseaux sociaux, j'ai espéré de votre part plus de pondération et de distance vis à vis du gouvernement qui les inspirait. A la guerre comme à la guerre me répondrez-vous peut être. Oui, je vous comprends. Mais à trop se ranger derrière ceux qui violent le droit et bombardent 1.8 millions de personnes (et qui, pour rappel, sont 80% de réfugiés déplacés), bouclés depuis 8 ans sur un territoire manquant de tout, vous risquez de devenir comme eux : déshumanisés, au nom d'une logique grégaire d'état. 

Gaza future Ibiza?

Les interventions sur Gaza se succèdent à intervalles réguliers. 2002, 2008, 2012, 2014, avec un blocus aérien maritime et terrestre constant. Certains, en Israël appellent à faire de Gaza une future Ibiza. Moshe Feiglin, vice-président de la Knesset, veut en faire une ville israélienne florissante. Qui sait, une fois débarrassés des arabes, peut-être que l'on pourra y danser comme l'on danse aujourd'hui à Tel Aviv et qu'il n'y aura même plus le sifflement des roquettes pour rappeler qu'un peuple vivait ici auparavant et prétendait -scandale, terrorisme- à avoir le droit d'y vivre en paix, danser et chanter aussi. L'aéroport fermé de Gaza pourrait même alors réouvrir, accueillir des vols easy jet bon marché. Et il y aura, qui sait, sûrement de bonnes opérations immobilières à réaliser.

Je vous ai beaucoup entendu démontrer l'ignominie du Hamas, justifier une guerre "propre", "défensive", "préventive" et vous cacher derrière des barbus pour prétendre a l'innocence des frappes d'Israël. Pour ma part, quand j'entends Netanhyaou s'exprimer avec le vocabulaire des: 'terroristes', 'tunnels de la mort', 'attaques de terreur' je n'arrive pas à le croire. Comme il m'était devenu impossible de croire à Georges Bush et sa rhétorique guerrière pour légitimer ses violations du droit international.

Hamas, Israël même combat?

Si le destin d'Israël est de faire pire ou de se mesurer à l'ignominie pour s'y aligner et l'amplifier, c'est une triste compétition qui est engagée, et je ne me risquerai pas à juger qui du Hamas ou d'Israël en remportera le ponpon. Mais ce que je sais, au vu des récentes opérations d'assassinats ciblées d'enfants, de femmes, de civils, et l'incapacité d'en assumer la responsabilité, qu'Israël a surpassé le Hamas dans le mensonge, en demeurant loin des standards qu'il prétend respecter et imposer. Cela est-il suffisant pour nommer Israël un état terroriste? Non? Que manque-t-il alors? Le rappel des assassinats ciblés, des listes d'homme à abattre ou des 7000 prisonniers palestiniens parmi lesquels des parlementaires, des élus et des enfants, détenus?

J'aurai voulu vous entendre faire une distinction entre votre amour pour Israël et la politique de son gouvernement. J'aurai rêvé moins d'hypocrisie et l'abandon du double discours qui déplore les victimes humaines tout en soutenant la politique qui les crée. J'aurai attendu, démocrates, que vous puissiez regarder en face ce gouvernement et que celui-ci arrête d'en désigner d'autres pour se cacher derrière. 

Israël prétend avoir gagné cette bataille. Elle est selon moi de celle qui lui feront perdre la guerre. Ce gouvernement d'Israël, bébé européen, est maintenant un enfant tyrannique. A qui la faute? Et qui assumera d'autorité de lui rappeler les conduites à adopter envers ses semblables?

Des droits, pas un téléthon

Pour conclure, amis d'Israël, est-il possible de casser le cycle de la violence maintenant? Non. Il est pourtant en notre pouvoir de ne pas l'alimenter. La paix est-elle possible? Jamais sans justice. Pour l'obtenir, il faudra clairement casser les cycles de complaisances, d'indifférences, signes de complicités. Il faudra aussi casser les cycles de charités -payer pour oublier- et le versement de chèques pour reconstruire les immeubles rasés avant une nouvelle guerre pour verser encore l'obole nécessaire à la poursuite du génocide a feu doux. A quoi bon la charité pour maintenir dans une vie diminuée 1.8 millions de personnes dans une prison de 365 kilomètres carrés (sur lequel chaque METRE carré vient de recevoir 5 kg de bombes) et 2,5 millions de personnes en Cisjordanie sans perspective d'avenir autre que de se faire bouffer la laine sur le dos? Pour ma part, je refuse la complaisance et je renonce à la charité. La Palestine a besoin d'obtenir des droits et qu'ils soient respectés, pas de bénéficier d'un téléthon international ou de larmes de crocodiles. 

Amis d'Israël, tenants d'une nécessaire solution négociée, vous devez faire le pas de coté, refuser d'être pris en otage de la logique de colonisation, de domination, et de conquête constante de nouvelles terres qui met en danger l'existence d'Israël par le souffle d'impuissance et de violence qu'elle soulève.

Vous me direz peut-être que je rêve. Non. J'ai les yeux bien ouverts, et refuse que le cauchemar me berce au son de la petite musique de Netanhyahou et son armée de tueurs.

Vous pouvez toujours prétendre que vous dormiez, qu'il faut regarder ailleurs. Mais faisant cela, amis d'Israël, vous faites, convenez-en ou non, un grand tort à ce pays. Et surtout, ne venez pas prétendre demain que vous ne saviez pas. Et si vous saviez, expliquez aujourd'hui, maintenant, au nom de quoi vous n'avez rien fait, n'avez rien dit, et implicitement ou explicitement, encouragé ce gouvernement criminel agissant au nom de de votre amitié.     


12:35 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, israel, palestine, blocus. | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/08/2014

Qu'est-ce que cela peut vous foutre que l'on manifeste un peu ?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsIl y a une chanson de Georges Brassens, la mauvaise réputation qui dit : "au village sans prétention j'ai mauvaise réputation que je me démène ou que je reste cois, je passe pour une je-ne-sais-quoi. Je ne fais pourtant de tort à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome". Pourquoi alors, depuis trois semaines, des oppositions, grincements de dents contre ceux que l'agression israélienne sur Gaza révulse, et qui le disent haut et fort? Pour paraphraser Brassens : nous ne faisons pourtant de tort à personne en allant manifester un peu.

Ce qui devrait susciter le débat, c'est que nous ne soyons pas encore plus nombreux, plus forts, non pas que nous soyons encore là; que le silence gêné ou l'indignation molle aie encore une telle cote et tant de supporters. Pourtant, la démocratie, c'est bien cela, non, ouvrir des lieux de débat et d'expression, et pas seulement sur facebook ? 

L'agression d'Israël sur Gaza, sur des femmes et des enfants, a vu se lever des citoyen-ne-s descendus spontanément dans la rue, quotidiennement à la place Bel Air à Genève; à la place Saint-Laurent à Lausanne, etc., des débats ont lieu, donnant lieu à des échanges de point de vue, une réaffirmation de solidarité avec les palestinien-ne-s assiégé-e-s.

Car enfin, si vous vous faisiez taper dessus au coin d'une rue, n'auriez vous pas le désir que quelqu'un se lève et dise non, essaie à tout le moins d'arrêter votre agresseur, le retienne par la manche, de quelque manière que ce soit? Et ce d'autant plus si c'est tous les soirs, que vous vous faites péter la gueule, depuis plus de 60 ans? Et ne seriez-vous pas doublement blessés si ceux qui vous regardent vous faire battre ne remuaient pas les lèvres, prétextant mille et une raison pour regarder ailleurs tout en serinant les grands principes de droit international?  Ô vous frères humains.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJuste dire NON

Des rassemblements, des cortèges sont nés, autant d'occasion de dire NON, cela n'est pas juste. NON, il est impossible de laisser faire cela en se taisant. NON. Stop au massacre. Assez. Le bon vieux principe du "qui ne dit mot consent" doit être cassé. Nous refusons d'être complices. En regard du silence de la Suisse, du manque de courage de la plupart des états européens (en regard de l'Amérique latine notamment), il n'est pas possible que cette guerre d'extermination se déroule sans réaction. Triste, fade gouvernement français, qui a essayé de museler l'indignation ne faisant au final que souffler sur ses braises.

A la place Bel Air, une indignation et un débat citoyen a poussé, dans le prolongement de ce qui se passe sur les réseaux sociaux et dans le désir d'une rencontre collective, afin de construire des actions, exprimer d'une manière constructive une révolte. J'ai été surpris pourtant de la vigueur des oppositions rencontrées ici et là.   

-  Pourquoi vous mobilisez-vous contre ce conflit uniquement? 

Ce n'est pas juste contre cette agression que les gens se mobilisent. Pour ma part, j'étais dans la rue lors de l'intervention américaine en Irak, j'ai signé la pétition contre les violences faites aux chrétiens d'Irak. J'étais dans la rue pour lutter contre la violence des armes. Je suis dans la rue régulièrement pour défendre les droits sociaux, signer des pétitions, des initiatives populaires, contre les révisions successives du droit d'asile. Je suis dans la rue, chaque fois qu'un recul social ou qu'un état, un parti, s'arroge, au nom du pouvoir ou de sa puissance économique, de s'asseoir sur la figure d'êtres humains, chaque fois que je crois qu'un engagement quel qu'il soit, puisse faire la plus petite différence possible. C'est souvent les mêmes personnes que je vois alentour, malheureusement. J'agis en regard de la règle d'or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse, entendue comme : ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. C'est grave docteur?

- Mais pourquoi ce conflit là ?

Parce que ce conflit a une intensité particulière. Pour des raisons historiques, géographiques, il est un test, un révélateur. Parce qu'Israël se réclame de l'Europe, de la démocratie, que sa situation géographique et politique en fait un épicentre. Parce que l'Europe a constitué le problème palestino-israélien. Parce que l'on est placé devant le dernier état colonisateur à ne pas avoir été remis à sa place lors des mouvements émancipateurs nationaux des années 60-70. Parce qu'il se joue là quelque chose de notre sécurité aussi, directement, dans le combat particulier d'un peuple (et peut-être déjà de deux peuples), contre un pouvoir militaro-économique qui veut en faire de la chaire à canon ou de la pâte à terroriste uniquement.

- Ne croyez-vous pas que ce conflit ne nous concerne pas? C'est une histoire entre les arabes et les juifs. 

Faux. Ce conflit a été crée par l'Europe qui s'est déculpabilisée du génocide commis contre les juifs à peu de frais, signant un blanc seing pour la création d'un pays au milieu d'une population qui en a été chassée. L'Europe porte une responsabilité, qu'elle continue d'aggraver en soutenant inconditionnellement Israël, en refusant de revoir ses relations avec cet état à l'aune de son évolution récente. Pourquoi inviter royalement Israël à l'eurovision, apprécier la participation de ses clubs au championnat d'Europe de football, de basketball, etc., continuer de nourrir un commerce fleurissant avec une entité qui ne respecte pas les règles du droit international, les viole même en toute impunité, tout en prétendant en propager les valeurs. Dans un avion pour Jérusalem un jeune homme regarde le film 'fight club" sur son ordinateur il a été rappelé d'Angleterre où il vit pour aller se battre a Gaza. Mais il va combattre pour qui et pour quoi en fait ? 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Ne devons-nous pas nous contenter de fournir une aide humanitaire sans nous mêler de politique?  

Non. Ce conflit nous engage parce que nous paierons comme nous avons payé les dernières fois et continuerons de payer pour l'aide humanitaire et la reconstruction de Gaza, qui sera encore rasée dans deux ou trois ans. Nous mettons la main au porte-monnaie pour des programmes qui sont ensuite dévastés. C'est absurde. Continuerons-nous encore longtemps de payer pour rien? A construire ce qu'Israël détruit, puis payer encore pour la reconstruction? C'est coûteux et inutile comme "aide" et maintient dans un état de vie a minima une population exsangue. Vous soutenez cela?

- Vous devriez arrêter avec votre morale. Vous n'êtes pas meilleurs que les autres.

Il ne s'agit pas d'être meilleur que quiconque. Il s'agit de rappeler le droit, et de le faire appliquer, pour toutes et tous. Sinon, les grands principes de la démocratie ne valent pas tripette, et ne résisteront pas longtemps s'ils demeurent soumis à des double standards réservés à un club select qui les applique au détriment d'autres et selon une géométrie variable. Si les crimes d'Israël nous amènent la complicité et au silence, qu'est-ce qui nous fera encore bouger ? Un tsunami, un téléthon? Une coupe du monde? Ceci dit, ce n'est pas pour se prétendre meilleur que quiconque, plutôt pour ne pas être pire que les autres en prétendant faire régulièrement une morale au nom de valeurs que nous ne respectons pas ou si peu ou en choisissant pour seule boussole la voie du cynisme et du repli sur soi.  

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Le Hamas est pourtant un mouvement terroriste.

Il est grave de qualifier de terroriste tout mouvement de résistance pour ensuite décrédibiliser ceux qui le portent, les considérant comme quantité négligeable pour les éliminer facilement, sans honte. Leur statut d'humains, d'individus sentant, pensant, aimant, leur aura été retiré. Cette rhétorique qui déshumanise, permet de tuer sans même en assumer la portée. Ainsi, ce ne sont déjà plus des humains qui sont supprimés, mais des moins-que-rien. Il y a probablement en ce moment 1.8 millions de gazaouis qui se réclament du Hamas. Israël va tous les éradiquer? Demandez à un jeune palestinien de Cisjordanie qui est le Hamas. Il vous dira: nous tous, le peuple Palestinien. Israël va donc tous les éradiquer? Jusqu'à combien de morts trouverons-nous cela "justifiable"? Cette rhétorique perverse est un poison. Nous en avons été gavés ces dernières années par Georges Bush et les neo-conservateurs américains qui ont fabriqué des terroristes à la pelle. Poutine a appliqué ce principe en Tchétchénie; Israël, depuis longtemps, l'exerce sur les palestiniens, créant des sources innombrables de conflits en désignant les "terroristes" selon des desiderata politiques pour les dégommer sans sourciller.

- Le Hamas a dans sa charte la destruction d'Israël.

Pourtant, à de nombreuses reprises le Hamas a affirmé être prêt à une Houdna (trêve) indéterminée, pour autant qu'Israël se retire des territoires occupés. Jusqu'à récemment, le Hamas a reconnu être prêt à cesser les combats, si Israël arrêtait ses bombardements et cessait le blocus de Gaza. L'OLP a lui aussi longtemps eu dans sa charte la destruction d'Israël, avant de la retirer. Preuve que le dialogue fonctionne et que les positions évoluent. Il faut comprendre qu'il s'agit là de moyens de maximaliser des postures. Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, voilà la question. Et quand est-ce qu'Israël comprendra que ses "victoires" militaires, acquises au prix d'une défaite politique et morale, et une surenchère dans la violence, l'amènent petit à petit au bord du précipice ? Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, pour vivre en paix avec ses voisins, dites-moi ? J'entends : rien, parce que ce sont des terroristes. Et j'entends, de même, les voix fortes, dominantes voulant un grand Israël, continuer d'avoir dans leurs chartes et leurs plans, la réalisation d'un état recouvrant  tout le territoire palestinien.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- N'êtes-vous pas un peu antisémite pour être aussi critique envers Israël?

La politique antisémite, c'est celle qui importe des colons n'ayant jamais mis les pieds au moyen-orient, des quatre coins de la planète, les poussant dans un environnement qui leur est étranger et sans regard pour les autres peuples y pré-existant. La véritable politique antisémite c'est celle qui, au nom d'un principe religieux, politique, ou religio-politique: le sionisme, mène une guerre d'épuration ethnique et considère comme quantité négligeables celle et ceux qui ne rentrent pas dans son schéma de pensée. La véritable politique antisémite, c'est peut être aussi celle qui accepte tacitement que deux peuples sémites (pour autant que l'on assume cette taxinomie) se déchirent et s'en lave les mains. Enfin, le plus grand antisémite, est peut-être celui qui lance cette accusation à gorge déployée trop facilement quand une critique est adressée à Israël, aggravant le ressentiment et la perception d'un débat entravé, en en dévoyant ainsi le contenu au détriment même de ceux qu'elle prétend protéger. 

- Vous manifestez, grand bien vous fasse, pourquoi ne le faites-vous pas avec un drapeau de chaque pays, pour la paix ?

Parce que la paix sans la justice ne tiendra jamais; et que dans ce conflit, il y a clairement une politique coloniale menée par un état expansionniste qui a toujours refusé de donner une limite à ses frontières. Parce que les victimes de ce conflit ne se trouvent clairement pas des deux cotés du mur, mais que la dimension asymétrique du rapport de force et du rapport des deuils, depuis plus de 60 ans, font que se promener avec un drapeau dans chaque main serait un affront pour le peuple Palestinien, et une manière écoeurante, au nom de notre bonne morale européenne d'affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou pire encore, se rassurer: joie amour et paix, serrez-vous la main maintenant. Après avoir exporté ce conflit, de chercher à tout prix à en importer une paix de la conscience.

- Ce conflit n'aura pas de fin, vous vous fatiguez pour rien.

Il n'y a pas de fins, il n'y a que des moyens. Le mouvement du BDS ( Boycott, Désinvestissement, et Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) est une voie de progrès pour ne pas rester inactifs et agir concrètement pour soutenir le peuple Palestinien dans sa lutte pour la survie. Un jour à la fois. 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Vous devriez vous occuper de vos affaires.

Ce sont mes affaires. Comme européen, comme chrétien, comme méditerranéen, comme citoyen, comme humain. Si je ne m'occupe pas de celles-là, "mes affaires" sont bonnes pour la poubelle, ou alors, elles se rétrécissent comme peau de chagrin. Certes, je pourrai toujours me concentrer sur le tri des déchets jusqu'à la fin de mes jours : verre rouge, verre blanc, aluminium d'un côté, en voilà des enjeux à notre portée.

- N'avez-vous donc rien de mieux à faire que de manifester?

Si, je préférerai. Mais pourquoi est-ce que cela vous emmerde tant que l'on manifeste en solidarité avec un peuple pour son droit à l'autodétermination, que des citoyen-ne-s se mobilisent, parlent, écrivent, inventent encore des moyens de créer des solidarités et soutenir la vie. Et puis, comment se fait-il que vous vous manifestiez si peu ou alors pour râler uniquement, et n'organisiez pas au moins une belle manifestation pour le droit de dormir en paix, le silence des pantoufles, ne plus être dérangé par le tumulte du monde et les cris des gamins brûlés?

Vous me direz peut-être qu'il n'y a plus besoin de manifester pour les gamins brûlés, c'est devenu notre quotidien télévisuel, ainsi va le monde, on n'y peut rien changer. Je vous répondrai pour finir ceci: ainsi va peut-être notre monde, mais c'est la direction que nous choisissons de lui donner. Qu'est-ce qui a pu s'endormir pour que le silence et l'impuissance semblent l'emporter si facilement sur l'indignation et la solidarité? Ou plutôt : qu'est-ce qui n'a pas encore été réveillé et secoué pour que l'on sorte de la torpeur. Et surtout: que faudra-t-il encore attendre de ce monde lorsque le dernier des manifestants aura choisi de rester chez lui devant sa télé et fermé les fenêtres pour ne pas sentir l'odeur des enfants  brûlés?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJe ne sais pas.

Mais rien qu'à y penser, je trouve à me manifester encore.

Une raison d'être en mouvement, d'écrire et partager ce texte. 

08:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, isreal, palestine, manifestations, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |