sylvain thévoz

07/08/2014

Lettre aux amis d'Israël

Chers amis, amies d'Israël,

J'ai entendu, depuis quatre semaines, vos arguments en faveur du droit à se défendre d'israël et la diabolisation constante du Hamas; le rappel permanent à sa fameuse charte pour justifier une guerre qui n'a de défensive que le nom.

Un chauffeur de taxi me montre la photo de sa soeur assassinée a Gaza. Elle vivait à 100km d'ici. Il lui parlait de temps en temps au téléphone. Depuis 8 ans, il ne pouvait plus aller la voir. Elle était bouclée dedans. Il me montre ses enfants et dit qu'il a peur pour eux, qu'il ne parvienne pas à les protéger; que les bombes tombent un jour à Ramallah, Naplouse, ou qu'ils soient repoussés toujours plus loin, tués. Les nouvelles colonies qu'il désigne sur les collines donnent à sa peur tout son poids.

Amis d'Israël, je vous le demande, sur qui repose le poids quotidien de la terreur ? Et comment peut-on justifier que des enfants qui vivent a 50 km de la mer ne la verront jamais et demeurent scotchés dans un état de sous-développement chronique, "pour raisons de sécurité" bien sûr. Cela, il faudrait le demander aux soldats du checkpoint qui rient en se montrant des films pornographiques sur leurs téléphones portables et demandent six fois la même question stérile, bloquant le portail de la bétaillère qui sert de tri pour se désennuyer un peu. Amis d'Israël, quand irez-vous faire le pélerinage quotidien du bétail humain au checkpoint de Bethleem ou Qalandyia? Partager le zaatar, le pain et l'huile d'olive avec ceux qui sont des hommes et des femmes comme vous, à Jéricho ou Hébron?   

J'ai été estomaqué, amis d'Israël, par votre support inconditionnel au gouvernement de Netanyahou. Que la charte du Likoud prévoie la réalisation du grand Israël sur tout le territoire palestinien ne vous a jamais semblé problématique. Que cette guerre soit la poursuite d'une volonté d'éradication et de domination d'un peuple entier, accélérée vertigineusement depuis 2001, n'a soulevé aucunes critiques de votre part, ni d'appels pour vous distancer un tant soit peu du gouvernement actuel.

Tuer les mères

Quand Mordechai Kedar professeur à la Bar Ilan Université a publiquement suggéré de violer les mères et sœurs des 'terroristes', j'ai attendu votre condamnation. Elle n'est pas venue. Je ne vous ai pas entendu commenter les dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux appelant à tuer les mamans des "terroristes" parce que tuer leurs enfants ne suffisait pas. Pendant que Ayelet Shaked, membre du parlement israélien, parti maison juive, appelait l'armée d'Israël à détruire les maisons des 'terroristes', à  assassiner leurs mères pour que ne naissent plus de petits serpents, j'ai pris note de votre silence.

Alors que les chants appelant à 'tuer les arabes' tonnaient sur les réseaux sociaux, j'ai espéré de votre part plus de pondération et de distance vis à vis du gouvernement qui les inspirait. A la guerre comme à la guerre me répondrez-vous peut être. Oui, je vous comprends. Mais à trop se ranger derrière ceux qui violent le droit et bombardent 1.8 millions de personnes (et qui, pour rappel, sont 80% de réfugiés déplacés), bouclés depuis 8 ans sur un territoire manquant de tout, vous risquez de devenir comme eux : déshumanisés, au nom d'une logique grégaire d'état. 

Gaza future Ibiza?

Les interventions sur Gaza se succèdent à intervalles réguliers. 2002, 2008, 2012, 2014, avec un blocus aérien maritime et terrestre constant. Certains, en Israël appellent à faire de Gaza une future Ibiza. Moshe Feiglin, vice-président de la Knesset, veut en faire une ville israélienne florissante. Qui sait, une fois débarrassés des arabes, peut-être que l'on pourra y danser comme l'on danse aujourd'hui à Tel Aviv et qu'il n'y aura même plus le sifflement des roquettes pour rappeler qu'un peuple vivait ici auparavant et prétendait -scandale, terrorisme- à avoir le droit d'y vivre en paix, danser et chanter aussi. L'aéroport fermé de Gaza pourrait même alors réouvrir, accueillir des vols easy jet bon marché. Et il y aura, qui sait, sûrement de bonnes opérations immobilières à réaliser.

Je vous ai beaucoup entendu démontrer l'ignominie du Hamas, justifier une guerre "propre", "défensive", "préventive" et vous cacher derrière des barbus pour prétendre a l'innocence des frappes d'Israël. Pour ma part, quand j'entends Netanhyaou s'exprimer avec le vocabulaire des: 'terroristes', 'tunnels de la mort', 'attaques de terreur' je n'arrive pas à le croire. Comme il m'était devenu impossible de croire à Georges Bush et sa rhétorique guerrière pour légitimer ses violations du droit international.

Hamas, Israël même combat?

Si le destin d'Israël est de faire pire ou de se mesurer à l'ignominie pour s'y aligner et l'amplifier, c'est une triste compétition qui est engagée, et je ne me risquerai pas à juger qui du Hamas ou d'Israël en remportera le ponpon. Mais ce que je sais, au vu des récentes opérations d'assassinats ciblées d'enfants, de femmes, de civils, et l'incapacité d'en assumer la responsabilité, qu'Israël a surpassé le Hamas dans le mensonge, en demeurant loin des standards qu'il prétend respecter et imposer. Cela est-il suffisant pour nommer Israël un état terroriste? Non? Que manque-t-il alors? Le rappel des assassinats ciblés, des listes d'homme à abattre ou des 7000 prisonniers palestiniens parmi lesquels des parlementaires, des élus et des enfants, détenus?

J'aurai voulu vous entendre faire une distinction entre votre amour pour Israël et la politique de son gouvernement. J'aurai rêvé moins d'hypocrisie et l'abandon du double discours qui déplore les victimes humaines tout en soutenant la politique qui les crée. J'aurai attendu, démocrates, que vous puissiez regarder en face ce gouvernement et que celui-ci arrête d'en désigner d'autres pour se cacher derrière. 

Israël prétend avoir gagné cette bataille. Elle est selon moi de celle qui lui feront perdre la guerre. Ce gouvernement d'Israël, bébé européen, est maintenant un enfant tyrannique. A qui la faute? Et qui assumera d'autorité de lui rappeler les conduites à adopter envers ses semblables?

Des droits, pas un téléthon

Pour conclure, amis d'Israël, est-il possible de casser le cycle de la violence maintenant? Non. Il est pourtant en notre pouvoir de ne pas l'alimenter. La paix est-elle possible? Jamais sans justice. Pour l'obtenir, il faudra clairement casser les cycles de complaisances, d'indifférences, signes de complicités. Il faudra aussi casser les cycles de charités -payer pour oublier- et le versement de chèques pour reconstruire les immeubles rasés avant une nouvelle guerre pour verser encore l'obole nécessaire à la poursuite du génocide a feu doux. A quoi bon la charité pour maintenir dans une vie diminuée 1.8 millions de personnes dans une prison de 365 kilomètres carrés (sur lequel chaque METRE carré vient de recevoir 5 kg de bombes) et 2,5 millions de personnes en Cisjordanie sans perspective d'avenir autre que de se faire bouffer la laine sur le dos? Pour ma part, je refuse la complaisance et je renonce à la charité. La Palestine a besoin d'obtenir des droits et qu'ils soient respectés, pas de bénéficier d'un téléthon international ou de larmes de crocodiles. 

Amis d'Israël, tenants d'une nécessaire solution négociée, vous devez faire le pas de coté, refuser d'être pris en otage de la logique de colonisation, de domination, et de conquête constante de nouvelles terres qui met en danger l'existence d'Israël par le souffle d'impuissance et de violence qu'elle soulève.

Vous me direz peut-être que je rêve. Non. J'ai les yeux bien ouverts, et refuse que le cauchemar me berce au son de la petite musique de Netanhyahou et son armée de tueurs.

Vous pouvez toujours prétendre que vous dormiez, qu'il faut regarder ailleurs. Mais faisant cela, amis d'Israël, vous faites, convenez-en ou non, un grand tort à ce pays. Et surtout, ne venez pas prétendre demain que vous ne saviez pas. Et si vous saviez, expliquez aujourd'hui, maintenant, au nom de quoi vous n'avez rien fait, n'avez rien dit, et implicitement ou explicitement, encouragé ce gouvernement criminel agissant au nom de de votre amitié.     


12:35 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, israel, palestine, blocus. | |  Facebook |  Imprimer | | |

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