sylvain thévoz

17/07/2014

10 arguments en faveur d'israël qui alimentent le conflit (6-10)

israel,palestine,bdsPour agir, comment se libérer des clichés qui assurent la perpétuation de l'état de violence? Les tenants de la politique du consentement gagnent du terrain. Selon eux, il faudrait prendre le temps de comprendre, se tenir à équidistance des deux côtés, ne pas boycotter, ne plus manifester. Mais "comprendre les deux côtés" revient malheureusement à pencher pour l'état de fait et assure la continuation des pratiques d'une  puissance occupante sur un peuple occupé.

Au final, renoncer à prendre position revient très vite à abdiquer : "après tout, cela ne nous regarde pas", ou basculer dans une indignation sans embrayage; fatigue de l'impuissance et soumission à la complexité de la situation. Surtout: ne froisser personne. Surtout, ne pas risquer l'impair. Cette posture, au final, revient à renoncer à son pouvoir d'action et d'engagement. Le conflit entre l'état d'israël et le peuple palestinien va se poursuivre. Pourtant, il n'est pas sans fin. C'est le bon moment pour se construire une conscience plutôt que d'utiliser des prêts-à-penser.

Ce n'est pas la menace militaire qui oriente les préparatifs israéliens, mais le coût ou le gain médiatique et politique d'une intervention armée et la capacité de l'état d'israël à légitimer son action.

L'intensité émotionnelle du meurtre des enfants sur la plage de Gaza retombera les prochains jours, jusqu'à la banalisation des bombardements et de l'invasion terrestre en préparation. Petit tour des représentations toutes faites qui aggravent le conflit en avançant 10 arguments erronés en faveur d'Israël (6-10).   


israel,palestine,bds6) Israël n'a pas d'interlocuteurs valables pour la paix

Faux. Israël a face à lui l'Autorité Palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, interlocuteur de bonne volonté désireux de mettre fin aux violences. La reconnaissance, par l'Autorité Palestinienne de l'état d'israël conduit de fait à la reconnaissance de la prise de 78% du territoire de la Palestine d'avant 1948. L'Autorité Palestinienne l'a fait, conscient que la possibilité d'une paix est à ce prix. Qu'ont-ils reçu en retour? Rien. Pourront-ils accepter que le reste soit grignoté, en souriant ? Non. Soit israël avance avec l'Autorité vers une solution négociée du conflit, soit il choisit de privilégier la violence, option qu'il a malheureusement empoignée à Gaza, provoquant l'embarras des états européens contraint d'appeler à la retenue, incapables d'encourager israël dans sa fuite en avant, impuissant à le freiner.

Israël, du fait de l'occupation, bafoue quotidiennement toute possibilité de trêve. Les roquettes du Hamas sont un prétexte commode au déclenchement d'une guerre dans une effrayante construction d'un dispositif en miroir. 


israel,palestine,bds7) La colonisation sert uniquement à mettre la pression sur les palestiniens

Faux. La colonisation n'est pas un moyen de "faire pression", c'est un moyen d'accomplir une domination dont l'objectif est plus que jamais celui que portait Sharon (2001) de "finir la guerre d'indépendance de 1948", c'est-à-dire: l'expulsion d'un maximum de Palestiniens hors de leurs frontières.

Sitôt qu'israël accèdera à la reconnaissance de l'état Palestinien, au droit au retour des déplacés de 1948 et renégociera le tracé du mur de séparation, dans un processus, un calendrier, et des objectifs négociés avec l'Autorité Palestinienne, la paix deviendra une possibilité durable et non une accalmie de courte durée entre deux guerres placé sous le signe de l'oppression.

Israël peut entrer en dialogue, puis traduire dans des actes cette volonté, ou creuser sa monomanie anti-Hamas qui lui permet avant toute chose de ne pas bouger d'un pouce de ses positions conquérantes de colon victimaire, au risque de s'y enfermer dramatiquement.

Les retombées 

Ce choix politique d'expansion israélienne fait grandir la crainte d'israël dans toutes les rues du monde, par la monumentale injustice d'asservissement d'un peuple qu'elle abrite. Elle est une menace directe pour tout vivre ensemble par l'idéologie qu'elle revendique. Mais quelle folie furieuse est en train d'emporter israël pour qu'aux yeux de certains, Netanyahu apparaisse maintenant comme un "modéré" ?!

L'Europe entière pâtit de cette politique va-t-en guerre israélienne. A qui reviendra la  gestion des tensions soulevées par ce conflit en Europe? La Suisse peut-elle, l'air de rien, se faire plaisir en achetant le matériel de guerre israélien (400 millions pour des drones) voulu par Ueli Maurer? Le boycott, le désinvestissement et les sanctions envers israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine demeurent une mesure douce pour préserver une position de la Suisse en accord avec les quatrièmes conventions de Genève, afin qu'elle ne soit pas assimilée à un soutien à israël, coupable de crime de guerre en 2009-2010 à Gaza (opération plomb durci) et récidivant actuellement à Gaza.           

La colonisation israélienne ne met pas la pression sur les palestiniens, elle les domine. C'est sur les démocraties européennes qu'elle s'exerce. Comment y répondent-elles?

israel,palestine,bds,netanyahu,hamas.8) Israël agit avec bonté envers les blessés palestiniens

Faux. Si, un certain nombre de blessés et de malades palestiniens passent le mur pour se faire soigner, c'est seulement au prix de nombreuses tracasseries; le poids de l'administration conduit à des démarches kafkaïennes. Le mur a isolé des dispensaires. Il oblige les malades à des heures de route et de détours avant de se faire éventuellement soigner. Les rendez-vous sont repoussés de plusieurs mois ou manqués à cause des difficultés ou l'impossibilité d'obtenir des permis de passage. Telle femme atteinte d'un cancer a vu ses autorisations annulées deux fois; telle autre est décédée avant la date de son rendez-vous, repoussé à plusieurs reprises. Les checkpoints ferment à tout moment. Une infime minorité de la population de la Palestine occupée a accès aux soins en israël et surtout, est capable de les payer. Les conditions d'obtention des permis sont drastiques. La colonisation  est responsable, entre autre, de pénurie alimentaire, de hauts taux de mortalité infantile, de non-accès à l'éducation, etc., (Rapport de l'OMS à la soixante cinquième assemblée mondiale de la santé, 2012).

La situation à Gaza, du fait du blocus, et maintenant des frappes israéliennes est hors normes.  

israel,palestine,bds,netanyahu,hamas.9) Les arabes sont des citoyen-ne-s comme les autres en Israël

Faux. S'il y a des députés arabes israéliens, ils demeurent une minorité et des citoyens de seconde zone. Il n'y a pas une véritable égalité de droits et de devoirs entre arabes et juifs dans l'état d'Israël. Lire pour cela l'article du Monde de Robert Blecher décrivant une "citoyenneté en conflit" (www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/31/les-arabes-d-israel-une-citoyennete-en-conflit_1740023_3232.html). La situation pour les arabes israéliens n'a cessé de se dégrader depuis l'an 2000, la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des mosquées, l'assassinat de sept palestiniens dans les manifestations qui ont suivi et le déclenchement de la deuxième intifada.

Quelques arabes israéliens obtiennent encore des positions en vue en israël. Sont-ils alors les représentants des minorités (in)visibles ou une caution déformée de la "démocratie" israélienne? 

Il y a malgré tout encore des raisons d'espérer quand des israéliens, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, se mobilisent pour la paix et manifestent pour arrêter les bombardements à Gaza; quand des associations comme B'tselem, La paix maintenant, JAG (Jews against Genocide) ou Breaking the silence, défendent le droit, la justice, et une paix négociée.

Les arabes ne sont pas des citoyens comme les autres en Israël. Il reste toutefois encore des citoyen-ne-s israélien-ne-s pour dénoncer cet état de fait.


israel,palestine,bds,netanyahu,hamas.10) Il faut être arabe ou juif pour parler de ce conflit religieux

Faux. Ce conflit n'est pas un conflit religieux, mais un conflit politique avec pour enjeu le contrôle d'un territoire disputé. Les arguments qui renvoient dos à dos Hamas et juifs extrémistes, faisant des identités religieuses un problème essentiel escamotent les enjeux socio-économiques. Je ne suis pour ma part pas juif, pas arabe. J'ai étudié à l'université de Genève, appris l'hébreu pour traduire des passages de la Torah, suivi avec passion les enseignements du rabbin Guedj dans le cadre de la fondation Racines et Sources. Et puis ? Des rencontres et choix politiques m'ont conduit à construire une opinion sur la situation de la colonisation israélienne, à développer une position critique envers celle-ci.

Pas besoin d'être arabe ou juif pour comprendre ce conflit et s'y engager, ni d'avoir vécu 20 ans au Moyen-Orient. L'appareil de propagande logé dans le langage rend difficile de s'en détacher. Ce qui importe c'est faire sauter,  avec une grille de lecture politique, les rouages de la colonisation qui emprisonne les palestiniens et malgré tout un appareil dissymétrique, un certain nombre d'israéliens aussi. 

L'enjeu est de mettre fin à une opération de colonisation de la terre et des esprits qui réclame notre complicité, notre collaboration passive, et notre silence pour se poursuivre.

Devant nous : une colonisation effrénée qui mène, au nom du droit à se défendre d'israël, et à une martyriologie perverse, une guerre d'expansion, aux négations des droits de l'autre. Nous (êtres humains dotés d'empathie) devons choisir si nous souhaitons en être les témoins, les complices ou les opposants.     

 

Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

Ces photos illustrent l'action symbolique des JAG (Jews against genocide) qui se sont rendus à Yad Vashem, mémorial Israélien du génocide commis contre les juifs à Jérusalem, devant la Knesset, parlement israélien, et devant la base militaire d'Hakirya à Tel Aviv afin d'y honorer les enfants palestiniens morts sous les bombardements. Anat Cohen, membre du JAG a affirmé que c'étaient les premières manifestations d'une série qui allait se poursuivre tant qu'Israël continuera d'assassiner les enfants palestiniens. Les gardiens de Yad Vashem ont tenté d'interrompre la cérémonie, confisqué les extincteurs des JAG et appelé la police israélienne qui a arrêté les manifestants. "De la même manière que nous honorons les gens qui ont été tué il y a 70 ans en Europe parce qu'ils étaient juifs, nous sommes ici pour honorer les gens qui sont assassinés en ce moment même parce qu'ils sont les autochtones de cette terre et qu'ils ne sont pas juifs" ont communiqué les JAG.

Ces actions extrêmement fortes illustrent la diversité des avis en Israël, et la capacité des citoyen-ne-s, artistes, et militant-e-s, à contester l'action de leur gouvernement. 





 

09:11 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, palestine, bds, netanyahu, hamas. | |  Facebook |  Imprimer | | |

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