sylvain thévoz

08/07/2014

Boycotter Israël

10533551_564295353690163_1717698667271781513_n.jpgUne personne, de passage en Israël, avec une volonté de "bien faire" et un humanisme sincère, m’a écrit pour critiquer mon dernier billet «  Israël : visage d’Apartheid », me demandant pourquoi je l’avais publié et me racontant ses deux semaines en Israël avec un passage à Naplouse, l’achat touchant de 50 grammes de safran, l’odeur de la chica et de thé, la contemplation des récits de martyrs sur les murs. Mon billet,  à ses yeux, ne contribuait qu'au flou des faits et des acteurs, par la démonisation d'Israël. J’allais trop loin. Elle me proposait de venir voir sur place et faire un article moins fade. J’essaie donc ici de m'exprimer plus clairement que dans mon premier billet.  

Le mur n’est pas une frontière poreuse

Dans son récit de voyage, elle voulait "rendre la frontière poreuse". Louable vertu des échanges : elle a ainsi pu rencontrer le maire d’une ville palestinienne puis manger avec un ambassadeur américain. Mais cette façon de traverser les conflits en croyant que ses privilèges sont une norme, est fallacieuse. Si elle passe bien, c’est avant tout parce qu’européenne, avec un bon profil. Elle ne dérange rien. Pendant ce temps, les Palestiniens, eux, s'agglutinent aux grilles. Allez leur parler de porosité. Allez voir au checkpoint de Kalandia, aux villages de Kalkilya, à Bil'in à Nil'in, coupés par le mur, aux checkpoints de Bethléem à 6h du matin, ce qu’il en est; et déguster le  "petit déjeuner Israélien" aux gaz lacrymogènes, voir les vieux, malades, sécher sur pieds et les femmes enceintes descendre des ambulances parce qu'elles n'ont pas les documents nécessaires pour passer le contrôle. Le mur n’est pas la même frontière pour tous. Il ne garantit pourtant même pas la sécurité d’Israël (cf. René Backmann : un mur en Palestine, Seuil). De nombreux points laissent passer les travailleurs illégaux nécessaires à l’économie israélienne. Le mur est avant tout un outil de domination sociale et de contrainte; un barrage à la paix et un outil nécessaire à la guerre pour Israël, afin d'engranger des terres.  

10462661_564296097023422_6668086022860635688_n.jpgNous n’en sommes pas encore à la loi du talion

Il n’y a pas d'égalité dans ce conflit, mais un rapport totalement dissymétrique. Nous n’en sommes pas encore à la loi du talion: oeil pour oeil dent pour dent est un rapport lointain. Aujourd’hui, c’est encore : pour une dent de lait : dix de tes yeux et ceux de tes enfants avec. Appliquer une loi, fût-ce celle du talion serait déjà un semblant d'équilibre. Tant que, dans les discours, cette exigence d’égalité ne sera pas atteinte, posée comme préalable ; tant que l’on ne partira pas de là, la situation ne pourra changer.

Equilibrer les rapports de force

Les prémisses égalitaires légitiment la domination d’Israël. Les discours déresponsabilisant Israël comme entité politique, reviennent à lui signer un blanc-seing et l'autorisent de facto à faire comme si la violence tombait du ciel, ou plus facilement: arrivait d'en face. Les logiques victimaire ou de légitimisation de la position de martyre d'Israël survivant "seule contre tous" dans un environnement hostile lui permettent de poursuivre sa stratégie de consolidation de sa domination. Les "frères ennemis" ne sont pas dos à dos, c'est faux. Il y en a un qui est assis sur l'autre et l'écrase. Et quand celui qui est frappé se défend, il est très durement puni, et collectivement, pour l'exemple. Et même quand celui qui est frappé ne frappe pas, il est puni, préventivement. Ainsi, la domination continue.

Celui qui dénonce cet état de fait est rapidement accusé. Au mieux de manichéisme, au pire d'antisémitisme. Pas touche à l'état de domination, garantie de sa perpétuation. Il y a certes de nombreuses ONG et des militant-e-s qui oeuvrent pour la justice en Israël (Breaking the Silence, B'Tselem, La paix maintenant, etc., ), je les soutiens. Ils  font un travail incroyable. Et certaines d'entre elles soutiennent le boycott d'Israël.

 

10456829_564295950356770_5967734490309057967_n.jpgLe deux poids deux mesures et les fallacieuses demandes d’équivalences

Pourquoi, alors que le Hamas a été élu démocratiquement (2006), le blocus de Gaza a-t-il été déclenché, le Hamas diabolisé, et la bande de Gaza régulièrement dronée et bombardée (2008-2009 : Opération plomb durci : 1315 Palestiniens tués dans l'offensive israélienne, dont 410 enfants et plus de 100 femmes, 5285 autres blessés), dans un déni de démocratie?

Depuis le début de la deuxième intifada le 29 septembre 2000 jusqu'au 30 novembre 2008, B'Tselem a dénombré, pour la Bande de Gaza, 2994 Palestiniens tués par les Israéliens, 459 Palestiniens tués par d'autres Palestiniens, et 136 Israéliens tués par les Palestiniens. Alors qu’une troisième intifada et peut-être une intervention israélienne à Gaza est envisagée en Israël, combien de milliers de morts palestiniens à venir encore ? Et pourquoi donc, selon les belles logiques d'équivalences, si le Hamas est sur la liste des organisations terroristes de certains pays occidentaux, Israël ne le serait-elle pas? Parce qu'Israël n'est pas une entité terroriste? Certes. Comment expliquer alors les milliers de morts palestiniens? Et comment nommer la violence qui s'exerce sur eux?

Nier la domination, c'est l'alimenter

On assiste à la claire domination d'un Etat sur un peuple. Des majorités politiques de droite dure et d'extrême droite sont élues en Israël sur une conception d'un Etat religieux ultra militarisé et ethnicisé. Fragmenter les groupes, diluer les responsabilités, individualiser ou psychologiser le conflit: et vas-y que c'est "très compliqué" afin de rendre la situation effectivement illisible, finit par la rendre inextricable. La domination est un fait. La nier, c'est la cautionner, donc la nourrir. Quant à la dénoncer, ce n'est pas démoniser Israël, mais encore soutenir les forces démocratiques dans ce pays.

10351837_564295357023496_2634227026970794277_n.jpgLes modérés n’ont rien obtenu

La rhétorique de soutien aux modérés est dysfonctionnelle. Qu’est-ce que les modérés ont obtenu ? Plus modéré que Mahmoud Abbas, c'est introuvable, et qu’est-ce que Mahmoud Abbas a obtenu ? Des promesses, et Ramallah Dream (cf.Benjamin Barthe). Est-ce que le mur a disparu, est-ce que la colonisation a cessé depuis que le Fatah a déposé les armes et que Abbas a pleinement collaboré avec Israël? Non. Pourquoi? Parce qu'Israël a toujours soutenu à bloc l'extension et le développement des colonies, faisant le choix de la politique de l'étouffement et de la parcellisation de la Palestine. Les modérés existent, mais Israël n'a pas accédé à une seule de leur demande. Pas une. Et la colonisation de se poursuivre à grande échelle.

474466_430380493651347_481954151_o.jpgAgir

Pour conclure, l'Europe doit au plus vite se débarrasser d'un vieux complexe "neutrophile" et engager pleinement ses diplomaties pour freiner Israël. Si elle ne le fait pas, ce sont aux peuples solidaires d'opérer le boycott. Si les peuples ne le font pas, à chacun-e de commencer, immédiatement. Le boycott, est une arme de paix efficace. Il a obtenu de nombreux résultats tangibles (Cf. Sodastream). Israël le définit désormais comme "une menace stratégique".

Suivi largement, le boycott permet d'espérer changer les équilibres internes en Israël ; à tout du moins de retenir les gouvernants de ce pays d'agir comme bon leur semble en toute impunité et violations des droits de l'Homme.

Le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation de la Palestine) est une des dernières options crédibles pour la paix. C'est à ce jour la seule dont nous disposons dans nos supermarchés comme au moment d'acheter nos billets d'avion pour les vacances.

Boycotter l'achat de drones israéliens par  la Suisse

Tout d'abord, Ici, maintenant, faire pression sur le Conseil Fédéral pour qu’il renonce à l’achat de drones israéliens pour 300 à 400 millions -les mêmes qui aident à pointer des cibles sur Gaza actuellement-, mais aussi à l’achat de tout matériel militaire provenant de pays violant le droit international et le droit international humanitaire; demander que le Conseil Fédéral suspende toute collaboration et/ ou achat militaire avec tous les pays du Moyen Orient tant que la situation actuelle en matière de droits humains prévaut.

Produits Israéliens ? Non merci ! Ni drones ni tomates ou basilic, jusqu'à ce qu'Israël respecte le droit international et reconnaisse le droit légitime des Palestiniens à une vie libre.

Ni drones ni tomates, mais la justice maintenant.


Merci de signer la pétition : Non à l'achat de drones israéliens.

https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/non-%C3%A0-l-achat-de-drones-isra%C3%A9liens


Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

06:24 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, palestine, boycott, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |

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