sylvain thévoz

24/06/2014

Trois mamans israéliennes prises en otage par la raison d'Etat

Ce sont trois mères qui prétendent venir à l'ONU crier leur douleur de voir leurs 3 adolescents israéliens kidnappés dans les territoires de Palestine occupée. Ce sont surtout trois mères qui viennent sans preuve accuser le Hamas, coller l'adjectif bien utile de "terroriste" sur des actes dont on ignore pour l'instant la portée et qui en sont les véritables commanditaires. Ce sont trois mères qui se font porte-parole d'une raison d'Etat; des mères égarées qui se moquent de la douleur de toutes les autres mères, celles d'en face, quand on leur annonce que la "riposte" israélienne a elle enfermé 360 Palestiniens, que 4 personnes ont été tuées, dont un enfant et un handicapé mental. Elles, elles sont venues parler de leur enfant à eux. Ce qui arrive à ceux d'en face, ne les intéresse pas. Elles le passent sous silence et le rejettent dans une indécence sans limite en faisant de la souffrance des mères une arme de communication.       


Ce sont des mères qui ont une conception très clanique et partisane de la souffrance et de la justice. Selon elles, le monde devrait s'indigner et agir pour sauver ces 3 jeunes colons israéliens disparus, alors que plus de 5000 palestiniens, dont un grand nombre de mineurs croupissent depuis des années dans les prisons israéliennes dans l'indifférence ou l'impuissance générale. Parmi ces plus de 5000 kidnappés, la plupart sont détenus sans avoir commis le moindre délit, si ce n'est celui d'avoir réclamé la liberté d'expression ou d'avoir tenté de l'exercer.

La grève de la faim des prisonniers palestiniens

Depuis plus de 2 mois maintenant, 150 à 250 prisonniers palestiniens observent une grève de la faim pour protester contre les détentions administrative abusives dont ils sont l’objet. La détention administrative est contraire aux droits de l'Homme. Elle est un kidnapping à large échelle, l'expression de l'arbitraire et de la violence d'Etat. Combien de mères palestiniennes a-t-on pu entendre à l'ONU récemment sur ce sujet? Combien d'articles de la Tribune de Genève leur ont été consacrées? - Aucuns- Près de 90 prisonniers ont déjà été hospitalisés suite à cette grève de la faim, d'autres vont peut-être mourir bientôt. Un projet de loi visant à autoriser l'alimentation de force des prisonniers faisant la grève de la faim a été adopté par le cabinet interministériel israélien et sera présenté à la Knesset prochainement. Pourtant, alimenter un prisonnier de force est assimilé à un acte de torture par l'association médicale internationale.

La mascarade des mères

Alors que les rapports de force sont si inégaux, il faudrait maintenant que l'indignation le soit aussi, et que le monde entier, au nom de la manipulation émotionnelle, agisse soudain alors qu'il se tait depuis trop longtemps et demeure globalement complice de la politique coloniale israélienne? Ces 3 mères servent avant tout la raison d'Etat et viennent à Genève masquer l'horreur de la répression qui est en train de s'abattre dans les territoires occupés de Palestine.

Non à l'indignation orientée

Tant que les mères d'Israël et du monde entier ne s'indigneront pas devant le fait que des milliers d'enfants palestiniens grandissent dans les espaces confinés des camps de réfugiés avec de l'eau insalubre pour boisson et que leurs droits soient régulièrement violés; tant que, plus de 123'000 enfants, selon l'UNICEF, seront forcés d'arrêter leur scolarité dans les territoires occupés; tant que la mortalité infantile sera de 7 fois supérieur dans les territoires occupés à celle d'Israël; tant que 30% des enfants palestiniens crèveront avant l'âge de 5 ans, il demeurera indécent d'implorer les larmes seulement pour 3 jeunes pris en otage alors qu'ils faisaient de l'auto-stop. (Sources: http://www.humanium.org/fr/palestine) 


C'est devant la Knesset qu'il faut aller pleurer

Ces trois mamans se sont trompées d'adresse. Ce n'est pas devant l'ONU qu'elles doivent venir pleurer, mais devant la Knesset, au parlement israélien. Et ce n'est pas des apprentis kidnappeurs qu'elles doivent espérer le retour de leurs enfants, mais de Monsieur Netanyahou qui doit relâcher les plus de 5000 palestiniens kidnappés et valoriser une solution politique à la crise, pas armée. 

C'est à la Knesset, à Jérusalem que se décidera le sort de tous les enfants kidnappés, pas à Genève. Et c'est à la Knesset qu'il revient d'agir. Le stade de l'indignation est depuis longtemps dépassé. Là où ces mamans ont raison, c'est de demander des actions. Ce n'est pas au monde d'agir, il n'en a pas le pouvoir, mais à Israël de faire un pas pour la paix en refusant de relancer l'escalade de la violence et en libérant ses otages.     


19:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, knesset, otages, israél, palestine | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.