sylvain thévoz

04/06/2014

Barazzone, les moutons, et le mort

urbanature,william favre,parc lagrange,nature en villeEn 1917, William Favre, homme politique et protecteur des arts lègue son parc Lagrange à la Ville de Genève. Dans ses dernières volontés, il pose une condition: que le parc soit ouvert du lever du jour à la tombée de celui-ci. Le site de la Ville de Genève le rappelle d'ailleurs fort à propos (http://bit.ly/1hwNzI3). Si la légende raconte que William Favre voulait ainsi empêcher sa femme de s'enfuir à travers le parc pour lui faire des infidélités, la vérité est autre. Cet homme souhaitait surtout garantir la possibilité pour les habitant-e-s de fréquenter ce parc au maximum de ses potentiels suivant la luminosité liée aux saisons. 


topelement.jpgQu'en est-il aujourd'hui ? Les policiers municipaux qui assuraient les ouvertures et fermetures du parc ont rendu les clés. Vive les privés, c'est désormais une société de sécurité qui gère les ouvertures et fermetures du parc. Clôture pour toutes et tous à 19h! Et tant pis pour la mémoire de William Favre, pour les anciens qui se rappellent que du temps des policiers municipaux, les fermetures du parc suivaient le rythme du soleil, de la nature, et donc la dernière volonté du légataire.   

La mémoire du mort aux orties

Pourquoi ne pas rendre le parc aux nombreux riverains, habitants et promeneurs de chiens, qui se voient confisquer ce parc par une société privée? Parce que suivre l'éphéméride coûterait un peu plus cher et surtout demanderait un poil de flexibilité. Aujourd'hui le soleil se couchera à 21h23 demain à 21h24 après-demain à 21h25 ... c'est vrai, ça change, ça demande de suivre... plutôt que fermer arbitrairement à 19h sur une base saisonnière, pourquoi ne pas impliquer les policiers municipaux dans leurs rondes quotidiennes?

urbanature,william favre,parc lagrange,nature en villePeindre du vert sur les murs ou ouvrir les parcs?

Guillaume Barazzone est un magistrat qui défend la nature in the city. Dans le cadre de son projet Urbanature©, il a ordonné à six moutons du parc animalier de la Bâtie d'aller au parc La Grange (http://bit.ly/1nLSI1x). C'est sympa. Les enfants adorent. Ces opérations de communications ponctuelles mettent la verdure en avant. Elles ne doivent pas se réaliser au détriment des heures d'ouverture des parcs, de leur entretien, sur le dos des travailleurs des espaces verts, ou les dernières volontés des morts. 

L'herbe est-elle plus verte sur le bitume d'à-côté?

Genève doit être plus verte ! lance Barazzone dans son programme Urbanature©. Il ajoute : En tant que conseiller administratif en charge de l’environnement urbain et de la sécurité, je postule que chaque habitant a besoin de bénéficier d’un espace vert à proximité immédiate de son domicile. Pourquoi alors limiter l'accès à l'existant? L'herbe serait-elle plus verte sur le bitume d'à-côté? Ouvrir tout simplement les parcs ne s'appellerait certes pas pompeusement Urbanature© mais tout simplement: bon sens. C'est peut-être moins sexy du point de vue de la communication, mais on n'a toujours pas fait mieux qu'un parc pour accéder à la nature en ville.

Ouvrez (sans trop de publicité s'il vous plaît) le parc Lagrange en respectant simplement la volonté de son légataire monsieur Barazzone, les moutons, la nature, les habitant-e-s, ne s'en porteront que mieux. Moins de comm' plus de pommes, ça pourrait même être un bon slogan... 

08:28 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : urbanature, william favre, parc lagrange, nature en ville | |  Facebook |  Imprimer | | |

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