sylvain thévoz

14/04/2014

Jornot battu par l'abstentionnisme

2144.jpgElection du procureur général à Genève, La victoire n'est pas celle du procureur Jornot, c'est surtout celle, absolue de l'abstentionnisme: 66%. La défaite n'est pas celle de Pierre Bayenet, mais de la démocratie et de la représentativité. Un procureur sortant élu par environ 24% de la population représente qui en fait ? Et que reste-t-il de son bilan qui n'est ni soutenu ni voté par la majorité de la population ? Comment analyser un si faible taux de participation?


Une gauche peu mobilisée

Un gauche divisée, une gauche peu mobilisée, c'est une gauche qui ne gagne pas. Cette défaite de la gauche élargie est une défaite collective. Le non-soutien des verts et du parti socialiste à la candidature de Pierre Bayenet, mal amenée par l'extrême gauche, n'a pas aidé. L'extrême gauche s'est fait plaisir en critiquant l'absence de soutien des verts et des socialistes à Bayenet. Elle lui a ainsi encore aliéné quelques soutiens, et s'est trompée de cible. L'ennemi est en face camarades, pas à côté. Pierre Bayenet, courageux, a, au final, manqué d'alliés... peut-être jusque chez les stratèges de l'extrême gauche. Les abstentionnistes étaient-ils avec Bayenet qui défendait une justice efficace, économe, et juste? Dommage en tout cas qu'ils le soient restés et qu'ils aient peu eu l'occasion de le connaître. - Tu as voté pour qui? Ma collègue: - Jornot. Pourquoi ?- Il est plus connu. Ah bon.  

Un désaveu silencieux

En 2008, la gauche était partie unie. La participation était alors de plus de 40%. Il est intéressant de relire le soutien qu'apportait à l'époque Pierre Bayenet au socialiste François Paychère http://bit.ly/1enX7TZ En 2002, lors de l'élection de Daniel Zapelli face à Jean-Bernard Schmid, battu pour une centaine de voix, le taux de participation était moindre. L'élection de leur procureur général, les genevois-e-s s'y sont peu intéressés ce dimanche. Déjà que pour leurs représentant-e-s au législatif et à l'exécutif, ils traînent les pieds, pourquoi encore élire leur procureur ? Le résultat de Jornot est populairement faible. C'est le désaveu silencieux d'une politique criminelle qui n'a pas recueilli l'approbation.    

noire_procuge_p_ca_big.gifJornot : procureur démobilisant

Ré-élire Jornot? Les genevois-e-s ne se sont pas sentis concernés. La candidature de Bayenet a probablement même donné quelques couleurs à Jornod qui aurait été encore plus invisible sans un adversaire face à lui.

La campagne, dynamique, de Pierre Bayenet a forcé l'admiration. Sa candidature courageuse a permis de mettre en doute l'efficacité de la politique criminelle menée par le procureur général Jornot. Bayenet n'a pas été dominé dans les débats, il ne s'est pas effondré, bien au contraire. Jornot n'a pas de quoi triompher. D'ailleurs, il ne le fait pas, conscient de la faible base populaire de son élection. Avec environ 24% de votants ayant coché son nom, sa politique apparaît comme peu convaincante. Ayant pris soin de gommer son appartenance de libéral-radical, de dépolitiser son appartenance en posant un discours de rond-de-cuir, il n'autorise pas non plus le PLR à récupérer son élection. Cette élection, c'est le triomphe des juristes et du palais de justice. C'est presque aussi la défaite de la droite élargie. Une victoire du fonctionnalisme sur le politique, de l'abstentionnisme sur Jornot, pas des idées.     


Compété et fermenence 

La question de  l'enfermement généralisé, les coûts exorbitants de construction de nouvelles prisons a-t-il joué dans le non-vote à l'égard du procureur général ? Elu sur sa capacité de gestion et sur l'ordre qu'il aurait remis au parquet après le désastreux passage de Daniel Zappelli (PLR), le taux de votant-e-s est trop faible pour penser que sa politique criminelle est saluée. Les genevois-e-s ont montré ce week-end qu'ils ne soutenaient pas le tout carcéral de Jornot. Mais ils n'ont pas pour autant suivi Bayenet. Considéré peut-être comme excessif voir aventureux dans ses propositions visant à libérer les prisonniers de Champ-Dollon, et par ses appréciations sur les bracelets électroniques, perçues comme trop laxistes. Compété et fermenence, le mot d'ordre de Jornot a fait mouche.   

cache_9509065.pngTriomphe de l'abstentionnisme

Cette victoire de l'abstentionnisme, il faut l'entendre comme une contestation de la politique de Jornot. Ne créant aucun enthousiasme autour de son bilan, il a été abandonné par la majorité de la population. Ce n'est pas à la victoire de Goliath contre David que l'on a assisté, mais celui du fait établi, de l'inertie sur la lassitude électorale.  

Jornot n'a pas reçu de blanc seing pour Les 6 prochaines années. Il a uniquement réussit à faire passivement reconduire son mandat. Les gestionnaires du Ministère public peuvent se frotter les mains. Ils vont pouvoir travailler dans un cadre de travail qu'ils connaissent, se tenir par la barbichette, leurs cartes de partis bien au chaud dans leurs poches. Pour ce qui est de la politique, on repassera. On gardera un oeil sur l'alliance Jornot-Maudet, sur ce qu'il advient de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de la justice dans une République concentrationniste, sans illusion. L'indifférence a marqué des points. La droite détient tous les leviers du pouvoir au Canton: Parlement, Conseil d'Etat, Pouvoir Judiciaire.

Il nous reste les villes, les communes, pour faire contre-poing. 

Merci à Pierre Bayenet d'avoir mené ce combat. À toutes celles et ceux qui se sont engagé-e-s et ont voté pour lui.

07:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baynet, jornot, procureur, élection, genève, palais, justice, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

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