sylvain thévoz

03/04/2014

Une jolie petite histoire de fleur

Je te raconte une jolie histoire de fleur okay? Une histoire de fleur, de pétales et de paille ; une histoire de pistils et de poils. Ce qui s'attire s'unit, c'est incontournable. Tu crois? Je te raconte une petite histoire de fleur effleurée, caressée sans même m'en rendre compte, okay? Une histoire piétinée au hasard, coupée exprès pour faire tienne. Tu suis? Petite histoire d'épines et de feuilles, de tiges et de pollen, de fleur qui pousse derrière la haie, ou même au fond d'une cave; fleur redressée un temps ... à moins que ce n'aie juste été le fait du hasard et que toi, tu aies été là, courant d'air, juste avant la gare, le changement de câble... mais ça, c'est un peu compliqué à raconter... et c'est encore une autre histoire. Une autre saison. 


Maintenant c'est différent

Tu te crois juste? Tu étais juste dans le courant, et puis, c'est retombé. Elle te disait: écarte-toi du vent, juste pour voir... tu te sens faible maintenant? Monte sur cette pierre, ouvre les bras. Tu te sens comment? Voilà, c'est agréable. Maintenant, tu es grand. Elle répète tout bas: fleur sauvage, fleur rebelle; soif de lumière, faim de graine, je dois me recentrer sur l'être. Tu tends une blague, un billet, tu lui donnes un châle. Elle pousse de biais. Un matin tu te lèves, tu marches vers : mâle, femelle, qui sait? Les fleurs sont hermaphrodites, les écureuils se font rares et les oiseaux aussi. Tu as le choix du genre. Tu te laisses porter sur les pentes, guider par les racines et la menthe. La voix fidèle, c'est toujours celle du bois et de la frange. La rivière monte. La rivière broie. C'est bon d'y mettre le ventre. Et puis d'y entrer quand ça bout. La rivière charbonne. Elle nettoie surtout. La rouille. La politique. 

C'est la loi

Forêt, clairière, futaies. Forêt, clairière, futaies. Ici des primevères, là du lilas. Tu te penches, élèves, t'approches de ce qui pousse tout bas, grandit sans bruit, sans rien entendre. Surdité de la feuille. Tu dis : cela, c'est à moi, et à personne d'autre. J'y ai droit, ce sera très joli chez moi, dans mon joli vase sur la table. Je l'offrirai à mon amoureuse, ou à ce joli garçon qui me regarde tout bas... Tu laisseras le bouquet sur le pas de sa porte. Si elle a peur, elle ne bougera pas, se cachera sous son lit. Le bouquet se fanera, c'est la loi. On ne peut rien y faire. Tu ne vas pas tomber malade. Essence, engrais, pesticides, ce n'est pas avec ça que tu feras durer quoi que ce soit.     

Le nombre ne suffit pas

Tu fais ton bouquet, c'est-à-dire: un choix. Tu écartes ce qui penche, n'est plus porteur, laisses croître ce qui n'a plus besoin de toi. Ce que tu as attaché très fort fleurit encore et se fane, c'est comme ça. Le processus va au bout, il n'y a plus d'autre choix. La corde a tenu longtemps, elle serre de la paille maintenant.

Tu as changé l'eau, ouvert la fenêtre. Ce qui est coupé meurt, je le répète, c'est comme ça, on ne peut rien y faire, ni toi, ni moi, ni personne. Tu comptais sur le nombre? Referme plutôt le robinet. Le nombril. 

Il y faut le coeur

Maintenant tu désires, exiges, tapes des pieds. Il faut aller vite. Il faut voter ou réanimer. Il faut une majorité pour les blés. Volonté pure. La fleur, tu la fait tienne. Elle t'a cueillie. Tu  composes un joli bouquet : primevère, jonquilles et muguet. Les pétales sont à demi fermés, comme s'ils dormaient. Des roses? Et puis quoi encore, ça commence à bien faire. La terre est meuble maintenant. On ne te demande plus ton avis. Dix coups de pioche, un coup de pelle pour tasser le sol.

Au-dessus, on plante un petit parterre de fleurs. Ton nom est gravé quelque part, tu te trouves sur la pierre, sous les fleurs, quelque part où ça murmure encore, où l'on avait oublié de t'entendre avant que je ne commence et termine ma petite histoire.

Ma jolie petite histoire de fleur. 

08:12 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fleur, histoire, pistil, pollen, loi | |  Facebook |  Imprimer | | |

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