sylvain thévoz

11/03/2014

MAH mamia

museearthistoire3.jpgL'affiche du Festival international des droits humaines était pourtant alléchante. On a préféré aller au débat contradictoire sur le Musée d'Art et d'Histoire à la maison des associations organisé par les Verts sur le droit d'avoir un musée digne. Deux camps s'y sont opposés. D'un côté, ceux qui veulent rénover et agrandir les surfaces d'exposition du musée. De l'autre, ceux qui ne veulent... rien. Ne pas toucher aux murs, ne pas surélever d'un pouce le bâtiment, ne pas combler la cour, ne pas augmenter les surfaces d'exposition, etc., Bienvenue à Genève où tout projet d'une certaine ampleur se trouve exposé aux localismes et chapelles conservatistes. Comme Patrimoine Suisse incarne les deux, il propose de  ne rien changer, ne pas prendre de risques et continuer de faire avec l'existant. C'est si sympa de sentir la mite. 


download.jpgDans le camp des défenseurs de la rénovation et de l'extension: les conseillers administratifs Rémi Pagani (travaux), Sami Kanaan (Culture), et Charlotte de Senarclens (présidente de la société des amis du MAH). Un nouveau cercle de soutien a été crée: MAH+. Depuis février, il a réunit plus de 600 convaincus qui témoignent de leur enthousiasme pour le projet de rénovation et d'extension, ça bouge! Dans le camp du refus de la rénovation et de l'extension du musée: Marcellin Barthassat et Bernard Zumthor (Patrimoine Suisse). Personne ne se mettra d'accord ce soir. D'ailleurs, ce n'était pas le but. Chacun est venu rappeler les enjeux et défendre ses positions. La concertation a ses limites. Maintenant, que l'on décide, que l'on tranche. Et avanti! MAH mamia!

Plus on attend, plus ce sera cher

Sami Kanaan la rappelle, il est important de sauvegarder, préserver et rénover le patrimoine. Cela n'a pas été fait depuis plus de 60 ans. Il faut désormais rattraper le temps perdu. Si les musées ont pour pratique de montrer entre 5 et 10% de leurs collections, le Musée d'Art et d'Histoire ne valorise que 1,5 % des siennes. La collection des instruments de musique? Jamais vue. La plus grande partie de celle des beaux arts? Perdue dans les caves. Des tableaux de maître qui voisinent avec des souris: jolie vision de l'art! Le bâtiment tombe en ruine, ça gèle l'hiver, ça cuit l'été. Les corniches tombent sur le trottoir et les gardiens en maladie. Les infiltrations d'eau sont légion. Chaque jour qui passe fait augmenter l'addition de la rénovation. Cela n'inquiète pas les opposants qui ergotent pour un clou qui dépasse pendant que le bâtiment se ruine.

Un bon projet, pas de plan B

Le Projet de rénovation et d'extension a tout d'un bon projet. Il fera entrer le MAH dans le 21e siècle, avec l'ambition assumée d'être à la fois un lieux de vie, d’échange, de diffusion culturelle et d'apprentissage. L'extension comblera la cour de l'immeuble et augmentera la surface d'exposition. En voilà du changement! La Fondation Gandur pour l'Art y déposera sa collection. Cela permettra de faire diminuer significativement la facture pour la collectivité et augmentera l'offre culturelle. Séduisant non? Le Conseil Municipal votera le projet ce printemps, l'enthousiasme va l'emporter, on y croit. Genève mérite un musée moderne, performant. Depuis plus de dix ans que ce projet est travaillé, on ne va pas le torpiller alors qu'il est sur le pointe d'aboutir. Avanti maintenant.  

Un musée frigidaire

Mais voilà, pour Patrimoine Suisse, conservation rime avec congélation. Pas question de surélever le bâtiment d'un pouce ni de combler la cour. Pourquoi? Pour des raisons esthétiques liées à l'héritage historique du bâtiment. Pas touche aux vieilles pierres. Si, en Amérique, on investit des églises pour en faire des logements, des bureaux ou des centres sociaux, chez nous le vieux, c'est sacré. Pas un clou, pas une brique du patrimoine ne doit être déplacé. Monsieur Zumthor rappelle qu'un musée n'est pas un organisme aléatoire, qu'il y a une volonté créatrice et des impératifs culturels qui s'y développent. Oui, et alors, cela ne sera pas possible avec le nouveau projet? On ne comprend toujours pas pourquoi la cour ne pourrait pas être occupée par des oeuvres; ni pourquoi figer pour des siècles et des siècles notre héritage plutôt que l'aménager et le faire évoluer.

Et si on créait du neuf avec l'ancien?

Si l'été on aime boire un thé dans la cour ouverte aux quatre vents, l'hiver c'est quand même drôlement moins sympa. D'ailleurs personne ne s'y aventure, ça caille. Pourquoi perdre de l'espace dans une Ville qui en manque singulièrement? - Par respect pour le projet initial du bâtiment? Ah bon. Et pourquoi ne pas faire de ce musée un lieu de vie qui fasse rêver, le moderniser? -Parce que le MAH tel qu'il a été hérité n'est pas un emballage perdu, mais "une syntaxe rigoureuse". Ah ouais. A tout prendre, je préfère une syntaxe plus souple et fonctionnelle à une syntaxe rigide et inutile.

 

dinosaure-musee-field-exterieur-chicago.jpgLe suicide des dinosaures de Patrimoine Suisse

Les dinosaures de Patrimoine Suisse entonnent leur air préféré: vous ne nous aurez pas vivants, plutôt mourir le referendum à la main. Pour eux: supprimer la cour ferait perdre au bâtiment son identité, alors autant le détruire. Voyez le paradoxe! Une association dont la vocation est de préserver le Patrimoine est prête à faire raser un bâtiment quand les aménagements ne lui plaisent pas. Si je ne peux plus m'adapter, je préfère crever. Degré ultime de la prise d'otage: le chantage au suicide.


Et maintenant: Que faire?

Réserver d'urgence une petite salle du musée d'art et d'histoire pour y exposer à l'avenir les projets esthétiques de Patrimoine Suisse, et appeler le taxidermiste du Musée d'histoire naturelle, en vue d'accélérer l'histoire. MAH mamia, pour ma part: je ne veux pas crever sous la chute d'une corniche ou sous le poids des dinosaures qui n'ont pas vu le climat changer.   

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