sylvain thévoz

16/02/2014

Nous sommes les 49,7%

1653540_10152189125346826_1160588183_n.jpgNous sommes le 49,7%. Belle consolation. Et puis quoi? Nous sommes le 49,7%, ce n'est pas rien, certes, mais en l'état ça ne pèse pas encore bien lourd. Il y a dans ce nombre quelque chose de fortifiant, une source de cohésion, mais nous valons mieux, et surtout, plus que cela.


49,7% mais de quoi?

On sait contre quoi nous nous sommes retrouvés : refus de l'initiative trompeuse de l'UDC contre l'immigration de masse qui péjore le développement de la Suisse, complique toute dynamique de création de richesse (sans résoudre la question de sa répartition), en revenant à des contingents pour les travailleurs étrangers. Initiative rendant plus précaires les conditions de travail des employé-e-s, ajoutant des complications aux entreprises, et n'améliorant pas d'un iota la question du dumping salarial, tout en crispant encore plus les rapports sociaux et bureaucratisant à l'extrême les conditions d'embauche des travailleurs et travailleuses. Nous sommes, pour l'instant, le 49,7% du refus au refus, du rejet au rejet de l'autre qui apporte travail et prospérité à la Suisse.

Non à la division des masses

A lire les analyses de la semaine, plutôt qu'une Suisse unie et forte, ce sont la division et l'opposition qui ont marqué des points. Opposition de la suisse-romande à la suisse-allemande, des villes aux campagnes, des vieux aux jeunes, opposition des suisses qui auraient une conscience nationale à ceux qui ne l'ont pas, de la Suisse réelle à la Suisse irréelle, des bobos hystériques au peuple authentique, du quartier des Avanchets et de Châtelaine aux autres communes, des élites autistes au peuple réifié... des 49.7% aux 50,3%. N'est-ce pas surtout là que se nicherait la victoire des initiants?  Dans la division de masse qu'elle a réussit à imposer? Dans le fait de creuser les clivages et la division dans un pays qui a crée sa richesse en faisant travailler ensemble les différences plutôt qu'en les exacerbant? Blocher ne dérape pas quand il dit que les romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. Il poursuit, inlassable, son projet de division des masses, en bon petit patron.

Suspens économique

Et maintenant qu'allons-nous faire? L'annonce de la non-ratification par le Conseil Fédéral de l'accord pour l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie oblige l'Europe à geler la participation de la Suisse aux programmes "Horizon 2020" (8000 emplois potentiels en Suisse de perdus) et Erasmus (fin d'une mobilité facilitée pour les étudiants suisses en Europe). Jusqu'aux CFF, on s'inquiète. 25% des monteurs de voies salariés, 26% des installateurs de ligne de contact, 15% des employés de maintenance sont étrangers. Selon Le Temps, 75% du personnel qui travaille sur les chantiers ferroviaires a un nom à consonance étrangère. Dès 2016, lorsque le fonds d'infrastructure sera débloqué, qui va aller poser les rails et renouveler le réseau ferroviaire? Les retraités à la croix-blanche, comme le désire l'UDC? Il serait bon de les voir serrer les boulons de nuit sur les chantiers ferroviaires. Quel gâchis. Et qui va aller ramasser les patates dans les champs? Les chômeurs ? Quelle illusion.

Un conte rappelle l'histoire d'un homme tellement en colère qu'il marchait dans la rue avec une pierre pour frapper les gens. Ne voulant plus avoir à ramasser sa pierre à chaque fois qu'il en frappait un, il l'avait attaché à un élastique afin qu'elle lui revienne à chaque fois. Parfois il touchait quelqu'un, mais toujours, qu'il atteigne sa cible ou non, la pierre lui revenait... dans la figure. Soulagé, il recommençait plus tard, encore, encore. Effet boomerang, quand tu nous tiens....

download.jpg50,3% de f...âchés ?
Non, "eux" ce ne sont pas 50,3% de fachos, plutôt 50,3% de fâchés (39% à Genève). Je les écoute. Ils disent non aux bus bondés, aux cacas de chiens en bas de chez eux, aux cages d'escalier taguées, oui à la Suisse du formol, non à l'étranger (sans savoir très bien qui c'est au juste), oui à la Suisse éternelle, au goût original du Toblerone, au "c'était mieux avant", à des billets de train moins cher, au deuxième McDo gratuit. Non au changement-si-je-ne-sais-pas-ce-que-j'ai-au-bout, aux jeunes qui traînent dans la rue. Cette Suisse fâchée des 50,3% a mille bonnes raisons de l'être, mais au final, en l'écoutant bien, pas une seule qui rentre directement en adéquation avec le libellé de l'initiative UDC. Cette Suisse des 50,3% vote contre ses intérêts. En suivant sa colère, elle s'est surtout fait instrumentaliser et mal à elle-même. Recommencera-t-elle? C'est à craindre. La Suisse de celles et ceux qui ne sortent plus de chez eux le soir et n'essaient même plus, parce qu'en lisant les nouvelles on voit bien que c'est l'horreur. Et qui maintenant ont même peur chez eux en lisant le GHI qui annonce la torture d'un aîné en Une, créant la psychose  (4 cas avérés rappelle la Police en petit caractère en bas de page). La Suisse de celles et ceux qui veulent retrouver un pays d'avant, mythifié et rêvé, plutôt que de construire le pays d'après, et font confiance à Blocher, petit patron du tassement, qui divise les masses pour mieux prospérer. Une Suisse qui à force d'être en sécurité à tout prix, risque d'être morte avant de commencer à vivre.

Le 18 mai nous serons combien?

Nous étions 49,7%. Il nous a manqué 0,3%. Il a manqué 20'000 voix à l'appel, ou d'avoir pu faire changer d'avis 10'000 personnes. Cela veut-il dire qu'il ne nous manquerait plus que 0,3% pour être une majorité ? Ce serait si facile. Aujourd'hui, une semaine après, combien sommes-nous? Plus ou... moins de 49,7%? Et demain?

Combien serons-nous le 18 mai à refuser de payer la somme astronomique de 3 ou 4 milliards pour acheter des avion de combat Gripen ? Un petit peu plus ou un petit peu moins que 49.7%? Combien serons-nous le 18 mai à accepter l'initiative populaire pour la protection de salaires équitables (initiative sur les salaires minimums) qui résoudra pour partie les questions du dumping salarial et des abus patronaux ? Plus, ou moins de 49,7% ?

Si nous avons su nous rassembler contre une Suisse qui regarde dans le rétroviseur, nous pouvons maintenant réussir à faire une majorité pour la Suisse qui avance, économiquement et socialement. 

11:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, votation, immigration de masse, division des masses, udc, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/02/2014

Suisse: tête froide, extrémités chaudes

EW-0055.jpgC'est un profond tremblement qui a agité la Suisse ce dimanche. Une mise en échec des instituts de sondage, du Conseil Fédéral, des principaux partis et des syndicats, une mise en échec de la politique établie avec l'Europe, des bilatérales, des vertus du développement économique, une mise en échec de l'accueil de l'étranger, de la libre circulation des personnes... mise en échec de la confiance dans l'avenir et même une mise en échec de l'initiative xénophobe "contre l'immigration de masse" : comment en effet placer des contingents dans une économie qui a besoin d'étrangers pour la faire tourner, comme un malade a besoin de son infirmière? A Genève, le Canton compte davantage d'emplois que d'habitant-e-s en âge de travailler! 

Mises en échecs

Une monumentale secouée et une mise en échec des étudiant-e-s suisses qui voudront étudier à l'étranger, mise en échec des suisses de l'étranger, de la flexibilité économique sans rien rajouter à la protection des travailleurs et travailleuses. Mise en échec surtout de la technique des petits pas et des positionnements stratégiques. Mise en échec du PLR et des partis bourgeois qui ont toujours refusé les mesures d'accompagnements et qui aujourd'hui portent une grande responsabilité dans l'échec; mise en échec face aux inquiétudes liées à l'emploi, à la trop libre concurrence et au dumping salarial. (Le PLR et les partis bourgeois ont joué la même partition sur le secret bancaire, jouant la montre et en en constatant aujourd'hui le coût avec les cascades de scandales sur l'UBS et les procès contre les banques suisses.) Mise en échec de l'Europe, de l'ambition d'y jouer un rôle, mise en échec du dialogue. On continue? Bien sûr que le Conseil Fédéral a raison de garder la tête froide et d'appeler à ne pas céder à des réactions trop émotionnelles. N'empêche il y a un petit souci de tension. On ne hurlera pas au dimanche noir, on reste en Suisse ici, faut pas s'énerver. Mais tête froide, extrémités chaudes après ce dimanche 9 février: est-ce le signe d'une poussée de fièvre ou le début d'une infection ?

Comment on continue?

Certains analystes expliquent cette mise en échec par la peur ou la souffrance du chômage, la pénurie de logements; responsables, les transports publics bondés? Mais comment alors saisir que ce sont les cantons qui en souffrent le moins (à l'exception du Tessin et du Jura, pour la pression sur l'emploi) qui ont le plus soutenu cette initiative? L'explication paternaliste et condescendante a ses limites. Le oui à l'initiative de l'UDC " Contre l'immigration de masse" doit être entendu comme un refus, un rejet agressif; mais ne devrait-il pas aussi être lié au vieillissement de la population et d'une indécrottable nostalgie, celle du "c'était mieux avant", au "il n'y en a pas comme nous", d'une crainte des ruraux devant la densification des villes, de ceux qui ont connu l'Eldorado des années 70 et 80 helvétique dans un monde bien en place, avec ses blocs et ses contingents de frontaliers, face au changement? Le tremblement : une nostalgie du paradis perdu? Et ce oui celui de ceux qui ont et veulent des contingents, des murs, des frontières, pour se protéger de l'extérieur dans un monde qui change, et protéger leur qualité de vie; ceux qui veulent plus de richesse, même contre ceux qui la leur procurent? Un oui égoïste, le oui de la peur. Oui. 

Une Suisse porte-flambeau

La Suisse est bel et bien au centre de l'Europe, et ce vote, au nom de son indépendance, sonne aussi comme un échec de celle-ci, par la teneur conformiste aux mouvements réactionnaires qui agitent le vieux Continent et par la limitation des marges de manoeuvre qu'elle s'impose à elle-même. Cette votation apporte sa pierre à une Europe dont la tentation dominante risque d'être celle du repli sur soi, du refus de l'autre, de la défiance envers ce qui se construit, prend du temps, exige du dialogue, de la collaboration. Le Front National a été l'un des premiers a saluer la décision de la Suisse. Hannes Swoboda chef de fil des sociaux démocrates a lui souligné l'encouragement que la Suisse a donné ce dimanche aux mouvements extrémistes en Europe. La Suisse porte donc le flambeau d'une Europe qui doute, craint, refuse, et se recroqueville. L'UDC, avec sa campagne brutale et démagogique sur les minarets, a été une source d'inspiration pour le Front National en France. Cette mise en échec du 9 février donnera du tonus à nos plus nauséeux voisins. Elle ne sortira pas la Suisse de l'Europe, non, elle ne sortira surtout pas les étrangers de Suisse - nous ne pouvons pas faire sans - mais elle donnera de la légitimité en plus et du pouvoir à celles et ceux qui attisent la peur et veulent revenir en arrière, renforçant encore plus l'image d'une Suisse en mal de son paradis perdu et qui pourrait bien, à son corps défendant, y sacrifier son présent, voir son avenir.

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09/02/2014

Nous avons progressé depuis le Paléolithique

Et c'est parti pour un dimanche de compét'!  Descente homme des Jeux Olympiques à Sotchi. Les coureurs s'élancent et loin du grand idéal prônant l'importance de participer, ce qui est attendu, c'est : qui sera le champion. Au début; savoir comment nos athlètes nationaux vont se comporter, se rater ou pas se rater; au final: qui va l'emporter. Soif de résultats, de performances. Pour le style on repassera... Dario Cologna pour le skiathlon, Defago pour la descente. Allez les gars. Hop hop hop. Pour un centième, un millième, un bout de ski lancé, je veux être le témoin de l'infime différence qui la fera en entier ; un vainqueur, des vaincus. Au final: les fleurs ou les clous, les caméras ou l'oubli, le podium ou le placard. C'est ça ce qu'il faut en retirer? Spectateur, je suspends mon souffle, ça passe ou ça casse. Depuis le fauteuil assiste en live à la descente de Sotchi, à celle en gorge du café. Très rapidement, c'est déjà de l'histoire.  

50 - 50

Top chrono. Je lève le pouce, je baisse le pouce. J'ai assisté au retour de Wavrinka à l'aéroport, chez nous bien de chez nous le fils de polonais. Il y a trois ans, je trouvais que c'était un mou. Maintenant j'ai changé d'avis, c'est un grand champion. Fier d'être Suisse. L'étranger, c'est qui? L'étranger c'est moi, c'est l'autre. Je le veux seulement quand il est payé 3000 balles sur mes chantiers? C'est lui qui fait le dynamisme économique. C'est qui qui en profite? Lui qui fait les places chères dans le bus? Je ne veux pas froisser le sens national. Ce qui est à nous est à nous. Ce qui est à d'autre leur appartient. Mais si on peut leur en prendre un maximum, tant mieux. Ce qui flotte sous le drapeau, j'aime bien. Mais ceux qui l'utilisent pour nettoyer la table et y poser leur bière sont des barbares. Les places dans le tram manquent, on est trop serré. Mais c'est très vite là le soir, ça manque d'éclairage. Un drapeau n'est pas un bout de tissu. Non. C'est une robe à fleur que je veux. C'est 50-50 sur l'initiative UDC contre l'immigration de masse. Stop chrono.

Nous n'avons pas progressé depuis le Paléolithique


On retiendra les médailles, on retiendra les résultats

Tu sais sur quoi tu as voté camarade? Ou tu l'apprends au moment des résultats? Votations: devant les écrans et sur les téléphones : guetter les alertes. Les premiers résultats tombent. Nous avons travaillé. Nous avons fait campagne. Donné la parole. Pris la parole. Tracté, débattus, chauffés les muscles, dans l'ombre, sous la pluie, au froid. Nous avons slalomé sur les trottoirs. Pour rien, peut-être? Non, pas pour rien. Quoi qu'il arrive le dimanche, le lundi, ça recommence, ça continue. La bataille est une bataille pour les idées, et les résultats ne portent pas de fin en eux.

Au finish, juste un dimanche de pourcentages et de colonnes de chiffres? Non. A l'arrivée, à Genève, c'est NON à l'initiative de l'UDC à plus de 60%. Genève avait déjà refusé pareillement l'initiative de l'UDC sur les minarets. Cologna ramasse la médaille d'or. Il a porté son attaque dans la dernière montée. Genève dit OUI au financement du fonds ferroviaire. On entend en arrière-fond le son des cloches et les calicots s'agitent. Je finis mon kägi-fret. L'hymne national retentit. Résultats, résultats, résultats. J'éteins ma télévision. C'est fini. Des cantons basculent pour 50 voix et toi camarade, tu penses toujours que ta voix ne compte pas? La décision se jouera à quelques voix près, se jouera au peuple, et toi tu es resté devant ta télévision: un dimanche de compét' ? Merde.


Nous avons progressé depuis le Paléolithique

Ce soir, lundi matin, demain, on analysera les fautes de carres, le vote sur l'économie, les dérapages contre les étrangers, l'enfermement la peur, et la lutte pour le pouvoir; on en tirera des leçons sur la parole, la politique et la poésie à produire pour les porter. On s'entraînera encore. Encore: pour les votations sur le salaire minimum le 18 mai prochain, pour les votations sur Ecopop au printemps, les votations sur la libre circulation avec la Croatie en 2015. Encore.

Rien n'est perdu, rien n'est gagné.

Nous avons dit oui aux chemins de fer. L'avortement ne se pratique plus avec des cornes de rhinocéros. Vive les Jeux Olympiques.

Vive la Suisse


Nous avons progressé depuis le paléolithique? Ah bon.


 

 


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03/02/2014

La France qui craint

La France qui craint était dans la rue ce dimanche. Plus de 80'000 personnes, rassemblement hétéroclite d'extrême droite, fleurie de représentants de l'église catholique, de maires UMP s'opposant, en vrac: à l'enseignement de la théorie du genre, à la procréation médicalement assistée (PMA) réservée pour l'instant uniquement aux hétérosexuels (bonjour l'égalité!) ou à la Gestation Pour Autrui (GPA): réservée uniquement pour l'instant à ceux qui peuvent se payer un billet d'avion pour l'Espagne ou les USA, et tant pis pour les autres. 

La France qui tremble

Cette France qui tremble, hétéro-normée, arc-boutée sur une idée de la famille rétrécie, vénère une image d'Epinal : sa propre représentation de la famille (un papa une maman sinon rien, disent-ils, alors que, partout aujourd'hui, des enfants grandissent avec une mère et une grand-mère, un oncle et un père, une seule mère, deux mamans, deux papas et ne s'en portent pas plus mal, du moment qu'ils sont AIMES); que partout les familles arc-en-ciel fleurissent, dans la créativité, la simplicité et l'amour, pour autant qu'on leur foute la paix et les laisse travailler, aimer, éduquer, avoir les mêmes droits pour les mêmes devoirs.

La France qui tremble est en retard sur l'histoire. Elle n'arrive pas à suivre le changement, l'ouverture à son présent. (Il y a aujourd'hui plus de 100'000 couples homosexuels en France, plus de 10'000 enfants vivent dans ces familles. Elles commencent enfin à avoir un statut légal, merci et bravo au gouvernement de Monsieur Hollande et à la loi de Madame Taubira du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples du même sexes. Pourtant, ces derniers vivent encore des situations d'inégalités et de précarités liées à des discriminations basées sur l'orientation sexuelle. Rien n'est gagné encore.  

La France qui craint est descendue dans la rue pour s'opposer au mariage gay puis hier aux cris de: "Halte à la familliophobie". Or, ce n'est pas la famille qui est en danger, ce sont ceux qui parlent en son nom qui sont dangereux. C'est la France traditionaliste qui veut congeler son idée de famille naturaliste. Mais cette idée ne tient plus. Les changements et les évolutions des manières de s'unir, d'avoir des enfants ont déplacé un modèle qui doit être mis en phase et en face de ce qu'il est censé être aujourd'hui: un cadre légal servant la vie et l'amour. Pas une chimère idéologique et une nostalgie du "c'était si bien avant" bloqué sur Adam et Eve.  

La France qui pue

La France qui craint c'est aussi celle qui pue, et qui a manifesté hier comme la semaine passée en dégorgeant son racisme, éructant son antisémitisme, son homophobie, sa haine des politiques, des media et de la République. Haine agglomérée en un rassemblement hétéroclite appelé Jour de Colère et qui était surtout un Jour de Honte pour la France. Composé des groupuscules du Printemps français, de Civitas (Catholiques extrémistes), des groupies de Dieudonné M'bala M'bala dopés à la haine et de groupuscules type GUD (Groupe Union Défense, étudiants d'extrême droite), riposte laïque, bloc identitaire, Front national, face auxquels l'action de Manuel Valls et François Hollande est courageuse. Cette France qui pue entasse des bananes devant le local du Parti Socialiste à Caen à l'occasion d'un déplacement de Christiane Taubira, et propose des "apéritifs républicains" avec vin rouge et cochonnailles pour stigmatiser les musulmans. Cette France transpire le mépris de l'autre. Elle a sorti ses habits mode années 30 de la naphtaline et les porte sans complexes.


L'attentisme n'est pas un antidote 

La France qui tremble, la France qui pue sont en train de se rejoindre et c'est toute la France qui craint. On pourrait se croire, vu de Suisse, loin de tout cela. Mais non, on est dedans. C'est juste que tout est plus feutré et l'indifférence plus grande. Quand on écoute les propositions du MCG, les propos antisémites, homophobes de Denis Menoud, conseiller municipal MCG en Ville de Genève applaudi par son parti quand il traitait, au printemps passé une campagne de lutte contre l'homophobie de campagne cachée pour la pédophilie, on s'alarme. Quand les attaques contre les couples "pacsés inféconds et aisés" de l'UDC genevois et les propos de Grégory Logean fondamentaliste chrétien de l'UDC Valaisan, dénonçaient la banalisation du "comportement déviant de l'homosexualité" en 2010 sans que la justice les sanctionne, on s'alarme. Quand les jeunes UDC condamnent la reconnaissance de " la vicieuse journée mondiale de lutte contre l'homophobie qui ne vise qu'un seul but: la banalisation d'un comportement qui s'inscrit contre la famille et contre l'équilibre psychique et moral de la jeunesse", on voit qu'il y a péril et que les fronts sont clairs. La boue ne s'arrête pas aux frontières. Elle passe au travers. L'attentisme n'est pas un antidote.

Les lignes de front sont claires

Il y a ceux qui veulent inscrire dans la Constitution Suisse que le mariage ne peut qu'être la condition d'un homme et une femme (PDC), ceux qui veulent nous faire croire que l'islam, les minarets, sont une menace mortelle pour la Suisse (UDC) ou que l'immigration de masse va nous détruire (UDC), qui prétendent que le système est pourri, les élites corrompues, alors que ce sont les premiers à s'en goinfrer via les conseils d'administration et les privilèges qu'ils s'octroient (MCG). Il y a aussi ceux qui sont tentés, à Genève (PLR), de faire alliance avec ces groupes porteurs d'idées xénophobes, racistes, voir les deux, en vue des élections municipales de 2015. Le paysage est tout aussi brun de ce côté de la frontière que de l'autre.    

La neutralité n'est plus une option

, les Jeunes UDC du Valais romand rappellent leur attachement au droit naturel et chrétien et condamnent fermement la banalisation de ce comportement déviant. - See more at: http://www.udc-valais.ch/?p=854#sthash.9eUJdtki.dpuf
, les Jeunes UDC du Valais romand rappellent leur attachement au droit naturel et chrétien et condamnent fermement la banalisation de ce comportement déviant. - See more at: http://www.udc-valais.ch/?p=854#sthash.9eUJdtki.dpufLa xénophobie, et le silence étourdissant voir la complicité et la banalisation de ces propos de la part de certainsdeux camps: ceux qui craignent, en France comme en Suisse, et ceux qui font le choix d'affronter les peurs et la réalité, et de faire évoluer le droit, les mentalités et leurs représentations afin qu'elles incluent tous les citoyen-nes et pas seulement les blancs hétérosexuels ou une conception étriquée de la famille. 

Bienvenue dans un temps de péril. Choisis ton camp camarade. La neutralité n'est plus une option. Le détachement non plus. La haine a désormais différents visages, même des minois séduisants. Le racisme brille désormais sur le rouge à lèvre ou sous le mascara, use aussi d'humour. La xénophobie se banalise sous les tissus de la prétendue "liberté d'expression" qui fonctionne comme un cheval de Troie pour les usuriers de haine.

NON et NON le 9 février

Deux votations, ce dimanche 9 février, sont portés par les usuriers de la haine : l'initiative de l'UDC "contre l'immigration de masse", mensongère et xénophobe, ainsi que l'initiative "financer l'avortement est une affaire privée" rétrograde et réactionnaire quant à la place qu'elle attribue aux femmes, à leur corps.

Dire NON et NON à ces deux initiatives, c'est un premier pas pour que la Suisse ne cède pas à la crainte, aux semeurs et semeuses de division, et ne suive pas docilement le chemin de la France qui craint. 

   

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