sylvain thévoz

03/02/2014

La France qui craint

La France qui craint était dans la rue ce dimanche. Plus de 80'000 personnes, rassemblement hétéroclite d'extrême droite, fleurie de représentants de l'église catholique, de maires UMP s'opposant, en vrac: à l'enseignement de la théorie du genre, à la procréation médicalement assistée (PMA) réservée pour l'instant uniquement aux hétérosexuels (bonjour l'égalité!) ou à la Gestation Pour Autrui (GPA): réservée uniquement pour l'instant à ceux qui peuvent se payer un billet d'avion pour l'Espagne ou les USA, et tant pis pour les autres. 

La France qui tremble

Cette France qui tremble, hétéro-normée, arc-boutée sur une idée de la famille rétrécie, vénère une image d'Epinal : sa propre représentation de la famille (un papa une maman sinon rien, disent-ils, alors que, partout aujourd'hui, des enfants grandissent avec une mère et une grand-mère, un oncle et un père, une seule mère, deux mamans, deux papas et ne s'en portent pas plus mal, du moment qu'ils sont AIMES); que partout les familles arc-en-ciel fleurissent, dans la créativité, la simplicité et l'amour, pour autant qu'on leur foute la paix et les laisse travailler, aimer, éduquer, avoir les mêmes droits pour les mêmes devoirs.

La France qui tremble est en retard sur l'histoire. Elle n'arrive pas à suivre le changement, l'ouverture à son présent. (Il y a aujourd'hui plus de 100'000 couples homosexuels en France, plus de 10'000 enfants vivent dans ces familles. Elles commencent enfin à avoir un statut légal, merci et bravo au gouvernement de Monsieur Hollande et à la loi de Madame Taubira du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples du même sexes. Pourtant, ces derniers vivent encore des situations d'inégalités et de précarités liées à des discriminations basées sur l'orientation sexuelle. Rien n'est gagné encore.  

La France qui craint est descendue dans la rue pour s'opposer au mariage gay puis hier aux cris de: "Halte à la familliophobie". Or, ce n'est pas la famille qui est en danger, ce sont ceux qui parlent en son nom qui sont dangereux. C'est la France traditionaliste qui veut congeler son idée de famille naturaliste. Mais cette idée ne tient plus. Les changements et les évolutions des manières de s'unir, d'avoir des enfants ont déplacé un modèle qui doit être mis en phase et en face de ce qu'il est censé être aujourd'hui: un cadre légal servant la vie et l'amour. Pas une chimère idéologique et une nostalgie du "c'était si bien avant" bloqué sur Adam et Eve.  

La France qui pue

La France qui craint c'est aussi celle qui pue, et qui a manifesté hier comme la semaine passée en dégorgeant son racisme, éructant son antisémitisme, son homophobie, sa haine des politiques, des media et de la République. Haine agglomérée en un rassemblement hétéroclite appelé Jour de Colère et qui était surtout un Jour de Honte pour la France. Composé des groupuscules du Printemps français, de Civitas (Catholiques extrémistes), des groupies de Dieudonné M'bala M'bala dopés à la haine et de groupuscules type GUD (Groupe Union Défense, étudiants d'extrême droite), riposte laïque, bloc identitaire, Front national, face auxquels l'action de Manuel Valls et François Hollande est courageuse. Cette France qui pue entasse des bananes devant le local du Parti Socialiste à Caen à l'occasion d'un déplacement de Christiane Taubira, et propose des "apéritifs républicains" avec vin rouge et cochonnailles pour stigmatiser les musulmans. Cette France transpire le mépris de l'autre. Elle a sorti ses habits mode années 30 de la naphtaline et les porte sans complexes.


L'attentisme n'est pas un antidote 

La France qui tremble, la France qui pue sont en train de se rejoindre et c'est toute la France qui craint. On pourrait se croire, vu de Suisse, loin de tout cela. Mais non, on est dedans. C'est juste que tout est plus feutré et l'indifférence plus grande. Quand on écoute les propositions du MCG, les propos antisémites, homophobes de Denis Menoud, conseiller municipal MCG en Ville de Genève applaudi par son parti quand il traitait, au printemps passé une campagne de lutte contre l'homophobie de campagne cachée pour la pédophilie, on s'alarme. Quand les attaques contre les couples "pacsés inféconds et aisés" de l'UDC genevois et les propos de Grégory Logean fondamentaliste chrétien de l'UDC Valaisan, dénonçaient la banalisation du "comportement déviant de l'homosexualité" en 2010 sans que la justice les sanctionne, on s'alarme. Quand les jeunes UDC condamnent la reconnaissance de " la vicieuse journée mondiale de lutte contre l'homophobie qui ne vise qu'un seul but: la banalisation d'un comportement qui s'inscrit contre la famille et contre l'équilibre psychique et moral de la jeunesse", on voit qu'il y a péril et que les fronts sont clairs. La boue ne s'arrête pas aux frontières. Elle passe au travers. L'attentisme n'est pas un antidote.

Les lignes de front sont claires

Il y a ceux qui veulent inscrire dans la Constitution Suisse que le mariage ne peut qu'être la condition d'un homme et une femme (PDC), ceux qui veulent nous faire croire que l'islam, les minarets, sont une menace mortelle pour la Suisse (UDC) ou que l'immigration de masse va nous détruire (UDC), qui prétendent que le système est pourri, les élites corrompues, alors que ce sont les premiers à s'en goinfrer via les conseils d'administration et les privilèges qu'ils s'octroient (MCG). Il y a aussi ceux qui sont tentés, à Genève (PLR), de faire alliance avec ces groupes porteurs d'idées xénophobes, racistes, voir les deux, en vue des élections municipales de 2015. Le paysage est tout aussi brun de ce côté de la frontière que de l'autre.    

La neutralité n'est plus une option

, les Jeunes UDC du Valais romand rappellent leur attachement au droit naturel et chrétien et condamnent fermement la banalisation de ce comportement déviant. - See more at: http://www.udc-valais.ch/?p=854#sthash.9eUJdtki.dpuf
, les Jeunes UDC du Valais romand rappellent leur attachement au droit naturel et chrétien et condamnent fermement la banalisation de ce comportement déviant. - See more at: http://www.udc-valais.ch/?p=854#sthash.9eUJdtki.dpufLa xénophobie, et le silence étourdissant voir la complicité et la banalisation de ces propos de la part de certainsdeux camps: ceux qui craignent, en France comme en Suisse, et ceux qui font le choix d'affronter les peurs et la réalité, et de faire évoluer le droit, les mentalités et leurs représentations afin qu'elles incluent tous les citoyen-nes et pas seulement les blancs hétérosexuels ou une conception étriquée de la famille. 

Bienvenue dans un temps de péril. Choisis ton camp camarade. La neutralité n'est plus une option. Le détachement non plus. La haine a désormais différents visages, même des minois séduisants. Le racisme brille désormais sur le rouge à lèvre ou sous le mascara, use aussi d'humour. La xénophobie se banalise sous les tissus de la prétendue "liberté d'expression" qui fonctionne comme un cheval de Troie pour les usuriers de haine.

NON et NON le 9 février

Deux votations, ce dimanche 9 février, sont portés par les usuriers de la haine : l'initiative de l'UDC "contre l'immigration de masse", mensongère et xénophobe, ainsi que l'initiative "financer l'avortement est une affaire privée" rétrograde et réactionnaire quant à la place qu'elle attribue aux femmes, à leur corps.

Dire NON et NON à ces deux initiatives, c'est un premier pas pour que la Suisse ne cède pas à la crainte, aux semeurs et semeuses de division, et ne suive pas docilement le chemin de la France qui craint. 

   

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