sylvain thévoz

28/01/2014

Bon sexe, bon genre?

 

fly_CC33.jpgEst-il vrai que, selon le code pénal, seules les femmes peuvent être violées? Combien de femmes avortent chaque année à Genève? Combien cela coûte-t-il à l'assurance? Qu'-est ce que le planning familial? Sami Kanaan est-il plus féministe que Sandrine Salerno? Comment peut-on mieux partager le temps de travail entre femmes et hommes? La cogestion, ça marche seulement entre femmes? Pourquoi les hommes artistes réussissent-ils mieux? La Ville de Genève a-t-elle mauvais genre? Quelles sont les stratégies de survie d'une femme en politique? Les murs des crèches sont-ils extensibles? Comment survivre à 3 régimes matrimoniaux, 5 changements de nom de famille, et deux lois sur le divorce? La question du genre est-elle fondamentale? Pourquoi, en Italie, de jeunes gays se défenestrent-ils ? Le "burkini" dans les piscines pourrait-il devenir une mode? Si ces questions vous intéressent et si vous n'avez pas peur d'en lire les réponses: procurez-vous le Causes Communes, bimenstruel irrégulier et périodique des socialistes ville de Genève, qui sera présenté ce Mercredi 29 janvier à 18h30 à la bibliothèque Filigrane, 67 rue de la Servette. Cette présentation sera suivie d'un apéritif convivial.

 

aiguille.jpgPourquoi un numéro sur le sexe et le genre?


Ce numéro de Causes Communes fait la peau aux préjugés, informe, fournit des antidotes contre le sexisme et les politiques réactionnaires qui veulent revenir à l'âge de pierre des rapports de genre : femmes derrière les fourneaux, pendant que les hommes s'occupent de la chose publique, en s'identifiant corps et âme au rôle socialement valorisé de pourvoyeurs de fonds. La votation du 9 février sur le financement de l'avortement risque de faire revenir les faiseuses d'ange; la votation sur la loi sur les crèches, pourrait faire de Genève la ville avec le plus mauvais taux d'encadrement des bambins de Suisse voire d'Europe. La menace d'un retour en arrière est réel. Sous couvert de raisons économiques, c'est une vision de la place de la femme dans la société qui est en jeu.  En 1942, l'avortement était un crime de haute trahison et deux condamnations à mort étaient prononcées sous le régime de Pétain. En 2014, ce serait un crime économique, et il faudrait payer pour cela? Les inégalités économiques entre femmes et hommes demeurent massives. Au premier emploi, les femmes sont moins bien payées. Elles continuent à se heurter au plafond de verre, assument encore l'essentiel de l'éducation, du soin aux enfants et des tâches ménagères. Au Grand Conseil, les femmes sont passées de 30 à 26 sur 100 élu-e-s. La journée des femmes du 8 mars devrait être une occasion massive de mobilisation et de revendication, le sera-t-elle? Le féminisme est toujours aussi subversif et révolutionnaire. S'il n'a toujours pas bonne presse, il n'a pas pris une ride non plus. Mais la bonne volonté uniquement ne suffira pas. Les voeux de début d'année c'est bien, des actes toutes l'année, c'est mieux. Quotas, mentorats, aménagement des horaires, lutte contre toutes les formes de violences et pour les changements des mentalités seront les seuls moyens efficaces pour lutter contre les inégalités.    

 

Paroles aux femme


Demander au hasard dans la rue aux femmes si les rapports entre femmes et hommes sont égalitaire est édifiant. Les réponses fusent : "Je suis péruvienne, lorsque je suis arrivée à Genève, j'ai cru que c'était la fin du machisme. J'ai été étonnée de découvrir qu'ici c'est plus machiste qu'au Pérou." A la question: comment rendre les rapports entre femmes et hommes plus égalitaires : "Il faut réagir, s'affirmer. Quand un mec me siffle en jupe l'été je lui fais un doigt d'honneur. Il faut que les femmes se révoltent, qu'elles changent de mentalité. Il faut aussi changer les modèles, les représentations, par l'éducation." Et que signifie être une femme pour vous? "C'est porter la vie. Etre condamnée à survivre, être plus coriace. Etre une femme, c'est être réglée, être donc plus sensible, avoir un corps qui se transforme: être plus malléable". Ces paroles de femmes, comment les traduire en politiques, produire du changement?  Ce numéro de Causes Communes est composé de 80% de femmes et de 20% d'hommes. Il est 100% féministe et 100% compatible avec une société plus harmonieuse et juste.    

 

Sans titre.pngBon sexe, bon genre? 


Se sont engagés dans ce numéro : Maria Bernasconi, Lorella Bertani, Olivia Bessat, Bernadette Gaspoz, Coline de Senarclens, Béatrice Graf Lateo, Sami Kanaan, Virginie Keller, Pierre Lepori, L'équipe de F-information, le Planning familial, Liliane Maury Pasquier, Salima Moyard, Sandrine Salerno, Albane Schlechten, Virginie Studemann, Sylvain Thévoz, Manuel Tornare.


Illustrations: Atelier Supercocotte

Impression: Imprimerie Nationale, rue Plantamour, 3000 exemplaires sur papier recyclé.

Exemplaires disponibles gratuitement au siège du parti socialiste ville de Genève, 15 rue des Voisins ou sur http://www.ps-geneve.ch dès mercredi 29 janvier.

Les questions de genre sont portées par des rapports économiques, des rapports de classe. Qu'est-ce qui permettra d'équilibrer les rapports de force?

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21/01/2014

Le miel gris

miel.jpgLe Miel est un roman intense et sensuel, doté d'une langue riche qui raconte les pérégrinations d'une famille serbe déplacée de sa région de la Krajina durant la guerre d'ex-Yougoslavie. La famille fuit devant les combats, mais le père Nikola reste à l'arrière refusant de quitter ses ruches et sa terre. Les fils ne s'aperçoivent que tardivement de l'absence du paternel; un des fils, Vesko, décide alors, dans un road-récit haletant d'aller le rechercher derrière les lignes croates, utilisant pour cela l'appui d'un russe. Plongés dans ces pages dans la guerre, avec la peur, la violence, sa dimension ethnique, voyant le conflit à travers les yeux du fils Vesko, on y découvre de l'intérieur un paysage changé, trouble, aux frontières mouvantes. Le Miel est un roman habité d'une dimension spirituelle, mystique presque mais  très... politique aussi.    

Que le Miel soit un roman réussi et fort, c'est certain. Qu'il soit un chef d'oeuvre comme le glisse Jean-Michel Olivier, peu importe... d'ailleurs qu'est-ce qu'un chef d'oeuvre? Je ne serai pour ma part pas aussi neutre qu'Isabelle Rüf dans sa critique du Temps du 11 janvier qui relève que "les guerres ne font que des victimes, dans tous les camps, c’est une des morales du Miel, avec sa fin ambiguë. Il y a une dizaine d’années encore, le récit de Slobodan Despot aurait été irrecevable." Mais en quoi ce récit est-il recevable aujourd'hui, même "10 ans après"? Isabelle Rüff ne le dit pas. Si le livre de Slobodan Despot relève en effet que toutes les guerres font des victimes dans tous les camps, il raconte beaucoup plus que cela et a résolument choisi son camp. Que dit donc politiquement ce roman, à travers son narrateur ? C'est là que les choses se compliquent...

Un génocide du bout des lèvres

Dans l'émission de radio du 21 janvier "la librairie Francophone" sur France Inter, interpelé par l'animateur qui rappelle à Slobodan Despot son passé de nationaliste serbe et le fait qu'il ait nié le génocide de Srebrenica, l'auteur est rappelé à ses déclarations : "on ne peut dire qu'il y ait eu génocide du moment qu'il n'y ait eu que des hommes qui ont été tué". Il louvoie, nie avoir dit cela, avant, acculé, de le reconnaître du bout des lèvres tout en ajoutant qu'il faut éviter de répondre au génocide par le génocide, et que cela ne servirait à rien... tout en en profitant immédiatement pour rappeler qu'il possède une liste de plus de 3000 serbes supprimés, des vieillards et des femmes. Alors : génocide? Nettoyage ethnique? Despot, contre la communauté internationale, laisse entendre qu'il y a eu génocide de tous côté, et prétend à une sorte de neutralité dans l'horreur. 1-1 au Génocide, balle (ou roman?) au centre. Autant dire que les serbes étaient des victimes comme tant d'autres, faisant fi qu'au début de toute guerre il y a un agresseur et un agressé et que n'est pas génocide tout crime de guerre. Non, on ne s'en sortira pas en se jetant un génocide à la gueule l'un contre l'autre dit Slobodan. Et pourtant, que fait ce livre concrètement, si ce n'est affirmer clairement, contre les croates, les souffrances du peuple serbe et les violences des croates contre les serbes, des tueurs djihadistes musulmans contre les femmes et enfants serbes se cachant sous le voile pudique du "roman".   

Père et fils

Le narrateur, s'il cherche son papa de l'autre côté des lignes, est surtout habité par le désir de rétablir l'équilibre macabre, niveler les compteurs; c'est-à-dire, d'une manière unilatérale, et par une sorte d'inversion, de renverser le fait que les serbes étaient les agresseurs à l'origine de ce conflit. Le héros roule avec le regard rivé dans le rétroviseur, dans une voiture qui semble avancer vers un impossible retour, vers le pays unifié, baignant dans une nostalgie sirupeuse. Non, ce ne serait pas rendre justice à ce roman que de passer sous silence sa structure politique. Contrairement à l'histoire, ici les victimes sont massivement des serbes, victimes d'une construction occidentale et d'une cabale internationale contre eux alliée à de croates impitoyables. Jeux de miroirs déformants que le miel lustre. 

Après avoir digéré ce Miel, j'en sors mal-à-l'aise, y découvrant la description manichéenne que fait Despot, à travers son narrateur, de soldats croates décrits comme pervers, des hommes qui terrorisent le héros serbe pour le plaisir de lui voir mouiller son pantalon, lui écraser la carotide du bout de leur arme, dirigeant un "camp de la mort", camp de torture, insultant le pauvre serbe: "Tu sais que les tiens se sont carapatés d'ici comme des pédales" et sont placés dans la suivance et rappelé à l'héritage de leurs pères oustachis nazis. Partition jouée, il est vrai, sur une petite musique humaniste, qui rend encore plus trouble la brillance du miel.  

L'étrange couleur de ce miel

Peut être que le trouble n'aurait pas été si fort, sans connaître les déclarations de Despot et ses polémiques sur la question du génocide, ni son engagement en tant qu'éditeur chez Xenia, à publier ce qui se fait "de mieux" en matière de xénophobie et de nationalisme : Oscar Freysinger (dont il est aussi le chargé de communication), Renaud Camus, avec des liens vers l'extrême droite européenne, etc., Ce livre ne peut être uniquement lu comme un oeuvre esthétique, littéraire (dans un sens romanesque qui le délierait du politique) alors qu'il emporte avec lui, est lesté d'une histoire et d'une charge existentielle beaucoup plus lourde. Pas de censure pour Slobodan Despot, non, puisque la liberté d'expression implique son lot de miel et de boue, mais au moins: une clarification politique. Impossible de ne pas faire des allers-retours entre l'œuvre et l'auteur; et pour cause: ils sont liés. Alors, livre dégusté, je demeure sur mes gardes, voir méfiant, devant ce si joli pot de miel et son insertion presque badine dans une histoire sanglante. Doit-on faire le rapprochement avec le livre de W.G Sebald "de la destruction comme élément de l'histoire naturelle" inventoriant les pertes civiles allemande, la terreur des bombardements des alliés sur les villes allemandes, en l'analysant froidement? Non, parce que le Miel, récit romanesque, refuse le face à face avec l'histoire, il la contourne et la réécrit, sans l'assumer pleinement, et Slobodan est beaucoup trop impliqué pour avoir le recul froid de Sebald. Il en témoigne dans le livre quand il trace au sol dans un bois vaudois la carte de la Serbie qui se rétrécit à son grand désarroi.      

Lire ou ne pas lire le Miel, l'aimer ou ne pas l'aimer, le défendre ou non, ce n'est pas le débat. Mais qu'est-ce qui a motivé Despot à lancer son lecteur en terrain miné avec une carte trouée? Il est difficile de trouver réponse à cette question dans son livre, et au vu de ses déclarations publiques, de pouvoir entendre de sa bouche quelque chose qui permette de clarifier les positions. On est ici dans le camp du trouble, du gris et de l'ombre, qui est quand même une étrange couleur pour du miel.  

Roman politique ou récit politique romancé?

Alors, le Miel, roman politique ou récit politique romancé? A chacun de se faire son idée, mais contourner l'obstacle en soulignant les indéniables qualités narratives et poétiques de l'ouvrage en gommant pudiquement ses prises de position idéologique et ce qu'il véhicule serait rejeter dans l'angle mort une partie de ce que Slobodan nous adresse, certes avec talent et séduction, mais qu'il est malaisé de recevoir sans le nommer pour ce qu'elle est aussi : la vision partisane et ambiguë d'une sale guerre.  

16:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : slobodan despot, le miel, gallimard | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/01/2014

Le courage de dire non quand ça pue

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Ni traversée de la rade, ni traversée du lac. Il faut avoir le courage de dire non quand ça p(oll)ue. Ce n'est pas une histoire d'idéologie, ni de refus primaire de la voiture, mais une question d'arguments et de pesées d'intérêts rationnels. Pourquoi s'opposer à ces deux projets? Allons y mettre le nez.

Une initiative rétrograde et dépassée

Faut-il défendre l'option d'une traversée de la rade? Non. Son coût est estimé aujourd'hui à plus d'1 milliard de franc. Cette traversée posera de plus des problèmes de trafic inextricables, une augmentation des pollutions sonore et de l'air : oxyde d'azote et particules fines qui sont déjà bien supérieures aux valeurs limites fixées dans l'ordonnance sur la protection de l'air (OPair). L'initiative de l'UDC est «complètement dépassée et créerait des bouchons à ses deux extrémités». Ce n'est pas un vilain gauchiste ou un écolo qui dit cela, c'est le PLR Daniel Zaugg président de la commission des transports du Grand Conseil. Payer 1 milliard pour construire une autoroute sous-lacustre en saturant encore plus l'hypercentre? ça, ça pue. 1 milliard: les habitant-e-s de la classe moyenne qui passeront à la caisse pensent-ils qu'il s'agit là de leur intérêt?

rade,traversée,pont,lac,faif,rail,tcs,gteUne tentative coûteuse et désespérée
Le fait est que les partis de droite peuvent difficilement refuser cette mauvaise initiative sans proposer autre chose. Ils craignent que leur posture politique devienne illisible. Ils défendent la voiture, sa libre conduite, et refuseraient un tunnel pour bagnoles? Les voilà donc qui s'embarquent dans une improbable proposition de traversée du lac à... 4 milliards ! Qui dit mieux? Quand on demande au Touring Club Suisse (TCS) et au Groupement Transports Economie (GTE) ce qu'ils pensent de la traversée de la rade, ils reconnaissent volontiers que l'initiative de l'UDC est pourrie. Ils soutiennent alors le contre-projet à 4 milliards. Les habitant-e-s de la classe moyenne qui passeront à la caisse veulent-ils payer cash la manoeuvre partisane? Le plus piquant, c'est lorsque l'on demande au TCS ce qu'il fera si le contre-projet de la traversée du lac est refusé. Soutiendra-t-il alors l'initiative de la traversée de la rade? Sans honte, le TCS répond... OUI. Et pourquoi ? "Parce que nos membres ne comprendraient pas que le TCS s'y oppose". Bref, nous avons là une initiative pourrie que le TCS est prêt à soutenir malgré tout si sa surenchère de la traversée du lac ne fonctionnait pas, parce qu'il doit à tout prix défendre la route et la bagnole. C'est son parti priX affiché... quitte à ce que les conducteurs paient les yeux de la tête un pont qu'ils n'utiliseront que peu et baignent dans les bouchons. 

Une traversée du lac inutile 
Pour ce qui est de la traversée du lac: imaginer faire débouler une autoroute à Thonex, c'est voir encore tout petit et vouloir toujours imposer la même chose: une autoroute dans un centre urbain. Quelles seront les conséquences sur le biotope de la pointe à la bise? Aucunes études d'impact trafic n'a été fait côté français. Or, une bretelle d'autoroute est en planification. On s'acheminerait donc vers un pont débouchant en rase campagne ou sur une autoroute déjà saturée. C'est pour cette raison, le 4 septembre dernier, que les techniciens de l'Office fédéral des routes (Ofrou) ont affirmé que la traversée du lac ne résoudra pas les bouchons sur l'autoroute et que la Confédération ne financera pas un ouvrage qui débouchera en rase campagne. Selon eux, il faudrait intégrer la traversée du lac dans un projet d'urbanisation de la Rive gauche. Que les communes de la Rive gauche construisent déjà des logements, il sera temps de parler pont ensuite, avec la Confédération comme partenaires pour d'éventuels financements.

rade,traversée,pont,lac,faif,rail,tcs,gteArrêter la valse des milliards

Enfin, dira un genevois un peu bougon mais peut-être représentatif : est-ce à moi de payer 4 milliards ( ou 5 milliards si l'on suit l'UDC et le MCG qui se disent pour la traversée de la rade ET la traversée du lac) pour permettre à des frontaliers d'aller travailler dans le canton de Vaud sans que cela ne réduise en aucune manière les problèmes de trafic à Genève? L'initiative de l'UDC et le contre-projet de traversée du lac sont pollueurs. Il faut avoir le courage de les refuser, qu'ils proposent ou non de nous mettre un petit train à crémaillère sur le pont ou un petit passage piéton dans le tunnel pour faire joli sur l'addition, cela ne changera rien à l'affaire.    

Des solutions simples sans couler les finances publiques

Plutôt que de payer un pont qui servira à d'autres, utilisons l'argent de la Confédération soumis à votation le 9 février pour nos besoins : réaliser l'extension en souterrain de la gare Cornavin et le déploiement du rail à Genève, première mesure pragmatique, avec le CEVA, de régler les problèmes de mobilité à Genève. L'extension des lignes de trams, la multiplication des pistes cyclables, et des parkings P+R sont d'autres mesures peu coûteuses et dynamiques. Elles amélioreront fortement la mobilité sans couler les finances publiques.  

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14/01/2014

Un pont, un tunnel sous la rade... Et pourquoi pas une pyramide?

pont,rade,rail,genève,transport,écologie,économiesUne mauvaise initiative: La commission des transports du Grand Conseil a rejeté l’initiative de l'UDC «pour une traversée de la Rade» (Initiative 152)  qui propose une traversée sous le lac de 4 voies de l'avenue de France au Port-Noir, ainsi qu'un tunnel de liaison à 2x1 voies entre le Port-Noir et la route de Malagnou. Ce projet est mal conçu. Il est inadéquat en regard des aménagements réalisés ces dernières années en Ville, bloquera le développement du centre, surchargeant encore plus le trafic. Même le TCS et le Groupement Transports et Economie (GTE) l'affirment, ce projet conduira à une augmentation considérable du trafic. Rue de Lausanne + 40%, Avenue de France +50%, Quai Gustave-Ador +20%, rampe de Cologny +30%, route de Malagnou +10%. Enfin, + 11,5% sur le périmètre de la petite ceinture! Ce projet viendrait perturber le fonctionnement du réseau de voirie actuel et des transports publics. Bref, circulez, il n'y a rien à voir. Un tunnel sous la rade, c'est encore plus de bagnoles au centre et toujours plus de bouchons. L'initiative de l'UDC est nocive pour la Ville, dangereuse pour son développement futur, coûteuse, et ne résout rien. 

Un contre-projet inutile

Ce qui est inquiétant, c'est que la commission des transports du Grand Conseil s’est sentie obligée d’élaborer un contre-projet. Mais un contre projet pour quoi... un pont, un tunnel sous la rade... et pourquoi pas une pyramide pendant qu'on y est? Les rêves de grandeurs de certains laisse songeur. Alors que la construction d'une traversée de la rade est évaluée à plus d'un milliard de francs et mettrait en péril d'autre financements importants pour le Canton (Ecoles, crèches, logements, etc), sans aucune garantie de désengorger le centre-ville, ce goût pharaonique pour un grand projet inquiète. Aujourd'hui déjà, les normes liées aux nuisances sonores et à la pollutions de l'air sont largement dépassées. La pollution endommage insidieusement et quotidiennement la santé des genevois-e-s. Il est urgent de limiter les nuisances, les émissions polluantes, et les bouchons, pas d'accroître le trafic.   

Le fédéral dit stop

Le 4 septembre dernier, les techniciens de l’Office fédéral des routes (Ofrou) ont été auditionné par les députés du Grand Conseil. Qu'ont-ils dit ? Que la traversée du lac ne résoudra pas les bouchons sur l’autoroute et que la Confédération ne financera pas un ouvrage qui débouchera en rase campagne. Selon eux, il faut intégrer la traversée du lac dans un projet d’urbanisation de la Rive gauche. Urbaniser la rive gauche? Diable, ce ne serait donc pas à la commission des transports de faire un contre-projet, mais plutôt à la commission du logement et de l'aménagement du canton. Quand les communes de la Rive gauche auront enfin construit des logements, il sera alors envisageable de discuter avec la Confédération d'un éventuel financement...

Ne pas alimenter un serpent de lac

Devant quelles alternatives nous trouvons-nous aujourd'hui? Voter pour une mauvaise initiative pour traverser la rade à 1 milliard qui créera plus de problèmes qu'elle n'en résout ou soutenir une grande traversée du lac Léman à 3 ou 4 milliards permettant uniquement, si l'on s'embarque dans ce fantasme, de... terminer en cul-de-sac en rase-campagne. Ces deux mauvaises propositions doivent être rejetées et combattues. Alimenter un serpent de lac en y jetant des milliards, sans aucuns contrôles ni des coûts ni des garanties de financements, ce n'est pas responsable et surtout: c'est inutile. Ni petite ni grande traversée du lac : gardons les pieds sur terre en ne cédant ni aux sirènes d'un mauvais projet ni à celles d'un contre-projet coûteux bidouillé en dernière minute.

Une solution qui tient la route : Le rail
Une vraie proposition ? Renoncer à passer autant au-dessus que sous le lac, mais résoudre les enjeux du trafic à Genève en augmentant au maximum le potentiel du rail. Tout d'abord, en terminant rapidement le CEVA, puis en étendant les lignes de trams existantes; en réalisant l'extension souterraine de la gare de Cornavin... mais aussi en construisant des parkings en périphérie, en aménageant plus de pistes cyclables, en développant les services liés aux vélos électriques (prêts, vélo-stations, etc.,). Bref, en étant créatifs et inventifs, plutôt que de déverser des milliards dans le lac. On commencera alors à respirer vraiment, et durablement. Genève n'a pas pour destinée d'être un aspirateur crasseux à bagnoles. Augmenter les transports publics, les modes alternatifs de transports, diminuer le nombre de véhicules à moteurs, c'est la seule alternative VIABLE. Nos poumons et porte-monnaie nous en remercieront. Un pont, un tunnel sous la rade... et pourquoi pas une pyramide pendant qu'on y est?

Il y a  une solution bien moins coûteuse à portée de mains: le rail. Et ça tombe bien, la Confédération est prête à le financer! 

 

 

 

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07/01/2014

Mon beau sapin roi... du bitume

download.jpgJ'ai été l'objet de toutes les attentions. Vous m'avez choisi, soupesé les branches, jaugé la taille, bien miré la pointe, gratté un peu le tronc même, pour voir ma robustesse, ou juste par curiosité. Vous n'avez pas négocié le prix, non. Vous me vouliez tellement, vous brûliez d'impatience; que je vienne de Pologne de France ou d'Allemagne peu importe. Vous me vouliez tout de suite. Les enfants criaient tout autour, les acheteurs se pressaient, il fallait faire vite, m'emporter, me ramener à la maison. Hop ni une ni deux me voilà empaqueté, jamais filet ne me fut plus doux. Hop vous me roulez vous me déposez dans votre coffre, n'appuyez pas trop sur ma tête, non. Vous prenez soin de mettre une petite cordelette pour que je ne touche pas le sol, un peu de papier journal sous mes pieds, presque une couverture tiens...

Roi du salon

Avec quel soin vous me déballez, avec quelle délicatesse me transportez! Avec quels égards me faites passer les portes pour que je ne me brise pas une branche... vous ramassez même mes aiguilles qui tombent par terre. Quelle délicatesse. Merci. Vous évaluez longuement ma place. Ici, là? Non, plutôt ici, dans le coin. Vous éloignez le chat, dépoussiérez la place. J'étais le roi des forêts, je suis maintenant le roi du salon! Les enfants se précipitent, m'étreignent, me caressent. Oui, je pique un peu, c'est vrai, mais cela ne les effraie pas, je suis le lien avec le père Noël, j'ai le Mana.  J'abriterai les cadeaux, tout tourne autour de moi. La magie: je l'a transmets. Les enfants se fraient un passage sous mes branches, se bagarrent pour mettre les santons sous moi. Les adultes se chamaillent pour la crèche; croyants, incroyants, peu importe, ils m'encensent. Les boules? ça se bouscule pour les suspendre. On éloigne les bougies, on fait très attention qu'elles ne m'effleurent pas! Et puis ça y est, je suis décoré: guirlandes d'or autour du cou, cascades de perles d'argent sur le dos, je brille, je luis, rayonne dans le noir. On me veille, me couve du regard, on se lève même la nuit pour me voir. 

Noël : le début de la fin

Le 24 décembre c'est l'avalanche des cadeaux, on en empile des montagnes à mes pieds, ça monte, ça monte, cela va-t-il me submerger? Rubans tissus et velours noirs. Tout ça pour moi? Oui! Toujours un mot gentil - il est sublime ce sapin- merci! oh magnifique cette décoration - merci, merci oui je la porte bien - j'en rougis de plaisir, clignote même. Quand le repas de Noël tourne à l'aigre c'est vers moi que l'on se tourne pour se ressourcer. Mon bôôôôô sapin roi des fôôôôôôrets, la petite fille espiège qui chante, me fait frémir la colonne, j'en perds quelques épines, et voilà c'est le début de la fin. Entre deux coupes de champagne que l'on oriente vers moi, sous les vivas, avoir perdu quelques aiguilles est suspect. On ne me le pardonnera pas.

Tenir jusqu'à nouvel An 

On me regarde désormais du coin de l'oeil, mes jours sont comptés, je le sais. J'y laisserai l'écorce, mais avant ou après Nouvel an? Je résiste, ne plie pas, tiendrai le plus longtemps, mais le chat peut désormais se faire les griffes sur moi. Je décline doucement, décatis, parures retirées. J'aurai préféré que l'on me brûle; en finir d'un coup sec, que mon bois serve à la cheminée: dans une dernière flambée réchauffer la famille qui m'avait adopté. Mais ceux qui m'ont protégé du chat veulent me livrer aux chiens. Je vais me faire uriner dessus, ça se sent. On me fera passer par la fenêtre, me précipitera de l'étage pour que mes épines ne salissent pas la cage d'escalier; on me sciera dans un coin. Sordide. Patatras. Je voisine dorénavant avec les vieilles machines à laver, les chaises cassées, parmi les cageots, les emballages de cadeaux roulés.

Roi du bitume

Si j'étais roi de la forêt, roi du salon, je suis désormais le roi... du bitume. Mais quand vous me croiserez ces jours, abandonné dans la rue, délaissé sur des camarades d'infortune, ne déprimez pas, n'en perdez pas le moral. Je trône à tous les coins de rue. Je domine la situation, offre mon échine pour les chiens. Bon, j'aurais quand même bien aimé aussi partager la galette des rois.... Mais ce qui appartient à la forêt retourne à la forêt. Les journées rallongent désormais! Hâtez juste le mouvement, ramassez-moi vite, que je retourne au compost, à la terre, et qui sait dans quelques années je serai de retour dans votre salon, plus lumineux que jamais pour écouter vos jolis chants.

La vie est un éternel recommencement, pour les sapins comme pour les Hommes.

Voilà ma benne.

Je dois y aller.

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06/01/2014

De l'érotisme sécuritaire

1620719_pic_970x641.jpgEt s'il entrait dans le désir de plus de caméras et de policiers de la gourmandise plus qu'un argument basé sur la peur et la crainte? Et si le moteur n'était pas le tremblement mais la tension du désir, peut-être un peu inavouable, caché, fantasmatique et goulu, de sentir l'exercice de la force, sa puissance. Tentation de la grosse voiture au bonhomme musclé bien matelassé, de son bâton -big stick- revolver qui en impose, ou son "inverse" qui ne fait que le renforcer encore plus : une jolie dame policière, féminine, blonde si possible, sur-féminisée même, car taillée dans l'uniforme de la force, renversant puissamment les représentations tout en les magnifiant.


Cela vous rassure ou cela vous excite? 

Bon, allons un peu plus loin. Vous avez vu, Genève a sa "police de l'extrême" habillée tout de noir avec la cagoule et se postant à l'entrée de véhicules comme devant des dark-room. You want to come in? Leur regard invite à s'approcher. Venez voir ce qui vous est caché. Venez voir qui peut intervenir à tout moment, entrer partout, jaillir de nulle part. Attention, pour voir, faudra payer. Combien au juste le petit plaisir ? On ne sait pas, c'est secret... vous reprendrez bien une coupe de champagne; comptez voir un petit million pour voir... Genève a sa police de l'extrême, mais le Jura aussi (le GITE), Vaud (le DARD ah bon), Fribourg (le GRIF), Neuchâtel (COUGAR, tiens tiens). Comme si cela ne suffisait pas, l'armée ET l'autorité de la police judiciaire fédérale ont aussi leurs crazy horses. Mazette. Cafouillages garantis lors de chaque opération (une fois tous les 5 ans). C'était le cas, par exemple, lors du ratage face au forcené de Bienne en 2010 qui avait pu partir tranquille de chez lui au nez et à la barbe des barbouzes avant d'être arrêté par une... habitante. Chaque canton désire ses Rambos, peu importe le prix à payer. L'addiction est irrépressible, peu importe l'addition. Ils sont si jolis dans leurs costumes tout noirs, avec une cagoule si seyante. De quand date leur dernière intervention? Euhhhh..... à Genève en 2008 pour sécuriser les matchs de l'Eurofoot selon les mauvaises langues, mais bon on ne minaude pas son petit plaisir secret et coquin. Il faut savoir se faire désirer et être prêt à intervenir au cas où, même si on empile les forces spéciales au kilomètre carré, les redouble avec celles des services étrangers lors des visites des dignitaires, c'est si sexy et vertigineux de jouer avec le danger. Heureusement qu'il reste l'aéroport pour s'envoyer en l'air, ça permet de justifier un corps de police en plus. Et hop. Mais on n'est plus dans l'érotisme là, plutôt dans la pornographie dure. Encore un petit million pour faire passer le tout?


1620761_pic_970x641.jpgQui, combien, pour faire quoi?

Alors, pourquoi, au-delà du raisonnable, et du nécessaire, cette appétence pour les moyens de sécurités qui se redoublent ? D'où vient cette obsession sécuritaire, quel en est le puissant levier? Ce n'est visiblement pas pour que l'on aie moins peur, ça non, on a toujours autant les jetons; pourtant les détournements d'avions et les prises d'otage ne sont pas si légion dans nos régions. Alors? Serait-ce que le jouet est si beau à manier, donne du plaisir à certain pendant qu'il en fait fantasmer d'autres? Cela fera toujours de jolies photos à prendre. Et puis c'est quand même plus sexy à montrer que cent vieilles dames a qui l'on aura pu mettre une prothèse de hanche, n'est-ce pas?


Erotisme sécuritaire

Pourquoi cette appétence pour la mise en scène des moyens de surveillance? Cette fascination pour la figure du policier, de la douane, de la cage, de l'enfermement, des menottes et sirènes?  Tout l'art réside dans le voilé, le dévoilé, bref: un érotisme, contenu dans le plaisir de l'exhibitionnisme (se rendre visible) allié à celui de tout voir, de surveiller tout le temps (voyeurisme). Pouvoir tout voir et contrôler, être soumis à tous en même temps. Tu les entends, ils se moquent bien que la NSA les écoute et que les caméras les filment, car celui qui n'a rien à cacher n'a rien à craindre, en effet : puisque son fantasme est de tout montrer. Et ils s'adonnent avec une passion sucrée à se dévoiler sur tous les médias sociaux, danse lascive. Les polices n'ont pas à les cueillir: ils s'offrent. Erotisme de la surveillance : être sur-veillé.     

   

1620711_pic_970x641.jpgFantasme sécuritaire

L'insécurité n'est pas un fantasme, elle est bien réelle; augmentera si ce qui fait le lien entre les humains et détissé. Mais la sécurité est un fantasme quand elle prend la forme d'un érotisme sécuritaire. On met bien un contrôle parental sur les sites de fesses pour les mineurs; des évangélistes américains donnent leur code d'accès à des personnes de confiance pour ne pas chuter. Peut-être faudrait-il de même instaurer un contrôle citoyen pour les députés qui s'échauffent à toujours plus de police au détriment de la santé, de l'éducation, de la culture et du logement, tâches qui les excitent semble-t-il moins. Alors, à quel moment décidera-t-on de les sevrer du peep-show qui les conduit à faire payer toujours plus cher toujours plus de fantasme sécuritaire pour moins de sécurité?



Toutes les polices se nourrissent d'un érotisme sécuritaire. 

Aucune ne nous protège de son fantasme.


 

10:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erotisme, police, peep-show, sécurité, fantasme, pornographie, media sociaux | |  Facebook |  Imprimer | | |