sylvain thévoz

15/01/2014

Le courage de dire non quand ça pue

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Ni traversée de la rade, ni traversée du lac. Il faut avoir le courage de dire non quand ça p(oll)ue. Ce n'est pas une histoire d'idéologie, ni de refus primaire de la voiture, mais une question d'arguments et de pesées d'intérêts rationnels. Pourquoi s'opposer à ces deux projets? Allons y mettre le nez.

Une initiative rétrograde et dépassée

Faut-il défendre l'option d'une traversée de la rade? Non. Son coût est estimé aujourd'hui à plus d'1 milliard de franc. Cette traversée posera de plus des problèmes de trafic inextricables, une augmentation des pollutions sonore et de l'air : oxyde d'azote et particules fines qui sont déjà bien supérieures aux valeurs limites fixées dans l'ordonnance sur la protection de l'air (OPair). L'initiative de l'UDC est «complètement dépassée et créerait des bouchons à ses deux extrémités». Ce n'est pas un vilain gauchiste ou un écolo qui dit cela, c'est le PLR Daniel Zaugg président de la commission des transports du Grand Conseil. Payer 1 milliard pour construire une autoroute sous-lacustre en saturant encore plus l'hypercentre? ça, ça pue. 1 milliard: les habitant-e-s de la classe moyenne qui passeront à la caisse pensent-ils qu'il s'agit là de leur intérêt?

rade,traversée,pont,lac,faif,rail,tcs,gteUne tentative coûteuse et désespérée
Le fait est que les partis de droite peuvent difficilement refuser cette mauvaise initiative sans proposer autre chose. Ils craignent que leur posture politique devienne illisible. Ils défendent la voiture, sa libre conduite, et refuseraient un tunnel pour bagnoles? Les voilà donc qui s'embarquent dans une improbable proposition de traversée du lac à... 4 milliards ! Qui dit mieux? Quand on demande au Touring Club Suisse (TCS) et au Groupement Transports Economie (GTE) ce qu'ils pensent de la traversée de la rade, ils reconnaissent volontiers que l'initiative de l'UDC est pourrie. Ils soutiennent alors le contre-projet à 4 milliards. Les habitant-e-s de la classe moyenne qui passeront à la caisse veulent-ils payer cash la manoeuvre partisane? Le plus piquant, c'est lorsque l'on demande au TCS ce qu'il fera si le contre-projet de la traversée du lac est refusé. Soutiendra-t-il alors l'initiative de la traversée de la rade? Sans honte, le TCS répond... OUI. Et pourquoi ? "Parce que nos membres ne comprendraient pas que le TCS s'y oppose". Bref, nous avons là une initiative pourrie que le TCS est prêt à soutenir malgré tout si sa surenchère de la traversée du lac ne fonctionnait pas, parce qu'il doit à tout prix défendre la route et la bagnole. C'est son parti priX affiché... quitte à ce que les conducteurs paient les yeux de la tête un pont qu'ils n'utiliseront que peu et baignent dans les bouchons. 

Une traversée du lac inutile 
Pour ce qui est de la traversée du lac: imaginer faire débouler une autoroute à Thonex, c'est voir encore tout petit et vouloir toujours imposer la même chose: une autoroute dans un centre urbain. Quelles seront les conséquences sur le biotope de la pointe à la bise? Aucunes études d'impact trafic n'a été fait côté français. Or, une bretelle d'autoroute est en planification. On s'acheminerait donc vers un pont débouchant en rase campagne ou sur une autoroute déjà saturée. C'est pour cette raison, le 4 septembre dernier, que les techniciens de l'Office fédéral des routes (Ofrou) ont affirmé que la traversée du lac ne résoudra pas les bouchons sur l'autoroute et que la Confédération ne financera pas un ouvrage qui débouchera en rase campagne. Selon eux, il faudrait intégrer la traversée du lac dans un projet d'urbanisation de la Rive gauche. Que les communes de la Rive gauche construisent déjà des logements, il sera temps de parler pont ensuite, avec la Confédération comme partenaires pour d'éventuels financements.

rade,traversée,pont,lac,faif,rail,tcs,gteArrêter la valse des milliards

Enfin, dira un genevois un peu bougon mais peut-être représentatif : est-ce à moi de payer 4 milliards ( ou 5 milliards si l'on suit l'UDC et le MCG qui se disent pour la traversée de la rade ET la traversée du lac) pour permettre à des frontaliers d'aller travailler dans le canton de Vaud sans que cela ne réduise en aucune manière les problèmes de trafic à Genève? L'initiative de l'UDC et le contre-projet de traversée du lac sont pollueurs. Il faut avoir le courage de les refuser, qu'ils proposent ou non de nous mettre un petit train à crémaillère sur le pont ou un petit passage piéton dans le tunnel pour faire joli sur l'addition, cela ne changera rien à l'affaire.    

Des solutions simples sans couler les finances publiques

Plutôt que de payer un pont qui servira à d'autres, utilisons l'argent de la Confédération soumis à votation le 9 février pour nos besoins : réaliser l'extension en souterrain de la gare Cornavin et le déploiement du rail à Genève, première mesure pragmatique, avec le CEVA, de régler les problèmes de mobilité à Genève. L'extension des lignes de trams, la multiplication des pistes cyclables, et des parkings P+R sont d'autres mesures peu coûteuses et dynamiques. Elles amélioreront fortement la mobilité sans couler les finances publiques.  

12:14 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rade, traversée, pont, lac, faif, rail, tcs, gte | |  Facebook |  Imprimer | | |

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