sylvain thévoz

29/12/2013

Tu fais quoi le 31 décembre?

geneve-fete-le-31-flyer.jpgTu fais quoi le 31 décembre? T'as un plan? C'est la question qui est en général sur toutes les bouches deux ou trois jours avant la fin de l'année. Les réponses sont multiples. Entre ceux qui, depuis longtemps, ont prévu une escapade loin de la ville, ceux qui filent à la montagne, qui verront bien à la dernière minute, ou ceux qui aimeraient bien mais n'ont pas l'argent, les options et les possibilités sont multiples. Il y a probablement autant de manière de planifier son réveillon que... de le rater. 

Il y a aussi ceux qui n'ont pas de projets, ne veulent pas choisir, préfèrent se laisser emporter par l'instant, les propositions de dernière minutes, saisir les invitations qui viendront (ou pas). Ceux que le 31 décembre rebute, écoeure, fatigue, avec ses aspects clinquants, forcés:  "Ce soir on s'amuse" et pour lesquels réveillon rime plutôt avec "je me terre, je fais le mort, et j'attends que ça passe".

Un 31 décembre en solitaire ?

Subir la pression sociale qui veut que le 31, par définition, est joyeux, festif n'est pas simple. Faire la fête le dernier jour de l'année en solitaire : pas à la porté de tous. Vous avez déjà essayé de faire le 31 décembre devant votre télé et d'attendre les 12 coups avant d'aller vous coucher? L'isolement, le sentiment d'exclusion est renforcé durant les fêtes. Pour celles et ceux qui n'ont pas de réseaux ou de moyens d'agrémenter leurs solitudes, c'est la galère. Les lieux habituels sont fermés, la ville ralentit, les familles se regroupent, les solitudes s'accroissent. On se souviendra, en riant jaune, du film " Le père Noël est une ordure". On se rappellera que le temps des fêtes est aussi celui des solitudes et de l'isolement, un temps de fragilisation et d'augmentation des conduites à risques. 

Bilan de l'année ou bilan de vie?

Nouvel An, c'est aussi le moment de l'année où l'on fait les bilans, subit les innombrables rétrospectives (et moi dans tout ça qu'est-ce que j'ai fait?) où l'on constate que l'on n'est pas le superman Suisse de l'année (Wavrinka) -ah bon?- ou Genevois (Dicker); tiens donc, il n'y a pas de catégorie féminine ? Le 31 décembre, moment où l'on se prend en face la réalité compacte de sa situation sociale. Fêtes des familles séparées, des deuils de l'année, fêtes où l'on-aimerait-bien- oublier-mais-où-l'on-n'y-parvient-jamais-tout-à-fait, fêtes où l'on remarque les absents; papas en prisons, sans travail, mamans éloignées, où les expatriée-e-s ne sont jamais autant sans patrie, et où la helpline suicide des HUG marche à plein (022.372.42.42) 24h sur 24 et 7 jours sur 7.  Alors: Tu fais quoi le 31? Certains s'inventent des plans, pour ne pas dire qu'ils ne font rien, et qu'ils sont seuls sans l'avoir vraiment choisi.


Bravo la Ville de Genève!

Dans ce contexte difficile, bravo à la Ville de Genève qui a compris que le 31 décembre n'est pas un jour comme les autres, et pas qu'une fête. Malgré les rabat-joie de droite, qui pensent peut-être que tout le monde a une famille ou du fric pour s'évader. Exemple: Eric Bertinat, UDC, pour qui le 31 décembre ne peut être qu'un bastringue de musique électro avec des gens bourrés, pétés à l'alcool ou au cannabis, ou Adrien Genecand (PLR) pour qui la Ville n'a pas à se soucier des personnes qui n'ont pas 50 balles pour aller danser, ou des solitudes qui n'ont nulle part où aller un soir de réveillon. Tous deux ne voient que le côté "divertissant" de cette fête tout en jouant les pisse-froid. Triste. Mais puisque le 31 décembre est aussi une fête, qui dit fête, dit évidemment possibles excès, et tant mieux si ceux-ci sont encadrés et canalisés en un lieu.

Bravo à la Ville de Genève de préparer cette fête d'une manière créative bien loin du fantasme des "botellon géant" que craignent ces élus de droite. Bravo à la Ville qui prend ses responsabilités de collectivité publique. Bravo à elle qui sait qu'organiser une fête populaire, gratuite, sur la plaine de Plainpalais est important. Celles et ceux qui ne savent pas où aller, ne peuvent aller nulle part, ou tout simplement veulent faire la fête dans leur Ville sans débourser des centaines de francs, pourront le faire. Et puis, n'est-il pas de la responsabilité de la Ville de Genève, qui se targue de son rang international et de cité d'importance, d'offrir à celles et ceux pour qui notre territoire est avant tout un lieu de transit ou d'accueil et qui de fait sont loin de leurs familles, de commémorer le passage à l'année nouvelle avec d'autres? Et de faire ainsi de l'espace publique autre chose qu'un espace désert, silencieux, et froid?  

Une fête simple et conviviale

Le programme du réveillon sur la plainte de Plainpalais est simple, diversifié, et convivial. Installation d'une grande scène à la pointe de la plaine, avec en début de soirée Aliose, groupe suisse, aux textes poétiques. Place ensuite à de la musique rock-funk-disco des années 70 à nos jours puis vibrations électros jusqu'à 2h du matin. Petit plus: possibilité de transmettre ses voeux (textes, photos, vidéos) en direct et sur grand écran le soir de la fête en utilisant le hashtag #31GE sur les réseaux sociaux (instagram, facebook, google + etc.,). Sympa!


Je ne sais pas si j'irai faire la fête le 31 décembre sur la plaine de Plainpalais, mais savoir qu'elle existe, qu'il y aura là quelque chose plutôt que rien, un espace gratuit pour aller marquer le coup, est réjouissant.

Bravo et merci à la Ville, à celles et ceux qui travailleront ce soir là pour la collectivité; pour qui faire la fête c'est aussi la faire pour d'autres, et bonne année à toutes et tous! 

http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/fete-31-decembre-2013/

 

 

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26/12/2013

Sur les traces de la comète Christmas

Je brasille sur les traces de la comète Christmas.

Noël: quel trip, quel voyage. C'est fait, je peux retirer mon casque?

Il y a eu des astéroïdes errants, des passages rapides de pierres brûlantes: tu as entendu ce que je viens de te dire ? Non. Quoi? .... (long silence) Tu as entendu ce que je viens d'entendre, toi? Non.

(famille d'autistes)

Pourtant, on s'était entraîné, avait fait les exercices de musculations prévus: savoir se retourner en toute situation, emporter des provisions au cas où, des réserves d'oxygène, savoir s'éjecter si nécessaire, se replier vers la cabine protégée: pressuriser / dépressuriser/ prendre de la distance (entre Mars et Pluton les distances temps / espace se calculent autrement. Et il y a de l'oxygène).

Se préparer à regarder Drucker, le JT, les chants de Noël, se faire les dents sur les biscuits, entendre les vieilles bringues familiales, c'est Noël aussi, ça fait partie du décor, du voyage. Même Morisod j'étais prêt. J'étais blindé. 

Il y a eu des trous noirs, des espaces intercalaires: de grands espaces calcaires. 

-Long monologue- (famille de bavards, faut jouer des coudes pour en placer une)

- Passe-moi la dinde, passe-moi le sel.... tu es dans la lune ou quoi?

- Oui! (C'est une jolie position de repli, pas si inconfortable. Même si les chinois y vont maintenant)

ding ding ding la cuillère sur le verre, petit discours, cadeaux rassemblés sous le sapin. Pourquoi ce vieux chant de Noël sonne toujours si deuxième guerre mondiale? Et pourquoi toute réunion familiale te fait très vite penser au film Festen de Vinterberg (1998)?

Einstein et Noël

En très grande altitude il n'y a pas de vents, plus de courants mais il s'étire une dimension intemporelle. C'est peut-être ça la constellation familiale. Prendre de la distance? Une ou deux années lumières, cela pourrait être suffisant. Mmmmh va savoir pourquoi ces planètes s'attirent. Rester en orbite, amerrir? subir l'attraction? Attirer à soi? Il dit: j'ai toujours eu le sentiment de ne pas être le fils de mes parents, de ne pas appartenir. Peut-être que j'étais un enfant de la lune, un martien... qui m'a déposé là? On dit qu'Einstein a découvert la relativité un soir de Noël. Tu crois que c'est vrai?

- Tiens, un nouveau petit garçon dans la famille. Tu n'as toujours pas d'enfants toi? - Non- Pas encore. Mais tu as 45 ans? Comment tu vas faire?  (La famille c'est la 4e dimension)

La tante n'est pas venue cette année.

Le cousin mort non plus (par définition), mais de lui, on ne parlera surtout pas.

On lui a quand même laissé son assiette vide au bout de la table.

Surtout: éviter de discuter politique pour ne pas bousiller le repas. Mais alors pourquoi est-ce toujours l'oncle front-national qui commence avec "juste une blague" sur Taubira ?

La mère range les couteaux. Il reste le sapin (ça peut faire très mal)

On se retrouve à trois dans la cuisine, toujours les mêmes. Etrange. Pourquoi?

Elle a le même âge que ma mère, pourtant elle sort avec mon frère.

Elle est plus jeune que moi, elle sort avec mon père (après tout, pourquoi pas, mais je serai pas sa copine)

Pourquoi est-ce que cet oncle on ne l'invite jamais? Je t'expliquerai. Ah oui.

ça brasille sec sur les traces de la comète Christmas, ça brûle même, Peut-être est-ce pour cela que ça brille.

Mange mange encore mon petit (j'ai 45 ans) : noix, chapons, foie gras, champagne, ce n'est pas de la nourriture de cosmonaute ou de martien, ça, c'est de la bonne nourriture humaine, bien terrestre. Mange, mange encore. Un bout du père un bout de la mère un bout du frère et de la soeur, du lard du cousin, un bout de ta nouvelle femme... elle fait partie de la famille maintenant.

Et si Noël était une fête archaïque et cannibale ? Anthropomorphique jusqu'à l'os. Miam miam. Elle l'est, évidemment. Miam miam.

On se ferait des cadeaux pour ne pas se dévorer? Je regarde ce DVD comme un pithécanthrope. Ce jeu de dés comme un sanglier... il ne rentrera pas dans ta sacoche. Encore le même parfum? (pas encore fini celui des deux années passées) - Merci beaucoup- 

Il y a ce livre de W.G Sebald "de la destruction comme élément de l'histoire naturelle" que tu lis rapidement avec celui de C. Delbo: "Auschwitz et après"; les deux en parallèle, c'est quelque chose de très très troublant, donne le vertige, mais on ne va pas gâcher la fête, c'est Noël après-tout. Drucker a fait un millième lifting, et il faut être heureux... a tout le moins joyeux. L'humanité fête. Une partie tout du moins. Vu de l'espace, ça fait tout drôle.  

Il y a parfois un os qui ne passe pas, prends alors la moelle, suce-la, mais attention aux éclats d'os, aussi aux escarbilles du feu, le sapin pourrait brûler rapidement. Le danger est partout. Retire tes marrons du feu, doucement, doucement. Il est l'heure de rentrer, de revenir. La navette va atterrir. Le dernier train partir. 

Pluie d'étoiles, ou alors c'est le champagne qui luit.

Pluie d'étoiles, ou alors c'est les coups (de minuit)

Je n'ai rien bu, pas besoin. L'ivresse, c'est vain. Je détache ma ceinture. Retire le casque. 

L'ivresse des profondeurs, elle est connue. L'ivresse de l'altitude un peu moins.

A Noël, je me fais toujours prendre. J'en redemande.

Il faut croire que j'aime ça. Noël: famille ou masochisme? Un peu des deux.

L'année prochaine c'est promis, j'arrête.... enfin, non, je recommence

à

faire

la

fête.

 

Comète (gr.komêtes, chevelu) Astre du système solaire formé d'un noyau solide rocheux et glacé, qui au voisinage du Soleil éjecte une atmosphère passagère de gaz et de poussières à l'aspect de chevelure diffuse, s'étirant dans la direction opposée au Soleil en une queue parfois spectaculaire.

Noël: Solstice d'hiver: Epoque de l'année ou le Soleil, dans son mouvement apparent sur l'écliptique, atteint sa plus forte déclinaison boréale ou australe.


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24/12/2013

Pourquoi encore fêter Noël ?

Pourquoi encore fêter Noël... aujourd'hui? On pourrait après tout le fêter demain ou après-demain. Le 24 décembre n'est rien d'autre qu'une date arbitraire. Jésus n'est certainement pas né un 24 décembre et certainement pas il y a 2013 ans. Et puis, enfin, pourquoi le fêter tout court? Jésus n'est peut-être pas né du tout, et si c'était le cas, faut-il vraiment s'en réjouir? Le Christianisme semble en Europe un monument en décrépitude; le temps de la foi et de la religion semblent appartenir au passé. L'engouement pour la fête sonne creux, à moins que nous ne fêtions désormais un Noël dé-christianisé, ce qui est possible aussi, mais alors: nettoyons les vieux chants et inventons de nouveaux rites. Il y a encore trop de christianisme dans notre fête commerciale. Et puis, si le Christianisme rime si peu avec fête, avec quoi résonne-t-il? -Avec accueil et recueillement peut-être-. Mais qu'accueille-t-on au juste et en quoi se recueille-t-on alors?

Fêter Noël, pour quoi faire?

Pour célébrer une ancienne fête religieuse dont on ne sait plus trop ce qu'elle veut dire; révérer un fétiche à la messe de minuit; la récupération chrétienne arbitraire d'un passage au solstice d'hiver; s'adonner à l'orgie commerciale? Pour célébrer la famille, les amis, se couvrir de cadeaux ? - Tant de gens sont seuls pourtant, et tant ne se font plus de cadeaux- Noël: une guerre froide? La célébration des solitudes plutôt que des solidarités, des isolations forcées tout autant que les retrouvailles? Je ne fête pas Noël, mais je m'approche comme une bête, un animal, en rampant d'une baraque en torchis ou un couple fugitif a mis bas un enfant destiné à la mort. Et c'est peut-être cela que j'accueille: un témoignage inédit sur la bête humaine.

Je ne fête pas Noël

Je ne fête pas la trêve, l'ennui, le morne moment symbolique à passer, mais je m'arrête devant le mystère qui demeure cloué en moi et continue de m'agiter : comment se fait-il qu'ils disent qu'au début était la parole, et qu'ils y croient; que tout soit parti de là, d'une parole, et d'une foi, et puisse être incarné, sans la chaire mais dans la chaire, puisque Joseph l'a toujours affirmé: je ne l'ai pas touchée ; et sa femme l'a répété: il n'aurait pas osé me tripoter; comment se fait-il alors qu'au début il y ait quelque chose plutôt que rien et que ce quelque chose soit avant tout nommé ? Que de cela il soit fait mémoire et mémoire, encore, alors que l'on a, semble-t-il, tout oublié?

Je fête l'éveil

Et si Noël me semble toujours attaché à "antan", comme la boue colle aux souliers crottés, j'essaie de m'en défaire. Et si Noël semble toujours placé dans le temps, lointain, dans le domaine des : il était une fois et des contes de fées, des Noëls de l'enfance, la naissance du petit Jésus (Yeshoua le va-nu-pied) n'est pas relégable au rang de mythe Disney, il y entre la poudre de la révolution. Il y a cette phrase bouleversante de l'évangile de Jean que des générations de moines ont écrit en tremblant: Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Après cela, tu peux bien ouvrir tes huîtres et réajuster le sapin. Denner ferme à 19h, il est encore temps d'aller acheter une bonne bouteille de blanc. Noël est un récit de l'origine qui raconte quelque chose d'intemporel qui te place à la fois devant ta vie, devant ta mort, le dépassement des deux, et te plante aujourd'hui devant une étable vide et nettoyée.      

Noël a-venir

Noël parfois me semble aussi éloigné dans le temps, que la planète Mars l'est dans l'espace, à tel point qu'il semble ne plus signifier grand chose ici et maintenant. Et pourtant, en même temps, il y a cette parole simple de l'évangile de Jean : Celui qui vient après moi m'a précédé, car il était avant moi. Et avec cela, la temporalité prend un monumental coup dans la mâchoire, l'espérance est relancée. Noël est a-venir, pas à célébrer comme une messe mortuaire. Noël n'est pas encore arrivé. Noël est cela qui vient, les naissances à venir, annonce une résurrection à Pâques, comme la tienne quand tu seras tombé et que la mort sera enfin derrière toi.  

Je ne fête pas Noël, je le mâchonne.

Je ne fête pas Noël, je le rumine.

Je ne fête pas Noël, je m'y enfonce malgré tout, avec des bougies, des spectres, des co-naissances et quelques bêtes amies. Et je me dis qu'au final, c'est-à-dire au tout début, à l'origine, c'est peut-être Noël, la naissance d'un petit bonhomme, qui fête l'Homme, et que je n'ai que cela à recueillir: l'accueil de celui qui est venu pour rapprocher Dieu des Hommes et que ceux-ci ont rejeté de la même manière que la lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres n'ont point reçue. Combat de tous les jours, quête quotidienne pour en être, sur la frontière, sur la limite.  

Je te souhaite, ami voisin humain, frère, soeur, prochain, dans la lumière comme dans la nuit, un Noël intense.

Et s'il est aussi joyeux, alors tant mieux, je m'en réjouis.

 

12:07 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noël, jésus, yeshoua va-nu-pied | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/12/2013

Les PDC se lourdent

Ils y vont et ça fait la une de la presse. Le président du PDC suisse Christophe Darbellay et le conseiller national Yannick Buttet (VS) vont pour Noël en villégiature à Lourdes pour fêter l'élection de leurs deux conseillers d'Etat démocrate-chrétien à Genève, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Allelouhia. Joli coup médiatique: faire d'un pari entre chrétien un geste politique sur les réseaux sociaux à la veille de Noël. Sympa? Non. Cohérent? Allez savoir. Ils soutiennent bien une initiative pour faire payer aux femmes le droit à l'avortement, ils peuvent sans soucis aller entre mecs vouer un culte à la vierge à Lourdes. Le départ était paraît-il dans l'esprit des fêtes, avec la petite phrase sibylline et assassine du PLR François Longchamp: "Pour rien au monde je ne louperai le jour où Christophe Darbellay tient une promesse." Décidément, c'est Noël dans les coeurs, et les baisers de Judas volent en guise de baisers d'adieux. Certes, il y a quelque chose de respectable dans le fait de faire ce que l'on a promis et de promettre ce que l'on veut faire. On ne s'étonnera donc pas que Guillaume Barazzone soit resté à la maison. 

Car on aurait bien voulu qu'ils emmènent dans leur sac à dos Guillaume Barazzone. Malheureusement, lui n'a pas tenu parole, il est donc privé de Lourdes. Le conseiller administratif de la Ville de Genève, en effet, en plus de son don d'ubiquité ( il siège en simultané à Berne et à Genève) possède désormais le don du double discours, ayant "défendu" en tant que Conseiller administratif le budget de la Ville de Genève, tout en avalisant le fait que son groupe attaque ce budget en faisant alliance avec l'UDC et le MCG. Au final, Barazzone a quand même réussi à retirer ses hosties du feu en se félicitant que le budget ait été voté et ses postes supplémentaires de policiers municipaux votés. Bravo. Bon, il s'est quand même brûlé les doigts en essayant sur les réseaux sociaux et dans la presse de s'en attribuer le mérite. Raté. Le baiser de Judas de Guillaume à la Ville de Genève n'est pas passé inaperçu. On ne peut pas vouloir casser quelque chose et se féliciter de l'avoir construit. Pas très catholique tout cela. Croire aux miracles est une chose. Nous prendre pour des con-ne-s en est encore une autre.
 
Les PDC, en Ville de Genève, en faisant alliance avec les partis d'extrême droite, attaquant le budget que leur magistrat était supposé défendre collégialement, ont violé leur serment d'élu de servir leur Ville. Ils ont trahi celle-ci au profit d'intérêts cantonaux. Ils peuvent bien, ensuite, voir leurs chefs de partis et conseillers nationaux partir le coeur léger se refaire une virginité dans les eaux baptismales, et les saluer du chapeau même, ce sont des gestes de grenouilles de bénitier. Quand on fait alliance avec l'extrême droite, ce n'est plus à Lourdes, en tant que chrétiens, qu'il faut aller.   
 
Des actes ou des miracles
Un miracle que les PDC aient deux élus cantonaux? Qu'ils aillent jusqu'à Rome sur les genoux s'ils le veulent. Pour moi, le véritable miracle serait que les PDC tiennent parole et fassent ce pour quoi ils s'engagent. Quand Guillaume Barazonne affirme "défendre les intérêts de la Ville" sur la page web de son parti, qu'il le fasse réellement, plutôt que de chercher à la casser au profit d'intérêt cantonaux ou nationaux. 
 
Et puis, plutôt que de promettre Lourdes ou le paradis à la télé ou la radio, il semble plus important que jamais de prendre des mesures rapides pour que le chômage baisse, pour que de nouveaux logements soient construits, pour maintenir le niveau de prestations envers la population, garantir un service social de qualité. Plutôt que d'aller à Lourdes et faire le buzz avec ses nouvelles chaussures, veiller à ce que ceux qui sont déjà élus ne trahissent pas leur parole, et s'engagent à construire une société plus solidaire et responsable. Bref plutôt que de croire aux miracles, faire son boulot, tout simplement, sinon, on risque bien, légitimement, un jour ou l'autre, de se faire, par le peuple, qui ne croit que ce qu'il voit : lourder.   
 

 

 

 

17:15 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lourdes, pdc, darbellay, barazzone, genève, esprit de noël, buttet | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/12/2013

Titeuf et Dany le rouge montent aux barricades

Que partagent en commun Daniel Cohn-Bendit, Dany le rouge, député européen, Zep, dessinateur, Yves Patrick Delachaux, écrivain, ancien policier et expert de police ? Le fait de signer, avec 13 autres personnalités de premier plan, un appel du 14 décembre pour que les conseillers municipaux de droite rassemblés dans une alliance trouble MCG-UDC-PLR-PDC ne coupent pas l'essentiel de ce qui forme le coeur et les valeurs de la Ville de Genève : la prévention sociale. Cette prévention sociale fait faire des économies à la Ville de Genève, il ne faut pas la supprimer. 

Face à l'attirail de tronçonneuses, tenailles, haches, tronçonneuses adoucies, petits canifs dont la droite se plaît à faire étalage ces derniers jours, détaillant avec jubilation les différentes coupes qu'elle pourrait opérer ce samedi lors du vote du budget (49 emplois cisaillés, 32 placés en respiration artificielle, 17 découpés, amputation de deux services), ce petit jeu du docteur risque de tourner à l'opération à vif sans anesthésie, au risque d'une hémorragie de la cohésion sociale.

Si l'escalade célèbre la défense et résistance historique des genevois contre l'envahisseur, il est stimulant de relever le prolongement que marque cet appel du 14 décembre. Des genevois-e-s et étranger-e-s s'unissent contre une menace qui est désormais intérieure: celle de voire l'action sociale et les liens de solidarités passés au crible des pertes et profits et sommés, en plus d'être rentables, d'être super-rentables pour rembourser des dettes anticipées ou plutôt: faire des bénéfices. La menace n'est désormais plus symbolisée par des échelles sur une muraille mais par des lignes barrées colonnes après colonnes sur un budget. Au final: un déficit abyssal de sens et des charges supplémentaires pour les services sécuritaires qui sont déjà entravés dans leurs missions fondamentales pour faire du travail de médiation sociale et de liens, ce qui est contre-productif et coûteux.  

La volonté de gérer la Ville comme une entreprise cotée en bourse montre que la droite réunie sous la grande bannière de la faux joue avec ses engagements vis-à-vis de la Ville et ses citoyen-ne-s, mais aussi ses valeurs profondes. Si une entreprise privée doit des comptes à ses actionnaires, il est surprenant que des conseillers municipaux prennent leurs ordres dans des états-majors cantonaux contre les intérêts de leur cité et de ses citoyen-ne-s.     

Dans l'appel du 14 décembre, Titeuf et Dany le rouge, parmi d'autres, montent aux barricades pour rappeler des fondamentaux. Une tradition humaniste, des valeurs d’équité, de solidarité et de diversité, conditions indispensables au développement d’une société durable. Cet appel est à prendre au sérieux. Ce ne sont pas que des mots, mais le reflet d'actes et des contours que prendra la Genève de demain, qu'on l'appelle Grand Genève, Genève internationale, agglomération, cette Genève qui se construit et construira à cheval sur plusieurs frontières devra faire bien attention à prendre avant tout soin de ses citoyen-ne-s, favoriser les liens sociaux et la cohésion sociale, dans toutes ses ramifications, complexités.  

Genève ne se construira ni à coup de baguettes magiques ni à coups de haches. Noël approche. Les démocrates chrétiens et le MCG, surprenante alliance, se sont unis à la cognée pour casser des branches. 

Ne laissons pas faire du petit bois de ce qui fait la richesse et la sève de notre ville: son capital humain. Car au final, ce ne sont pas que de chiffres que l'on parle. Et ce qui est brisé se reconstruit difficilement.        

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